1 ; i •r f T i. ‘| I ? 3,11- , ,\S0 56' oc t+A L’EDUCATION RAISONNABLE E T CHRETIENNE DES . E N F A N S. A B A S L E, ü 1 '"ii . .. chés EMANUEL TOURNEISEN. * 7 7 7 » V Marc. X. jtf. i f $ 14; On préfenta à Jêfus de petits enfans , afin qu'il les touchât 5 * mais les difciples repre - noient ceux , qui les préfentoient, Jéfifrs voyant cela en fut indigné , gf il leur dit : Laijfez venir a moi les petits enfans , & ne les en empêchez point \ Car à tels eft le Royaume de Dieu. 1 lin ’EST à la follicitation d’un Ami, également refpeétable & aimable par tous les endroits, que je me fuis déterminé à coucher fur le papier mes ob- fervations fur feducation des enfans. Son efprit fans ceffe occupé de ce qui peut contribuer à fon propre falut & au vrai bonheur de fes femblables, n’a pu ap- percevoir fans pitié les fautes, qui le commettent en fuivant la méthode ordinaire , ou plutôt la manière peu méthodique dont on élève la plupart des en- fans. U a taché de découvrir les four- ces de tant d’abus, & il a recherché les moyens les plus propres à lesredrefler, ou du moins, à les diminuer. Plus d’une fois il s’en effc entretenu avec moi, & toujours avec un cœur pénétré de douleur , qui délire qu’on apporte un remède efficace à un mal devenu li grand & général. Comme il n’ignoroit pas que, pendant plus de quarante ans , j’ai été employé à l’éducation de la jeunelfe, & que je dois avoir fait plufieurs reflexions & diffère* ;flais, dont le Public ,pour- X » roit )( O X roit tirer avantage, il m’a prié d’en mettre le réfultat par écrit. Selon lui, une * des principales caufes de la mauvaife éducation eft l’ignorance des pères & mères, d’où nait cette indifférence trop commune pour ce qui peut acheminer les en- fans à leur folide bonheur. Dans cette idée, il a cru qu’une Inftruétion claire & courte fur cette matière feroit un moyen propre à engager, tant les pareils des enfans, que ceux qui font chargés de leur éducation, à être plus attentifs & plus foigneuX à s’aquiter de cet important devoir* p Preffé par tant de confidérations, & par d’autres motifs non moins puifîkns, je me fuis enfin fenti obligé de me rendre à fes inftançes; Mais, en y aquie- fçant, je déclare ici, que je ne préfumê pas affez de mes lumières, ni de ma longue expérience, pour me croire plus capable que d 9 autres de donner des le- fçons fur la meilleure manière d’eduquer ■ la jeüneffe. J’avoue plutôt franchement 2 que, pendant le tems que j’y ai travaillé, il m’eft échapé nombre de méprifes dont X o X dont j’ai encore fecrètement honte aujourd’hui. Cependant cette conviction de mes défeduofités , loin de me détourner de mon delfein, me fait d’autant mieux fen- tir combien il eft nécefîaire que quelqu’un donne au Public une Manududion fimple, aifée, & qui foit à la portée des perfonnes de toutes les conditions. La connoilfance que j’ai des fautes où je fuis tombé fervira peut-être à prévenir celles que d’autres pourroient commettre. Il ne tiendra qu’à eux de devenir fages à mes dépens ; Auffi ne faut-il pas que ce foit toujours au prix de nos propres bévues que nous achetions la prudence. D’ailleurs, ce feroit manquer à ce que nous devons à nos lèmbla- bles, que de les laiffer fuivre un chemin tortueux, lorfqu’après nous y être égarés , nous avons le bonheur d’en connoi- tre un meilleur. Je hazarde donc de communiquer mes penfées fur la manière de donner aux en- fans une éducation raifonnable & chrétienne; Et en les foumettant au jugement du Public, je les confacre à l’ufage de ceux qui voudront bien les goûter. Vueille ce- X l lui O lui qui a racheté les enfans à grand prix, & qui nous a commandé de les lui amener , répandre fa bénédiction fur ce petit Ecrit, afin qu’il produife un fruit permanent , pour lequel Gloire & louange lui foit rendue à jamais $ AMEN ! Intro- X o X INTRODUCTION. * La prémière chofé qu'on doit confidérçr , dam l'Education des enfans , ejl le grand but que Dieu s'ejl propofé en créant les hommes , ^ par confé- quent aujjl, çn donnant la vie aux enfans . Il les a créés au commencement a fon image , dans l'intention qu'ils parvinrent à une vie immortelle & à la confiante jouijfance de toute la félicité que ces nobles créatures peuvent goûter dans me union intime avec leur Créateur 9 & dans le bon ufage qu'ils doivent faire de fés Dons , tant pour leur propre avantage , que poux celui de leurs femblables. Il ejl vrai que , par ta déplorable chute dit premier homme > tous fes defcendans font devenus entièrement incapables d'atteindre ce grand but & de répondre à cette heureufe deftination > Mais c'ejl pout les tirer de cet état malheureux que Dieu s'efh manifeflé en chair , qu'il a détruit la mort , & qu'il a mis en lumière la vie & l'immortalité, % Timoth, I, v. 10. Les hommes déchus ayant été rachetés par le Sang précieux de Jéfus - Çhrijl ,. afin qu'ils fujfent ramenés au but de leur création ; pour y parvenir , il ^ „ faut qu'ils y confacrent leurs cœurs , leurs âmes , & v tous les membres de leurs corps ,* C'efi par confé- quent à lui faire ce facrifice qu'on doit defiiner , difpofer & conduire les enfans > autant qu'il ejl )( 4 pojjible . V X a X pojjlble. Ceux des chrétiens font fanBifiês au Seigneur , dez le prémier moment de leur exifiance , i l. Corinth. VIL v. 14. Cejl pour cela qu'ils font enfevelis dans fa mort par le Baptême , qu'ils reçoivent la grâce de pouvoir vivre dans la communion de Jéfus - Chrijl} afin qu'en qualité d'enfans de Dieu , ils foient & demeurent à jamais fes héritiers & les co-héritiers de Chrijl. Ils ont donc les mêmes droits £5? les mêmes privilèges que tous les autres chrétiens > Par conféquent , ceux à qui ils appartiennent ne doivent pas les en priver t foit en négligeant de leur donner me bonne éducation , foit . en leur en donnant une mauvaife. 2. i i (j)N doit commencer d'autant plütot a leur donner y une bonne éducation , qu'on remarque de bonne heure qu'ils font des hommes corrompus vicieux. Cette corruption ne tarde pas à fe manifejler , tant \ dans leur corps , que dans leur cœur & dans leur , ejprit , On auroit grand tort de les excufer en di- fini , que ce font des enfans qui ne favent ce qu'ils | font. C'ejl fe tromper que de chercher la caufe \ de la corruption qui fe manifejle chez eux en ce j qu'ils né connoijfent pas encore les facultés de leur I ame & qu'ils ignorent la manière d'en faire un bon \ ufage. L'expérience prouve le contraire j Car plus ! les enfans apprennent à faire ufage de leur e/prit & de leurs autres facultés , plus le fond de corruption qui ejl en eux fe décèle. Non feulement on découvre ’ dans leur ame me ignorance totale des vérités divi- • nés i X o X fies & le peu £ aptitude qu'ils ont a les faifr » à les concevoir & à les apprendre , mais encore le dégoût ^ même l'averfion marquée qu'ils en ont . Cela , joint au penchant qu'ils ont à s'occuper & d s'attacher à toutes fortes de chofes vaines & frivoles , prouve ajfez que les enfans font des hommes corrompus. On remarque en même tems qu'ils ont une inclination naturelle à faire un mauvais ufage des membres de leur corps , même de ceux qui font les plus faibles & les plus fujets à des accidens fâcheux , qu'ils prennent un certain plaifir & qu'ils ont une adrejfe étonnante à les employer d'une manière qui indique manifejlement leur mauvaife façon de penfer & leurs inclinations vicieufes. La différence quil y a entre les tout-petits enfans £ 5 ? ceux qui commencent à faire ufage de leur raifon , confjle à l'ordinaire , uniquement en ceci , que ces derniers favent mieux cacher leurs vices , prouvent par là qu'ils font de bonne heure enclins à l'hypocrijie, §. ?» D E quels vifs fentimens de compaffton ne devroient donc pas être pénétrés ceux qui connoiffent la grande dejlination des enfans , lorfqu'ils confidèrent , d'un coté l'extrême foibleffe de ces pauvres petites créatures , & de l'autre $ leur état de corruption & de péché ? Mais en même tems , de quel ardent défir ne devroient - ils pas fe fentir animés , de leur tendre la main pour leur donner tous les fecours pojji- bles ? Ces jeunes créatures font d'autant plus dignes X î de x * yt de pitié, qu'elles connoiffènt aujjî peu leur deflination qu’un Prince nouveau né connoit les droits de la couronne qu’il doit un jour hériter. Elles ignorent ce V qu'elles doivent à leur Créateur & à ce fidèle Ami ^ fies hommes qui les a rachetés. Elles ne connoijjenp pas leurs rélations & leurs obligations envers leurs parens & envers la Société, ni les talens & les facultés , tant du corps que de l’ame , qu'elles ont reçues de Dieu , ni le bon ufage quelles font obligées d'en faire i Encore moins connoijfent- elles ce mal- heureux héritage qu'elles ont apporté en naijfant , & qui confifie en tant de foiblejjes , de vices & de mifères > Tout cela ejl encore caché à leur entendes ment. Les pleurs & les cris fréquens de ces pauvres enfans, les dangers fans nombre auxquels ils font ex- pofés , leurs differentes fautes & infirmités, font ^ autant de voix touchantes , autant de fupplications ^ muettes , par lefqueües ils conjurent les perfonnes âgées , fur tout celles qui penfent chrétiennement , de les ajjlfier de leurs charitables fecours, & d'accepter pour recompenfe quelques mines riantes , quelques regards d'amitié , en attendant que , dans un âge plus mur, ils payent les foins qu'on leur a donnés par les fruits de la bonne éducation qu'ils auront reçue. i* 4* place avec raifon les Pères & les mères au pré - V mier rang des perfonnes chargées par état, du devoir important de donner aux enfans une Education raifon- * V ’X'o'X raifomahîe & chrétienne. Çejl à eux principalement que Dieu a confié leurs enfians , comme un dépôt fa - V cré , comme un préfent qu'il leur a fait dans fa grâce. C'ejl d'eux qu'on a donc droit d'attendre & d'éxiger , qu'ils employent toutes les peines & toute la fidélité dont ils Jont capables pour donner à leurs enfans l'éducation qu'ils leur doivent. Vous pères, élevez vos enfans fous la difcipline, & en leur donnant les inftrurïions du Seigneur ; C'ejl l'exhortation que /’ Apôtre adrejje à tous les chrétiens , Ephef. VL 4 . Pourquoi le Créateur a-rt- il rempli le cœur des pères & des mères d'une ajfe&ion fi tendre pour leurs enfans ? C'a été pour tes porter d'autant plus efficacement à donner tous leurs foins à des créatures qui en ont un fi grand befain* Ils £ ne peuvent donc , fous aucun prétexte , fe difpenfer ^ de s'aquiter de cette obligation. Que fi leur emploi , ou leur profejfion ne leur permet pas de donner à l'e- duçation de leurs enfans toute l'attention nécejfaire * ou s'ils n'ont pas reçu de Dieu les dons les talens convenables pour cela , ils font indifpenfablement obligés de fe procurer des aides propres à remplir une partie de cet important devoir i Et ces aides , fait qu'on employé pour cela des Régens d'Ecoles publiques , fait qu'on prenne chez foi des précepteurs particuliers, des Gouverneurs , ou des gouvernantes , ces aides , dis-je, font dès lors chargés des mêmes obligations que les pères & mères ,• Ils partagent avec eux la i, joye du fuccès , mais auffi la douleur devoir les enfans mal réuffir , & le Compte que doivent rendre à Dieu ceux qui les ont négligés. * §# *). Au X o X 5. f, refie tes perfonnes qui aiment Jincèrement leurs: propres enfans , ou ceux qui leur font confiés , ne doivent pas fie laijfer décourager par le fentiment de leur infujfifance , ni trop redouter le travail qu'exige. Véducation des enfans , ni fe laijfer rebuter par les difficultés qu'ils y rencontrent. Ils doivent tenir pour maxime confiante , qu'avec l'ajjîfiance & la bénédiction du Toutpuiffant , on vient à bout de tout. Paul plante , Apollos arrofe , mais Dieu donne l'ac- croijfement. Cette divine promejfe s'accomplit très particulièrement dans l'éducation des enfans. De même que l'Eglifede Chrifi, en générait efi le Champ de Dieu , I. Corinth. III. v. 9. lequel doit attendre du Seigneur toute fa fécondité , ainfi les enfans font , dans un fens très particulier , un objet continuel de la bénédi&ion de Dieu. Cela étant , tous ceux à qui la culture de cette ejpèce de pépinière efi confiée , ne peuvent ajfez reconnaître le prix de la grâce que le Seigneur leur a faite de les appeller à être fes co - opérateurs. Elus ils remarquent que PE- jprit de Dieu travaille dans le cœur de leurs enfans , plus ils doivent, redoubler leurs foins pour ecarter tout ce qui pourroit troubler ou empêcher fes falutai- res opérations j Et c'efi en s'y appliquant qu'ils réus- front à remplir heureufement leur tache. Les pa- rens , aujji bien que les infiituteurs des enfans , doivent favoir , tant par la connoijfance qu'ils ont d'eux- mêmes y que par leur propre expérience que par eux mêmes , & par leurs propres forces > ils ne peuvent X o x faire aucun bien j Beaucoup moins ejl.il en leur pouvoir de former le cœur dè leurs enfans pour le rendre conforme à l'intention de Chrifl. La conviBion de leur infujfifance doit donc les porter à implorer ardemment l'aJJJflance du Seigneur , dans la ferme confiance qu'il la leur accordera. S’il y a quelqu’un qui manque de fagelfe * dit VApôtre , qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous libérale* ment, fans rien reprocher , & il la lui donnera, St. Jaq. I. v. fi Quiconque entre avec cette confiance dans l'importante carrière de l'éducation des enfans , ne fera certainement point rendu confus. C'ejl aujji dans cette même confiance que j'ofe donner cette briève Manudu&ion. Je prie les parens & les infiituteurs , de la regarder , non comme un art nouveau , inventé par le génie , ^ pratiquable par les feules forces de la nature , mais comme le confeil d'un ami , lequel * quoique perfuadé de fon incapacité , efpère de la Bénédi&ion divine que fes avis m feront pas tout à fait infruBueux. L'ordre que je me propofe de füivre dans mes obfervations m'engage à en faire m partage qui me parait ajfez naturel. Je divife ce petit Traité en cinq Chapitres $ Le prémier parle du foin que les pèrês & les mères doivent avoir de leurs enfans 9 dans le terns que ceux-ci font encore dans les flancs de la mère * Le fécond traite du foin qu'ils doivent avoir de leurs X o X leurs enfans , depuis leur naijfance, jufqu'à ce qui ils font fèvrés* Dans le troifîèiite , on parlera de leur éducation jufqu'à Page de fept ans. Dans le quatrième, de la manière de les élever jufqu'à Page de quatorze ans* Et dans le cinquième , depuis cet âge , jufqtiâ celui de vingt & un ans* Au rejîe , quand je parle de Page de fept ans, de celui de quatorze & de vingt & un ans , les confeils que je donne ne font pas tant appliquables à ces âges - là , qu'aux di/pofitions du corps , & aux facultés de Pâme qui fe manifeftent à Pordinaire chez les jeunes gens , à ces différent âges. Cejl donc t moins à Page qu'aux qualités du corps & de Pefprit, qu'il faut faire attention dans l'application deS in- firu&ions que je donne . Une autre raifon , qui nia déterminé à divifer ce petit Traité en autant de Chapitres qu'il y a d'époques marquées dans Page des enfans , e/l que , par là , leurs Parens & leurs Prépo- fés pourront avec plus de facilité trouver le chapitre qui ejl rélatif à Page aPluel de leurs enfans* CHAP. I. CHAPITRE I. Du foin que les Parent doivent avoir de leurs enfans lorfque ceux - ci font encore, dans les fanes de leurs mères. §. i. L ËS foins que les pères & les mères doivent à leurs enfans font un devoir qui commence au premier moment où ces créatures, également dignes d’amour & de pitié, reçoivent l’exillence. Dez qu’une mère s’apperçoit qu’il s’eft formé dans fon fein un fruit auquel Dieu a donné fetre & la vie, elle entre dans une double obligation de recommander au Seigneur fon ame & fon corps, afin qu’elle puiife fe comporter, dans cette circonflance, de la façon la plus convenable au bien de l’enfant qu’elle porte fous fon cœur. Le Père n’eft pas moins obligé de contribuer de tout fon pouvoir à maintenir fon époufe dans une bonne dilpofition de corps & dans une parfaite tranquilité d’efprit. Ici les vrais Chrétiens ont un grand avantage fur les autres hommes, en ce que, par la prière, ils peuvent puifer la grâce & la bénédiction dont ils ont befoin, dans le Myftère de l’incarnation du Sauveur du monde. Ce ne fera jamais en vain qu’ils lui adrelferolit avec foi cette oraifon renfermée dans les Litanies de l’Eglife : j, Soulage & bénis les femmes enceintes, parce v que tu as été porté dans les flancs d’une fem- » me: Affilie celles qui enfantent,, par les dou- 3, leurs de ta nailfance : Soutiens celles qui nour- 33 rilfeat, parce que tu as été allaité au fein ” A ta L’EDUCATION des ENFANS. 0 ) ,5 ta Bienheureufe Mère fC . Comme toutes les cir- conftances de la vie, auflï bien que celles de la paflion & de la mort de notre Sauveur, font méritoires pour tous les hommes , une mère chrétienne peut attendre de fa Grâce la bénédidion de fon enfant, dez le prémier inftant de fa conception. Remplis de cette douce confiance en la Bonté divine, le père & la mère confacrent de concert leur enfant, auffitot qu’il eft conçu, à ce Créateur tout - puiffant dont le fouffle lui a donné l’ame , & dont la main forme fes membres encore tendres. De quels fentimens de recon- noiffance & de joye ne doit donc pas être pénétrée une mère qui penfe, que l’enfant qu’elle porte dans fon fein & qu’elle doit mettre au jour dans un tems marqué, eft une créature de Dieu, rachetée par le Sang de Jéfus - Chrift ? Plus elle y médite dans un intime commerce de cœur avec fon Dieu, plus elle eft heureufe, & plus elle eft garantie des impreffions facheufes qui pourroient troubler fa paix , Ce doux calme de l’ame ne manque pas même d’influer fur la bonne conftitu- tion, tant du corps que de l’efprit de l’enfant qui doit lui naitre. En effet, l’expérience prouve que les fautes , fouvent même les plus légères que fait une femme enceinte, quand elle fe conduit mal, ont des fuites fatales pour fon enfant. Inftruite de cela, une mère fage & fidèle a foin de fe comporter, tant dans le boire & le manger , que dans le travail & dans le repos, ainfî qu’en toute autre chofe, d’une manière convenable au bien - être de la foible créature dont la fubftance eft fi étroitement liée à la fienne que toutes deux n’en conftituent, pour ainfi dire, qu’une feule. Un bon père de famille ne néglige pa» CHAPITRE I. 2 £as non plus d’ecarter, autant qu’il lui eft pos- lible , tout fujet de chagrin , de triftelfe & de crainte qui pourroit troubler la paix & la tran- quilité de Ton Epoufe i En un mot, il éloigné tout ce qui eft capable d’altérer la fanté du corps & le contentement de l’efprit. §. a. C ES attentions, tant du père que de la mère, ne doivent cependant pas être trop fcrupu- leufes. Les ménagemens trop étudiés & trop recherchés peuvent être aulli nuilibles qu’une négligence & une nonchalance excelîive. Le défaut de précaution à éviter tout ce qui pour- roiü caufer quelque dommage à l’enfant, lui eft fouvent moins préjudiciable que la recherche trop foigneufe des moyens de lui faire du bien. Entre ces deux extrémités il y a un jufte milieu que doit garder une mère qui le fent enceinte. La manière de fe comporter la plus fure, tant pour elle que pour fon fruit, eft de continuer la façon de vivre ordinaire, Toit par rapport au travail, foit par rapport au boire & au manger, au repos & au fommeil, pourvu qu’à tous ces égards elle ait foin d’eviter les excès. Ce régime lui convient d’autant mieux que c’eft celui que doit obferver toute perfonne fage qui veut conferver fa fanté. Si la tempérance, & le choix des viandes & des boilfons faines, font les plus furs moyens de fe bien porter, perfonne n’eft plus obligé d’ufer de ces moyens qu’une femme grolfe, fujette à toute les incommodités qu’occafione naturellement la grande révolution qui s’eft faite dans fon corps, dez le moment qu’elle a conçu. A 2 Lee V 4 L’EDUCATION des ENFANS. Les viandes de facile digeftion font celles qui lui conviennent le mieux -, mais elle doit avoir grand foin d’en faire un ufage modéré. Il faut que la quantité qu’elle en prend foit toujours proportionnée aux forces de fon eftomac. Quant à fa boiffon, elle doit être légère, tempérée & en petite dofe, dut - elle boire plus fou- vent. Il eft des femmes qui s’imaginent que » pour fe fortifier dans leurs différentes foiblefles, îl faut recourrir à des vins violens, ou à d’autres liqueurs propres à fortifier l’embrion ; Mais c’eft une grande erreur , ces fortes de boiffons font plutôt un venin qui peut produire des effets très dangereux, tant dans le corps de la mère, que dans celui de l’enfant. L’air qui convient le mieux à l’une & à l’autre, eft un air calme, pur, ni bien chaud, ni bien froid. On aura foin de raffraichir fouvent l’air de leurs chambres , & de ne pas trop échauffer leurs poeles. Elles peuvent continuer d’etre au grand air, lorfqu’elles y font leurs travaux accoutumés , quand même cet air feroit un peu défagréable & incommode. En un mot, il eft bon qu’elles fe donnent un mouvement modéré & qu’elles ne foient pas trop fédentaires. On peut les laiffer jouir de plus de repos & d’un fommeil plus long qu’à l’ordinaire > lorfque les circonftances le leur permettent. Dans leur travail, elles doivent s’interdire toute agitation de corps & tout effort violent, aufîî bien que d’étendre les bras plus que de coutume. En CHAPITRE L r En obfervant cette précaution elles peuvent en toute fureté vaquer à leurs occupations ordinaires. La fituation de l’enfànt dans les flancs de fa mère a été tellement ménagée par le Créateur, qu’il fe trouve agréablement fufpendu dans une envelope remplie a’une eau tiède, fans être pres- fé par aucun corps qui puiffe le gêner, ni dans fon accroiffement, ni dans fon mouvement. Tel étant l’ordre de Dieu & l’arrangement qu’il a fait dans la nature, une mère doit bien fe garder de le violer ; Elle fe rend coupable de cette violation lorfqu’elle porte un habillement ferré & gênant, ou un corps de baleines fortement lacé. Par là fon enfant fe trouve à l’étroit dans fa retraite , l’extenfion & la dilatation de fes membres délicats eft empêchée ; cette mère en fouffre elle- même, en ce que par là fon fang eft gêné dans fa circulation , d’où il réfulte fouvent des douleurs de tète & de poitrine, des difficultés de refpirer, des foiblefles, des pamoifons, des coliques , & même quelquefois des fauffes couches. Lorfqu’il y a pléthore chez la mère, elle peut; diminuer la trop grande abondance de fon fang en prenant moins de nourriture qu’à l’ordinaire ; Mais fi la diète ne produit pas cet effet, une Alignée pourra lui procurer quelque foulagement, pourvu que cela ne fe faffe pas fans néceffité ni avant le troifîème mois de fa grofleffe. On, pourra encore lui tirer du fang peu avant le tems où elle doit accoucher. Au refte, dans ce cas, comme dans tous les autres, il convient de con- fulter un Médecin entendu & expérimenté. A ? $. s L’EDUCATION des ENFANS. §. Q UELQJJE bonnes que foient toutes les précautions qu’une femme enceinte doit ob- "ferverà l’egard du boire & du manger, de l’habillement, de l’air & des exercices du corps; tout cela ne ferviroit de rien , fi elle fe laiiîoit emporter par la violence de fes pallions. Celles qui {ont les plus ordinaires, & en même tems les plus nuifibles aux perfonnes de cet état, font les envies, ou les appétits dérégies, & les frayeurs, ou la difpofition où elles font à fe laiifer aifément épouvanter. Plus ces pallions aquièrent un degré de force que la volonté ne peut furmonter, plus il importe qu’on donne à ces perfonnes les con- feils dont elles ont befoindans ces çirconftances. A l’egard des envies des femmes greffes, il faut mettre une différence entre leurs dégoûts naturels & la paillon violente avec laquelle elles envient quelquefois des chofes dangereufes. Cette dernière paillon eft une maladie qui a fon fiè- g? dans une imagination troublée, au lieu que le dégoût ne provient que de la mauvaife difpofition de l’eftomac. Lorfque les femmes groifes s’avi- fent de vouloir manger de la craye , du gips, ou d’autres matières femblables , c’eft une marque qu’il y a trop d’acides ou d’aigreurs dans l’efto- mac. Il faut donc leur faire prendre d’autres abforbans, tels que font, les yeux d’ecrevices, la poudre de coquillages, &c, Ont - elles envie de boire ou de manger des chofes aigres? C’eft un indice que leur eftomac eft exceifivement échauffé ou rempli de matières bilieufes, rances, ou qui tendent à la pourriture. Dans ce cas, on CHAPITRE I. 1 on peut leur permettre d’ufer modérément de boiflons ou de viandes alfaifonnées de vinaigre ou de jus de citron ou de grofeilles, ou de framboi- fes, & d’autres fruits aigrelets. Si elles n’appè- tent que des viandes bien falées ou épicées, on peut juger de là que leur eftomac eft rempli de glaires; Alors il fera bon de leur faire prendre un purgatif'doux, foit de Rhubarbe, foit de quelque fel amer. Ces fortes de dérangemens naturels d’appetit ne font pas difficiles à diftinguer des envies défordonnées qui ont leur liège dans l’imagination. C’eft de celles - ci qu’il eft à propos de parler un peu plus amplement. Ici j’ofe alîiirer qu’une femme qui eft une vraye chrétienne, c’eft-à-dire, qui a une vive foi en Jéfus- Chrift fon Sauveur, & qui, par cette foi, a obtenu„ non feulement le pardon, mais aulli l’affianchilTement de la fervitude du péché & de la crainte de la mort; j’ofe alfurer, dis-je, que cette femme trouve aifément un moyen promt & fur de furmonter toutes les attaques des envies dérégies de fon imagination & tous les mou- vemens d’une frayeur exceffive. Au moment qu’elle fent ces prémiers délîrs défordonnés, il fuffit qu’elle recourre par la foi & par la prière à fon Dieu libérateur pour le fupplier de la prendre de nouveau fous fa protection & de la garantir de tous les preftiges de fon imagination. Elle ne fe fait pas illufion fur la nature de ces folles envies ; Elle ne les regarde pas comme des fuites néceflàires de fon état, & par conféquent comme innocentes, mais elle les condamne & les repouife comme toutes les autres penfées extravagantes & criminelles qui peuvent s’elever dans fon ame. AveG V g L’EDUCATION des ENFANS. Avec cela, elle ne fe laiffe point épouvanter par les mauvais effets qu’ont produit î chez d’autres perfonnes, certaines envies qui n’ont pas été fa- tisfaites, Et ce qui la raffure, c’eft que ce Dieu qui l’a reçue en grâce, eft affez puiffant & bon pour la garantir de tout dommage. , . Cette ferme confiance qu’une mère chrétienne met en la fidélité de fon Dieu, eft auffi un puis* fànt préfervatif contre les impreftions dangereu- fes, que pourroit faire fur elle & fur fon enfant ( la vue de quelque objet effrayant. Tout vrai Chrétien eft effentiellement obligé de fe maintenir dans une continuelle préfence a’efprit j Chacun doit, fuivant l’exhortation de l’Apotre, regarder fans cejfe à Jêfus l'Auteur £5? le confommateur de la fai , Hebr. XII. %. Mais la pratique de ce de- voir eft doublement indifpenfable à une femme chrétienne qui fe trouve dans un état de groffeffe. Elle a befoin de l’obferver pour elle même, & fon fruit exige d’elle qu’elle s’en aquite fidèlement. En effet, cette tendre & innocente créa-, ture a droit de prétendre que fa mère ne faftè rien qui puiffe déranger la formation de fon coeur* de fon efprit & de fes membres. ♦■j Que fi cette mère a la foibleffe de donner en* trée dans fon efprit à des repréfentations menaçantes , elle ne doit pas s’en trop allarmer, ni s’en faire trop de fcrupules & de reproches : Le parti qu’elle doit prendre dans ce cas eft , de fe tenir attachée à celui qui, comme le dit Job, fevet P enfant de peau & de chair , & qui leçons-, fofe d’os & de nerfs. Job. X. u. Au CHAPITRE IX 9 Au refte les pères & mères prudens auront foin de tenir prêt tout ce qui eft néceflaire pour recevoir , pour loger & pour entretenir convenablement le nouvel hôte dont ils attendent rarrivée. Les principaux meubles dont ils doivent être pourvus font, une petite baignoire, des langes & des maillots, un petit lit, des bonnets & un berceauj En tout cela, comme dans les autres préparatifs, ils auront égard à la néceflité & à la bienféance, ils agiront d’une manière fortable à leurs facultés & à leurs cirçonftances ; & s’ils font fages , ils éviteront tout luxe & tout fu- perflu. CHAPITRE IL Du foin que les f avens doivent avoir de leur$ enfans nouveaux - nés jufqu'au tems où ih fe- ront fèvvés. U S SIT O T que , par l’aflïftance divine ^ un enfant eft heureufement venu au monde, le prémier devoir des parens chrétiens eft d’en rendre leurs humbles adions de grâces à celui dont la Toutepuiflance, après lui avoir donné l’etre, l’a aulîi tiré merveilleufement des flancs de fa mère, & de lui confacrer ce petit enfant pour être fon bien propre & particulier. Le fécond objet de leur attention doit être le corps foible de ce pauvre enfant , lequel il convient de confier aux fidèles foins d’une fage - femme intelligente ; fans néanmoins que les parens fe difpenfent de veiller fur la façon dont il fera conduit. Ces foins A f con- io L’EDUCATION des ENFANS. confident à lui lier le nombril, à le laver & à le purger, à Pemmaillotter , à le coucher dans fon berceau, à lui procurer le repos & le fom- meil, la nourriture & le mouvement, de la manière la plus convenable. Chacune de ces fonctions mérite une attention particulière, parce que c’eft en s’eti aquitant bien, qu’on peut procurer au nouveau - né une conftitution faine & robufte; au lieu qu’en négligeant, ou en faifant mal ces difterentes opérations , l’enfant rifque d’avoir un corps foible, trop fenfible & valétudinaire §. 2 , Q UOIQJJE la Sagefemme ait ufé de toute la précaution poiîible dans la ligature du ” nombril de l’enfant, il arrive quelquefois que les vaifleaux dont il eft compofé, ayant été auparavant gonflés , fe refferrent enfuite & deviennent plus minces ; Alors la ligature n’étant plus fi ferrée, il arrive que le fang s’en échappe. De là la néceffité de vifiter fouvent cette partie pour voir dans quel état elle eft. Aufli-tot qu’on s’apperçoit d’un écoulement de fang , il ne faut pas tarder de faire une fécondé ligature, pour préferver l’enfant des fuites dangereufes qui en pourroient réfulter. §• l N enfant apporte avec foi en naiffant différentes immondices qui fe trouvent, tant dans l’intérieur, que fur la furface de fon corps. La première dont il faut le nettoyer eft cette matière CHAPITRE IL ii matière caféufe, gluante & collée à la peau qui ne s’en détache qu’à l’aide d’un bain. Ce bain fait une partie fi effentielle du devoir des perfonnes qui foignent les enfans, que dans plufieurs païs, les Pages - femmes font appellées des Baigneufes. Cependant cette opération fe fait en autant de différentes manières qu’il y a de différens peuples fur la terre. Les uns baignent leurs enfans nouveaux nés dans de l’eau froide, les autres dans de l’eau tiède, & d’autres dans du vin. La meilleure méthode eft de fe conformer en ceia à ce qui eft le plus convenable & le plus analogue à l’etat d’où il eft forti & à la température de l’air du païs. Nous ne pourrions fans danger traiter nos enfans comme les Nègres ou les Grœn- landois traitent les leurs. Le traitement de l’enfant d’un bourgeois aifé ne doit pas non plus être le même que celui d’un pauvre païfan. Chaque pais a fes coutumes particulières, il n’importe laquelle, pourvu que l’enfant foit débaraffé de fes ordures. Après qu’il aura été bien lavé dans un bain d’eau tiède, mêlée d’un peu de vin , ou de fel, d’abord après fa naiffatice, & les jours fui- vans , avec un linge mouillé une ou deux fois par jour , il fuffira de le baigner ou de le laver enfuite deux fois chaque femaine, jufqu’à ce qu’il ait trois à fix mois. Paffé cet âge , on ne le lavera plus qu’une fois par femaine. Quant aux ^enfans qui font menacés de confomption, d’étifie, de la chartre, ou d’avoir les membres noués, on fera bien de leur continuer plus long - tems les bains, on pourroit même joindre à l’eau, foit froide , foit un peu tiède, une poignée d’herbe de Thin, & autant de menthe crépue, ou de Le- veffe. A ces T* ï2 L’EDUCATION des ENFANS. A ces foins néceflaires pour tenir propre l’extérieur du corps il faut joindre celui de purger intérieurement les enfans. On fait que l’eftomac d’un nouveau né eft rempli de glaires épailfes, & fes entrailles d’une madère noire & vifqueufe que les Médecins appellent Méconium ; 11 fe trouve même déjà de l’eau dans fa veffie. Tout cela demande une certaine évacuation, & c’eft à quoi la Sagelfe du Créateur a pourvu. La dilatation de la poitrine, qui fe fait à mefure que l’enfant re- fpire plus librement, fert à dégager l’eftomac & les autres vifcères des matières glaireufes & du méconium. Pour faciliter cette évacuation, on peut lui faire avaler par intervalle une cuillerée d’eau fucrée ou miellée j Cependant il faut obfer- ver de ne pas lailfer l’enfant couché fur le dos , mais de le pancher alternativement fur un coté > afin qu’il puilfe jetter plus aifément ces mucofités par la bouche. Si dans les prémières 24 . heures, l’enfant ne fe purge pas de fon méconium, on lui donne un peu de fyrop de rofes, ou de violettes, ou de rhubarbe', avec de l’huile d’amandes douces, ou delà bouillie de manne. On peut aulli lui donner un petit lavement d’eau, dans laquelle on a fait bouillir un peu d’orge mondée & de fucre. Bien des gens fe contentent de lui faire boire du petit lait doux bien clarifié & d’une chaleur égale à celle du lait fortant de la mammelle ; Et cela, pendant deux ou trois jours confécutifs. Mais de tous les évacuans, il n’y en a point de plus naturel, & fouvent de plus efficace, que ce qu’on appelle Coloftrum, c’eft - à - dire, cette férofité laiteufe qui fe trouve dans les feins de la mère, d’abord après l’accouchement & avant que le véritable lait foit formé. La mère fera donc un grand CHAPITRE IL H grand bien à fon enfant, fi pour le débaralfer des matières qui l’incommodent, elle lui fait pren* dre ce remède dix ou douze heures après fon accouchement & même plutôt. En faifant cela, il ne faut pas négliger de procurer au nouveau - né l’évacuation de fes urines. Si l’epanchement ne s’en fait pas de foi - même, il faudra le lui faciliter ,, en lui frottant doucement le ventre du haut en bas. Au cas que cela ne produife pas fon effet, & qu’il n’ÿ ait point de mauvaife conformation des parties, on pourra lui appliquer fur le bas ventre un épithême ou fomentation de lait * de mie de pain & d’oignons grillés dans les braifes. §. 4 - I L femble qu’on ne devroit pas chercher dans un Traité, tel que celui-ci, une inftru&ion fur la manière d’emmaillotter les enfans. On auroit plutôt fujet de fuppofer, que perfonne n’a plus de connoiffance & d’expérience en cela, que les mères & les fages - femmes. Cependant les mauvais préjugés dont on eft imbu à cet égard font fi généralement répandus ,& fi fortement enracinés, que les pères & mères ont befoin qu’on les prie d’apporter à cette opération ^attention la plus exacfte & la plus fcrupuleufe. Le but de î’enmaillottement d’un enfant eft, qu’il foit maintenu dans une pofition ferme & fure, de peur qu’en fe tournant de cote & d’autre , il ne rifque de fe faire du mal. Les maillots fervent en même tems à le préferver du froid qui pourroit lui être très nuifible. Toute manière d’enmaillotter qui n’a pas ces deux ufages pour objet, ou qui va plus loin, peut caufer un dommage confidérable aux 14 L’EDUCATION des ENFANS. aux - membres encore tendres d’un enfant. Ce dommage arrive principalement lors qu’on ferre trop les linges, les maillots & les bandes fur la poitrine & autour des membres de l’enfant. Ces liens, ou plutôt ces entraves, n’empèchent pas feulement le mouvement libre qu’il doit néceffai- remettt avoir, mais ils font aulfi un obftacle à fa bonne conformation & à fon accroiffement. En ferrant fortement le corps d’un petit enfant, on ne peut manquer de trop comprimer les petits vaiffëaux qui le trouvent immédiatement fous la peau & dans l'on tiifu, d’empécher que le fang & les autres fucs nourriciers ne circulent librement, & d’arrêter cette tranfpiration infenfible qui eft fi néceffaire à la confervation de la fanté. Le corps a indifpenfablement befoin d’evacuer par les potes différentes humeurs peccantes ; Dez qu’on en barre l’évacuation par un emmaillotte- ment trop ferré, elles s’amaffent en plus grande abondance & fe corrompent avant que d’avoir trouvé d’autres iffues. De là vient que les enfans font fujets a épancher beaucoup d’urine, que leur nez eft rempb de mucolités, & qu’il fe fait un écoulement abondant d’humeurs qui fuintent, tant des oreilles que des glandes du col. Par une trop forte preflion de la poitrine on dérobe aux poulinons la libre infpiration & expiration de l’air. Le iang qui doit circuler dans les petits vaiffëaux de ce vifcère eft géné dans fon cours, & le ch;le ne peut pas être préparé convenablement pour fournir un bon fuc nourricier. Il faut ajouter à cela , que l’enfant fe fentant dans une fituation forcée, fait des efforts & retire fes membres pour avoir plus de force à fe dégager de ce qui le gène. Les mouvemens violens qu’il fe donne pour cela & CHAPITRE IL ïf & la grande réfiftance qu’il trouve dans fes bandages étroits, font une des principales caufes des dislocations, des courbures & des hernies qui fe forment dans les différentes parties defon corps. C’eft auffi à cette même caufe qu’on peut attribuer les convulfions auxquelles plufieurs enfans font fujets. Une preuve de ce que j’avance eft, que fouvent auffitot que l’enfant eft démaillotté, les convulfions diminuent ou ceffent tout à fait* Un autre effet de cette efpèce de torture eft, que les enfans ainfi garottés font prefque toujours de mauvaife humeur, & que pendant le tems qu’ils ne dorment point, ils pleurent prefque continuellement. Vient-on à les dégager de leurs liens? Dez qu’ils peuvent manier & étendre librement leurs petits membres, on voit bientôt la joye & la fatisfa&ion peinte fur leur vifage. Alors , ravis de pouvoir à leur aife fe trémouffer, ils fem- blent prier par leurs mines riantes qu’on ne les remette pas de nouveau à la torture. Ici je joins mes fupplieations à celles de ces tendres nourris- fons, pour conjurer leurs parens de ne pas permettre qu’ils foient liés & ferrés fi fortement , niais de les laiffer jouir de toute la liberté qu’on peut leur donner, fans les expofer à prendre du froid, ou à avoir une pofition peu ferme & allurée , ou à ne pouvoir pas être portés par leurs nourrices. Un autre avantage qui en reviendra aux enfans eft que, par là, ils feront exemts de ces fueurs abondantes qui affoiblilfent toujours le corps & qui étant quelquefois accompagnées d’humeurs acres produifent fouvent des veilles, une efpèce de miliaire & d’autres maladies de la peau. Outre cela, un enfant moins ferré dans fes maillots & moins entortillé de bandes eft plus aifé à emmail- 1 6 L’EDUCATION des ENFANT cnirtiâiiîotter, & quand il s’eft fali, plus promtô* ment dépouillé & nettoïé de fes ordures. Là coutume qu’on a dans quelques endroits, de porter les petits enfans devant foi , le dos appuié fur la poitrine & fufftfamment couverts, eft de beaucoup préférable à celle de les porter fur un bras i parce que cette dernière méthode demande que Ÿ enfant ait le corps fortement bandé, de peut qu’il ne prenne une tournure dangereufe, au-lieu que la prénrière façon de les porter les lailfe à leur aife & les exemte de gène & de tout danger. §• f. A manière de coucher les petits eiifarts ëft le quatrième objet du foin & de l’attention qu’on doit avoir pour eux. Quand on parle de leur couche, on n’entend pas feulement par là leur berceau, mais encore les lits fur lefquels ils doivent être couchés & dont ils doivent être couverts. Le berceau eft fans contredit l’inftru- ment le plus propre à donner aux enfans urt mouvement convenable & fain. On obferve me* me que le bercement eft un moyen efficace de guérir de différentes maladies les perfonnes de tout âge. Il eft des pais où, pour achever de guérir les convalefcens qui relèvent de longues & dangereufes maladies , on les couche fur des lits fufpendus & branlans, dans lefquels on lés berce doucement. Pour des enfans qui ont les membres foibles ou noués, on a reconnu qu’il eft très bon de les agiter doucement au moyen d’une efpèce de branloire. Cependant, autant le mouvement du berceau fert à la fanté d’un enfant, autant le bercement peut-il lui être nuifible, lors- CHAPITRE IL 17 lorfqu’il rt’eft pas bien réglé. La conftitution encore foible d’un petit enfant eft telle, qu’il a befoin d’un fommeil prefque continuel, & quand il eft bien couché dans fon berceau, cette fitua- tion avantageufe le provoque encore davantage à dormir. Cela étant, lorfqu’il ne s’endort pas bientôt après avoir été couché, ou fi, après avoir été endormi, il fe reveille d’abord, fans qu’un doux mouvement du berceau lui faife revenir le fommeil, il faut examiner quelle peut être la caufe de cette infomnie. Il peut être qu’il eft ferré trop fortement. Peut-être s’eft-il fali. Il a peut - être trop chaud. Il fe peut aufli qu’il a faim ou foif, ou qu’il fouffre quelque douleur. Alors, aulieu de prétendre le forcer à s’endormir par un bercement violent , il faudra tacher de lever la caufe de fon inquiétude. Par une agitation violente du berceau l’enfant eft étourdi, au point que, s’il s’endort, ce n’eft plus un doux fommeil qui lui furvient, c’eft plutôt une efpèce de léthargie ou d’apoplexie. Ajoutez à cela que, dez qu’un enfant eft accoutumé à être endormi par ce cahottement, il ne peut plus fermer l’oeil à moins d’être fecoué de cette manière. Il eft vrai que l’embarras d’une nourrice eft fouvent tel, qu’il l’oblige à employer tous les moyens poffibles pour calmer l’inquietude d’un enfant & pour ap- paifer fes cris ; Mais, aulieu de le bercer fortement , ou de l’agiter d’une autre manière violente, elle doit examiner fi cette inquiétude ne provient pas d’une des caufes indiquées ci-deflus, & travailler à les lévet auffi promtement qu’il fera poftible. La plupart des mères & des gouvernantes d’en- B fans i8 L’EDUCATION DES ENFANS. fans font dans la penfée que c’eft leur faire du bien que de les coucher dans un lit bien,rempli de plumes ; Mais elles ne penfent pas que c’eft faire à ces tendres nourrirons un tort dont ils fe relfentiront peut - être toute leur vie. Tel eft Je fort que l’Auteur de la nature a affigné à la créature humaine, que fa vie eft fujète à elfuïer beaucoup de différens travaux, de peines & d’incommodités. Plus on accoutume les enfans à être privés de tout ce qui pourroit les rendre mois & délicats, plus on les prépare à fupporter aifément les diverfes calamités de la vie. C’eft donc ufer d’une tendrelfe & d’une complailànce bien mal entendue que de les rendre de fi bonne! heure incapables de foutenir le poids du fardeau qu’ils feront un jour obligés de porter. Joignez à cela que la chaleur exceflive qu’éprouve un enfant dans ce tas de lits, affoiblit de plus en plus fon petits corps & le rend fi fenfible aux impres- fions de l’air, que le moindre vent froid lui devient infupportable ; Et dez que fes pores fe trouvent par la fermés fubitement , les enchiffréne- mens, les toux, les rhumes, en font les fuites naturelles & nécelfaires. Il faut donc que la couche d’un enfant foit ménagée par la prudence & par la modération. Pour cela , il ne faut pas d’avantage qu’une bonne paillaife, remplie de tems en tems de paille fraiche , ou de bourre d’epautre, un petit linceul blanc étendu par deflus & les maillots dont l’enfant eft d’ailleurs envelopé. Cela fuffit abondamment pour le coucher delfus; Et pour fa converture , il n’a befoin que d’un drap blanc fur lequel on étend une courtepointe ou une petite couverte de flanelle ou de moul- ton. Une CHAPITRE IL 19 Une autre obfervation générale à faire eft, qu’on ne doit pas laiifer un enfant couché tout le jour dans fon berceau, fous prétexte que cette fituation eft pour lui la plus commode , la plus tranquile, & par conféquent la plus avan- tageufe. Non, elle ne l’eft pas, en demeurant fi longtems couché , ce repos continuel retient fon corps dans un état de foibleffe, s’il ne l’augmente pas. Ce n’eft que par le mouvement qu’il devient fort & robufte. Lorfque l’enfant ne dort pas , levez le plusieurs fois du jour , tenez- le pendant quelque tems hors du berceau, & dégagez - le de fes bandes & de fes maillots, autant que vous pourrez le faire (ans le trop expo- fer au froid, afin qu’il puiffe étendre & manier librement fes petits membres. Cela lui rendra la circulation du fang plus libre, fes humeurs s’evacueront plus aifément, les filamens en deviendront plus fermes & plus ferrés , les muscles fe renforceront par la liberté du mouvement, les jointures s’accoutumeront aux differens ma- nimens qui leur font nécelfaires j En un mot, toutes les parties du corps en aquerront plus de vigueur & d’agilité. Avec cela, il faut avoir foin de raffraichir fouvent l’air de la chambre, ne l’avoir ni bien chaude ni trop froide, la tenir toujours propre, éviter qu’on n’y refpire aucun air fétide , ni des odeurs fortes, quelque fuaves qu’elles puis- fent être. On a coutume de couvrir le berceau d’une pièce d’etoffe de couleur verte, pour garantir l’enfant du froid & du trop grand éclat de la lu- B 3 mière. 20 L’EDUCATION des ENFANS. mière. Cette méthode eft très bonne, mais on doit la pratiquer convenablement. Il faut que ce Couvre - berceau foit élevé à environ un pied & demi ou deux pieds au deffus de la tête de l’enfant. Il eft bon auftî qu’il ne couvre pas tellement le berceau que l’air n’y puiffe pas pénétrer. Il eft néceflaire encore que l’air du dehors y entre pour renouveller celui qui y eft renfermé. Les petites ouvertures qu’on y laifle facilitent auffi l’iflue des exhalaifons & l’enfant en relpire plus librement. Quant à l’attitude qu’il doit avoir dans fon berceau , il faut faire attention à ce que fa tête foit un peu élevée , de telle manière pourtant que le couffin qu’il a fous la tète, defcende jufques fous les épaules. Dans cette pofition il aura plus dç facilité à lailfer fortir par la bouche les glai- relî qui s’y ralfemblent & qui, n’etant pas rejet- tées à mefure qu’elles y tombent, pourraient lui donner la toux. Il imparte aufli que l’enfant ne foit pas toujours couché fur le même coté , mais tantôt fur l’un, tantôt fur l’autre, & de tems en tems fur le dos, 'mais pas trop fouvent. La nature demande qu’il foit ainfi accoutumé de bonne heure à toutes ces différentes fituations. Il n’eft pas moins important que le berceau foit placé de cette manière que les yeux encore foi- bles de l’enfant ne foient pas bleffés par une lumière trop éclatante. La vue des nouveaux-nés n’eft éclaircie qu’environ un mois après leur nais- fance. Ils n’apperçoivent que les objets qui font tout proches d’eux & ceux qui dardent une certaine abondance de rayons. Tout ce qui reluit, ou qui répand une grande clarté, attire leurs re- CHAPITRE II. ai gàrds & leur eft agréable. De là vient que la prunelle de leurs yeux fe tourne toujours du coté d’où la lumière vient. Si un enfant fe trouvoit conftamment dans la même pofition, fes prunel- les s’accoutumeroient à fe tourner de travers, & par cette fauffe direétion fes yeux deviendroient louches. Pour prévenir cet inconvénient, auquel il eft très difficile de remédier, il faut placer le berceau de façon que les pieds de l’enfant foient tournés du coté de la lumière , où de l’objet qu’il fe plait à regarder ; Ayant la vue ainfl tournée direélement devant lui, fes yeux n’auront aucun effort à faire pour fe porter vers les cotés, & par ce moyen, la prunelle reftera dans fà diredion naturelle. Une autre chofe préjudiciable à la vue des enfans eft, de s’approcher de leur berceau du coté de la tète, parce qu’alors ils s’efforcent d’elever & de renverfer la prunelle pour regarder la perfonne qui eft derrière eux, & par là les yeux rifquent de prendre une fauffe tournure. Un autre abus que je ne puis m’empècher de blâmer ici, eft celui que commettent bien des mères & des gouvernantes d’enfans, en les prenant dans leurs lits & en les couchant à coté d’elles. Dans certaines provinces de France il eft deffendu , fous peine d’excommunication , de coucher les enfans à coté de foi, avant qu’ils ayent atteint Page de trois ans. Cette fage Loi a fans doute eu pour motifs les malheurs fans nombre qui ont été les triftes fuites de cette mauvaife pratique. Sans parler ici des enfans qui ont été trouvés étouffés dans le lit, ou jettés par terre, on fe contentera de rapporter l’obfervation de plufieurs B ? habiles 22 L’EDUCATION dés ENFANS. / habiles Phyficiens. Us ont démontré par l’expérience que les enfans qu’on a coutume de mettre, coucher à coté des perfonnes âgées , ou valétudinaires, en contrarient une foiblelfe, une maigreur & une efpece de langueur ; Etfi cette forte d’epuifement n’attaque pas tout le corps de l’enfant , il fe fera remarquer dans le coté qui a touché de près la perlbnne avec laquelle il étoit couché. En fuite de la même obfervation , il fe trouve qu’une perfonne âgée aquiert de la vigueur & la conferve plus longtems, lorfqu’elle a ordinairement un jeune enfant fain & robutte couché à coté d’elle. La caufe phyfique de ce double phénomène eft indubitablement, que les émanations ou corpuscules qui fortent de ces deux corps , tant par la refpiration que par la tranfpiration fe communiquent de l’un à l’autre. Les particules du corps robufte de l’enfant fortifient le vieillard, & par réciprocité , celui - ci affoiblit l’enfant en lui tranfmettant celles de fon corps décrépite. Au relie cette obfervation n’eft pas nouvelle , elle eft aufli ancienne que le Roi David. Ce ne fut alfurément pas pour fournir un appas à la con- cupifcence charnelle, que fes officiers lui confeil- lèrent de laiffer coucher une jeune fille dans Ton fein ; C’etoit pour communiquer à fon corps accablé de vieilleffe une chaleur & une vigueur dont il fe trouvoit épuifé ; Audi eft-il exprelfément dit, qu’il ne connut point cette jeune perfonne, ./Voyez le I. Livre des Rois, Chap. I. v. i. 2. 4. §. 6 . CHAPITRE-IL a? §. 6 . L E fommeil eft fi indifpenfablement néceflaire à un enfant, que de là, plutôt que de toute autre chofe , dépend fon accroiffement & fa fanté. Par la circulation douce & régulière du fang , qui fe fait pendant le fommeil, les parties balfamiques du lait & de la bouillie , extraites & changées en fûts nourriciers par la di- geftion , fe communiquent à toutes les parties du corps & en augmentent par là le volume & la force. G’eft aullï pendant le fommeil que fe fait la tranfpiration la plus abondante, & par confe- quent l’expulfion des différentes humeurs peccantes. Cependant, quelque falutaire que foit le fommeil, il faut qu’il ait fes bornes & fa mefure* & l’on n’en doit permettre ni trop ni trop peu à un enfant. La conftitution du corps & la difpofition naturelle des enfans donnent ordinairement la plus fure indication fur laquelle il convient de fe régler. Lorfque, pendant le jour, ils font difpofés à veiller, on ne doit pas les forcer à dormir par des mouvemens étourdiffans j & dez qu’ils paroiffent vouloir fe repofer & dormir, il faut fe donner garde de les exciter à veiller. La nuit eft deftinée au repos ; Pendant ce tems là, il faut laiffer dormir un enfant autant qu’il veut. S’il vient à s’eveiller & à crier, ce n’eft pas toujours parce qu’il eft las de dormir j Souvent c’eft quelque douleur ou quelque néceflité qui trouble fon fommeil. C’eft peut-être fon eftomac qui fouffre pour n’avoir de longtems reçu aucune nourriture. Une autre fois ce font les ordures, ou la grande chaleur qui l’incommodent, &, qui l’obligent à s’en plaindre par des cris & à deman- B 4 der *4 L’EDUCATION des ENFANS. der fecours. Aufitot qu’on aura compris fa de*, mande & qu’on lui aura donné le faulagement dont il a befoin, on le verra incontinent après reprendre de lui - même & continuer fon fom- meil j Sinon, quelque doux mouvemens de berceau fuffiront pour cela. Pendant les premiers mois après leur naiflan- ce, les enfans dorment autant de jour que de nuit, parce qu’à cet âge, ils ont befoin de tout ce repos. Dez qu’ils ont pafle trois mois , il leur fuifit de ne dormir que pendant la moitié du jour. Mais comme on ne peut leur prefcrire à cet égard aucune règle fixe , la meilleure eft de s’accommoder aux circonftances, aux befoins, aux défirs & aux inclinations de chaque enfant. Lorfqu’il a pris un certain accroiflement & affez de forces, on le promène par la chambre, en le tenant fur les bras, & quand la faifon eft favorable, on lui fait prendre l’air. On peut auiîî fe fervir pour cela d’un petit chariot à fufpentes, dans lequel on le trainera doucement à l’air pour lui donner du mouvement, & dans lequel il pourra s’endormir, lorfqu’il fera las de veiller. Enfuite, à mefure qu’il deviendra plus robufte la durée de fon fommeil diminuera i à proportion jufques là qu’enfin il lui fufïira de dormir un peu à midi pour reprendre fes forces & fa gaieté. §. 7 - D EPUIS le prémier moment de fa naiffan- ce, un enfant éprouve une diminution continuelle dans la maife de fon corps, tant par CHAPITRE IL ar par la tranfpiration infenfible , que par d’autres, évacuations ; Et comme avec cela, il a befoin de croître en forces & en volume, il eft indtfpenfa- blement néceffaire qu’on lui donne une norrri- ture fuffifante, mais en même tems convenable à la délicateffe de fon corps. Ici l’on doit re- connoitre avec gratitude & admiration la bonté avec laquelle le Sage Créateur y a pourvu d’une manière merveilleufe. L’ordre qu’il a établi dans la nature eft tel, qu’auflitot que la mère eft accouchée , fes mammelles fe trouvent remplies d’une liqueur douce qui, fi elle n’en étoit pas tirée, lui feroit non feulement inutile & à charge , mais encore très nuifible. Suivant l’intention du Créateur , ce lait de la mère, doit donc être la prémière nourriture de l’enfant, & il eft en même tems la plus convenable, la plus faine & la mieux proportionnée à fes befoins. Ni dans le règne animal, ni dans celui des végétaux, on ne trouve aucun fuc nourricier qui ait, comme le lait , toutes les qualités les plus propres à fournir promtement & furément à toutes les par-i ties du corps d’un enfant la nourriture & l’ac- croilfement dont elles ont befoin. Après les peines que les Naturaliftes fe font données pour faire l’analyfe du lait, ils ont reconnu que les principes dont il eft compofé font : i. La crème, ou la partie grade Lorfque l’enfant a befoin de quelques remèdes raffraichifîans, ou des acides, ou des alkalis , une bonne mère eft toujours prête à prendre elle même , foit les alimens , fbit les remèdes les plus convenables à fon enfant, afin de lui en communiquer la vertu avec le lait qu’elle lui donne. La conclufion de tout ce qu’on vient de dire eft , que la meilleure nourriture d’un enfant eft celle que le Créateur lui a defti- née & préparée dans le fein de fa mère. Cependant s’il arrivoit qu’une mère , perfua- dée de l’importance de fes devoirs, & portée d’inclination à s’en aquiter fidèlement, fut-ce même aux dépens de fon repos , fe fentit hors d’etat d’allaiter fon enfant j Et cela, malgrée les différentes tentatives qu’elle auroit faites pendant plulieurs jours , & même pendant plufieurs fe- maines. Ce feroit alors feulement le cas de chercher les moyens de dédommager l’enfant de la privation du lait de fa mère. Le meilleur moyen d’y fuppléer feroit fans contredit une nourriture d’une qualité la plus analogue à celle du lait de la mère. Deux tiers d’eau fur un tiers de lait d’une vache bien faine, & s’il étoit pofîible toujours de la même vache, feroit en y ajoutant un peu de fucre, l’alimentation la plus convenable à l’enfant. Dez qu’on eft convenu que le lait de vache doit être fubftitué à celui de la mère, on comprend aifément que la vache doit aufli elle-même être pourvue d’une bonne nourriture. Ici il faut obferver. que le lait des animaux y CHAPITRE IL maux, aufli bien que celui des femmes, contracte la qualité , le goût, l’odeur, & fouvent la couleur des alimens qui fervent à leur nourriture ordinaire. Cette confédération eft pour les mères un motif de plus à allaiter elles - mêmes leurs enfans. Elles peuvent s’aflujettir à un régime qu’on ne peut pas prefcrire aux bêtes. La rai- fon leur diète de s’abftenir des viandes trop gras- fes & trop douces qui caufent des ventofités. Elles doivent fe priver des alimens aigres, comme de falade & de choux falés, ou en compote , parce que cela aigrit & fait cailler le lait. Elles s’nterdifent toute chair falée & fumée, à caufe des acretés qu’elle produit. Enfin elles doivent favoir proportionner la quantité & la qualité des viandes qu’elles prennent aux vrais be- foins de leurs corps & de ceux de leurs enfans. Quant à la bôiflon, elles auront foin d’en prendre une qui foit pure, limpide, dégagée de lie & de fédiment, qui ne foit, ni bien douce, ni ni aigre, ni forte. Si c’eft du vin, il faut qu’il ne foit , ni trop nouveau , ni trop vieux ; Et quand il eft violent il en faut tempérer la force en trempant d’eau. En allemagne on confeille aux nourrices l’ufage de la demi-bière brune, bien repofée & déchargée de fa lie. Lorfqu’une mère s’apperqoit que fon lait eft plus gras & plus épais qu’il ne dèvroit l’etre pour la famé' de fon enfant,, elle peut le réduire à une confiftance plus légère en prenant le matin, en guife d’autre Thée , quelques tafles de Thée de femence de fenouil ou d’Anis, ou de feuilles de véronique , ou de racine de fcorfonnaires. Ce bru- vage rend non feulement le Jait plus fluide, mais encore il fortifie l’eftomac de l’enfant, empêche %% L’EDUCATION des ENFANS. pèche le lait de s’y cailler, & le préferve des convulfions des inteftins. C’eft ainfi qu’on préviendra bien des incommodités qui pourroient furvenir à un nourriffon par l’ufage que la mère feroit du CafFé & du Thée ordinaire , fur tout quand l’infufion en eft trop forte. Toutes ces précautions, quelques avantageu- fes qu’elles fuient, deviennent inutiles, dez que la mère n’allaite pas elle même fon enfant & qu’il faut avoir recours au lait de vache. Je parle du lait de vache, parce que je ne confeille à perfon- ne de fe fervir de nourrices. L’ufage de les employer eft fujet à tant d’incommodités & de fuites dangereufes que je dois plutôt conjurer un chacun de s’en abftenir autant qu’il eft poflible. Si on eft affez riche & opulent, à la bonne heure, qu’on en prenne une* mais que ce foit une femme mariée, intelligente, vertueufe & qui, non plus que toute fa famille , ne puilfe point être foupconnée d’avoir un mauvais fang ou d’etre fujette à quelque maladie héréditaire. A cette condition on pourroit enfin fe réfoudre à confier à cette perfonne la moitié des devoirs de la mère. Il n’eft pas aifé de fixer combien de fois une mère doit donner le fein à fon enfant. En cela elle fe réglera fur l’appetit, les forces & la con- ftitution de fon nourriifon. Ce qu’il y a de certain eft, qu’à cet égard, il eft très avantageux d’obferver un certain ordre. Lorfque l’enfant fe porte bien , & qu’il approche de fon troifième mois, la mère peut lui préfenter le fein quatre fois par jour, le matin > à midi, le foir, & lorsqu’elle fera fur lé point de fe coucher. Il ne lui CHAPITRE tl. H fera pas difficile de l’aftreindre à cette règle. Cette Loi n’eft cependant pas fi ftridle, qu’elle difpenfe la mère d’obferver fi fon enfant a be* foin de prendre plus fouvent de la nourriture. Quoique fes cris n’annoncent pas toujours la faim, ils en font fouvent des indications. On juge qu’un enfant a befoin de tèter lors qu’il fixe fortement les yeux fur fa mère & la fuit partout de vue, lorfqu’il prend une mine trifte auflitoC que la mère s’éloigne de fon berceau, & qu’il fait paroitre un air content dez qu’elle s’appro* che de lui & qu’elle découvre fon fein. Quelquefois il porte fes doigts à la bouche pour les têter, ou il fuce fa langue, ou fi la mère lui met le doit à la bouche, il le ferre entre fa lan* gue & fes lèvres. Ce font là autant de marques certaines qu’il a beloin d’alimens j Et c’eft fuf cela que la mère peut régler le tems auquel il convient de lui donner le fein. Alors elle doit l’en lailfer jouir jufqu’à ce que fon appétit foit fatisfait. Il faut à un enfant quatre à cinq heu» res pour digérer le boire & le manger lorfqu’il a été abondamment repu i Ce n’eft donc qu’après ce tems écoulé que la mère doit lui préfenter de nouveau de la nourriture. Lorfque l’enfant eft à la mamelle, il faut qué la mère prenne bien garde qu’il ne tête pas avec trop d’avidité, de peur qu’l ne s’engorge. Ellé peut prévenir cet inconvénient, foit en retirant doucement la mamelle, pour empêcher qu’il n’en forte trop de lait à la fois , foit en la lui étant tout à fait , pour uil peu de tems , jufqu’à Gé qu’il puifle reprendre librement haleine. C Si 34 L’EDUCATION des ENFANS. Si comme il arrive quelque Fois , un : enfant contracte la toux, pour avoir tété trop avidement , il faut bien fe garder de la lui faire pas- fer.en le fecouant fortement, ou en le frappant de la main fur le dos. On rifque par là de l’ex- pofer à avoir des convulfions, ou une fuffoca- tion. Il vaut mieux laiifer la tête de l’enfant un peu penchée de coté , afin qu’il puiffe touffer dans cette fituation. Par ce moyen il fe débar- raffera plutôt des goûtes de lait qui font tombées dans le conduit de la refpiration & qui ont oc- çafionné cette toux. Si cette toux étoit bien violente & paroifloit dangereufe , on tacheroit de lui faire avaler une petite cuillerée d’huile d’amandes douces , ou de fyrop capillaire. Cette liqueur calmera les piccottemens des fibres de la trachée artère & facilitera l’expeétoration. Les vomiffemens fréquens, auxquels les en- fans font fujets, ne leur furviennent le plus fou- vent que parce qu’ils ne peuvent pas bien digérer la nourriture qu’ils ont prife. Tantôt c’eft parce qu’ils ont trop tèté à la fois , & dans ce cas, le vomiffement elt une fuite de la trop grande rèplétion. Tantôt c’eft la mère qui l’a occa- jfionné, Elle a peut-être péché dans le régime. Il peut être aufîi qu’elle a pris une nourriture mal faine, qui a produit un mauvais chile & un lait mal conditionné. Ici on auroit tort de fe tranquilifer, fous prétexte que le Proverbe dit: L’enfant qui vomit eji l’enfant qui grandit. Il faut, au contraire, chercher la caufe de l’affoi- blilfement de ce petit eftomac, le foulager & le fortifier. §. 8-A CHAPITRE II. * §. 8 . A mefure que l’enfant avance en âge & augmente en forces, il a befoin qu’on ajoute à la nourriture que le lait de la mère lui fournit. On ne peut pas déterminer le tems auquel il convient de lui donner de la bouillie. A cet égard, il faut fe régler fur fes befoins, fur les degrés d’accroiifement qu’il prend, & fur la qualité du lait de la nourrice , lequel peut être plus ou moins fuffifant pdur appaifer fa faim. Les premier? jours après fa nailfance, on ne doit point lui donner de bouillie, mais feulement le lait de la mère, à defaut de cela, de l’au fucrée, ou du lait délayé d’eau , pour le réduire à la confiftance de celui de la mère. Lorfque l’enfant devient robulle & que par là il fait connoitre à fa mère que fon lait ne lui fuffit pas , c’eft le cas où elle doit avoir recours à la bouillie. Mais il faut avoir foin de proportionner la qualité de cette bouillie aux forces de l’enfant \ c’eût-à- dire, qu’elle foit de facile digeftion, claire, légère , & en même tems nourriffante. Il faut en laiflèr évaporer les globules d’air qu’elle contient, de peur qu’elle ne caufe une fermentation, des ventofités & des provocations dans l’eltomac. On doit donc bannir de la bouillie toute farine crue & tout lait qui a déjà été cuit auparavant. La farine crue contient au moins une quatrième partie de globules d’air. Cet air fe raréfie & fe dilate dans un eftomac chaud tellement qu’il y occupe un efpace vingt foi? plus grand qu’aupa- ravant ; Par conféquent il y doit néceifairement produire des ventofités & des gonflemens considérables. Quant au lait qu’on employé pour C % cela, L’EDUCATION des ENFÀNS. cela il faut remarquer que celui qui a déjà été cuit auparavant a perdu (a meilleure partie fluide, de forte qu’il n’y eft refté que les parties butireufes & caféufes qui font les plus difficiles a digérer. Outre cela, une bouillie qui eftcom- pofée de lait & de farine crue, forme une efpèce de colle gluante & tenace qui feroit plus propre à coller enfemble des feuilles de papier, qu’à fervir de bonne nourriture à un enfant. Si des perfonnes âgées & robuftes ne peuvent que difficilement digérer des bignets ou des gateaux faits d’une pâte douce, mêlée de fromage & non fer* mentée , pourquoi pretendroit - on qu’un petit enfant fit la digeftion d’une mafle lemblable? Elle ne peut produire chez lui que des obftruc- tions dans les glandes & dans tous les vaifleauX capillaires. De là vient, qu’à leur infpedtion , on y trouve une matière blanche & épaifle qui, par la dureté de fes particules, reflemble aflez à la colle d’amidon, dont on fe fert pour empefer le linge. La meilleure façon de faire une bouillie faine pour les enfans eft donc celle - ci : Prenez du bifcuit, c’eft- à- dire, du bon pain de froment cuit deux fois au four, au faute de cela, du pain blanc de boulanger , ou la miette du bon pain de ménage,* émiettez - le bien menu, & le mettez dans un pot de terre , en verfant de l’eau froide par deflus. Ajoutez - y un peu de fu- cre & faites - le bien cuire, en le remuant toujours avec une cuillère de bois , & prenant garde qu’il ne devienne trop épais. Cela fera un potage qui garantira l’enfant de tous les mauvais effets que produit la bouillie ordinaire. Cette efpèce de foupe claire & légère pourra être donnée à un enfant, deux fois par jour, après les CHAPITRE IL ?7 fix premières femaines depuis fa naiffance. En la lui donnant la mère, ou la gouvernante, aura foin de ne la lui pas porter à la bouche avec des doigts malpropres, & furtout de ne la pas prendre dans fa bouche avant de la mettre dans celle de l’enfant. Elle ne doit pas non plus forcer l’enfant à la recevoir, ni l’en trop farcir à la fois. Le refus qu’il en fait eft ordinairement une preuve , ou qu’il n’a ni faim, ni befoin de nourriture , ou que celle qu’on lui préfente n’eft pas de fon goût. Aufîi n’eft-ce que peu à peu qu’il faut accoutumer les enfans à la bouillie. Au commencement on ne leur en donne qu’une bien, claire & légère, une fois feulement par jour; Et cela vers le foir. Quelque tems après, on peut leur en préfenter deux fois par jour, le matin à dix ou onze heures & le foir avant de le coucher. Dez qu’on remarquera que l’enfant fe porte mal, on ne lui donnera point de bouillie, ou on ne lui donnera qu’une tout à Fait claire. On le dit encore une fois, à cet égard, comme à d’autres, il faut fe régler fur les difpofitions de l’enfant & fur la faculté qu’il a de digérer plus ou moins bien. §. 9 * L ORSQJJ’ON aura reconnu que , par la Bénédi&ion de Dieu, l’enfànt a mis à profit les foins & la nourriture que l’on vient d’indiquer, & qu’il eft en état de fupporter une nourriture plus folide , ce fera le tems de penfer à le févrer. Il faut eonfulter les difpofitions & les forces, tant de la mère que de l’enfant, pour déterminer fi c’eft au neuvième, ou au dixième C ? mois* ?8 L’EDUCATION des ENFANS. mois , ou à la fin de la première année , que cela doit fe faire. Quand la mère elt naturellement d’une petite complexion , elle 11e peut qu’être afFoiblie d’avantage en donnant au corps de fon enfant la nourriture qu’elle retranche au fieu. Elle fera donc bien de remplacer de bonne heure le peu d’abondonce de fon lait par du lait de vache auquel elle ajoutera deux tiers d’eau. En y accoutumant l’enfant de bonne heure , il fera plus aifé de le fèvrer tout à fait du lait de fa mère , dez que le neuvième mois fera révolu. Pour ce qui regarde l’enfant, il faut, avant que d’en venir là, examiner, fi fes fibres & fes muscles ont pris affez de confiftance & de force, fi fon vifagea un bon coloris, fi fes yeux font clairs & vifs ; parce que ce font là autant de marques certaines que fon eftomac eft affez fort pour digérer des, viandes plus folides , & qu’on peut fans crainte le fèvrer. Il convient d’obfbrver en même terns s’il a déjà pouffé fes prémières dents, car fi elles font dehors , c’eft fui van t l’ordre que Dieu à établi dans la nature , un autre indice qu’il eft préparé à fe repaiti'e d’alimens plus durs & plus nourriffans. Toutefois, comme il y a des enfans dont les dents ne pouffent que lentement & fort tard, on ne peut pas toujours attendre la dentition pour lés fèvrer. Il faut donc pour cela fe régler fur les difpofitions tant de la mère que de l’enfant. Quand l’une & l’autre fe portent bien, c’eft entre le neuvième &!e dixième mois que cela peut fe faire le plus convenablement. En parlant de la manière raifonnable & chrétienne de fèvrer les enfans , je fuppofe que la mère s’abftient de tous ces aétes fuperfticieux qui CHAPITRE II. ?9 qui fe pratiquent dans quelques païs î tels que font. Le choix de certains jours de la lèmaine qu’on s’imagine être plus heureux que d’autres : d’ôbferver les figues du Zodiaque marqués dans l’almanac ; De procéder à cela en lune décrois- fante : De racheter Tes mamelles par le facrifice d’un pain qu’on donne aux pauvres , & d’autres fuperifitions femblables. Affranchie de tous ces faux préjugés, une mère chrétienne s’adreffera à fon Dieu Créateur & Sauveur, pour lui rendre grâces du don précieux qu’il lui a fait en la perfon- ne de fon nourriffon : Elle le bénira de ce qu’il a fait profpérer ce cher enfant fous fes foins , & lui demandera pardon de toutes les fautes & négligences dont elle peut s’etre rendue coupable dans les fonctions de fon état. En même tems elle recommandera fon enfant à la conduite ultérieure & fidèle de ce bon Dieu dont les foins s’étendent jufques fur les animaux & jufqu’à fournir la pâture aux petits corbeaux qui crient à lui. Telles étant les difpofitions de fon ame, elle pourra avec confiance & réfignation fermer le fein à fon entant, fans que fon cœur de mère fouffre de cette privation. Aufiitot qu’il fera fèvré, elle fera bien d’appliquer fur fes mamelles un emplâtre doucement réfolutif, d’être fobre dans le boire & dans le manger & d’arretèr le cours du lait par l’ufage de quelques herbes amères, comme de l’Abfinthe & d’autres femblables. Elle pourroit en même tems avoir la précaution de ne pas fe faire voir à fon enfant, jufqu’à ce qu’il foit accoutumé à un nouveau genre de nourriture. Pour l’y accoutumer d’autant mieux, on pourra, aux heu- C 4 res* 4 ® L’EDUCATION des ENFANS. I?es auxquelles il tètoit précédemment , c’eft-à* dire, le matin, à midi, & le foir, lui donner du lait de vache délayé dans une quantité fuffi- fante d’eau i Mais en faifant cela , il faut avoir foin , tant le jour que la nuit, de donner à ce lait le même degré de chaleur que la nature communique à celui de la mère. Si l’on veut que Cette boiflon ait plus de parties nutritives, on» peut fubftituer à l’eau fimple celle qu’on a fait bouillir avec une poignée de gruau d’orgé. Avec çela, on donne à l’enfant fèvré, à midi & lç foir, la panade, ou la foupe de pain râpé dont j’ai parlé ci - deflus , ou un potage de ris. Ce régime peut être continué jufqu’à ce qu’il ait liiez de délits, fuffifamment fortes, pour ma- çher du pain. C’eft dequoi il fera encore fait mention dans le Chapitre fuivant. $. io. Q UOIQJUE les prémiers foins qu’on doit a un nourriiTon ayent pour objet la fanté & l’accroiiTement de fon corps, on fe rendrait coupable fi l’on negligeoit ceux qu’on doit prendre de fon ame. Si les enfans qui font à la mamelle n’avoient pas befoin du concours de la providence de Dieu , & s’ils n’etoient pas fuf- çeptibles des opérations de {a Grâce, à quel des- fein des parens chrétiens les préfenteroient-ils au faint Baptême, auffitot après leur naiflance ? En s’aquitant de ce devoir de la Religion, non feulement ils fe conforment au commandement du Seigneur qui nous dit : LaiJJez venir à moi les petits enfans, & ne les en empêchez point > Mais encore ees parens confeifept par là qu’ils ajoutent CHAPITRE IL 4 * foi à cette parole du Fils de Dieu : Qpe le Royaiu me des deux appartient aux petits enfans. S’il eft dont bien vrai que le Royaume des deux leur appartient, ils font dez là des créatures chéries de Dieu, des objets de fa Grâce, ainfi que des opérations falutaires de fon Efprit , & des ado. rateurs, de la bouche defquels il veut tirer fa louange. Si le faint Efprit a pu opérer dans le çœur de Jean Baptifte, lorfqu’i! étoit encore dans les flancs de fa nfère , pourquoi refuferoit - il fes divines opérations à l’ame innocente d’un tendre nourriflbn, qui a été racheté par le fang de Chrift, qui a été baptifé en fa mort , qui a été admis dans l’alliance d’une bonne confcience avec Dieu, par la réfurredion de Jéfus-Chrilt ? Ici je ne puis que louer ces pères & mères qui donnent à leurs enfans des noms chrétiens & fignificatifs , parce que ces noms leur font, pour tout le cours de leur vie , des avertiifemens & des exhortations à en remplir la lignification. Mais, ce qu’il y a de plus elfentiel encore, c’eft qu’ils regardent comme un précieux dépôt que Dieu leur a confié , & qu’ils élévent d’une manière conforme à leur divine vocation , des enfans qui font déjà bourgeois des cieux, concitoyens des Saints & compagnons des domeftiques de Dieu. Plus ils reconnoitront combien peu ils peuvent contribuer à eclairer l’entendement & à former le cœur d’un enfant, plus ils auront foin de le préferver de tout ce qui pourroit favorifer ou augmenter la pente qu’il a déjà naturellement au mal. De là , l’obligation d’une mère nourrice d’allaiter fou enfant comme en la préfcnce du Seigneur, & en invoquant fon faint Nom. De là, le devoir d’un père chrétien, d’ecarter tout ce qui pourroit C y préju- V 42 L’EDUCATION des ENFANS. préjudicier à Ton enfant , ou l’affliger fans rai- îoti, ou le provoquer à la colère. Il convient que l’un & l’autre paroiflènt devant leur nour- rilfon avec un vifage férein & un cœur content. Aulîîtot qu’il aura aquis quelque intelligence , ils feront bien de lui raconter quelques petites histoires agréables, inltru&ives & édifiantes} particulièrement celle du Sauveur du monde, en leur apprenant que le Fils de Dieu s’elt fait homme, qu’il a été un petit enfant comfrie eux , qu’il a été fournis & diligent , qu’il a fouffert & qu’il eft mort à notre place pour nous mériter la Grâce d’ètre enfans de Dieu & héritiers du falut éternel. Ils pourront lui montrer la repréfentation de ces traits d’hiftoire fur des eftampes. De tems en tems, ils auront foin de lui chanter quelques verfets de Cantiques & de lui enfeigner quelques courtes prières. Cette méthode d’entretenir & d’amufèr les enfans fert à leur donner des idées des objets qui font la fource de notre confoîation dans cette vie, & de notre éternelle félicité. On ne fauroit commencer trop tôt à graver ces idées dans leurs âmes. Quiconque néglige ce devoir, fous prétexte qu’un petit enfant n’a pas encore alfez de compréhenlion , ne connoit pas le développement des facultés intellectuelles. De même qu’un enfant dont le corps ell tourmenté par la faim , appète la nourriture ; Ainfi il fe manifelte dans ion ame un défir de voir, d’entendre & d’aquerir des idées. A rae- fure qu’il avance en âge , on voip ce défir augmenter en lui , & aller julqu’à la curiofité de tout voir & de tout fa voir. Cela étant incontestablement vrai , il importe infiniment pour le bonheur des enfans, que les premières imprefflons i * i CHAPITRE 1 IL 4 ? qu’ils reqoivent, foient celles des objets les plus beaux, les meilleurs & les plus heureux.^ Une mère qui aime à nourrir ion ame des vérités de la Religion , doit trouver du plailir à parler à Ton nourriflon de l’Enfant Jéfus, de fon amour pour les hommes , de cette charité infinie qui l’a porté à fouifrir pour eux le martire de la croix : Elle s’édifiera elle même toutes les fois qu’elle lui chantera quelques hymnes fpirituels, ou qu’elle lui expliquera la lignification d’une eftampe du Vieux ou du Nouveau Teftament. Par là elie aura le bonheur d’être tout à la fois la mère nourricière de l’ame & du corps du fruit de fies entrailles. Mais que dis-je , & à qui donné-je ces confeilsV s’ils doivent être fuivis, ce ne peut être que par des pères & mères dont les cœurs font pénétrés des myftères de la Rédemption -, & dans lefquels l’amour a été répandu par le faint Efprit. Chers Parens, demendez cet amour au Seigneur, & priez-le qu’il le rende de jour en jour plus ardent, afin qu’animés de ce divin feu, vous ne négligiez rien, mais que vous fassiez avec gaieté & fidélité tout ce qui peut contribuer au plus grand bonheur de vos enfans. §. n. C ’EST en fe laidant pénétrer de ces fenti- mens, & en pratiquant ces maximes d’éducation, que les pères & mères pourront prévenir avec prudence & étouffer avec efficace les prémiers germes de la corruption naturelle dont les enfans font infeélés. Dez le berceau , elle fie manifefle chez eux par la propre volonté , par les capriçes , par l’opiniâtreté & par une impatience 44 L’EDUCATION des ENFANS. tience qui éclate par les larmes & par les cris. Le préjugé commun eft, que le meilleur parti à prendre eft de s’accommoder à leurs fantaifies. Mais qu’en arrive-t-il? Conformez vous y une fois , faites le pour la fécondé fois, bientôt le nourriflon s’appercevra que la mère, touchée de fes clameurs, lui accorde tout ce qu’il veut ; Et par là fa propre volonté, qui n’étoit encore que foible & flexible, deviendra infenfiblement plus forte & plus indomtable. Semblable à une mau- vaife plante, elle prend de jour en jour un nouvel accroiflement ; jufques là qu’elle devient un fujet de tourment continuel, tant pour père & mère, que pour l’enfant. Ce que la fageffe, la prudence & une fermeté accompagnée de douceur eut pu corriger fans peine au commencement, ne pourra que très difficilement être fur- monté à la fuite par la plus grande févérité. Cette confidération m’oblige à prier tous les parens chrétiens, pour l’amour de leur repos & du bien qu’ils veulent à leurs enfans , de fe dépouiller de ce préjugé & de tenir pour maxime, que l’en- tètement à fuivre fa propre volonté eft un fruit de perdition , tant pour les petits enfans que pour les perfonnes âgées. Dez que l’on eft convenu que c’eftune yvraïe, une plante pernicieu- fe, on doit fe hâter d’en étouffer le prémier germe. Pour agir en cela de la manière la plus convenable , il ne faut pas moins qu’un cœur éclairé & conduit par l’Efprit de Dieu. Par exemple, quand l’enfant pleure , il faut favoir difcerner, fi fes larmes font des indices de fes vrais befoins ou des marques d’une propre volonté qui n’eft pas CHAPITRE IL 4 T pas fatisfaite & qui veut l’ètre. Le plqs fouvent on peuc la reconnoitre au ton de fa voix & juger fi fes cris font des cris lamentables qui reclament du fecours, ou des cris d’opiniâtreté & de fierté qui demandent d’être obéis. On peut s’en convaincre d’autant mieux en examinant foigneu- fement , fi l’enfant a befoin de quelque chofe, s’il relfent quelque douleur, s’il a faim ou foif, s’il eft las, s’il s’eft fali, s’il eft mal couché dans fon berceau, &c. Cela fe trouve -1 - il ainfi ? Une mère, ou une gouvernante fidèle, aura foin de pourvoir au plutôt à fes befoins} Mais fi rien de tout cela n’a oceafionné les cris & les pleurs de l’enfant, le meilleur parti à prendre pour l’une & pour l’autre eft de fe tenir tout à fait tranquile, comme fi l’on étoit fourd à fes plaintes. Peut - être pourra - t’on aufli l’appailer en tournant fon attention vers d’autres objets & en l’amufant avec quelques jouets ; Mais quand cela ne réuflit pas, la mère peut hardiment, & d’un ton abfolu, lui commander de fe taire, finon le lailfer crier jufqu’à ce qu’il s’en lalTera & qu’il ceffera de lui-même. Lorlqu’on aura fait cela quelques jours de fuite , l’enfant remarquera que fes clameurs font inutiles, & bientôt, devenu plus docile, il apprendra a elfuïer un refus. Ici une mère raifonnable ne doit point s’inquiéter ni craindre que cela nuife à la fanté de l’enfant. Les premiers eflors du caprice ne font jamais affez violens pour déranger fon corps. Il doit fuffic à la mère de lavoir qu’il n’a aucun mal & qu’il ne manque de rien. Elle lui donne une preuve beaucoup plus réelle de fa tendrefle en entendant patiemment fes cris pendant un quart d’heure, qu’en cédant à fes caprices ; parc» que fon excès V 4 6 L’EDUCATION des ENFANS. de complaifance la mettrait à la fuite dans la né- celïicé d’employer , peut-être inutilement, les chatimens les plus févères pour rompre fa propre volonté. 'C’eft auffi de cette manière qu’il faut, de bonne heure, faire palier aux enfans ces petits accès de colère qui fe manifeftent bientôt & qui fouvent les portent à frapper ceux qui ne leur plaifent pas, ou qui refufent de contenter leurs défirs. Dez que la petite main qui a frappé aura reçu quelques coups , elle ne fe prêtera plus fitot aux mouvemens de la colère , & cette colère ne tardera pas à fe calmer. Mais pour cela, il faut que la mère loin de fe lailîèr attendrir par les larmes & les cris de fes enfans, demeure ferme dans la réfolution de travailler avec l’alfiftance de Dieu à combatre leurs vices, dez qu’ils fe montrent, c’eft - à - dire, dez le berceau. C H A P I T R E III. De l'Education des Enfans jufqu'à l'Age de fepi ans . U N Enfant qui eft heureufement parvenu à l’age de deux ans , & qui a pris un accrois- fement proportionné à cet âge, annonce à fes parens de nouvelles obligations & exige d’eux un redoublement de foins. Qu’ils ne s’imaginent pas pouvoir travailler trop toc à lui donner une bonne éducation. On peut dans les commence- mens commettre à cet égard bien des fautes qu’il CHAPITRE III. 47 fera à la fuite difficile, & peut-être impoffible de réparer. Les jeunes arbres font des emblèmes naturels & parfaits des enfans. Un jardinier qui, pendant quelque tems, aura négligé de re- dreffer les courbures d’une jeune plante , ne pourra que très difficilement en corriger à la fuite les difformités. S’il en vient à bout, ce ne fera qu’en prenant beaucoup plus de foins & de peines qu’il n’en auroit fallu lorfqu’elle étoit encore tendre & flexible. On auroit donc grand tort de penfer que l’enfance eft l’age qui mérite le moins d’attention; Au contraire, c’elf celui qui demande le plus de (oins , & li on les néglige, on n’en peut attendre que de très facheufes fuites. §. 2 . C OMME le corps eft la partie de l’homme qui fait proprement l’objet de notre vue & le prémier qui fixe notre attention, je commencerai ce Chapitre par les foins qu’on doit donner au corps d’un enfant. Il en eft peu qui ayent fitot les membres affez forts pour pouvoir, comme on dit, courrir à la rencontre de leurs années futures. La plupart ont befoin qu’on leur apprenne à fe fervir de leurs jambes pour fe tenir debout & pour marcher. Je dis qu’ils ont pour cela befoin d’aide ; Car ce n’eft que peu à peu qu’un enfant apprend à fentir fes befoins & à faire ufage de fes membres. Si vous le placez fur un tapis étendu à terre, foit dans la chambre, foit en plein air, & que là, vous lui parliez avec amitié , vous verrez qu’il tachera de courrir à vous.& que, s’il craint une chute, détendra fes mains pour ne pas tomber fur la face. Ce moment 48 L’EDUCATION dés ENFANS. moment eft celui où vous devez lui tendre la main. S’il eft allxs , aidez lui à fe drefîer & à marcher , en lui tenant la main fous le bras : Peu à peu retirez la main, mais à une telle distance que vous puiftiez faifir l’enfant dez qu’il viendra à chanceler ou à broncher. Encouragez le avec douceur à fe tenir debout & à marcher, afin qu’il apprenne à connoitre & à employer la force de fes jambes. Pour l’engager à changer les pieds, préfentez lui un petit morceau de pain, ou quelque autre chofe qui foit de fon goût , vous verrez qu’il tendra la main & qu’il s’avancera pour recevoir votre préfent. De tems en tems faites-le aller le long d’un banc, ou dans un promenoir de bois à roulettes. Si vous vous fervez de la lifiere , ne la faites pas de façon qu’elle lui envelope le corps, de peur qu’il ne fe panche trop en avant comme s’il y étoit fufpen* du, mais contentez vous de lui attacher des bandes au dos de fa robe , afin qu’il s’accoutume à marcher droit. Plus votre enfant prendra plaifir à s’exercer de la forte, plus fes forces augmenteront de jour en jour. Seulement ne précipitez rien, & n’exigez de lui rien qui foit audeffus de fes forces. Confentez à le voir marcher fix mois plus tard , plutôt que de le contraindre à faire trop tôt ufage de fes jambes foibles, & de rifquer qu’elles ne deviennent courbes. Tout ce que vous avez à faire ici fe réduit à employer des paroles douces & des manières infinuantes pour exciter dans votre enfant le défir & le courage d’eifayer fes forces. Ce qu’on nomme la nature, c’eft-à-dire , cette faculté dont le Créateur a doué les corps, fécondera vos intentions & les efforts de votre enfant. Lorfqu’il en verra d’autres CHAPITRE III. 49 ires courir & jouer, cet inftind naturel le portera à quitter les bras de fa gouvernante pour les imiter. Déjà» avant qu’il puiflè marcher, il témoigne l’envie qu’il en a, par un certain battement de pieds; Et en faifant ce mouvement, il s’imagine qu’il marche en effet. Son prémier Voyage fera d’aller depuis la chaife contre laquelle il fera adoffé, jufques vers les genoux de fa mère. Peu à peu il ira plus loin, jufqu’à pouvoir courrir & fauter. Les chutes qu’il fera lui feront même avantageufes, parce qu’elles le rendront plus précautionné. Lorfqu’il vient à perdre l’equilibre & qu’il eft fur le point de tomber, fi vous ne pouvez pas le faifirpar le corps avec les deux mains, gardez vous de le retenir, en le prenant par un bras } Vous pourriez par là lui occafionner un mal plus grand que celui qu’une chute pourroit lui faire. §. ?. L A Faqon d’habiller un enfant ne contribue pas peu à lui rendre aifé le maniment de les membres; c’eft pourquoi il eft bon que fon habillement foit un peu ample & léger, de manière qu’il foit bien couvert, fans être chargé. La coutume qu’ont certaines nations de lais- lèr la tète, le col & l’avant-bras des enfans découverts , me paroit meilleure, pour leur fanté, que celle de les couvrir de bonnets & de mouchoirs. On remarque que ceux qu’on a accoutumés à cette dernière faqon d’habillement font plus fujets que d’autres à prendre du froid & à être attaqués de fluxions, de rhumes , d’efqui- nancies , &c. Du moins faudroit - il éviter tout ce qui pourroit rendre leur o-onftitution délicate, D foible L’EDUCATION des ENFANS. r* foible & molle. Ces corps de baleines, qu’on pourroit avec raifon appeller des cuiraffes, dont on revet les enfans , leur font incontellablement plus préjudiciables qu’avantageufes ; c’eft pourquoi on feroit très bien de les bannir tout à fait. Pour leur tenir le corps ferme & droit, il vau- droit' mieux leur donner une efpèce de petit pourpoint de fangle. S’il y a de la vanité à orner les enfans d’habits fomptueux & brillans, c’eft leur gibier un poilon fubtil dans le cœur que d’admirer leur habillement , de leur dire qu’ils font beaux, jolis, charmans. Ces fortes de flatteries font comme autant d’etincelles qui ièrvent à allumer d’avantage le feu de l’amour propre & à nourrir l’orgueil qui eft inné à tous les enfans. Il y a même plus, ces habillemens riches des enfans fervent auiîi,. du coté des pareils, à fatisfaire une vanité dont ils devroient avoir honte. Contentez - vous donc de donner à vos enfans des habits qui foient nets, modestes, faits pour la durée, & non pour le luxe. Apprenez leur par votre exemple le foin qu’on doit avoir de les ménager & de les maintenir propres. Par là ils s’accoutumeront à la propreté , à œconomifcr & à vous épargner bien des dépenfes inutiles. I L eft tems que je parle de l’alimentation qui comprend le boire & le manger. La nourriture des enfans fe règle naturellement fur les facultés & les circonliances de leurs parens. Que ceux - ci foient riches ou pauvres, ils ne doivent jamais accoutumer leurs enfans aux. fu- creries , CHAPITRE III. fi creries, ni à d’autres friandifes. Ce feroit cau- fer un préjudice confidérable à leur lanté & mettre dans leurs corps le levain d’un grand nombre de maladies. Parmi les chofes qui leur font nuilîbles, il faut compter les boiflons fortes, le vin, les liqueurs, le Thée & le cafFé, on ne doit leur en donner que très peu ou point du tout. Qu’on fe rappelle ici le but qu’on fe pro- pofe dans le manger & dans le boire, on comprendra aifément de quelle manière il convient de nourrir des petits enfans. Ce but n’eft autre que d’appaifer leur faim & leur foif par une nourriture faine , proportionnée à leur âge & à leur complexion. Cette nourriture faine ne confi- fte pas dans des confitures ou d’autres friandifes, mais dans du laitage , du pain bien cuit, de bons légumes, avec très peu de viande. Lorsque les enfans ont atteint Page de deux ou de trois ans, on peut leur donner pour déjeuner le potage indiqué au chap. II. §.8* ou une foupe de pain râpé & de lait mêlé d’eau, avec un peu de beure en place de fucre. Vers les dix heures, vous pourrez appaifer leur faim par une petite tranche de pain ou par une tartine, ou cfoute légèrement frottée de beure. A midi ils feront repus fobrement à la table de leurs parens. A trois heures après midi, on les repaitra d’un goûter femblable à ce qu’on leur a donné à dix heures j Le foir avant de les coucher on leur fera manger une foupe ou une bouillie. Pour boiflon ordinaire on pourra leur donner du lait & de l’eau. En Allemagne on fe trouve bien de leur faire prendre à fouper de la bière légère dans laquelle on a mis du pain émietté ou coupé par petites trenches, A cet égard on ne peut D a près- V fA L’EDUCATION des ENFANS. prefcrire aucune règle générale. Mais ce qui eft utile à tous & praticable en tout lieu, c’eft de ne pas faire de l’eftomac des enfans un garde- manger. Faites leur prendre leurs repas dans des teins convenables & réglés : Donnez leur peu à la fois & fou vent. Appaifez leur faim & leur foif, mais n’affouvifTez pas leur gourmandife & ne contentez pas leurs fantaifies. Ayez la prudence de ne les pas exciter à la friandife par des alléchemens , & ne permettez pas que d’autres leur en prcfentent. Et comme on ne peut pas éviter que quelqu’un ne leur offre de pareils appas , accoutumez de bonne heure vos enfans à vous donner à garder leurs bonbons & à vous en demander un peu de tems en tems. Ils ont la main petite & facile à remplir. Par de douces perfuafions vous viendrez à bout de leur faire comprendre que les friandifes font nuilible à la fanté & qu’il en faut ufer modérément. Surtout , ne vous lailfez jamais vaincre par les cris & les larmes qui partent d’une propre volonté opiniâtre. Auffitot qu’ils auront remarqué une ou deux fois qu’ils réulliflènt par ce moyen à vous forcer de faire ce qu’ils veulent, ils ne manqueront pas d’en faire’ufage à la fuite, à votre grand chagrin & à leur dommage. S’ils remarquent au contraire que leurs pleurs ne vous ébranlent pas , bientôt ils s’accoutumeront à fe ranger à l’obéïdance. L’ancien proverbe eft vrai, qui dit : Que les hommes ne naiffent pas gourmands , mais qu’ils le deviennent par l’éducation. Ne donnez donc pas à vos enfans autant à manger qu’ils veulent, mais autant que vous le jugez convenable. Ne permettez pas qu’ils faffent eux - mêmes le choix des viandesmais accoutume? CHAPITRE IIL mez les peu à peu à manger de tout ce qui fè fert fur la table de la famille. S’ils prétextent qu’ils ne peuvent pas manger de tel ou tel mets, obfervez fi, après l’avoir avalé , ils s’en trouvent mal, ou s’ils ont des provocations à vomir ? Eti ce cas, ne les forcez point à en manger, jusqu’à ce que peu à peu ils s’y accoutument d’eux mêmes i Mais fi vous ne remarquez rien de tout cela , ne leur faites point de quartier & obligez les à manger de tout. §. r- ”î boire & le manger ne fuffifent pas à l’accroiflement des enfans & à leur procurer une çonllitution faine & vigoureufe. Ils ont autfi befoin de mouvement & d’exercice pris en plein air. Pour cela, on pourra commencer par les promener dans urt petit chariot tout (impie & non fufpendu , pour les accoutumer de bonne heure à efluier la fatigne des fecouiles. De tems à autre on pourra aufii les alfeoir fur la terre ou fur du fable , foit dans un jardin , foit dans un boccage. C’eft par ce moyen que bien des enfans ont été garantis d’un commencement d’obftrudion & de chartre dont ils étoient menacés. Quand ils favent marcher, on peut leur faire faire fouvent de petites promenades * en les tenant par la main. Vous ne pouvez trop fouvent leur procurer des petits exercices fembla- b!es. Us ont déjà naturellement & dez leur plus bas âge, un penchant marqué à jouir de l’air libre, parce que , fans réfléchir, ils (entent déjà que cela leur fait du bien. De là vient que, quand ou ne leur ouvre pas la porte , ils eher- D ? chent, L’EDUCATION des ENFANS. fA chent, pour s’en procurer l’ouverture, des moyens qui font très fouvent dangereux. Ici il Faut feulement avoir foin de ne les pas faire palier fu* bitement d’un grand chaud à un grand froid, ni d’un grand froid à un grand chaud* Dez qu’ils feront parvenus à l’age de quatre à cinq ans, on pourra les accoutumer à faire différentes fortes de mouvemens & d’exercices, tant des pieds que des mains; Par exemple, à relever ce qui eft tombé à terre, à porter d’un lieu à l’autre des petites charges proportionnées à leurs forces & à rendre d’autres petits fervices fernbla- bles, foit dans l’intérieur de la maifon, foit au jardin, foit à la Campagne. Pour les engager à s’y prêter avec plaifir, il fuffit qu’on les y invite avec douceur, & qu’on varie fouvent ces petits exercices. A mefure qu’ils deviendront plus robuftes, on pourra leur faire voiturer du fable ou des pierres avec un petit chariot ou avec une petite brouette ; Et tandis que les garçons aquerront ainfi la force des membres & l’habitude de fupporter la fatigue, les mères pourront exercer les petites filles à tricotter, à filer, ou à coudre ; Toutefois fans les aftreindre à relier longtems alîifes , mais en leur procurant par in- tervale l’occafion de prendre l’air & de fe donner du mouvement. §. 6 . C ’EST principalement aux enfans de cet âge qu’on doit permettre le jeu ; Et cela, parce qu’ils ont befoin d’un genre de récréations & d’occupations proportionnées à leur âge & à leurs CHAPITRE III. rr leurs forces. Ces petits diverti/Ternens fervent à leur rendre l’humeur gaye, aulieu que, làns cela , ils pourraient contrarier une humeur fom- bre & chagrine. Chez les petits enfans, on peut Couvent diffiper l’inquiétude & le fentiment de la douleur par le bruit d’un grelot, ou par quelque autre jouet. Pour que ces amufemens pro- duifent cet effet, il faut que l’objet qu’on préfente à l’enfant frappe tellement fes yeux & fes oreilles qu’il détourne fon attention du fentiment défagréable qu’il éprouve. Cependant il ne faut pas que le bruit qu’on fait pour le dillraire aille jufqu’à l’etourdir. Quant aux enfans qui l’ont plus avancés en âge, on ne doit leur permettre le jeu qu’autant qu’ils en ont befoin pour fe dé- lalfer du travail; Encore faudrait il que ces jeux fulfent le plus Couvent des jeux d’exercice. Par exemple, le jeu de paume, la courfe, &c. Pourvu cependant qu’ils ne s’y échauffent pas trop & qu’ils n’en deviennent pas palîîonnés, mais qu’ils relient toujours dans les bornes qu’on leur a pre* ferites. A l’egard de la promenade, elle devrait toujours avoir l’utilité pour but; comme, d’apprendre à connoitre les plantes, de cueillir des fleurs ou des bayes dont on peut faire ufage dans l’œ- conomie. Par là on rend leurs plailirs utiles & on les empêche de donner dans une trop grande diliipation. Lorfque le tems ne permet pas de fortir, on peut leur fournir à la maifon les moyens de s’occuper au travail & de fe récréer par quelque amu- fement. Us s’exerceraient , par exemple, à con- D 4 ffruire V f<5 L’EDUCATION des ENFANS. ftruire des 1 maifonnettes de bois ou.de carton, des petits moulins, des pompes, des chariots & d’autres petites machines. Les filles de leur coté pourraient shmiufer à habiller leurs poupées, à leur faire des lits & des berceaux, ou à arraru ger une petite batterie de çuifine comme fi elles avoient un repas à préparer. En un mot, on peut regarder comme des récréations permifes & utiles tous les jeux d’enfans dans lefquels il n’entre rien d’indécent ni de trop badin, ceux au- quels ils ne s’amufent pas pendant toute la jour-» née, ceux par lefquels ils aquièrent de l’intelligence & de la dextérité pour des chofes utiles, ceux enfin qui leur procurent un plaifir innocent & un mouvement avantageux au corps. §. 7 - L E fommeil eft une des chofes les plus néces-, faires à la fan té des enfans de cet âge. Ceux de deux, jufqu’à trois ans, ont encore be- foin d’une ou de deux heures de repos après midi, & on fait bien de les mettre au lit le foir à huit heures. Dez qu’ils ont palfé quatre ans, on peut leur retrancher le fommeil de l’après-midi; Ils en dormiront d’autant mieux la nuit, furtout fi , pendant le jour , ils ont eu occafion de fe donner du mouvement. On leur fera obferver çette règle autant que les circonftances de la mai- fon pourront le permettre. Comme, malgré toutes les précautions pofiibles, lés enfans peuvent être attaqués de différentes maladies, ils ont d’autant plus befoin d’ètre foi- gnés , qu’ils ne font pas en état de s’aider par eux CHAPITRE III. f 7 eux mêmes, & que fouvent ils ne peuvent pas faire connoitre ou ils ont mal, ni ce qui leur manque. On ne doit pas s’attendre à trouver ici la méthode de traiter les enfans malades. Lorsqu’il ne fe trouve point de médecin, à l’affdtan- ce duquel on puilfe avoir recours, on peut con- fulter quelque bon livre qui traite des maladies des enfans. Un Médecin allemand, nommé Unzer a donné fur cette matière un très bon Traité, intitulé Manuel médicinal, duquel j’extrairai ici quelques obfervations, Dez qu’un enfant fe plaint , qu’il paroit inquiet & abattu, qu’il a la vue trouble, du dégoût pour le manger, delà chaleur & des agitations pendant le fommeil , il faut d’abord examiner, fi c’elf le boire ou le manger, ou le froid ou quelque autre caufe, qui ait produit ce dérangement? Par là on pourra découvrir la nature de la maladie , dont un bon livre indiquera le remède ; Et alors le meilleur parti fera d’en faire itfage & d’en attendre le bon effet de la bénédiction de celui qui a dit: Je fuis P Eternel qui te guérit , Exode XV 7 . v. 26. On doit fuppofer que des parens qui ont quelque tendreffe pour leurs enfans ne manquent pas, dans cette occalion, de leur témoigner qu’ils compatiffent à leurs maux- On füppofe aufli qu’ils ont foin de les exhorter avec douceur à la patience & de leur mettre devant les yeux l’exemple que le Fils de Dieu nous a donné dans fa paflion. Cependant on doit aufîi les avertir qu’ils s’abftiennent foigneufement de paroitre al- larmés devant leurs enfans, ou de les trop plaindre , ou de faire des lamentations capables d’augmenter leur inquiétude & de rendre leur propre volonté plus capricieufe & plus opiniâtre, Ici, D f il S fg L’EDUCATION des ENFANS. il convient de fe conformer à ce qui à été dit dans le Chapitre IL §. n. touchant les enfans au berceau. C’eft un préjugé, non moins dangereux que faux, qu’il faille fuivre en tout la iantaifie des enfans malades ; Et cela, fous prétexte qu’ils fe portent mal, & que le mal pour- roit empirer fi on les obligeoit à obferver ce que la maladie exige & que le médecin prefcrit. Cette faulîè, je dirois prefque, cette folle complai- fance pour des enfans malades, ne peut avoir que des fuites très facheufes, tant pour leurs pareils que pour eux-mêmes , ne fut-ce que de les rendre autant capricieux & entêtés apres leur guérifon qu’ils l’ont été pendant leur maladie, je le repète, il faut examiner fi l’inquiétude de l’enfant ell l’effet de la douleur qu’il reffent, ou fi elle a pour caufe une propre volonté qui n’a point été fatisfaite , ou qui demande de l’être. Dans ce dernier cas, au lieu de céder à fes ca- prices, on doit fans aigreur, lui faire entendre raifon & perfifter à ne pas faire ce qu’il prétend. Mais fi fon inquiétude eft produite par une attaque de maladie, il en faut rechercher la véritable caufe & tacher d’y remédier. Ce dérangement provient quelque fois de ce que la chambre eft trop chaude, ou de ce qu’on l’a couché dans un lit trop rempli de plumes. Alors il faut lui procurer un air plus frais , fans pourtant le trop refroidir. D’autres fois il arrive que l’enfant s’agite dans fon lit , parce qu’il y eft mal couché ou qu’il le bielle, il faut donc l’en oter & le mettre plus à fon aife. Le tems auquel les enfans font menacés de la petite vérole demande furtout une attention particulière. CHAPITRE HL T9 ticulièrc. Ici je ne blâmerai pas ceux qui fui- vent la coutume introduite depuis peu en Europe, < de faire l’inoculation de la petite vérole. Que ceux qui veulent pratiquer cette méthode avec foi & dans la confiance en la bénédiction de Dieu, le faifent en fon Nom , j’y confens. Mais que ceux qui, par fcrupule de confcience , aiment mieux attendre que leurs en fans contractent cette maladie par la voye naturelle, prennent de bonne heure les fages précautions que prefcrivent les Médecins. Ils feroient même bien d’obferver, dans le traitement de la petite verole naturelle la manière d’y préparer les enfans qu’ont indiquée les Auteurs qui ont écrit fur l’inoculation. Qu’ils ayent foin de ne pas tenir leurs enfans dans une chambre trop chaude, ni couverts de beaucoup de lits. Une converte légère leur fuffit, & on t doit renouveller l’air de la chambre une couple de fois par jour. Quant aux remèdes, on n’en doit ufer que le moins qu’il e(t pollîble , & fl l’on en fait ufage, il en faut recommander l’etFet k la bénédiction du Seigneur, en abandonnant éntre fes mains le corps & l’ame de l’enfant. §. 8 - L E foin d’entretenir les enfans dans une propreté continuelle eit aufîi d’une nécelïité ab- folue. Non feulement on tiendra nets tous leurs linges, leurs habits & leurs lits , mais encore on ne permettra pas que leurs corps, ni k aucun de leurs membres foient couverts de fileté. Toute craffe & ordure bouche les pores de la peau , empêche la tranfpiration infenlible qui doit être continuelle, & parla, lamaffe du fang coii- 6o L’EDUCATION des ENFANS. contra&e des acrimonies qui forment le levain de plulleurs maladies. Rien n’cft plus propre que l’eau à détacher toutes les laletés & à maintenir le corps net. Rien ne les rend plus éveillés & mieux difpos que quand on leur lave, foir & matin , le vifage & le coi d’eau fraiche. C’eft même pour eux un préfervatif contre les fluxions, 11 n’importe qu’au commencement ils reflentent quelques petits friflonnemens, la fuite fait voir qu’ils s’en portent mieux & qu’ils eii dorment plus tranquilement. Avec cela, il faut leur tenir la tête propre , en les peignant tous les jours. Mêmes les plus petits ont befoin de cette opération, parce que les dents du peigne, ou les foyes de la brolfe enlèvent la cralfe qui couvre les pores, & facilitent ainfi la tranfpiration. La gale à la tète, la teigne, la rache, ne proviennent le plus fouvent que de la malpropreté,’ ou elles fe contractent par l’approche de ceux qui en font infectés. Vous en préferverez vos enfans en les tenant propres & en les éloignant de la fréquentation des galeux & des teigneux. Une autre obfervation, non moins importante que celles que nous venons de faire eft celle - ci. Leu de pareils font attention qu’une bonne po- lture de corps contribue beaucoup à la fànté. Cependant il eft très vrai qu’une attitude extérieure, qui n’eft pas naturelle, gène les parties internes du corps. Il faut donc, dez le plus bas âge, accoutumer les enfans à fe tenir debout & à marcher tète levée, la poitrine avancée & le corps droit, fans pancher ni à droite ni à gauche. On doit de même veiller à ce qu’étant aiïis , fur- tout à table, ils ne replient pas le corps en avant, ou CHAPITRE III. 6 1 ou qu’ils ne s’appuyent & ne s’acoudent pas fur la tableparce que cette poliure , devenue habituelle, leur rctroicira inlènfiblement la poitrine, gênera les poulmons & empêchera les autres vifcères de faire librement leurs fondions. Même attention lorfqu’ils font au lit ; Il faut les accoutumer, autant qu’il ell poflible à y être bien étendus, de manière que tout le corps foit couché en ligne droite horifontale , & qu’aucune partie d’u corps ne foit plus élevée que l’autre, à la réferve de la tête , qui peut l’être un peu d’avantage. Et comme il elt plus aifé de faire contracter aux enfans une bonne habitude, qu’il ne l’eft de la corriger lorfqu’elle eft une fois formée, leurs parens, & ceux qui les foignent, doivent à tous ces égards obferver les devoirs que la fidélité exige d’eux. . §• 9 ‘ J ’EN viens maintenant à la partie la plus es- fentielle de l’éducation des enfans i je veux dire, au foin qu’on doit avoir de leurs âmes, & en particulier à la manière dont on doit cultiver leur efprit. Les facultés de l’a me commencent à fe déveloper dans les enfans vers la deuxième année de leur âge, chez les uns plutôt, chez les autres plus tard , & d’une manière plus ou moins fenfible. On remarque en eux une attention çurieufe à tout ce qu’ils voyent & qu’ils entendent. Les prémières repréfentations des objets ne font fur eux que des impreflïons alfez légères j Mais peu à peu elles deviennent plus fortes & relient plus longtems gravées, furtouc lors que ces repréfentations font reitérées de tems en V 62 L’EDUCATION des ENFANS. en tems. Cependant leurs premiers défirs fe portent plutôt vers les chofes fenübles ou materielles , que vers des objets de fpécuiation ; Et tout défir fuppofe en eux une réprefèntation de la chofe deflrée. Quelles doivent donc être, fuivant l’intention des parens chrétiens , les premières idées & les prémiers fentimens de leurs enfans? L’objet par excellence, & le prémier qui mérite incontefta- blement de leur être propofé, elt leur Créateur, leur Dieu, devenu vilîble en la perfonne de Jé- fus, Dieu & Homme i La repréfentation de ce Dieu Sauveur, dans le tableau de Tes fouffrances & de fa mort en croix. Si vous convenez de cette vérité fondamentale du Chriflianifme, mettez devant les yeux de vos enfans l’image de Jéfus fouffrant, verfant fon fang précieux, & mourant pour nous. Apprenez leur des paffages » de l’Ecriture fainte & des verfets de Cantiques qui parlent de ce grand My Itère de la pieté. Rendez les peu à peu attentifs aux prières que vous adrelfez au Seigneur pour vous & pour eux. Racontez leur de tems en tems l’hiltoire de fa nailfance , de fa fainte vie , de fes fouffrances amères, de fa mort douloureufe , de fa glorieufe réfurreétion & de fon afcenfion au ciel ; Et cela, d’une manière (impie & fenfible , afin qu’ils en ayent le cœur touché & qu’ils comprennent que c’elt là ce que vous favez & que vous avez à leur apprendre de plus grand, de plus beau, de plus confolant & de plus faiutaire. Succellivement vous pourrez leur raconter l’Hiftoire de la Bible, en leur montrant en même tems la repréfentation de chaque événement fur une eftampe bien gravée. < 5 ? CHAPITRE III. véc. Si vous avez le talent de leur rendre ce récit intérelfant & autant animé que fi vous aviez été témoin du fait en queftion, vous réuflirez à leur en faire conferver une profonde & lieureufe im- prefiion. Vous les mettrez meme en état de-pouvoir dans peu vous raconter les mêmes hiltoires avec fentiment. En fui vaut cette route, vous apprendrez à vos enfans , dez le berceau, que Jéfus eft le grand objet de la foi, que c’eft pour être à lui qu’ils font nés, que tout leur bonheur confite à le con- noitre , à le polféder , à le fervir & à vivre dans fa communion ; Mais qu’au contrairé , le fouve- rain malheur confiftc à avoir l’efprit & le cœur éloigné de lui & à être féparé de lui par le péché» Cette façon d’inftruire les enfans entre es- iêntiellement dans ce que j’appelle une Education chrétienne. Cependant, en leur donnant ces inltru&ions, gardez vous bien de les forcer à les entendre & à fixer malgré eux la vue fur les figures que vous leur montrez. Faites leur plutôt regarder comme un grand châtiment le refus de leur montrer ces belles choies , ou de chanter des cantiques & de prier Dieu avec eux. Ils ap T pendront par là à en mieux connoitre le prix, & fendront que le mépris qu’ils en font, elt une preuve de la mauvaile difpofition de leur cœur. §. 10. O N lie doit jamais donner aux enfans des idées faulfes des chofes dont ils demandent d’être inlfruits, mais nommer chaque cho- fe par fou vrai nom, & donner des reponfes claires v- 64 L’EDUCATION des ENFANS. claires & précifes à leurs queftions. Par exemple, quand ils demandent d’où les entant viern lient & comment ils entrent au monde? Je tais qu’il y a bien des pères & mères qui fe trouvent ernbarafles d’y repondre convenablement. -A cette queftion on peut leur donner pour refponfe le pallage du Pfaume XXII. où David dit: Seigneur , tu mas tiré des Jiancs de ma mère . On peut en même tems leur citer là - deifus l’exemple du Sauveur, duquel il elt dit, Qu’il elt né de la Vierge Marie. S’ils s’avifoient de pouffer la curiofité plus loin fur la manière dont les en- fans nailTent, vous pourriez les fatisfàire en leur faifant comprendre qu’il doit nous fuftir de favoit que tout ce qui fe fait dans la nature eft l’œuvre de Dieu, & que c’eft une curiollté blâmable de prétendre approfondir la manière dont il fait ce qu’il fait. Par exemple, nous nous efforcerions en vain de comprendre comment un épie de blé, où un arbre, eft provenu d’un petit grain de femence & parvenu à la hauteur où nous le voyons. Entre autres idées fauffes qu'on fait naître aux enfàns , font ces épouvantails par lefquels on les intimide foit pour les empêcher de pleurer, foie pour les obliger à obéir , comme lorfqu’on leur parle de phantomes, ou de revenans, & que la perfonne qui leur en parle, témoigne par fa mine & par fes geftes, qu’elle en a peur elle-même. C’eft de là que provient cette crainte fuperftitieu- fe dont beaucoup de perfonnes âgées ont encore tant de peine à fe guérir. On doit aulîi s’abfte- nir de leur faire peur du tonnère & des éclairs. Loin de leur en infpirer delà frayeur, il faut leur faire entendre ce que dit le Roi David: Que c’eft CHAPITRE III. le Dieu fort de gloire qui fait tonner, & qui ébranle la terre pour la rendre fertile. De là on peut juger combien on fe rend coupable en parlant aux enfans de Fées , de Loups garoux, de revenans & d’autres chimères femblables. Il eft vrai qu’ils prennent plaifir à entendre raconter ces fortes de fables, mais ce plaifir même eft une preuve de la dépravation de l’efprit humain qui aime mieux fe repaitre des récits faux, de monftres & de prodiges, que d’hiftoires véritables. Toutes ces repréfentations ne fervent donc qu’à donner aux enfans une idée bizare & roma- nefque de la nature. Et ce qui achève de les rendre dangereufes & criminelles eft lorfqu’on mêle ces contes fabuleux avec les hiftoires de la Bible, comme l’a fait l’Auteur du magazin des Enfans. Par là, le vrai & le faux fe gravent pèle mêle dans la mémoire & fe rangent dans la clalfe des chofes qui ont le même caractère de crédibilité & de vérité i ce qui eft très pernicieux. Il ne faut pas mettre au rang de ces Contes chimériques les Paraboles & les fables morales. Celles - ci ne renferment rien de dangereux, parce qu’un enfant conçoit aifément qu’une table de cette efpèce, par exemple, celle du loup & de l’agneau, quoique de pure invention , a été imaginée pour donner une inftru&ion utile & fen- lible. De là vient que l’Efprit de Dieu n’a pas dédaigné de faire ufage de ces fortes de fimilitu- des dans l’Ecriture fainte. Je ne puis me difpenfer de condamner encore ici une autre efpèce de fauffe repréfentation. Lorfque les enfans tombent , ou qu’ils fe heur- E tent 9 66 L’EDUCATION des ENFANS. tent, il arrive fouvent qu’une mère, ou une fer- vante inconfidérée, frappe la terre, ou la table, ou autre chofe qui a bielle l’enfant, comme pour décharger fa colère fur ce corps inanimé. C’eft là une forte de vengeance qui n’eft pas feulement infenfée mais encore très pernicieufe à l’enfant, en ce qu’elle l’excite & Pautorife à devenir lui même vindicatif. Au lieu de cette folle manière d’agir, dites amiablement à l’enfant qui eft tombé, ou qui s’eft bleffé , fut-ce même jufqu’au fang, que la bleifure eft légère que vous y remédierez & qu’il fera bientôt guéri. Ne permettez pas non plus que votre enfant batte à fon tour celui qui l’aura frappé, engagez-le plutôt à pardonner à celui dont il a reçu des coups , & pro- pofez lui pour modèle le Fils de Dieu, pardonnant ceux qui le malcraitoient & priant pour eux. §. n. C OMME les enfans dont nous parlons font parvenus à Page où Us peuvent déjà parler apprendre, il faut fe donner la peine de les accoutumer à prononcer diftindement & intelligiblement les lettres, les fyilabes & les mots. Ne permettez pas que perfonne leur parle en termes mal articulés , ou qu’on affede de balbutier pour imiter leur jargon enfantin. Tachez de leur former l’oreille en leur faifant bien fentir la différence des fons qui ne différent que peu l’un de l’autre, par exemple, du B. & du P. du D. & du T. Vous y accoutumerez peu à peu leurs k organes, en les leur prononceant vous-même d’une voix claire & diftinde. S’il fe trouve une lettre, -telle qu’eft P R. qui foit pour eux difficile . ; à pro- CHAPITRE III. 67 à prononcer, ne vous en impatientez pas, niais ne ceifez pas non plus d’effaïer de tems en tems de la leur faire prononcer, jufqu’à ce qu’ils y réulîilîent. Alors ils témoigneront la joye qu’ils ont eux mêmes du fuccès de vos peines. Pour leur apprendre l’Alphabet, procurez vous, non des lettres initiales ou majufcules, mais des groflès lettres du caractère ordinaire , & après les avoir coupées de quelque vieux livre, colez les chacune féparement fur un petit morceau de bois mince ou de carton , & donnez les leur pour jouer avec. Nommez leur deux ou trois de ces lettres, quelques fois par jour, & engagez les à les répéter après vous. Demandez leur le lendemain qu’ils vous montrent les trois lettres qu’ils avoient apprifes le jour précédent. S’ils les con- noiflent bien, montrez leur en deux ou trois autres; Sinon, répétez leur les prémières, & faites leur efpérer que, fi demain ils peuvent vous les montrer, vous aurez la complailance de leur en apprendre d’autres. Lorfqu’ils auront appris à les connoitre toutes , vous pourrez commencer à les leur faire aflèmbler, en leur montrant comment il faut les épeller. Ils pourront aufii fe fer- vir de ces lettres détachées comme d’un jouet & s’amufer à en former des croix, des étoiles, des quarrés & d’autres figures. Enfin, dez qu’ils finiront alfez bien alfembler les lettres pour en former des mots, on pourra leur montrer à compo- fer fur la table les petites queftions & les demandes qu’ils ont à faire, en leur promettant qu’on leur accordera ce qu’ils auront demandé de cette maniéré. C’eft pour leur apprendre ainfi de bonne heure la compolition des mots & l’orthographe E 2 qu’on V 68 L’EDUCATION des ENFANS. qu’on a inventé les petits Bureaux d’imprimerie; Et quiconque voudra bien fournir à cette petite depenlè, ne pourra faire à fes enfans un préfent plus utile & plus agréable. L’age de quatre à cinq ans eft celui où l’on peut envoyer les enfans à l’ecole, mais on fera bien de ne les y laifler que pendant une heure avant midi, & autant après midi, ayant foin, chaque fois qu’ils en fortent, de leur demander ce qu’ils y ont appris. C’eft une très mauvaife coutume que celle d’aftreindre les enfans de cet âge à relier plus d’une heure de fuite à l’école ; Car comme on ne peut pas exiger d’eux une attention qui dure plus longtems; en les retenant pendant deux ou trois heures, on les met dans le cas de s’ennuier , de devenir inquiets & re- muans , par conlequent d’etre châtiés & de ne retourner que malgré eux à l’Ecole. Aulfitot qu’ils fauront lire, faites leur faire, chaque jour, une petite ledure, foit dans le Nouveau .Teftament, foit dans quelque autre livre édifiant; Mais alfujettilfez les en même tems à lire dillindement, à bien articuler tous les mots , à ne pas faire des inflexions de voix qui approchent du chant, à ne retrancher & à n’ajouter aucune lettre, à obferver la ponduation, & à s’arrêter plus ou moins , lorfqu’il y a un point ou une virgule. Par là vous ferez les coopérateurs de leurs maîtres d’école, comme ceux- ci font les vôtres dans l’inflrudion & l’éducation de vos enfans. Apprenez leur de tems en tems quelque beau i pas- CHAPITRE III. 69 palfage de l’Ecriture fainte, ou un petit cantique de prière, en ne leur en difant qu’une ligne à la fois & en la leur faifant repéter, jufqu’à ce que, par une fréquente répétition ils Payent appris par cœur. Lorfqu’ils fauront un cantique * apprenez leur en Pair, en leur faifant accompagner votre voix de la leur, ou de quelque infiniment , s’ils Pavent en jouer. Non feulement vous leur formerez ainfi peu à peu l’oreille & la voix , mais encore vous en ferez de ces enfans chrétiens & chéris de Dieu, de la bouche des quels il fe plait à tirer fa louange. Pour ce qui concerne l’Ecriture, il eft bon que les garçons commencent à l’apprendre à Page de fix ans. Quant aux filles, elles pourroient ne commencer qu’à huit, mais plutôt, fi elles y ont de bonnes difpofitions. Celles qui n’ecrivent pas encore pourroient être employées à des petits travaux domeffiques, ou à d’autres ouvrages Portables à leur fexe, tandis que les garçons font occupés à l’ecriture. §. 12. C ’EST auffi à cet âge que les enfans doivent être formés à avoir une contenance, une démarche , des geftes & des manières décentes. Ici des parens chrétiens fe gardent bien de leur faire prendre, ou de leur permettre un air extérieur qui foit contraint, affedé, ou qui fente l’hypocrite ; Au contraire, ils ont foin de les inftruire à parler & à agir d’une manière qui, non feulement s’accorde avec leurs vrais fenti- mens, mais encore, qui ne choque & ne fcanda- E ? life 7 ° L’EDUCATION des ENFANS. life perforine. Quant aux fentimens, il demeure vrai que les prémiers qu’on doit leur infpirer font ceux de la Religion, de là crainte de Dieu, de ce que nous devons à notre Créateur, à celui qui nous a rachetés ; mais il faut leur inculquer ces fentimens d’une manière évangélique, c’elt- à - dire, douce, affeétueufe, exemte de cette gène & de cette contrainte qui ne produit qu’une crainte fervile & piété legale , fouvent faulfe ou farouche. Au relie , comme la pollure du corps doit répondre aux mouvemens de l’ame, on fait bien d’accoutumer les enfans à avoir une contenance refpeclueufe dans leurs exercices de dévotion, comme d’avoir les mains jointes & de fe prollerner à genoux. On ne doit pas négliger de leur repréfenter fouvent ce qu’ils doivent a leurs pères & mères , à leurs fupérieurs , à ceux qui font plus âgés qu’eux, à leurs frères & fœurs ainées, aux autres enfans, à leurs femblables, & en général à tous les hommes. Il faut les exhorter à s’aqui- ter d’une manière convenable des devoirs de la fourmilion, du refpèt, de l’amour de l’équité & de la reconnoilfance. Pour leur faire fentir l’importance dé ces devoirs, on leur inlinuera cette maxime divine : Agijfez en toutes chofes envers les autres hommes , comme vous voudriez qu'ils agis - fent envers vous , car cejl là la Loi & les Prophètes. Matth. VII. v. 12. On peut convaincre les enfans de l’obligation où ils font d’obferver cette belle Loi en. leur demandant, par exemple, s’ils ne verroient pas avec peine qu’on leur prit quelque chofe de'ce qui leur appartient? s’ils ne fouf- friroient pas lorfque quelqu’un leur feroit quelque CHAPITRE III. 7i que injure ou quelque tort? Au contraire, s’ils n’ont pas du plaifir à voir qu’on les effime, qu’011 leur témoigne de l’amitié & qu’on leur fait du bien ? Par leurs réponfes, vous apprendrez à con- noitre leur façon de penler & de juger, pour les y confirmer, fi elle eft jufte, & pour la redres- fer, il elle ne l’eft pas. ^ Après avoir ainfi inftruit les enfans de leurs difFérens devoirs, d’une manière accommodée à leur portée, on pourra leur montrer comment ils doivent exprimer au dehors les fentimens dont leurs cœurs font pénétrés. Au relie, ce feroit trop peu pour eux qu’011,ne leur donnât que des préceptes, le bon exemple de leurs chers Parens & celui d’autres enfans bien éduqués fera plus d’impreffion fur eux que les plus longs fermons de morale. Fourniflez leur donc ce fecours du bon exemple , & lorfqu’ils s’écarteront de leur devoir, faites le leur fentir avec douceur & amitié. On ne peut non plus accoutumer trop tôt les enfans à avoir de l’ordre & de la propreté en toutes chofes, dans leurs habits, dans leur linge, dans leurs livres, même jufques dans leurs jouets. Qu’ils ayent foin de remettre chaque chofe à fa place après qu’ils s’en font fervis. Mais quand on exige d’eux cette exadlitude , on fuppofe ici, comme ailleurs, que leurs parens , leurs prépofés & leurs frères aines leur en donnent l’exemple. S’il leur arrive de perdre, ou de gâter, ou de cafîer quelque chofe, gardez vous bien de vous mettre en colère ou de faire voir que le dommage vous caufe plus de chagrin que l’etourderie ou l’inattention de votre enfant, & ne l’injuriez pas. bi fa çonfcience ne l’accufe pas de defobéïflance E 4 ou 1 v- - J% L’EDUCATION des ENFANS. i ou de méchanceté, ni vos injures, ni vos repro- ; ches ne produiront aucun bon effet. . Faites lui plutôt connoitre, avec un férieux mêlé de douceur, comment, par fon exactitude & fa circon- fpeétion, il pourra éviter un pareil dommage à l’avenir. En exhortant vos enfans à obferver les règles du bon ordre & de la propreté , ne leur alléguez pas des motifs qui puiffent favorifer leur amour propre & leur orgueil ; Ce feroit foufflér un feu qui brûle déjà dans leur cœur & que rien ne peut éteindre que la Grâce & le fang de Jé- fus - Chrift. §• M- C E que je viens de dire me conduit à la par- ' tie la plus importante de l’Education des enfans, je veux dire, au foin qu’on doit f* avoir de leurs âmes. Chaque chrétien doit favoir ; que, comme ce n’eft pas par fes propres forces ; naturelles que l’homme peut fe convertir & fe j fan&ifier, il n’eft pas non plus au pouvoir des j pères & mères de produire ce changement fur j leurs enfans. Convaincus de cette vérité ils doi- I vent implorer d’autant plus ardemment le fecours de la grâce de Dieu, pour être préfervés de donner à leurs enfans un mauvais exemple , ou quelque fcandale, par une mauvaife éducation j Et par là d’augmenter la dépravation qui, fans cela, n’eft déjà que trop grande dans leur nature. St. Paul donne une courte, mais excellente inftru- étion à tous les pères & mères!, auffi bien qu’à 1 ceux qui tiennent leur place, dans l’éducation des ‘ enfans, quand il leur dit, Ephes. VI. v. 4. Vous pères , ri irritez, point vos enfans , ç’eft-à- dire, , ne CHAPITRE III. n ne les rebutez & ne les aigri/fez pas, de peur qu’ils ne perdent courage , Coloif. III. v. il. Mais élevez les dans la discipline & dans les remontrances du Seigneur. Cette Inftrudion de FApotre pourroit être paraphrafée, & entendue de cette manière : N’elevez pas vos enfans d’une manière légale} parce que la Loi engendre la colère , Rom. IV. v. if. Mais élevez les dune manière évangélique , c’eft-à - dire, employez la voye de la charité évangélique pour les conduire à la connoiflance de l’Evangile & à la jouiflànce des grâces qu’il renferme. Quiconque étudie ces deux importantes Maximes dans l’Ecole du Saint Efprit, & fe fait un devoir de les pratiquer fidèlement , fe mettra par là en état de donner à fes enfans une éducation véritablement chrétienne. Pour éviter tout méfentendu fur le fens que j’attache à ce que j’appelle Méthode légale & Méthode évangélique , j’expliquerai ma penfée un peu plus clairement. La Loi en général confifte dans des Commandemens de faire certaines choies & d’en éviter d’autres, à quoi elle ajoute des recompenfes pour ceux qui l’obfervent, & des chatimens pour ceux qui la tranfgreffent. Cela étant, je dis qu’on élève les enfans d’une manière légale lorfqu’on fe fait line affaire principale & continuelle de leur commander ce qu’ils doivent éviter. Pour les y porter , on ne confulte pas fi leur cœur y ell difpofé , s’ils ont l’inclination & la volonté de s’y prêter, s’ils ont en eux les forces de faire ce qui leur eft enjoint, & de l’exécuter de la manière qu’il leur a été prefcrit. Que réfulte -1 - il delà? Si l’enfant conçoit ce qu’on lui commande, & qu’il ne le fafiè pas, E y ou 74 L’EDUCATION des ENFANS. ou qu’il ne le fille pas de la manière qu’on le prétend de lui, il efi grondé, ccul'uré, menacé, îbuvent même châtié & battu avec colère & emportement > Et l’effet naturel de tout cela elt, que cet enfant regarde, avec un cœur aigri, & condamne lecrètemcnt la conduite de fes parens comme cruelle , & peut-être comme injulte. Il en elt des» délênfcs comme des commandemens. Chaque négligence ou omiilion elt fuivie de reproches, île menaces, ou de peines* Et tout cela ne le rend pas meilleur. Ce qui en arrive elt, qu’il devient plus foigneux ik plus habile à lé déguilcr, à faire le mal en fccrct & à dérober à lès parens la connoiflànce de fes fautes. Je conviens qu’il elt néceffaire d’accoutumer de bonne heure les enfans à une promtc & entière obeis- fimcc envers leurs parens ik leurs fupérieurs ; Et cela , fins qu’on ait belbin de leur alléguer la raifon, ou le motif pour lequel on exige telle ik telle choie d’eux. Mais je (ôutiens en même tetns qu’il n’clt pas moins nécclfiirc , qu’avant toutes chofes, ils foient bien pcrluadés & pleinement convaincus que leurs chers parens & leurs prépolés les aiment tendrement , & qu’ils n’exigent rien d’eux que pour leur vrai & pour leur plus grand bien. Il faut que les enfuis ayent aifez bonne opinion de leurs parens pour croire qu’ils lavent ce qui leur elt réellement préjudiciable ou avantageux, & qu’ils ne prétendent d’eux que ce qui peut contribuer à leur propre bonheur. Quoique cette confiance qu’ils ont cil l’amitié & bienveillance de leurs parens ik de lcuis lupérieurs, ne loin pas d’abord bien développée ni railbnnéc chez.eux, ils eu ont pourtant un certain lcutfmcut qui les porte à leur obéir CHAPITRE III. 7f obéir volontiers & à éviter tout ce qui pourroit leur déplaire ou les aflligcr. C’elt pour les conduire à ce but qu’il faut employer la Méthode évangélique. Suivant cette méthode, on tache avant toutes choies de donner aux enfuis de cet âge une idée claire de leur Créateur, de là bonté, de fon amour, & de là Sainteté, de là J ullicc , & de l’uvcrlion louverai- ue qu’il a pour tout mal } Et de leur en donner mie telle idée, qu’elle Tuile une imprcllion profonde & permanente liir leurs cœurs. En meme teins on leur fait coniioitre & on les perfuade, par le fentiment de ce qu’ils éprouvent eux-mêmes , qu’ils font de leur nature corrompus, pécheurs & portés au mal. Lorlqu’ils lont bien convaincus de cette trille vérité, on leur apprend que, quoique tous les hommes méritent d’être rejettes & abandonnés de Dieu, Ion immenlb bonté a prévalu a la julticc } Que, parla grande miléricorde, il a voulu les tirer de leur état de inilëre & de damnation & les ramener à la jouis- lànce du lalut : Que pour les affranchir de la coulpe du péché, aulli bien que des peines qu’ils ont méritées & pour les délivrer en même tems de la fervitude du péché, ce bon Dieu n’a point trouvé de moyen plus convenable à fa miféricor- de, à fa fageflê, à fa jultice & à fa fàinteté, que d’envoyer fon cher Fils unique dans le monde : Qu’en fuite de ce Confeil admirable de Dieu, ce Fils bien aimé du Père elt venu dans le monde, s’elf revêtu de notre nature , clt devenu notre Médiateur, notre viétime, l’Agneau île Dieu qui a pris fur lui nos péchés, qui les a expiés par les louftranccs, & qui dt mort pour nous réconcilier V Y 76 L’EDUCATION des ENFANS. lier avec Dieu : Que fon précieux Sang eft la rançon de nos âmes & la purification de nos péchés : Que c’elt par fa mort que nous avons la ? vie, & que c’eft pour cela que les enfans font baptifés en fa mort d’abord après leur naiflance : Que dans le St. Baptême ils reçoivent la Grâce d’être rendus participans du falut que le Sauveur nous a aquis, & que par ce faint Sacrement ils font reçus au nombre des enfans de Dieu, des membres & des cohéritiers de Chrift. Que c’eft par cette raifort qu’il leur donne fon bon Efprit, lequel veut les conduire dez leur jeuneffe, les in- ftruire & les maintenir dans la vraye foi en Jé- fus - Chrift. Et comme, tant les parens, que les inftituteurs des enfans, doivent être perfuadés & fe perfua- der tous les jours d’avantage, que par leurs foins les plus affidus & par leur application la plus fidèle, ils 11e peuvent leur donner aucun bien, ni force, ni vie , mais que tout bien vient du Sauveur, hors duquel nous ne pouvons rien; Ils ne doivent point fe honter d’en faire l’aveu, & de dire aux enfans : „ Nous pouvons bien, „ chers enfans, & nous voulons avec plaifir , „ vous faire connoitre le Confeil & la volonté „ de Dieu touchant votre falut, fans vous en rien „ cacher; Mais il n’eft pas en notre pouvoir de „ vous donner les forces nécellaires pour vous y „ conformer. Nous mêmes, nous ne fommes » que do pauvres hommes pécheurs, qui cha- „ que jour avons befoin de recevoir, par la foi, „ de la plénitude des mérites du Sauveur, Grâce ,3 fur Grâce, pour être maintenus dans fa com- „ munion & pouvoir méner une vie qui lui foit 33 agréait p CHAPITRE III. 77 „ agréable. tc Si les adultes ont befoin de ce Pecours il n’eil pas moins néceflaire aux enfans. Pour les uns, comme pour les autres , il n’y a point de falut qu’en Jéfus, ni d’autre nom par le quel ilspuiflent être fauves, A êtes, IV. v. 12. De même que lés cœurs des parens ont du être touchés & convertis par la Parole des fouf- frances & de la croix du Sauveur, il faut que les cœurs des enfans en reçoivent une fois la fa- lutaire impreffion : & qu’ils obtiennent la rémis- fion des péchés, la vie & le làlut par les mérites de fa paffion & de fa mort. Lorfque ceux qui inftruifent les enfans font bien pénétrés du fén- timent de leur corruption & en même tems de la Grâce de la Rédemption opérée par le Sang deChrift, toutes les leçons, les exhortations & les remontrances qu’ils leur donnent , font accompagnées de ce fentiment i Et dans cette difpofltion de cœur , il leur elf aifé de difcer- ner les fautes où les enfans tombent par foiblelfe, des péchés de malice & des caprices de leur propre volonté. J’avoue que pour donner cette éducation évangélique aux enfans il faut que la famille, ou la maifon d’éducation , foit une efpèce de Maifon de Dieu, où les parens & les prépofés lèvent au ciel des mains pures & des cœurs zélés , pour recommander au Seigneur les enfans qui leur font confiés. Ils doivent auffi regarder le petit troupeau d’enfant qu’ils pailfent comme une petite Eglife domeftique, laquelle doit croître & pro- fpérer à la joye de ce Dieu qui fie plait à habiter & à demeurer au milieu d’eux. Lorfque, malgré *> ; 78 L’EDUCATION des ENFANS. gré leurs différentes foibleffes & defedluofités, ils en feront venus à ce point, les obfervations que je vais faire ne feront plus pour eux des pro. jets impratiquables, mais un plan dont la Grâce du Seigneur rendra l’exécution pofiibie. §. 14 - S I l’on délire qu’une famille, où une école foie une femblable Eglife domeftique, les parens & les, inftituteurs auront foin de faire aux enfans le portrait de l’Enfant Jéfus, tel qu’il nous eft repréfenté dans Thilfoire évangélique. Us leur propoferont pour modèle fon cœur plein d’amour & de douceur pour tous les hommes, & furtout fon ardente dévotion envers fon cher i Père célefte j lequel il avoit fans ceffe devant les yeux, avec lequel il s’entretenoit continuellement, & dont il avoit la Loi gravée dans le cœur. Ils leur feront obferver fa parfaite foumilfion & obéïs- fance envers fes parens > fon affiduité à s’inftrui- re & à travailler, fa patience & fa bienfaifance envers tous, fon contentement d’efprit dans l’état d’extrême pauvreté auquel il avoit bien voulu être réduit, Enfin fon accroiffement en âge, eii fageffe & en Grâce devant Dieu & devant les hommes * accroiflèment qui n’etoit point ralenti par le mauvais exemple, dans une ville dont les habitans étoient fi corrompus & fi décriés qu’on difoit partout, que rien de bon ne pouvoit venir de Nazareth. C’elt ce beau tableau de la fainte f enfance de Jéfus qu’on tache d’imprimer dans le , cœur des enfans i Mais enfaifant cela , on ne fe contente pas qu’ils s’étudient à aquerir une res- fem- f CHAPITRE III. 79 femblance purement extérieure avec ce modèle. Il y en a plufieurs qui, foit par orgueil & amour propre, foit par foupleffe d’élprit, foit par crainte, s’efforcent d’imiter l’exemple de l’Enfant Jéfus dans leur conduite extérieur^, tandis que leur cœur eft encore mort, c’eft->à-dire, qu’il réfille encore à fa Grâce, qu’il eft infenfible à fes attraits , vuide de foi, de confiance, d’amour & d’attachement pour lui. Cet état, qui eft celui de l’hypocrifie , eft plus dangereux qu’on ne fe l’imagine, & peut manquer d’avoir des fuites très funeftes, lorfque les enfans y perfévèrent jufqu’à î’age où les pallions de la jeuneffe prennent l’es- for, & où la nature, abandonnée à elle même, n’a aucune digue à oppofer au torrent de la corruption qui fè débonde. Pour prévenir ces tristes fuites , il eft néceffaire de leur donner une connoilfance foncière de leur état de corruption & de péché *, En même tems, de leur faire comprendre que, pour être renouvellés à l’image & à la reffemblance de Jéfus, il faut qu’ils ayenc ret;u dans leurs cœurs cette vie nouvelle qu’il nous a aquife par fà mort, qu’ils foient changés par l’efficace de fa grâce & conduits par la vertu de fon Efprit. En effet, pourquoi le Fils de Dieu a-t-il participé à la chair & au lang , comme tous les autres enfans ? Pourquoi s’eft - il rendu femblable en toutes chofes à fes frères ? Pourquoi a -1 - il palfé fuccelîivement par tous les différens âges de la vie humaine? Pourquoi enfin a-t-il éprouvé les foibleffes, les befoins &*les adverfi- tés auxquelles l’enfance eft fujète ? C’a été afin qu’il devint un fouverain facrificateur miféricor- dieux & fidèle, lequel put aider tous les hommes, & en particulier, fecourir les enfans dans les V 80 L’EDUCATION des ENFANS. les dangers & dans les foibleffes dont ils font environnés. Pourquoi encore les enfans des Chrétiens font-ils baptifés en la mort de Chrift , & pourquoi reçoivent iis ce baptême d’eau & de fang, dont parle l’Apotre, i. St. Jean, V. v. < 5 . C’elt afin que le vieil homme , c’elt- à - dire, la corruption naturelle , le corps du péché , foie noyé & fuffoqué avec toutes fes convoitifes , & qu’il en forte un homme nouveau , créé félon Dieu dans une juftice & une fainteté véritable. Tel fut autrefois l’Enfant Jéfus, & fa bonne volonté elt de rendre les enfans tels, par fa Grâce. Pendant tout le cours de fa vie il a prouvé qu’il étoit le plus tendre ami des enfans : Il comman- doit qu’on les lui apportât: Il les prenoit entre fes bras, il les careffoit, les baifoit & les bénis- foit. Comme il eft encore aujourd’hui le même qu’il étoit alors, fou tendre amour pour les enfans n’a foulfert aucune diminution. Qu’on tache donc de les en bien perfuader, & qu’on les exhorte à mettre toute leur confiance & leur efpérance en lui. Qu’on les affure que fa gra- cieufe intention eft d’accomplir en leur faveur toutes fes divines promeiTes , de leur donner un cœur nouveau & d’y graver fa Loi, afin qu’ils foient enfeignés de Dieu, & qu’ils le connoilfent, depuis le plus petit jufqu’au plus grand. Hebr. VIII. v. 10. ii. Efaie, LIV. v. i$. Ce font là des matières que les parens & les précepteurs doivent traiter avec les enfans, aulîi louvent qu’il s’en préfentera une occafion opportune. Je dis, dans l’occafion favorable, car mon intention n’eft pas qu’il faille leur faire là deffus, de long fermons, & les leur répéter à chaque pro- CHAPITRE III. 8i propos. Il feroit à craindre qu’ils n’en conçus* lent de l’ennui & du dégoût. J’entens, qu’au lieu de prêcher fi fouvent & fi longtems aux en- fans , il faut les gagner par la douceur & les amener imperceptiblement au point, qu’ils demandent eux mêmes comme une grâce qu’on leur raconte quelque trait de l’hiftoire de l’Enfant Jé- fus. Dez qu’une fois ils y auront pris goût, oiî pourra en glifler un mot dans le difcours, foie aux heures du lever & du coucher, foit à celles du repos, foit à la promenade. Par là, les enfans fendront que cette matière fait l’objet favori de leurs parens & de leurs fupérieurs, qu’ils en goûtent l’excellence, & que c’eft ce qui les rend con- tens & heureux. Pour faire goûter ces inftrudfions aux enfans, il faut fuivre la méthode dont l’Efprit de Dieu s’eft fervi dans les Saintes Ecritures, & imiter l’exemple du Sauveur du monde. Il n’employoit pas la manière d’enfeigner Syftématique & feien- tifique de ces Dodteurs qui font un ample discours fur chaque matière qui s’offre à traiter. Souvent les oifeaux de l’air ou une fleur des champs, lui fournifloit Poccafion de repréfenter la grandeur de l’amour de Dieu & la fidélité de fa Providence; Et cela , toujours d’une manière fimple & touchante. Tantôt il empruntoit des emblèmes fenfibles , tantôt dés fimilitudes, ou des hiftoires frappantes, pour infinuer à fes Difi ciples les vérités les plus fublimes & les devoirs les plus importans de la Religion. Quoi de plus touchant, par exemple, que l’hiftoire de l’Enfant prodigue ? Quoi de plus frappant que le tableau qu’il fait du dernier Jugement ? C’eft de cette F manière 3 8 * L’EDUCATION des ENFANS. manière d’enfeigner que les parens & les inftitu- teurs des enfans peuvent fe fervir pour leur inculquer , dez leur plus bas âge , les vérités & les devoirs de notre fainte Religion. Il importe auflî beaucoup qu’ils foient accoutumés de bonne heure à vaquer aux exercices publics de [dévotion, qu’ils entendent la prédication de l’Evangile & qu’ils alliftent aux Catéchi- fations. Mais il faut les difpofer auparavant à regarder comme une Grâce & une faveur la per- milfion qu’on leur donne de s’y rendre ; Ainlî loin de les y faire aller par contrainte & malgré eux, il convient de leur faire envifager comme un châtiment le refus qu’on fait de les y lailfer aller. Toutes les fois qu’on adminiftre le faint Baptême , il elt bon que les enfans y fourniflènt leur préfence , qu’ils voyent ce qui fe fait & qu’ils entendent ce qui fe dit ; Mais il faut aulli prendre de là occafion de leur donner fur ce Sacrement des inftrudions convenables à leur portée, répondre amicalement à leurs petites quellions, leur rappeller en mémoire l’Alliance que Dieu a traitée avec eux dans le Baptême, & leur faire fentir le prix de la grâce qu’ils y ont reçue. Par là, ils apprendront à en connoitre l’excellence, & à conferver dans leur cœur le fouvenir de ce grand bienfait. 11 n’eft pas moins du devoir des parens d’admettre leurs enfans à leurs dévotions particulières & domelliques , furtout à leurs prières du matin & du foir. Outre la bénédidion qu’ils en peuvent CHAPITRE III* 8 ? peuvent retirer , il eft bon qu’ils ayent devant les yeux ces exemples de pieté & qu’ils apprennent à connaître les fentimens dont père & mère font animés lorfqu’ils s’entretiennent avec Dieu. C’eft de même un ufage très louable d’inftruire les enfans à faire une petite prière , foit en pro- fe, foit en vers, avant & après le repas ; Surtout lorfque les parens leur donnent, par une contenance recuillie & refpeétueufe, l’exemple de la profonde vénération avec laquelle il convient de parler à Dieu. Ici, j’avertis encore une fois que les parens doivent bien fe donner de garde de furcharger les enfans d’exhortations & de réprimandes ; Et qu’au contraire, ils doivent s’étudier à les rendre courtes, intérelïantes & même alfez agréables pour que les enfans fouhaitent qu’elles durent plus longtems. & if. E N s’occupant ainfi à former le cœur des etr fans à la piété, leurs parens & leurs précepteurs doivent étudier avec un œil attentif & un cœur compatiffant leurs inclinations dominantes , afin de découvrir de quel coté la corruption naturelle pailche & fe manifefte le plus fortement. Il eft vrai que chaque enfant a dans fa nature la femence de ce que l’Apotre appelle la concupifcence de la chair , la convoicife des yeux & l’orgueil de la vie; Cependant cette femence germe différemment chez les uns que chez les autres. Ici c’eft un tel vice qui pullule le plus vifiblement, là, c’eft telle mauvaife inclination qui le décèle d’une manière plus fenfible. L’un eft F % pfos y 84 L’EDUCATION des ENFANS. plus vif, plus promt & plus impétueux que Pau* tre. Celui-ci eft envieux, avide, avare & tenace , celui - là eft mol, lâche & indolent. C’eft ce qu’il importe beaucoup d’obferver dans toutes les différentes circonftances où les enfans peuvent fe rencontrer j Surtout lorfqu’ils font auprès de leurs fervantes, ou dans la compagnie des autres enfans, parce que c’eff alors que, lé fen- tant moins gènes ils fe montrent à découvert. Dez qu’on s’apperçoit que tel ou tel vice fe pro- duit chez eux d’une faqon marquée, on doit bien fe garder de le diftimuler ou de le pallier, & plus encore de l’exçufer ou de le juftifier. Le prémier effet que cela doit produire fur le cœur des parens eft, de les humilier & de leur rappeler le fentiment de la corruption qui eft en eux- mèmes & qu’ils ont tranfmife à leurs enfans ; En même tems ils ont fujet d’implorer, pour eux & pour les leurs, la Grâce du pardon & de la délivrance du Seigneur. Dans cette difpolîtion de cœur ils prendront à part feulant chez qui la corruption s’eft manifeftée par tel ou tel vice: Ils lui parleront dans un efprit de douceur & de commifération : Ils lui repréfenteront combien cette difpolîtion naturelle eft odieufe à Dieu & éloignée de la reffemblance du Sauveur du monde. De là, ils le conduiront à la connoilfance de fon cœur, lequel doit être bien corrompu & mauvais, puis qu’il eft la fource de tels & tels vices. Cette découverte leur fournira matière à lui faire fentir combien il doit avoir déplu à Dieu & contrifté fon bon Efprit; En même tems combien cela eft contraire à l’alliance d’une bonne eonfcience avec Dieu, à cette Alliance de Grâce qu’il a contractée avec lui dans le faint Baptême. 8 ; CHAPITRE III. w* Mais en faifant à votre enfant toutes ces reté- montrances prenez garde qu’il ne tombe dans le ’eft défefpoir; Donnez lui plutôt efpérance que, tout tes pécheur qu’il eft, il ofe s’pprocher de notre bon eu-, Sauveur, & peut trouver Grâce devant lui: Que, rès non feulement il peut recevoir de lui la remilfioü les de tous fes péchés, mais encore un fecours puis- én- fant contre la violence de fa corruption naturel- ’tt. le : Que, pour l’obtenir, il n’a qu’à s’adreiiêr à f°* lui avec confiance, à lui demeurer attaché & à ien ne fe laifler féparer de lui par quoi que cepuiliç & être. Comme les enfaus ont naturellement le Le cœur fenfible, fi celui du vôtre s’attendrit à vos; eut admonitions , priez Dieu avec lui & pour lui : ’el- Faites-le enfui te paifer dans une chambre, où ix- il foit feul, & exhortez-le à expofer lui - même is > fes mifères & fes befoins au Seigneur. En fui- vant les confcils que je vous donne, vous ré usée firez indubitablement mieux à ramener & à coron riger votre entant qu’en lui infligeant les chati- qui mens les plus rudes , ou qu’en lui faifant les ;e: plus fevères menaces. Il n’eft, hélas, que trop de de ces parens mal-avifés, qui faifitfent d’abord ien la verge & menacent leurs enfans des plus cruel- & les punitions, lesquelles pourtant ils n’ont nulle )n- envie de leur infliger; Mais que réfulte-t-il de ice toutes ces frivoles menaces ? comme elles ont été. & fouvent réitérées fans être ïuivies de l’exécution, els l’enfant s’y accoutume comme à entendre des : à chanfonettes, il y devient infenfible, il perfévère, eu dans fes vices & s’endurcit dans le mal. aime ice ne. ■ a ‘ s F ? §. 1 6 , 85 L’EDUCATION des ENFANS, §. i5. Q UAND je donne ces avis , mon entendu n’eft pas qu’on ne doive jamais employer la verge ni infliger d’autres chatimens aux enfans. Loin de là, dez que cela fe fait dans le tems & de la manière convenable, j’admets la maxime du Sage, qui dit : Celui qui épargne fa verge hait fort fils > Mais celui, qui l'aime fe hâte de le châtier , Prov. XIII. v. 24. ' Lorfqu’un en. faut elt aflez malheureux pour méprifer toutes les inftructions chrétiennes & les exhortations amicales qui lui ont été données , & qu’au lieu de les goûter il fe roidit contre les commandemens de Dieu & de fes parens , il cefle d’ètre un objet d’indulgence , il a befoin d’eprouver la pelànteur de la verge. Cependant, avant de la lui bure fentir , je voudrois qu’on fe donnât la peine de Je bien convaincre qu’il a mérité cette punition, La défobéïflance, l’obftination à faire ce que père & mère ont défendu & le refus d’obferver ce qu’ils ont commandé , n’euflent - ils pas même allégué la raifonpour laquelle ils le veulent ainfi: Ne pas dire, ni vouloir avouer la vérité, ou inventer un menfônge pour fe juftifier: Diftraire quelque chofe à l’infçu & fans la permiilion de fon légitime poflefleur, ne fut-ce qu’une frian- dife, ou une autre chofe de peu de valeur : Corn- mettre ces fautes malgré les inftruétioAs & les avertilfemens férieux qu’on a reçus à ce Lu jet : Tomber même dans des récidives j Tout cela ne doit point être palfé fans châtiment, & le meilleur eft celui de la verge. La raifon en eft, que ces vices en engendrent une infinité d’autres & CHAPITRE III. 87 idu fer ux s le la 7 * ate en. les ;ni- de eus )jet eut lire de wi. ère ce me ifi: ou lire de an. >m. les et: ne eii- jue & ’ils qu’ils ont des fuites très pernicieufes. Au relie, pour ne pas mettre les enfans dans le cas de la défobéiifance, il faut que les parens & les Supérieurs n’exigent jamais d’eux des chofes qui font au - deflus de leur pouvoir ; Et lors qu’ils les châtieront, ils doivent le faire avec modération & comme en la préfence dei Dieu, de peur que la trop grande feyérité ne rompe le lien de la paix & de l’amitié réciproque. On a déjà dit plus haut, Chap. II. §. ii. & Chap. III. §. 6 . que c’eft dez le berceau qu’il faut commencer à rompre la propre volonté des enfans & à vaincre la défobéïffance ; Et qu’il ne faut même Souffrir ni l’une ni l’autre chez ceux qui font malades. J’avoue que ce n’eft' pas fans beaucoup de peine qu’on empêche ceux de cet âge d’être défobéïs- fans, d’inventer un menfonge pour fe fouftraire à la punition dont ils ont été menacés, & d’être tentés de commettre quelque petit larcin, Surtout à la vue d’un objet qui flatte leur gourmandife -, Cependant les parens doivent agir en cela avec une attention infatigable & une fidélité loutenue, car dez que la confidence les accufera de négligence à cet égard, ils feront obligés de fe condamner eux-mêmes dans le tems qu’ils châtieront leurs enfans. Sur toutes chofes je recommande aux parens que, tant dans l’éducation de leurs enfans en général, qu’en particulier dans les chatimens qu’ils leur infligent, le père & la mère Soient d’un même Sentiment & s’accordent fur tous les points. S’il arrivoit que. l’un penfat que l’autre va trop loin , ou n’exige pas aflez, aumoins qu’ils fe gardent bien de le faire remarquer, ou dqle faire F 4 foup- 88 L’EDUCATION des ENFANS. foupqonner à l’enfant * {bit par paroles, foit par geftes, ou par mines. Mais furtout, que l’un ne s’avife pas de prendre le parti de l’enfant cou- tre l’autre. Lorfqu’ils penfent différemment, ils peuvent choifir le tems où les enfans font ab- lens, ou endormis, pour conférer enfemble & convenir fous les yeux du Seigneur comment ils pourront, avec le fecours de fa Grâce, donner à leurs enfans la meilleure éducation polîible. Un autre inconvénient contre lequel les parens doivent être en garde, c’ell la prédilection ; lorsque le père ou la mère aime par préférence im enfant plus que les autres, qu’il en fait fon favori ou fon mignon, auquel il donne & pardonne plus qu’aux autres. Comme ils font tous également leurs enfans , ils doivent leur donner à tous la même part à leur affeélion paternelle & maternelle, à leur foins & à leurs biens. Que fi certains enfans fe rendent, par une mauvaife conduite , indignes de jouir de ces avantages, dans un même degré que les autres , il faut travailler à ce qu’ils foient pleinement perfuadés & convaincus dans leur confcicnce que l’inégalité de leur fort n’eft pas un effet de la partialité de leurs parens, mais une fuite des déréglemens de leur conduite. i?. P UIS Q_U E je parle dans ce Chapitre de l’Education des enfans jufqu’à l’age de fept ans, je me fens prelfé à prier les parens d’avoir grand foin d’impèçher que, dez cet âge, leurs enfans de diiferens fexes ne foient jamais feuls enfemble. Ils doivent donc veiller non feulement fur CHAPITRE III. $9 par fur eux avec prudence & autant aflidument qu’il ’un leur fera polfihle, mais encore Paire en forte qu’ils on- foient féparés les uns des autres, tant dans les ils chambres à coucher , que lorfqu’ils s’habillent & ab- fe deshabillent, & lorfqu’ils vont à leurs néces- : & iités. : ils ner Non feulement ils doivent les avoir toujours jle. fous leur garde & infpecfion, ou fous celle d’u- ens ne perfonne de confiance , mais encore pourvoir >rs- à ce que leurs propres enfans ne fe trouvent ja- un mais dans la Compagnie des autres qu’en préfen- >ori ce d’un furveillant. Souvent il peut leur arriver dus de voir ou d’entendre des chofes capables d’exci- cnt . ter en eux une mauvaife paffion. Un exemple la féduifant les entraînera aifément à une mauvaife :er- adion , à laquelle ils n’euifent jamais peufé fans :er- cela. La vigilance efl: donc ici bien néceffaire , on. elle devroit même aller jufqu’à conduire , ou à ms faire accompagner les enfans par quelqu’un, lors Ier qu’ils vont à l’ecole & qu’ils en retournent, in- de J’ai encore à parler d’un devoir effentiel des jrs pareils à l’egard des enfans de cet âge. AuiTitot :ut que ceux-ci ont alfez d’intelligence & de eoncep- hon, on ne pourra jamais leur inculquer trop férieufement ÿ combien il eft néceflàire de regarder tous nos membres, nos yeux, nos oreilles, nos pieds, nos mains, & toutes les autres par- '£. tics de notre corps, comme des membres qui ne is, doivent point être employés à fervir le péché 3Îr mais au fer-vice du. Seigneur j Et cela , par la ns laifbn qu ils ont ete créés & qu’ils doivent être ils fandifiés pour devenir des inff rumens de juftice nt & uon d’iniquité. Il u’eft pas difficile de rendra ur F f cela 90 L’EDUCATION des ENFANS. cela compréhensible à la jeunefle du plus bas âge. Dez qu’un enfant prête fa main à une mauvaife a&ion, comme lorfqu’il frappe quelqu’un ou qu’il fouftrait une chofe à laquelle il ne devroit pas toucher , il eft aifé de lui faire fentir que les mains ne lui ont pas été données pour en faire un fi mauvais ufage , mais pour les employer à faire des chofes agréables au Seigneur. On peut lui donner les mêmes inftructions fur l’ufage de toutes les autres parties de fon corps pour les porter à ne pas deshonorer des membres deftinés à faire le bien, en s’en fervant pour malfaire. CHAPITRE IV. De t Education des En fans , depuis leur feptième, jufqidà leur quatorzième année, §. i. J ’E N fuis maintenant venu à l’epoque de la vie des enfans, où leur éducation exige d’autant plus de foins, que c’eft celle qu’ils reçoivent à cet âge, qui influe le plus puifl'amment furie refte de leur carrière. Le période qu’ils vont par- courrir, loin d’être employé à des chofes frivoles & inutiles, doit être ménagé avec fcrupule, & confacré à les acheminer dire&ement à leur de- ftination. Cette defbination eft celle que l’Auteur de notre exiftance a fixée lui - même , pour le tems & pour l’éternité ; Par conféquent le premier principe de l’éducation eft, que tout enfant, en qualité de créature de Dieu, rachetée à grand prix, foit fidèlement conduit à ce but. C’eft donc ici le terme auquel les parens & les inftiw- ceurs teurs doivent continuellement vifer: C’eft à cela que doivent tendre leurs premières vues dans le choix du fort de leurs enfans & du genre de vie qu’ils ont à embraffer. J’entens qu’en faifant ce choix on ne négligera pas de confulter le naturel de chaque enfant ; Non, qu’il faille fuivre fes fantaiftes, ou fes inclinations déraifonnables, mais prendre en confidération les forces de corps & les facultés de Pâme que le Créateur lui a départies. Le penchant naturel de l’homme le porte à fe procurer la fubfiftance du corps & le contentement de l’efprit. Mais la dépravation de fa nature eft telle, qu’il cherche fou vent fa confer- vation & fa fatisfadion dans des chofes où il ne trouve, ni fon bien - être , ni fon vrai contentement. Pour favoir en quoi il confifte , il ne faut pas moins que la lumière de l’Evangile qui nous inftruit de notre Rédemption par les foutFrances & la mort du Sauveur, C’eft de là que nous tirons les motifs de pourvoir à la çonfervation de notre être , & la connoilfance de la fource où l’on puife le folide contentement. C’eft aufti à ce but défiré qu’on peut, fous la bénédiction divine , conduire les enfans, lorfqu’on les élève d’une manière évangélique. Traiter les enfans avec humeur, fe répandre en reproches & en plaintes contre eux , les affujettir au joug d’un grand nombre de règles & de loix gênantes & in- fupportables à leur âge tendre j C’çft , non feulement agir contre l’efprit de PEvangile, mais encore fe donner une peine inutile ; En fe tourmentant ainfi en vain , on ne fait que les rebuter. XI faut les prendre tels qu’ils font, avec leurs bonnes & leurs mauvaifes qualités, Quant au bonnes il faut tacher d’en tirer le meilleur parti poftible * & V' 9% L'EDUCATION des ENFANS. & les mauvaifes, on travaille, avec la grâce du Seigneur, à les corriger pour les rendre toujours moins préjudiciables, tant à eux qu’au autres. Quand on réfléchit fur l’etat que les enfans doivent remplir pendant le cours de leur vie , on trouve que ceux du Sexe mafculin font deftinés à une manière de vivre & à des occupations bien différentes de celles de l’autre Texe. De là nait la différence d’éducation qu’il convient de donner aux uns & aux autres. La conftitution particulière des garçons en demande une qui y foit relative. Celle des filles doit de même être proportionnée à leur cômplexion. Les deux fe- xes peuvent bien être traités également dans ce qu’ils ont de commun entre euxj Mais en ce qu’ils différent l’un de l’autre, par rapport à leur genre de vie, à leur profeffion & à leurs occupations , il faut coufulter la nature & la deftination de l’un & de l’autre pour diriger leur éducation en conféquence. §. %. J E rapporterai ici quelques unes des qualités, tant bonnes que mauvaifes , qui font communes aux enfans des deux fexes, j’indiquerai la manière d’en tirer parti pour leur avantage. Les enfans en générai font naturellement curieux, ils font fans ceife des quelfions fur les chofes qu’ils voyent & qu’ils entendent. On ne doit point fe laifer de les fatisfaire, mais leur donner luï tout des réponfes juftes & vrayes. On peut com- CHAPITRE IV. 91 commencer par leur apprendre le nom & l’ufage de chaque meuble qu’il y a dans la maifon. Si on ouvre une armoire, on leur en montrera les clefs, on leur fera voir les différentes pièces qu’on en tire & on leur dira à quel ufagc chacune elfc deftinéc: Les mène-t-on promener au jardin, ou à la campagne, on leur apprend les noms & les différences des arbres & des herbes, S’ils élè- vent leur vue vers la voûte des cieux, on leur fait admirer la beauté des affres & la puilfance de celui qui les a fufpendus au firmament. En regardant l’etendue de l’horifon, on aura occafion de leur montrer les différentes plages du monde, & de leur donner une teinture de géographie & d’hiftoire univerfelle. Les enfans ont P imagination fort vive', parce que les organes de leurs feus font extrèment délicats & qu’ils n’ont pas encore été émouiîés > De là vient que les images des chofes qu’ils ont vues, ou entendues, ou ienties, ou dont on leur a fait une peinture touchante , s’impriment beaucoup plus profondément dans leur cerveau , qu’elles ne le font dans un âge ou l’humide radical diminue ou s’epaiifit. , Pour tirer profit de cette difpofi- tion, il faut écarter foigneufement d’eux tous les objets capables de produire des idées ou des fen- lations dangereufes , & ne leur repréfenter que des chofes agréables, honnêtes & utiles, en un mot toutes celles dont on veut qu’ils confervent longtems l’impreifion. La plupart des enfans. ont la mémoire heureufe , La preuve de cela eft que, dans léfpace de peu d’années, ils peuvent fans peine apprendre plu- fieurs 94 L’EDUCATION des ENFANS. fieurs mille mots, tant de leur langue, maternelle que des langues étrangères; Et cela, pour les avoir entendus & répétés quelques fois. C’eft donc une fage méthode que celle de leur enfei- gner de bonne heure les langues, la Géographie & PHiftoire. Par là , leur mémoire ne s'enrichit pas Iculement, mais encore elle fe fortifie de plus en plus, à moins qu’elle ne foit furchargée. Les enfans font ordinairement crédules ; ils ne foupqonnent pas que ce qu’ils entendent dire à leurs parens & à leurs précepteurs foie contraire à la vérité. Cela étant, on pourra , fans avoir befoin d’alléguer beaucoup de preuves, les convaincre des vérités les plus importantes tant de théorie que de pratique. Ils les adopteront fans aucun doute ni contradiction. Ce feroit par con- féquent faire un abus bien blâmable de cette heu- reufe crédulité que d'en impofer à leur bonne foi par des récits fabuleux, ou par des propos capables de les induire à erreur. Les enfant, lorfqu'ils fe portent bien, font àPor* diraire vifs & ngijfans, ils aiment à avoir toujours quelque choie à faire. Cette difpofition eit d’un grand fecours pour ceux qui les inftruifetit. Ceux- ci feront bien , d’un coté, de les maintenir dans cette vivacité & activité naturelle , mais de l’autre , ils auront foin de la diriger vers des chofes utiles & de la modérer tellement qu’elle ne dégénéré pas en légèreté & en étourderie. Les enfans imitent volontiers Ce qi£ils voyent & qu'ils entendent . Ce génie imitatif eft une faculté qu’il faut avoir grand foin de cultiver ; mais pour en CHAPITRE IV. 9T ♦en rendre l’ufage utile & falutaire *, il faut ne leur montrer que des objets, des exemples & des modèles qui foient dignes d’ètre imités. Par con- féquent on doit, autant qu’il eft poffible, les empêcher de voir ou d’entendre des chofes dan- géreufes, impies, criminelles, ou peu convenables à leur âge & à leurs circonftances. Les enfans font naturellement babillards , & aiment furtout à jafer avec leurs femblables. Leur impofer continuellement filence, c’eft les rebuter & les rendre chagrin. Au lieu de les empêcher de parler, tachez de les engager de bonne manière à tenir des propos raifonnables & utiles. Faites leur raconter ce qu’ils ont appris ou entendu de beau. Engagez les à demander l’explication de ce qu’ils ne comprennent pas, & accoutumez les ainfi à faire un bon ufage de leur langue & de leur demangeaifon de parler. Quelque Amples & triviales que foient ces ob- fervatkms générales , j’ai cru devoir les mettre fous les yeux des parens & des inftituteurs des enians, dans Péfpérance qu’étant réduites en pratique , il en réfultera un vrai bien pour la jeu- nelfe qui eft confiée à leurs foins. §. î. L ES garqons de Page, dont nous parlons ici, doivent commencer à faire ufage des forces de leur corps » ainlî on fera bien de les e& ercer de terns en terns à un travail qui y foit proportionne. Iis peuvent, par exemple, s’occuper quelquefois à. becher ou à falîoyer dans un jardin. p- 9 * L’EDUCATION des ENFANS. din. Lors que le temsne permet pas de fortic de la maifon, il eft bon qu’ils s’exercent à porter du bois, à le couper , ou à le fcier. Lorfque père & mère iront à la promenade, ou qu’ils feront un petit voyage à pied , ils Feront bien de les prendre avec eux, & chemin faifant, ils pourront leur faire cueillir des fleurs, des herbes, ou des bayes dont on puifle faire ufage dans l’œco- nomie. Un père de famille qui a de l’amitié & de la complaifance pour fes fils , trouvera mille moyens de leur fournir un petit travail agréable & utile ; Je dis utile, parce que, ne dut-il procurer aucun profit à la maifon, il aura cet avantage que , par ce travail modéré, les jeunes gens aquerront plus de force & de dextérité à en fou- tenir un plus pénible à la fuite. . On doit, en attendre autant de la tendrefle & de la fidélité d’une mère envers fes filles parve- nues à cet âge. Elle aura foin de leurs faire apprendre tous les diiferens ouvrages fortables, à leur Sexe , comme à coudre , à tricotter, à filer, à faire la cuifine, à cultiver un jardin potager, a faire la iefcive & la favonnade , à repaifei; le linge à arranger convenablement les meubles & à tenir là maifon. propre'. Elle ne négligera pas meme de leur apprendre à conduire les petits en- fans 5 Et en cela elle leur procurera, non feulement un exercice de corps favorable à leur faute, mais encore une intelligence dont elles pourront dans un tems faire ufage pour elles - mêmes. Une de fes principales attentions fera de leur confer- ver un corps fain > de ne pas les furcharger de travail'ni de fardeaux trop pefans & d’empècher qu’elles ne fe. gâtent la taille en lé panchant de coté » CHAPITRE IV. 97 coté» ce qui arrive fouvent lorfqu’elles font gênées dans leurs habits, ou lorfqu’elles coufent, ou qu’elles filent, ou qu’elles écrivent, ou qu’elles portent un enfant fur le bras. Une autre attention non moins eflentielle eft, de leur faire remplir par le travail le tems qu’elles paflent hors de l’ecole. On ne peut les accoutumer trop tôt à fuir l’oifiveté & à fentir les avantages d’une vie occupée} Dez qu’elles y auront pris goût, elle leur fera une vraye récréation, & la coutume deviendra comme une fécondé nature. Tout ce qu’on a dit des trilles fuites de la faineantife, tant dans les anciens tems que de nos jours, demeure exa&ement vrai & fe confirme par l’expérience. Il elt donc à fouhaiter que les parens des enfans, auffi bien que leurs prepofés polfèdent le talent de leur infpirer l’amour du travail, de manière qu’au lieu de le regarder comme une peine, ils s’en falfent un plaifîr & qu’ils en demandent eux mêmes , lorfqu’ils fe trouvent désœuvrés. Pour les y porter il ne fera pas inutile de leur repréfenter que , ^ déjà dans l’etat d’innocence l’homme avoit été placé dans le jardin d’Eden, pour la cultiver & pour le garder , & qu’après fà chute Dieu lui impofa le devoir de gagner fon pain à la _ fuetir de [a face , non feulement comme une punition de fon infidélité, mais encore comme un moyen de conferver lafanté. A ces motifs d’encouragement on pourroit ajouter quelques petites recompenfes pour leur apprendre comment le gain ell attaché au travail. Le profit qu’ils en tireront , mis dans une épargne, pourra être employé à leur acheter des habits & a faire des aumônes, ce qui ne manquera pas de leur taire un fingulier plaifîr. G S. 4. C’ait 98 L’EDUCATION des ENFANS* §* 4 - C ’EST à Page dont nous parlons que les en. fans doivent auffi être inftruits dans la le& ture & récriture, dans la manière des Let> très , dans l’Arithmétique, 'dans l’Hiftoire & la Géographie , auffi bien que dans la Mufique» Toutes ces fciences font utiles , & prefque également néceffaires , tant aux filles qu’aux gar. qons. Mais comme c’eft ordinairement dans les écoles que l’etude s’en fait* & que par conféquent* ç’eft moins des parens que des maitres qu’on les apprend, je me bornerai ici à indiquer ce que le devoir exige indifpenfablement des pères & des mères* Un préjugé très fatal pour les.enfans eft celui de ces parens qui, après avoir été mal inftruits dans leur jeuneffe, penfent, & difent quelquefois tout haut : Nos enfans n’ont pas befoin d’être pki favant que nous. Tenir ce langage^ c’eft dérober à fès enfans un avantage qu’on leur doit & déceler fa propre incapacité. Combien de fois l’ex^ périence ne les a -1 - elle pas convaincus qu’il leur eut été d’une grande utilité d’avoir appris dans leur jeüneffe à bien écrire & à bien chiffrer? Combien de reproches les enfans ne feront-ils pas fecrètement à leurs parens, foit vivans foie morts , de les avoir négligés à cet égard, & à d’aütres ? cela ne devroit il pas engager les pères & mères à donner à leurs enfans la bonne éduca* tion dont ils fe plaignent d’avoir été privés ? Pouf fe difpenfer de leur donner, furtout aux filles> une inftruélion plus étendue & plus fuivie, on dira jpeut-être * qu’on ne prétend pas d’en faire CHAPITRE IV. 99 en. leo _et« : la lue. 2ga. gar. : les 3nq les î le des. elui uits fois t plus >ber / t ece- ’exi leur lans •er? -ils foit & à !S& uca* ouï les) on air® des des perfonnes de diftindion & qui brillent dans le monde par leur érudition. Ce prétexte paroit d’abord Fpécieux, parce qu’il eft couvert du monteau de l’humilité, mais dans le fonjd, rien de plus frivole. Il faut convenir que tout ce qui contribue à éclairer l’efprit & à former le cœur d’une perfonne, eft avantageux pour tous Fans diftindion, & par conféquent qu’il ne doit jamais être accordé exclufivement aux perfonnes d’un certain état. Il a été un tems où, pour être réputé lavant, il fuffilbit de favoir lire & écrire. De nos jours, il eft peu de pais où les enfans n’a- yent la faculté d’apprendre l’un & l’autre i Faudra t - il leur lailfer ignorer toute autre choie fous prétexte qu’autrefois il n’en falloit pas d’avantage pour fe dinftinguer ? Et reftreindra -1 - on les filles à des travaux purement manuels, dans le tems qu’elles ont, autfi - bien que les garçons, un efprit fufceptible d’inftrudion & un cœur qui a befoin d’être formé ? Cela étant, dez que les eirconftances le permettent, des parens Fages ne peuvent le difpenFer de leur prouver cet avantage. En faiFant l’un, ils ne négligeront pas l’autre. Les filles apprendront à travailler, mais en même tems on leur procurera toutes les con- noiftances utiles qu’il leur Fera polîible d’aquerir. Un troifième abus non moins préjudiciable que les autres eft celui - ci: Bien des pères & mères font envifager l’ecole à leurs enfans, non comme un lieu d’agrémens & de plaifirs, mais comme une efpèce de prifon ou de maifon de difcipline. On ne les engage à y aller que par des paroles rudes & par des menaces i Or, les menacer de l’ecole, c’eft leur en donner une idée odieufe & leur faire fen- G % tir $ IOO L’EDUCATION des ENFANS. tir que l’inftru&ion |eft un châtiment. Qu’en peut-il réfulter ? L’effet que cela produit néces- fairement fur les enfans eh qu’ils ne vont à l’e- cole qu’à contre » cœur , qu’ils n’y apprennent qu’avec répugnance & que leur itiftru&ion devient un tourment, tant pour eux que pour leurs précepteurs. Pour bien faire, il faut donc prendre le contrepié, reprétfcfiter l’ecole aux enfans comme un lieu de délaffement & de récréation} & l’in- ftrudion comme le plus grand bienfait qui puilfe leur être accordé, parce qu’elle leur procure des connoiffances dont ils fendront l’utilité pendant tout le cours de leur vie, & même dans l’éternité. Suivant ce principe , la permiffion d’aller à l’ecole fera pour les enfans un témoignage de l’amour que père & mère ont pour eux, & la défenfe d’y aller fera une marque de leur mécontentement & une punition. Il ne faut pas non plus que le but des pareils, en envoyant leurs enfans à l’ecole, foit de s’en débaraffer pour quelques heures, afin d’en être plus tranquiles, mais uniquement de leur procurer par là un vrai bien, un bien néceffaire, folide & permanent. Eh infpi- rant ces maximes aux enfans, il en réfulte encoré cet avantage , qu’ils apprennent par là à aimer & à honorer ceux qui les inftruifeilt. Le devoir des pareils exige auffi que, pour agir de concert avec les inftituteurs , ils confèrent de tems en tems avec eux fur la manière dont les enfans doivent être inhruits , de même que pour apprendre à ( connoitre leurs défauts & les moyens les plus y: convenables de les en corriger. On ne doit ja* ^ mais parler avec mépris des Précepteurs en pre- fence des enfans, & quand même ils auroient des défauts dont ceux-ci s’appercevroient * il faut les excufer excufer autant qu’il eft poffible, de manière quç la jeuneffe n’en foit point fcandalifée & qu’elle ne. perde pas l’eftime ni le refpèt qu’elle leur doit- Quand on prétend des pères & mères qu’ils prennent une connoiffance entière des défauts marqués & des vices dominans de leurs enfans, c’eft exiger d’eux qu’ils fe mettent à la place d’un juge équitable qui ne fait ni groffir, ni pallier les objets; Et c’eft beaucoup exiger; Mais comme leur affeétion naturelle pour les leurs ne les aveugle que trop à l’ordinaire, il eft bon qu’ils con- fultent des perfonnes autant impartiales qu’éclairées, & qu’ils ajoutent pleinement foi à leur témoignage & à leur jugement. Il en eft à peu près de la connoiffance de fes propres enfans comme de la connoiifance de foi - même, l’amour des ftens, comme l’amour propre, fafcine trop fou- vent les yeux des plus clairvoyans. Ici, comme dans plufieurs autres circonftances, on a fujet de recourrir au Seigneur pour lui demander les lumières , la force & le fecours dont on a befibin. §. f. N me fera peut - être une objection fur _ce que j’ai dit des filles au commencement du paragraphe 4 me . Eft - il poffible , dira -1- on, qu’en les occupant à tant de différens travaux: domeftiques, fortables à leur fexe, il leur refte atfez de. tems pour apprendre toutes les parties de la Litérature que vous avez indiquées? A cela je répons, oui fans doute, cela eft très poffible ; Et pour cela il fuffit que vous ayez le bonheur de leur procurer une Gouvernante fidèle & éclairée. 10* L’EDUCATION des ENFANS. é rée. Il ne lui faudra, pour enfeigner tout cela \ que quatre heures de leçons chaque jour, deux heures avant, & autant après midi. Le refte du tems fera fuffifant pour apprendre à faire les di- vers ouvrages de femmes, pourvu qu’il foit bien ménagé. Après être convenus de la poffibilité à y réuflir, perfuadons nous de futilité & de la nécellîté qu’il y a, de procurer ces connoiifances à une fille bien née ? & pour en mieux fentir l’importance, parcourrons - les l’une après l’autre. D’abord, pour ce qui concerne l’art de bien lire & d’ecrire autant nettement qu’orthographique- ment, perfonne n’ofera dire que c’efi une fuper- fluité, car des qu’il faut favoir une chofe, il vaut mieux l’apprendre bien que mal. Il en coûte très peu de peine de plus, cela n’eft nullement à charge, & l’on ne s’en repent jamais. Lors, que vous ferez lire une fille dans l’Ecriture fain- te, ou dans quelque autre bon livre, n’aurez-vous pas du plaifir à l’entendre bien prononcer chaque mot , articuler diftin&ement , obferver l’accen- tuation & la pon&uation & accommoder les in. flexions de la voix au fens & à l’energie des paroles ? Mais au contraire, ne foufirirez vous pas de l’entendre omettre ou ajouter certaines lettres, lire tout d’une haleine, fans s’arrêter aux points & aux virgules , ne vous arrivera -1 - il pas de vous ennuyer, ou de vous endormir tout à fait, par là monotonie de fa voix ’i La prémière façon s’appelle, bien lire ; & la fécondé, lire mal. h coup fur, vous préférerez l’une à l’autre, & votre décifion fur l’article de la leéture fera la même fur celui de l’écriture. Une belle écriture fe ht fans peine, courramment & toujours avec pla 1 * fîr. Au contraire, on ell rebuté à la vue d’une écriture écriture mauvaife & peu lifible; furtout quand elle eft mal orthographiée mal pon&uée & mal accentuée. Toute fille de bonne maifon devroit favoir drefler un Inventaire en bonne forme de tous les meubles du ménage , tant de ceux dont les chambres font garnies, que de la batterie de cuifine, des habits, du linge, des lits , de la vaiüfelle &c. Toutes les fois qu’on fait la lefcive, fa tache doit être de faire un état Ipécifié de tout le linge qu’on y met, &il convient que celafoit écrit d’une manière bien lifible. C’eft furtout pour entretenir une certaine cor- tefpondance qu’on a befoin d’avoir une bonne main. Il fe préfente plufieurs cas où une fille ne peut fe dilpenfer de communiquer fes penfées par écrit, tantôt à fes parens tantôt à fes amies. Si, dans fa jeunelfe, elle a appris le Stile épiftolaire & à bien peindre, elle n’aura nulle peine à s’aqui- ter de ce devoir; Et fi un jour elle fe trouve dans l’état du mariage, fon talent fervira utilement au foulagement de fon mari & au bien de fa famille. ^Arithmétique, furtout les quatre premières régies & la règle de trois, ne font pas d’une moindre utilité à une fille deftinée à être un jour mère de famille. Comme elle aura fouvent occafion de vendre & d’acheter , de faire & de recevoir des payemens, il lui importe de favoir tenir un livre de Compte en règle, tant pour la recette que pour la dépenfè. Il eft feulement à délirer que la perfonne qui l’enfeignera ait la capacité requife & une méthode également claire & ajfée. sa* L’EDUCATION des ENFANS. Il ne lied pas moins bien à une habitante du monde de fe procurer, fi elle en a l’occafion, une notice générale de la Géographie , ne fut-ce que des quatre parties de notre globe & de fou pais natal ; Et comme rien n’eft plus affortiflant à cette étude que celle de PHiJioire univerfelle, elle fera bien d’imprimer dans fa mémoire les évenemens les plus remarquables qui font arrivés dans le monde. Il eft même elTentiel, lorfqu’on veut avoir une connoiflance folide de la Religion, d’avoir une teinture de -PHiftoire du peuple de Dieu, tant fous l’ancien que fous le nouveau Te- ftament. Pour fon plus grand avantage & pour fa propre fatisfadion, je fouhaiterois qu’elle eut une idée du cours du Soleil & de la lune, aufli- bien que du partage des' faifons afin de favoir faire ufage du calandrier î Et fi elle joignoit à cela un peu d’hiftoire naturelle, cela la réndroit plus intelligente & plus propre à diriger les différentes branches d’une œconomie. A l’egard de la Mufique , les filles qui ont du talent pour cet art, & les facultés de l’apprendre, feront bien de préférer le Clavecin & la Harpe à tous les autres inftrumens , parce qu’étant bien touchés, ils forment un bel accompagnement lorsqu’on chante en Chœur & que par la ils peuvent procurer une récréation autant innocente qu’agréable. §. 6 . a UANT aux Garçons, chacun comprendra aifément qu’ils ont befoin d’avoir une con- ' noiflance plus folide & plus étendue de tout ce qu’on vient de confeiller pour les filles. Comme Chapitre iv* IOf me Page de quatorze ans eft celui ou ils doivent embraflèr un certain genre de vie, ou une certaine profeffion, c’eft avant cé terme qu’ils doivent avoir appris tout ce qui leur eft utile & né- ceflaire de lavoir pour l’avenir. Quelque état qu’ils ayent à remplir, ils ont befoin de faire des études plus foncières & plus étendues que les filles. Soit qu’un garqon le voue à l’etude de quelque fcience, ou à quelque art ou métier, il eft d’une nécelfité indilpenfable qu’il lâche bien lire, c’eft - à-dire, courramment, diftindement & intelligiblement. Pour l’accoutumer à rendre fit ledure animée & intérelTante, il feroit bon que fon précepteur, ou fon père, s’il en a le talent & le loilir, fafle devant lui, à haute voix , des ledures telles qu’il faut qu’elles foient pour être bien tonnantes, & qu’enluite il l’oblige à lire fur le même ton. Une belle Ecriture n’eft pas moins utile à un garqon ; Après qu’on en a appris les principes d’un bon maître, rien ne contribue tant que le fréquent exercice à écrire nettement & à rendre la main également ferme & légère. Mais de quelque élégance que foient les caradères, l’ecriture leroit toujours vicieufe & choquante fi elle pé- choit contre l’ortographe. Il faut par conféquent qu’il fâche écrire corredement & rendre raifon pourquoi chaque mot doit être écrit de cette manière, & non d’une autre. Il n’eft pas d’un.e moindre importance qu’il ait une teinture du Stile épiftolaire, & qu’outre l’art d’ecrire différentes fortes de Lettres, il lâche composer d’autres pièces d’ecriture, par exemple, une G f Lettre iV IC 6 L’EDUCATION des ENFANS. Lettre d’apprentiffage, une quitance, un billet ou titre obligatoire, une cédule, une Lettre de change & de voiture, &c. Il pourroit commen, cer par écrire des petits récits de quelques événe- mens ou par faire la defcription d’une maifon, ou d’un jardin, ou d’une campagne où il aime à fe promener î Par là il parviendra peu à peu à pouvoir compofer avec facilité toutes les autres pièces d’ecriture qui fe préfenteront à faire. Avec cela il faut qu’il fe rende ferme & expéditif, dans l’Arithmétique, non feulement dans les quatre prémières régies , mais encore dans la règle de trois & dans les fractions. Il lui feroit même très avantageux de favoir tenir les livres de Compte, tant un journal qu’un livre de Caille & un grand livre. La raifon en eft qu’il y a peu d’artifans qui, à la fin de l’année, n’ayent quelques dettes à payer, ou à exiger. Quand un homme eft en état de faire un jufte bilan de ce qu’il a & de ce qu’il doit, il ne fe trouve pas dans le cas de travailler en aveugle ; Il fait toujours au jufte fi , par la bénédiction de Dieu, il a profpéré dans fes affaires, ou fi fes facultés font diminuées, foit par fa faute foit par mes- avanture. Un garçon eft aufli obligé d’avoir de l’Hiftoire & de la Géographie une connoiffance plus étendue qu’on ne peut l’exiger d’une fille. Il doit au moins favoir en combien de Royaumes & d’etats chaque partie du monde fe divile, quelle eft leur fituation & la ville capitale de chacun. Il feroit même honteux pour lui de n’avoir pas une notice encore plus détaillée de fa patrie & des pais limitrophes. 107 CHAPITRE IV. trophes. On fait qu’il eft peu de négotians & de garçons de métier qui ne foient obliges de voyager, & qu’ainfi il leur eft utile de favoir la fituation des pais & des principales villes. Ce ne feroit pas trop exiger de lui que de prétendre qu’il ait une idée claire de la Sphère, qu’il fâche ce que c’eft que l’Equateur, ou la ligne équinoxiale, le méridien, l’Eft, l’oueft, le fud & le nord, de quelle manière le cours du Soleil eft réglé, quand & pourquoi nous avons les équinoxes & les folftices, &c. En fait d’Hiftoire , ce n’eft pas aifez qu’un garçon fâche, aufli bien qu’une fille, l’ordre des principaux évenemens qui font arrivés dans le monde, depuis fon commencement jufqu’à nos jours; il convient qu’il ait aufîi la connoiflance des chofes mémorables que l’Hiftoire place entre les grandes époques, de manière que, quand il lira un livre d’hiftoire, il puiffe placer chaque événement dans l’age ou période du monde où il eft arrivé fuivant l’ordre de la chronologie. Il feroit de l’intérêt des jeunes gens, & même de celui de la focieté, que dans chaque ville on eut occafion d’apprendre à l’Ecole quelques principes de Géométrie , pour favoir faire ufage de la règle, du compas, de la toife & de la jauge. Il eft peu de profeflions où l’homme ne fente l’utilité de favoir faire l’application des règles de l’Arithméthique & de la Géométrie. Me fut-il qu’un fimple artifan, il lui fera autant agréable qu’utile de réduire en pratique ce qu’il a appris dans fa jeunelfe, lorfqu’iU’agira de favoir la contenance & de faire le çompartiment d’un jardin, d’ar- 10* L’EDUCATION des ENFANS. d’arpenter un terrein, de toifer un mur, de jau- 1 ger un tonneau, &c. Suppofé même qu’il n’ait pas occafion de faire ufage de cette Science, elle fendra toujours à lui rendre l’efprit plus jufte & plus, méthodique dans tout ce qu’il aura à dire & à faire. Si, avec cela, vous avez occafion de faire apprendre le Deflin à un garçon, & qu’il foit en état, non feulement de crayonner des fleurs, des païfages & des autres figures, mais encore de tracer le plan d’une maifon, au moyen de la règle & du compas, n’épargnez & ne regrettez pas les frais qu’il vous en coûtera ; Il viendra tôt ou tard un tems où il en tirera bon parti & où il vous aura une obligation de plus. §. 7 . I L faut une fois en venir au Latin, car ce n’eft pas la dernière chofe qu’il convient à un garçon d’apprendre. Je n’ignore pas qu’aujour- d’hui, plus que jamais, on eft prévenu contre, cette langue, mais je fais aufli que les mauvaifes méthodes de l’enfeigner & les tourmens qu’on fait endurer à la jeunelfe pour l’apprendre , font la principale caufe de cette prévention. Ce n’eft pas ici le lieu de parler au long de la meilleure manière d’etudier le latin ; Cependant, par le dé- fir que j’ai , que l’on rende cette étude autant facile aux jeunes gens qu’il eft poflible, on me permettra de faire quelques obfervations fur cet objet. Il feroit à fouhaiter que tous ceux qui en- feignent cette langue l’euflent eux-mêmes étudiée alfez à fond pour la faire apprendre à leurs écoliers de la même manière que l’on apprend les langues vivan- CHAPITRE IV. 109 vivantes j C’eft - à - dire, en leur parlant latin, & en les accoutumant peu à peu à leur répondre dans la même langue. Par là on les affranchirait de la peine qu’ils onc ordinairement d’etudier pendant quelques années la Grammaire & d’apprendre par cœur les mots d’un vocabulaire ou d’uti Dictionnaire. Mais quelque dégoûtante que Toit cette méthode , ce n’elt point fur la langue mèmè que doit tomber l’averfion, puis qu’elle éft utilé à un grand nombre d’hommes & riéceffaire à plusieurs. je fotihaiterois qu’un enfant ne fut obligé d’apprendre aucun m'dt latin i fans qii’en même tems il put fe Faire une repréfentatioh de là chofe que ce mot défigne. Il faudrait pour cela qu’un, Précepteur, qui veut faire apprendre des mots latins à fes écoliers *, commençât par les déi nominations des chofes les plus communes & les plus connues, comme font: Les noms des pà* tens, les membres du corps humain, les parties & les meubles d’une maifon, les aCtiolis les plus communes de la vie , comme boire , manger , marcher, dormir > &c. Le Précepteur leur nom* me ces différentes chofes bien diftin&ement & le* oblige à les répéter après lui i Enfuite il leur des mande, s’ils peuvent fe former une idée de la chofe que le terme défigne ? Après cela il leui: Fait chercher ce terme dans le vocabulaire & le leur fait écrire dans leurs cahiers. Ces mots répétés quelques fois s’apprendront fuecefliveriient fans peine & relieront gravés dans la mémoire. Mon avis feroit donc que l’on bannit des écoles la coutume de faire apprendre par cœur aux en* fans des tirades de mots qui n’ont aucune liaifon l’un, avec l’autre & qui défignent des chofes dont les écoliers n’ont aucune idée. C’ell faire de fe* tudé S f iio L’EDUCATION des ENFANS. tude une torture & des écoliers des forçats. En leur apprenant la dénomination latine des chofes* bn pourra y joindre quelques petites phrafes ou façons de parler communes* comme, Ave , Soive i bon jour, je vous falue : Quomodo vales ? com- ment vous portez - vous ? Par là ils aquerront la facilité de prononcer & la hardieffe à parler. Une autre manière de leur faire retenir des mots ta tins eft de leur faire apprendre, au lieu de ter- mes détachés, des courtes fentences ou maximes choifies & inftrudives, parce que le fens qu’elles renferment leur fait retenir les mots qui y font liés , beaucoup plus aifément que s’ils étoient détachés. C’eft aufli fans doute à ce deffein que, dans plulieurs écoles, on a introduit différens recueils de Proverbes latins. Leur utilité ne fs borne pas à faire mieux retenir les mots * ils fervent aufli à faire apprendre les genres & les nombres des noms, les modes, les tems & les per- fonlies des verbes, avec beaucoup plus de facilité que cela ne fe fait par le moyen des règles de la Grammaire. Lorfque les Précepteurs fe donnent la peine d’y joindre quelque trait d’hiftoire, ou quelque fable morale, fervant d’explication à ces proverbes fentencieux, ils ne peuvent par là qu’exciter d’avantage l’attention de leurs écoliers & leur rendre cette étude autant amufante qu’ai* fée. C’efl: aufli de cette maniéré qu’on peut leur dort-* ner de bonne heure les prémiers principes de la Grammaire. Commencez par leur faire connoi- tre la différence des mots dans leur langue naturelle. Lorfqu’ils auront compris* pat exemple* que le mot de Garçon lignifie une chofc qui fub- CHAPITRE IV.' m jfîfte par elle - même* & à quoi on peut ajouter les particules le, la , un, une , on leur dira que Garçon, eft un mot fubjlantif. De même, quand on leur aura fait entendre que petit, diligent * font des termes qui dénotent une chofe qui ne fublifte pas par elle - même, mais qui eft ajoutée à une autre pour en marquer feulement la qualité ou la propriété, vous leur ferez comprendre que jeune, diligent , font des. adje&ifs. Pour leur faire d’autant mieux fentir & retenir cette différence * faites leur plufieurs queftions fur ce qui s’ôffre à votre vue >, foit dans la maifon, foit à la campagne. Demandez leur fi tel ou tel objet eft un fubftantif, ou un adjedtif? Bientôt ils fau- ront vous rendre raifon de tout. Nommez en- fuite à un garçon le mot de marcher , en le fai* fant convenir que marcher c’eft agir, & que tout mot qui defigné une aétioü eft uiî Verbe , alors il faura qu’on nomme Verbes tous les mots qui dénotent une aétion, ou qui lignifient faire quel* que chofe. On fuit la même méthode pour la motion des noms & des. verbes * c’eft-à-dire > pour les déclinaifons & les conjugaifoiis. On leur demandera, par exemple, cbmment l’on doit employer, ou varier le nom de Père , lors qu’on fait la queftjon, qui ejl-ce là? Ils vous répondront qu’il faut .dire * C'ejl mon père. Voila le Nominatif qui fert à nommer la chofe , ou la perfonne. Dites leur qu’on nomme Génitif ce qui eft engendré oü qui provient d’une autre chofe & demandez leur* de quel animal ejl cet oeuf ? fis répondront, d'une poule. De qui ce garçon ejl- il fils ? Reponfe , de notre voifin : De qui ejl et portrait? de mon Père. Voila le Génitif trouvé. A qui avez vous donné votre cahier? A mon père. $ V ii2 L’EDUCATION des ENFANS. père. Le cas où l’on place une perfonne à laquelle on a donné ou oté quelque chofe s’appelle le Datif. Quand on accufe, ou qu’on nomme la chofe fur laquelle on peut être interrogé, c’eft f Accufatif} Ainfi, quand je demande : Qui avez- vous offenfé ? Réponfe, mon père. Quelle per* fonne avez - vous vu palier ? Réponfe, mon cou- fim L'ës mots de père & de coulîn font donc ici dans fAccUfaiif . Lorfqu’on appelle quelqu’un, Ou qü’on adrelfe la voix ou la parole à une perfonne t c’eft le vùcatif Quand donc, parlant à mon père* oü à mon ami, je dis: Mon cher Père! O mon cher Ami! Les mots de père & d’ami font ici placés dans le Vocatif. Le terme à’Ablatif dérive du verbe enlever , Ainfi ,* quand je demande : D’où avez vous enlevé ou apporté cela? & que vous répondez : De la maifon de mon père, le mot de maifon ett dans Y Ablatif De qui avez- ' vous reçu cela ? ç>. De mon père, le mot de Père eft auffi dans Y Ablatif On pourra en même teins faire obferver aux écoliers que les différens articles le , du , au, le , O le, du , ou par le , font des particules qui désignent les différens cas. N’exigez pas d’eux qu’ils apprennent cela tout à la fois & dans une leüle lefqon, contentez - vous d’un ou de deux cas chaque fois , mais donnez leur plusieurs exemples de chacun. Lorfqu’ils fauront les cas du fingulier, vous leur ferez apprendre de même ceux du pîurier. Vous pourrez aufii obferver cette méthode pour les Verbei . Nie prenez d’abord qu’un feulTems & faites leur conjuguer un Verbe en leur langue naturelle j {ans leur parler de Grammaire & fans la leur fai-< re étudier: Dez qu’ils fauront conjuguer leur langue, vous pourrez avec fuecès leur mettre'. un# ■ CHAPITRE IV, ii* Grammaire Latine entre les mains, & leur faire appliquer au Latin ce qu’ils auront appris enfran- cois. Quand vous leur ferez réciter les Déclinai- Ions & les Conjugailons, faites - leur toujours placer le mot franqois avant le latin, comme, le Livre, Liber . J’aime, Amo. La raifon de cela eft, que leur langue naturelle leur eft familière & qu’on fe dégoûte moins d’apprendre quand on paflè des chofes connues & aifées , à celles qui font plus difficiles & moins connues. §. 8 - Q Ü E L S progrès un garçon, parvenu à l’age de quatorze ans , doit-il. avoir fait dans la langue latine, & à quoi peut, ou doit-elle lui fervir? C’eft ici une queftion, dont la déci- fton doit fe tirer du genre de profefîion, à laquelle le jeune homme eft deftiné. Eu fuppofant qu’il ne vueille pas fe vouer à l’Etude, il lui fera toujours avantageux de pouvoir entendre un Dis- < cours ou un Livre latin, & furtout de favoir la Grammaire , parce que cette fcience inftrumentale eft comme une clef générale au, moyen de laquelle on apprend beaucoup plus aifément toutes les langues qu’on veut favoir. Quant aux Auteurs latins dont il feroit bon qu’il eut l’intelligence, jejhii confeillerois le Nouveau Teftament latin & quelques Recueils de Dialogues, tels que font ceux d’Erafme & d’autres bons Auteurs. S’il peut parvenir julqu’à entendre Cornélius Nepos , Jules Célaf, Sallufte, Quinte Curce, Cicéron i à la bonne heure, cela ne feroit que mieux j Mais ces Auteurs ne conviennent proprement qu’à ceux H qui U4 L’EDUCATION des ENFANS. qui fe vouent à l’etude des Sciences. Quand, je confeille de commencer par le Nouveau Tefta- ment latin je fuis l’avis de plufieurs grands hommes de lettres qui ont pratiqué cette méthode avec fuccès. En effet, les Hiftoirës & les In. ftrudtions que les jeunes gens y ont lues dans leur propre langue ieur facilitent l’intelligence dii Latin quand ils les retrouvent rapportées en langue latine. Cependant il convient ici d’obvier à un inconvénient. Il coniifte en ce que les enfans, ayant déjà une idée de la chofe t font portés à déviner la lignification des mots & s’imaginent en favoir le vrai fens, parce qu’ils en ont rendu une partie au hazard. Cela étant ce ne feroit pas là le moyen de parvenir au but qu’on^s’eft propofé en expliquant un Auteur, fl s’agit dé favoir précifément le vrai fens de tous les termes dont l’Auteur s’eft fervi. Pour léver cet obfta- ele, c’eft - à - dire > pour obliger les enfans à fai- fir le fens propre de chaque mot, & pour les em- pécher de U deviner à l’avanture, il faut les as- treindre à ranger les mots dans leur ordre de conftru&ion & à rendre le vrai fens de chacun féparément. Pour leur apprendre à placer chaque mot dans l’ordre d’une conftruétion naturelle il fuffira de leur faire cesqueftions: Qui eft laper* fonne qui parle, ou quelle eft la chofe dont il s’agit? Qu’a - t - elle fait? Qiielle eft la chofe qu’elle a faite? Quand? De quelle manière? &c. Par là , cette opération leur deviendra bientôt aifée*. De quelque état ou profeffion qu’un jeune homme puiffe être, il lui fera toujours utile d’avoir 1 une teinture de Latinité, & s’il n’en fait pas un üfage CHAPITRE IV, uy ufage ordinaire, il fe préfentera des cas où il fera bien aife d’en avoir quelques notions. On doit prétendre d’avantage des garçons, dont oii peut fuppofer qu’ils feront un jour confacrés aux études. Ceux-ci doivent non feulement polfé- der le Latin plus à fond , mais encore favoir à cet âge les élémens de quelques autres langues. S’ils n’ont pas occafion de les apprendre dans les Ecoles publiques , il fera bon de leur en faire donner des leçons en particulier, afin que l’etu- de des langues ne retarde pas celle des Sciences , lors qu’ils auront befoin de s’y appliquer tout entiers. L’Allemand & l’Anglois font aujourd’hui des langues fi répandues en Europe, que je eonfeille à tous les fils de bonne famille de les apprendre. H feroit même bienféant à une Demoifelle de favoir un peu ces deux langues , ne fut - ce que pour favoir lire & orthographier les noms propres , tant des hommes, que des pais & des villes d’Angleterre & d’Allemagne. §• 9 • J ’Al différé jufqu’ici de parler de la manière d’enfeigner la Religion. Il eft à fouhaiter que la méthode que je propofè puiffe fervir à éviter deux irtconvéniens également dangereux ; l’un, de laiflèr croupir les enfans dans une ignorance blâmable > l’autre, de leur faire étudier la Religion comme une fcience de pure fpéculation, en leur rem- pliflant la tète d’une théorie fèche & ftérile. Touto inftruéUon dans la Doctrine de la foi & de la vie H % chré- ii 6 L’EDUCATION des ENFANST chrétienne doit, fuivant faint Paul, avoîf pour but de rendre l'Homme de Dieu accompli & propre à tonte bonne oeuvre , 1 . Tîmoth. III. v. 17. L’inftru&ion ne doit donc jamais Te bornër à éclairer l’entendement & à remplir la mémoire des vérités divines. Il faut ën même tems que le cœur foit touché & formé à la relfemblance de celui qui doit être nôtre Modèle > & duquel ileft dit , que la Loi dé Dieu étoit dans fon cœur. L’un doit être étroitement lié à l’autre. Il eft néceflaire que l’entendement fai (Me & comprenne la Doctrine de la vérité qui eft félon la pieté, conformément aux faintes Ecritures & qu’elle de* meure gravée dans la mémoire ; Mais comme cette eônnoiflance n’exclud pas l’application qui doit s’en faire au cœur, de même cette application au cœur fuppofe Pinftru&ion. Tel eft l’ordre que Dieu a lui-même prefcrft: Comment in- voqueYont - ils , dit l’Apôtre , celui duquel ils n’ont point oui parler ? Et comment en enténdront - ils parler-, s'il n'y a quelqu'un qui leur prêche ? Rom. X. v. 14. 11 eft donc heureux pour les enfarià de cet âge d’avoir des Inftitüteurs qui, non feulement ayent alfez de lumières & de talens naturels, mais encore, qui ayent reçu la Sagelfe d’enhaut & les dons du faint Efprit qui leur font néceflaires *, Afin que leurs inftrudions dans le Chriftianifme ne produifent pas une fimple Science de tête, mais Une Religion de cœur. La méthode catéchétique, c’eft-à-dire, l’eil- feigncment par Demandes & par Réponfes, n’eft pointa rejetter en elle- même j Cependant elle peut aifément, & avant qu’on s’en apper'çoive» donner lieu aux enfans de trop prélu mer d’eux mêmes j 117 CHAPITRE IV. mêmes \ par conféquent, enfanter une fcience qui enfle, furtout lors qu’ils font en état de répondre pertinemment dans les cathéchifations publiques. Quand on veut enfeigner les gens d’une manière évangélique , il fau.t leur donner une connois- fançe, non feulement théorétique , mais auffi pratique des devoirs effentiels de l’homme-, Tels font, ceux des créatures envers leur Créateur ; Ceux des fujets envers les Souverains, les Ma- giftrats & toutes les perfonnes en. dignité que Dieu a établies fur nous : Ceux des enfans envers leurs parens & leurs fupérieurs : ceux enfin que tout homme doit obferver à l’egard de foi- même, & à l’egard du prochain. Il conviendra de leur donner une notion des Loix naturelles & de celles du païs, en leur faifant fentir d’une manière perfualive la néceffité de s’y conformer, les avantages qu’il y â à les obferver, quffi bien que les trilles fuites aux quelles s’expofent ceux qui les tranfgrelfent. Tout cela peut fe démontrer par l’Ecriture fainte ; Mais il faudra en même tems faire obferver qu’on peut être honnête homme, fujet fidèle, enfant obéiflànt, bon citoyen, fans que pour cela on foit un vrai Chrétien, un enfant de Dieu, un Difciple de Jéfus - Chrift. De là, on les conduira à la connoilfance de leur vocation au Salut, qui eft en Chrift notre unique Sauveur, & on les follicitera par les motifs les plus preflans à répondre à cette gracieufe vocation par une prompte & fidèle obéïiflance de foi. Ces fortes d’inftruéfions font ordinairement plus efficaces lors qu’elles fe donnent en particu- H ? lier, ti8 ^EDUCATION des ENFANS. lier que lors qu’elles font publiques. On peut les donner par forme d’entretiens familiers, où les enfans ont plus de liberté de propofer leurs doutes, de faire des queftions & de demander des éclairciffemens. J’ofe affurer d’avance que ces fortes d’entretiens ne manqueront pas d’ètre accompagnés de bénédi&ion & fui vis d’heureux fuc.cès. Ils deviendroient même plus édifians, fi les pères & mères s’entretenoient fou vent avec leurs enfans fur les dogmes de notre très » fainte Foi, foitaux heures ordinaires de Dévotion dome- ftique, foit lors que les enfans leur en fournirent l’occafion. On peut faifir pour cela les momens où il eft queftiondu Catéchifme, ou d’une hiftoi- re de la Bible, ou de celle de la vie & des fouf- frances du Sauveur. Souvent les propos qui fe tiennent à table peuvent fournir matière à des inllruétions utiles. Toute fois je ne voudrois pas que pour cela on prit un ton dogmatifeur ni qu’on en fit une loi llriète & gênante ; Ce feroitje moyen de rendre ces difeours dégoutans & infructueux. Quoiqu’il puilfe paroitre qu’on exige trop ici des pères & mères, ils ne doivent pas pour cela fe laiffer décourager. Quelque peu de lumières & de talens qu’ils ayent, ils pourront s’aquiter de leurs différens devoirs, s’ils ont foin de re- courrir au Seigneur, parce qu’en le faifant avec foi, ils ne manqueront pas de recevoir de fa plénitude grâce fur grâce j Et s’ils veulent fuivreles falutaires impulfions de l’Efprit de Dieu, qui eft un Efprit de grâce & de fupplication, ils fe fen- tiront excités, non feulement à prier Dieu pour leurs enfans , mais encore à le prier conjointe* CHAPITRE IV, 119 it ù rs ! îS 2S ' c* IX fl ec 1 te e- nt ns Di- if. fe les ms 1 on k ; in** ici sla res ter re- iec lé- les eft 311 * >ur te- nient avec eux. On pourroit citer nombre d’exemples de perfounes converties au Seigneur qui fe fouviennent des heureufes impreffions qu’ont faites fur leurs cœurs les prières ae leurs parens, îorfqu’elles étoient encore petits enfans. Saint Au- guftin eft un de ces exemples j On /ait ce que lui valurent les foupirs & les larmes que fa bonne mère , fainte Monique , répandoit pour lui devant le Seigneur, & l’on vit en lui l’accomplis- fement de ces paroles confolantes & prophétiques de St. Ambroife : Il ejl impojjîble que le fils de tant de larmes périjfe . U11 autre avantage qui n’eft pas moins à délirer pour les enfans, eft que, dans les heures de dévotion domeftique, tant les pères & mères, que les inftituteurs , leur falfent concevoir du goût pour la leéture de l’Ecriture fainte & fur- tout pour celle du Nouveau Teftament. Dez qu’ils fe fendront portés d’inclination à étudier ces Livres faims, on les verra, non feulement avancer dans la connoilfance des Vérités divines , mais encore faire de la Parole de Dieu, à l’exemple du Roi David , une lampe à leurs pieds une lumière à leurs [entiers , Pfaume CXIX. v. iof. §. 10. D E S enfans inftruits & formes de cette manière apprendront bientôt & fans peine à connoitre le fond de corruption naturelle, dont le corps & l’ame font infeétés , & qui fe produit (bcceffivement avec plus de force, à me- fure qu’ils avancent en âge i Et cette connoilfance H 4 les no L’EDUCATION des ENFANS. les portera à chercher dans les mérites des fouf- frances de Jéfus-Chrift & dans la vertu efficace de fon fang , le pardon, la délivrance & la gué- ) rifon dont ils ont befoin. C’eft furtout dans ce période de leur âge que leurs parens, s’ils font fidèles , auffi bien que ceux qui font conftitués à * leur place tacheront de gagner toute leur confiance pour les porter à leur parler avec une entière ouverture de cœur. Qu’ils fe gardent bien de traiter les jeunes gens avec fièrté & indignation quand ils remarquent chez eux quelques germes de la corruption naturelle, un vifage honteux, * un air abattu, une contenance déconcertée j Mais plutôt qu’ils les abordent alors avec une mine amicale, qu’ils témoignent entrer avec commifé». ration dans leurs peines , & qu’ils les engagent ainfi par la douceur à vetfer dans leur fein tout ce qui les inquiète & les fait fouffrir. Plufieurs jeunes gens , pour avoir été une fois intimidés & gourmandés, font devenus fi réfervés & fi crain- tifs, qu’ils n’ont ofé que très longtems après, faire confidence de leurs peines, foit à leurs pa» rens , foit à leurs dire&eurs. On comprend ai» fement combien grand eft le dommage qu’ils doivent en relfentir. Par le contraire, ils font con» foies, foulagés & prefque guéris, auffitot qu’ils ont pu ouvrir leur cœur à quelqu’un j C’eft com* | me fi leur ame fe fentoit tout à coup déchargée ' d’un poids accablant. Ces heureux momens font i auffi ceux où l’on a occafion de les encourager i j aller au fouverain Médecin de l’a me, à s’adrefTer au Seigneur Jéfus pour puifer dans fon Sang h remiffion & la délivrance de tout péché. Alors on peut les engager à implorer l’affiftance de l’E- {prit faint & à lui demander d’être abfous > conduits; C H A P I T R E IV. ni duits. gardés & marqués de fon fceau , afin qu’ils (oient allurés qu’iîs font reçus en grâce & mis au nombre des Elus de Dieu. Quand on a le bonheur de pouvoir amener les enfans jufques là, on peut aulîi avec bénédiction & fuccès leur pro- pofer pour modèle de conduite Jéfus enfant, l’exemple original de toutes les jeunes gens, afin qu’ils apprennent à l’imiter dans toutes fes éminentes vertus ; Dans fa charité, dans fon humilité, dans fa douceur, fa patience, fa bienfaifan- ce, fon obéïffance, fa fobrieté, fa chafteté, &c. Ils peuvent, avec d’autant plus de confiance, efpérer d’y parvenir, que celui qui nous a appel- lés à la fandification, nous a aulîi promis le fe- cours puilfant de fa Grâce pour nous mettre en état de vivre en toute pieté & honnêteté. A l’egard des filles de cet âge, en particulier, il importe infiniment que leurs mères, & celles qui tiennent leur place, trouvent le fecret de devenir leurs plus intimes amies & leurs fidèles confidentes par préférence à toutes autres. Leur confiance une fois gagnée elles dépoferont dans le fein de leurs bonnes mères, & leurs penfées & leurs fentimens, elles leur découvriront les indis- politions de corps aux quelles elles font fujettes , & comme elles ne feront rien fans leur confeil & leur permiffion, elles en recevront aufïi les avis & les confolations que la prudence & l’amitié ne manqueront pas de leur dider. On connoit une Société de Chrétiens où, tant les grands & les petits garçons, que les jeunes filles & les adolefcentes ont pour prepofées des perfonnes éclairées, prudentes & expérimentées. Celles - ci font chargées par état de prendre une H 4 con- 122 L'EDUCATION des ENFANS. conrioiflance particulière des circonftanceé intérieures & extérieures de ces jeunes gens, pour gagner leur confiance & pour leur donner dans tous les difFérens cas les avis & les inftrudions qui leur font les plus falutaires. C’eft à ces per- fonnes établies pour cela qu’on adreife les en- fans i Et l’expérience a prouvé jufqu’ici que ceux qui ont été les plus foigneux à les confulter & les plus fincères à leur ouvrir leurs coeurs , font ceux qui ont paffé le plus heureufement les années de leur jeunefTe. Par le contraire, ceux qui ont été réfervés ou dillimulés en ont fouffert les plus grands dommages. On conçoit aifément que, pour parvenir au but de cette inftitution, il faut qu’il y ait, entre les parens & ces prépofés , une certaine liaifon ou réciprocité d’amitié & de confiance , & que pour travailler de concert au vrai bien des enfans , il faut que les uns & les autres ayent les mêmes vues, les mêmes intentions & les mêmes maximes. §. il. T OUT ce qu’on pourrait faire de mieux pour l’Education des enfans deviendroit inutile s’il n’etoit pas foutenu pat le bon exemple des Pères & des Mères. Il faut que leur conduite , l’ordre de leur œconomie , le gouvernement de leur famille, leurs ades de Religion, i leurs exercices de dévotion ; en un mot tout leur | comportement, tant de jour que de nuit-,, il faut f. que tout cela , dis-je, foit tellement réglé & fou- 1 tenu que les enfans ne voyent & n’entendent rien j que d’inftrudif & d’édifiant. C’eft le précepte que t l’Apôtre 1 CHAPITRE IV. m l’Apotre donne à tous les chrétiens & en particulier aux pères & aux mères: Tout ce qui eji véritable , tout ce qui eji honnête > tout ce qui eji jujle , tout ce qui eji pur , tout ce qui eji aimable , tout ce qui peut donner une bonne renommée } En un mot , tout ce qui eji vertu & tout ce qui eji digne de louange , c’eji à cela que vous devez penfer , Philip. IV. 8- Des enfans qui font témoins de cette fage conduite ne peuvent manquer d’en recevoir une imprelîion capable de les exciter à la fuivre, ou à les couvrir de honte s’ils viennent à s’en écarter. Maïs fi au contraire ils obfervent que père & mère vivent d’une manière répréhenfible, bientôt ils fuivront le torrent du mauvais exemple, ils s’en prévaudront même pour s’autorifer dans leurs déréglemens ; & dez lors toutes les plus belles exhortations deviendront infruétueufes. Saint Paul met au rang des chûtes, dont nous avons été rachetés > la conversation vaine qui nous a été enfeignêe par nos pères. Il feroit donc bien à fouhaiter que , parmi les chrétiens, il ne parut plus aucun vestige de l’ancienne manière de penfer, de parler & d’agir, tant des juifs , que des payens. Il fub- fifteroit "aujourd’hui moins de ces opinions faulfes & fuperfticieufes qui fe transmettent fucceiîive- ment de. père en fils, tant en fait'de Religion qu’en fait d’œconomie , & même de phyfique. Lesparens & lesprépofés des enfans ne fauroient donc être trop fcrupuleux à dérober à leurs enfans la connoiifance des anciens préjugés, des faulfes traditions & des hiftoires fabuleufes dont le vulgaire aime à fe repaître. Tels font les récits de Revenans, de forcières de maléfices & d’enchan- temens. Comme les enfans de cet âge font fujets à prên- I I If. ■ ■■ 4 '- ' ■iî; ■ ï • i‘t ■ H! t ?> -- T «4 L'EDUCATION dss ENFANS. à prendre peur des qu’ils fe trouvent feuls oy ! dans les ténèbres, il faut les raflurer de ee coté là & les porter à fe remettre avec confiance à fi garde du Toutpuilfant & de fes faints anges. En général on ne leur doit point permettre d’adopter ay.cun principe ni opinion qui ne foit confortée à ce que Dieu nous enfeigne. dans fa parole. Lorfque les parens font pauvres & qu’ils éprour vent la bonté avec laquelle le Seigneur pourvoit à leurs befoins, ils feront bien de pendre leurs çufans attentifs aux foins de la providence, pour les exciter à bénir avec eux le Père celefte qui leur fufçitê ainfi les moyens de fubfifter. Dans l’occafi.on qui fe préfentera à propos, ils tacheront de les convaincre que la pauvreté en elle- même n’pft pas un mal , ni une chofe honteufe, .rnais que ce dont nous avons fujet de rougir & que nous devons regarder comme un'vrai mal- heur, c’eft, d’oublier Dieu, de l’offenfer & dp .mettre notre confiance plutôt aux; créatures qu’en lui. Ils, auront en même tems foin de leur infpi> rer des fentimens de reçonnoiflance envers tops ceux qui leur veulent; du bien & qui leur en. font réellement. L’ingratitude eft le vice d'un cœur qui a dépouillé tous les fentimens qu’il doit avoir pour Dieu,, pour fes parens , pour fa patrie & ■ pour fes amis i De là vient que l’homme ingrat eft fujet à s’abandonner à tout ce qu’il y a de plus j honteux & de plus criminel. Si, au contraire > les parens font à leur aife.» ou tout à fait riches , leur plus grand foin, doit être de fe préferver , eux & leurs enfans, d’en ; ..concevoir de la vanité. C’eft à eux que l’Apotre recoin* L CHAPITRE IV. uf recommande de ne point s'enorgûillir , zfe ne point mettre lever ejpérance dans les richejjes pêrijjables , mais dans le Dieu vivant qui nous fournit abondamment toutes chofes pour en jouir, i. Timoth. I„ v. 17. Quand l’occafion ae faire du bien fô préfentera ; Et quand ne fe préfentera-t-elle point, puilque nous aurons toujours des pauvres avec nous ? Il en faudra profiter pour faire remettre les fecours qu’on deftine aux nécefliteux, par les mains des enfans, afin de les accoutumer de bonne heure à donner, & à donner volontiers. Une maxime de prudence que pèré & mère doivent obferver eft, que la douceur avec laquelle ils traitent leurs enfans ne déroge rien à la foü- miflion} Il faut que i’obéiffance, au lieu de diminuer à mefure qu’ils grandiffent, augmente toujours avec les années. C’eft un devoir facréfdes enfans envers leurs pareus , & ils en doivent donner l’exemple à ceux de leurs frères & fœurs qui font plus jeunes qu’eux. Il eft aufli très nêceffaire d’avoir un œil ouvert fur les compagnies que les enfans fe choififfent & qu’ils fe plaifent le plus à fréquenter. On ne doit point être indifférent fur le caradère dô ceux qu’ils hantent, mais s’informer, foit par leur propre bouche , foit par le témoignage de perfonnes dignes dè foi, tant du naturel que des féntimens & des mœurs des enfans avec lefquels ils converfent familièrement. Découvre -1*- on en eA quelque chofe de féduifant & de dangereux? On repréfente avec douceur à fes propres enfans le devoir & la nécellité d’evicer une fo- cieté i%6 L’EDUCATION des ENFANS. cîete qui pourroit leur devenir préjudiciable & funefte. On leur fait comprendre en même tems, combien il eft aifé que des enfans Amples & fans expérience fe laiffent induire au mai par des esprits rufés qui, pour y réuffir*, employent la complaifance & la flatterie. Si, malgré ces re- montrances ils contiiiuoient d’entretenir ces liai- fons, on ne pourroit fe difpenfer de fe prévaloir de Ion autorité pour leur interdire coûte focieté avec des fujets de cette efpèce. j Enfin, une règle générale eft, dé ne laifîèr en ; aucun tems, ni en aucun lieu, les enfans tout j à fait feuls, & hors de l’infpeétion d’une perfon-1 île de confiance. Ceux qui font bien élevés ne cherchent point à fe dérober aux regards de leurs parens & de leurs inftituteurs i Ils préfèrent même leur compagnie à toute autre. Et ceux-ci leur accordent cette fatisfa&ion volontiers, autant que leurs affaires le leur permettent. CHAPITRE V. De P Education des Enfans, depuis Page de cpib torze ans t jufqtCà celui de vingt . §. r. L E premier objet qui s’offre à conlîdéter chez les enfans de cet âge eft la profefïion & j a manière de vivre à laquelle ils font deftines pour tout le cours de leur vie. Objet important» | fans contredit y qui mérite d’être traité avec u | plus férieufs attention , avec mure réflexion & ! fous fc h IS | S- | la ! 2* I i- i ir | té : :n ut ti- ie rs s i e« ! oi ttt l€ï la iés î if» i la &| us : CHAPIÏRE V, U7 iTous l’invocation de l’affiftance du Seigneur. On doit fuppofer que , pendant le tems qui a précédé l’age de quatorze ans * les pareils & les infti- tuteurs ont affez appris à connoitre les forces du corps & les facultés de l’efprit de leurs enfans pour pouvoir fe déterminer fut lé choix de leur deftination. Cette connoiflance eft en effet la ba- fe du jugement qu’on peut porter fur leur fort à-venir. Cependant il n’arrive que trop fouvent que certains préjugés > & des motifs flatteurs en apparence, empêchent de former là deflus uné fage réfolution. A l’egard des filles, le plan dé leur vie future efl; moins difficile à tracer i Car quelle que puifle être leur deftinée, il leur fera toujours avantageux d’avoir appris à cet âge tous les genres de travail qui font fortables à leur fexe, parce qu’elles feront par là plus en état de gouverner une œconomiê. Il n’en eft pas de même des garçons. La multiplicité & la diverfité des arts, des profeffions & des genres de vie pout Jefquels ils peuvent avoir plus ou moins d’apti* tude, en rend le choix plus difficile & le fuccès plus douteux. Souvent, avant cet âge, les garqons fe font mis en tête d’embrafler la profeffion de leur père, ou dé quelqu’autre de leurs parens qui les aura encouragé à prendre ce parti ; & ils le prennent ainfi par prévention & fans réflexion* dans le tems que la raifon le défavoue & que la prudence le condamne. Il efl: donc très néceflai* re de prévenir ces inclinations peu réfléchies* par conséquent de ne pas leur permettre dé fixer un choix avant qu’on voye cô que leurs forces de corps &, d’elprit promettent, & avant qu’ils ayent donné des preuves de leurs progrès dans les écoles» de lgur application au travail & de leur L m L’EDUCATION des ENFANS. leur capacité à juger de ce qui leur eft le plus convenable. Dans les délibérations qui fe feront fur cet important objet, il eft bon que les pré* Cepteurs des enfuis foient confùltés* S’ils peuvent attefter dé bonne foi qu’un garçon a la mémoire heureufè, la conception aifée & accompa- gnée d’un bon jugement : S’ils ont reconnu en lui une application foutenue, un goût marqué & une inclination décidée pour les Etudes, rien rie doit empêcher les parens de confentir à ce qu’il étudie. N’euffent - ils même que très peu de biens , la pauvreté ne doit point leur paroi- * tre y faire un obftacle invincible. Dans tous les païs bien policés il fe trouve des fondations qui) étant bien adminiftrées,. offrent une reffourceaux écoliers qui, avec d’heureux talens, n’ont pas les moyens de fournir aux fraix de leurs études* On ne prétend pourtant pas inlinuer ici qu’il faille deftiner à l’etude des iciences tous les hommes à ; talens & ne réferver pour les arts & métiers que j les efprits ftupides ou bornés. Non , le commerce & la plupart des autres arts demandent un certain génie. Un jeune homme qui aTefprit inventif, avec de la dextérité, peut devenir pour la focieté un fujet plus utile qu’un homme d’e* tudei Si > avec cela, il a plus d’inclination pour quelquè art mécanique que pour les objets de lpéculation, on auroit tort de violenter fon naturel. . Du moins, fi un étudiant avoit du gouj pour quelque art fcrtabie à fon état, foudroie - il lui permettre d’en faire fon amufement dans les heures intercalaires où il pourroit travailler fans négliger fes études & fes devoirs. Cette affocia- tion des arts avec les fciences fournit même de grands avantages aux gens de lettres, en ce que l’exer- 129 CHAPITRE V. l’exercice du corps en maintient les forces » pro* cure un mouvement très favorable à la fanté, & préferve des maladies aflez ordinaires aux fa Vans, je veuxMire, des vapeurs & des obftrutffions des nypocondres. Du nombre de ces arts, compa* tibles avec la profeflion des gens d’étude, font: Celui du jardinier qui s’occupe à cultiver des arbres , ou des fleurs , ou des herbes potagères : Celui d’œconome de Campagne} Celui de menui- fier, de tourneur, de relieur de livres, de bo- tanifte, d’horloger, d’arpentéur, de machinifte faifant des inftrumens d’optique, des bouffoles, des quadrans folaires, &c. C’eft là un vafte champ où les étudians peuvent choifir ce qui leur convient le mieux , & en cela ils fuivront l’exemple de plufieurs grands hommes dignes de leur imitation. de ne I. *. D E % qu’après de mures délibérations il a été réfolu que le jeune homme doit apprendre un métier, il s’agira d’en choifir un, mais il ne faudra pas fe déterminer d’abord pour le prémier qui fe préfentera à l’efprit. Il arrive fou- vent comme il a été dit dans le §. précédent, que les jeunes gens, éblouis par quelque appas, fe lais- Cent prévenir en faveur d’une certaine profeflion , uniquement parce qu’ils l’ont vue exercer par quelqu’un de leurs parens ou de leurs voifins * Mais après l’avoir embraflee & avoir éprouvé les peines & les difficultés qui s’y rencontrent, ils s’en laflent & fouhaitent d’en apprendre une autre. De là naiffent plufieurs iuconvéniens, entre autres celui I de L’EDUCATION des ENFANS. X?o de faire des gens à plufieurs métiers & qui ne font experts dans aucun. Pour prévenir ces for. tes de changemens, ort ne fauroit apporter trop d’attention au choix de la profeffion à laquelle il convient qu’un garçon fe voue* Il faut avant toutes chofes confulter, non feulement fon goût & fon inclination, mais encore fes talens & fes difpofitions. Comme il eft difficile de réuffir , quand on travaille en dépit de la nature? par le I contraire, un ouvrier qui aime fon métier en fait j fon occupation la plus agréable & parvient ordU ; nairetnent à s’y rendre habile* Souvent on peut ! juger du goût & des difpofitions d’un jeune hom- ; me par les petits ouvrages dont il a fait fon amu- fement lorfqu’il étoit encore dans l’enfance* L’un s’occupe à bâtir des maifonnettes de bois ou de j carton , l’autre à conftrùire un petit vaifleau ou un petit caroflè, urt autre fe plait à deffiner ou à peindre, un autre à faire des roues & des pignons pour une horloge, ou pour un moulin, ou pour quelque autre ufine* Dez qu’on obferve qu’un garçon fait d’Un certain petit ouvrage foti amufe- ment favori, & qu’au lieu de changer d’objet» il fe fixe à celui-là, c’eft un indice qui décèle le génie & le naturel* Pour s’en affurer d’autant mieux , il conviendrait de fournir à ce garçon l’occafion de voir travailler des ouvriers de plufieurs profeffions différentes , de lui faire obfer- ver les ouvrages de leur façon & la manière de les fabriquer? Ayant foin en même tems de que- ftionner les ouvriers fur les précautions qu’il faut prendre pour être affuré dufuccès. S’il arrive qu’il témoigne avoir une forte inclination pour l’un ou pour l’autre de ces métiers, on le fondera pour lavoir quel motif le porte à s’y déterminer, quelle fa- tis* CHAPITRE V. i*x tisfadion il s’en promet & quels Font les avantages qu’il en efpère '( Si les raifons qu’il allègue Font peu folides, on lui fera eiivifaget cette profellion du coté des difficultés qui s’y rencontrent , afin qu’il foit à même de mettre en balancé ce qui s’y trouve d’aifé & de difficile, d’agréable & de pénible. Il Fera bon en même tenls de lui Faire entendre que , dez qu’à*, près un mûr examen & Un efTai de quelques femai* nés, il fe fera déterminé pour une profellion, il Fera Obligé de s’en tenir à celle-là, Fans eFpérance de la pouvoir qüiter pour eh embrafFer urte autre. Il faut èn même tems lui repréFentef que chaque profeffion a fes difficultés, tout état Tes revers, Bc là carrière humaine fes épines. Après tout cela, û le jeun# homme refte ferme dans Fa réfolution, on pourra le confier à un maitre, à condition que celui-ci le traitera comme fort propre enfant, & que l’enfant lui fera fournis, comme à Celui qui entre dans tous les droits de père. Dez qu’on a contradé ces enga- èemens, l’apprérttif paffe de l’autotité paternelle 1 foüs celle de foii maître, & on rte doit jariiais écou* i ter les plaintes qu’il pourroît faire, à moins qu’elles ne foifent graves & bien fondées. Il ëft auffi à délirer que le père vive en bonne intelligence avec le maître, & que torts dertx s’employent decortcert à Conduire le jeune homme au grand but qu’ort s’eft prôpofé. Ce but doit être de faite de lui un homme agréable à Dieu & un digne membre de la Société, tant chrétienne que civile. Comme lé maitre, en fe tevètartt des droits de père, ert corttrade aüffi les obligations, il eft de fon devoir de veillet à ce que fon apprenti! foit préfervé de tout dommage, tant de l’âme que du corps, & qu’ert fe rendant habile dans Fon art, il aVartce ett même tems dans là pratique des vertus chrétiennes. i % n iqà L’EDUCATION des ENFANS. Il feroit ici à propos d’examiner la queftion, s’il eft plus avantageux qu’un garçon qui veut embrafler la profeflion de fon père, l’apprenne à la maifon, où s’il vaut mieux qu’il en falTe l’ap- prentiflage chez un autre maitre? L’un & l’autre de ces partis a fes avantages & fes inconvéniens. Le père, en le fuppofant habile dans fon métier, feroit indubitablement le plus propre & le plus intereifé à enfeigner à fon enfans tous les fecrets de fon art & à fe donner toutes les peines né- ceifaires pour le rendre au plutôt pollible un ouvrier habile *, Cependant il arrivera peut-être que cet enfant fera moins aftreint au travail par un père indulgent, ou traité mignardement par une mère trop tendre, ou diftrait de fon ouvra, ge par différentes occupations domeftiques ; Et tout cela, en retardant fes progrès, pourra faire de lui un homme mol, lâche au travail, & par j conféquent un ouvrier manqué. En échange un autre maitre, dez que c’eft un homme intelligent & qui penfe chrétiennement, n’a; pas pour un garçon qui n’ett pas fon enfant cet amour aveugle qui peut lui permettre des chofes capa- blés d’arrêter fes progrès ou de lui faire contracter des habitudes vicieufes. De là il paroit que cette queftion demeure problématique aufli long tems qu’on ne la confidère qu’en général, & que pour la décider, il faut avoir égard aux circon- ftances & aux differens caractères, tant du père & du maitre, que de l’apprentif. Cependant il refte une reflource aux garçons qüi apprennent leur métier chez leurs pères j c’eft qu’étant deve- nus compagnons & obligés de voyager, ils peu* Vent fe perfectionner chez les étrangers, appren* dre à vivre avec toutes fortes de gens, & à ns pas Ç H A P I T R E V. iu pas juger des chofes uniquement fur les idées qu’ils en avoient conques étant à la maifon. U N devoir général, que les maîtres, aufïï bien que les pères font tenus d’obferver, eft de ne pas permettre que les apprentifs oublient ce qu’ils ont appris à l’ecole, mais de leur laiffer , & même de leur fixer un certain tenis fuffifant, pour en faire la répétition. Il feroit à louhaiter que, pour l’ufage & l’utilité des jeunes gens de profeffion, on eut une petite Encyclopédie pratique qui tint lieu d’un Répétiteur général 5 Je veux dire, un Livre qui enlei- gnat les principes de la Ledlure , de l’Ecriture, de l’Orthographe , de l’Arithmétique, de l’Hiftoi- re, de la Géographie, de la Géométrie, & même ce qu’il y a de plus néceflaire à favoir en fait d’Oeconomie, tant de la ville que de la Campagne, Un abrégé de toutes ces Sciences feroit un livre à mettre entre les mains de tous les écoliers , & avant qu’ils quitalfent les écoles, les précepteurs devroient le repaifer avec eux, pour leur donner des idées claires & diftinétes de tous ces différens objets. Pendant leur apprentiffage & même pendant tout l’exercice de leur profes- fion, ils pourraient, dans plufieurs cas, y avoir recours, & ils apprendroient par leur propre expérience que ce qu’on leur a enfeigné dans leur jeunelfe , loin de devoir être oublié, leur eft d’une utilité réelle pendant toute leur vie. C’eft lans doute pour leur procurer ces avantages, fiu’on a établi de nos jours dans plufieurs villes, I ? une ; 4 | 'à ii| i*4 L’EDUCATION des ÉNFANS. une Ecole des Arts, Tous le nom d’Ecole réelle , ou normale , & que Ton a publié dififérens livres propres à fe rappelles en mémoire les principes de théorie & de pratique qu’on a appris dans çes écoles. Tel elt le Traité intitulé Introduction à la Science du citoyen , que Lfederich a publié en en langue allemande. Un autre, qui eil plus étendu & meilleur pour la pratique, eft l’ouvrage anglois, publié déjà pour la quarantième fois fous le titre de The young Mans bejl Çompanion , c’eft - à dire, Le meilleur Manuel , ou le meilleur Compagnon d’un jeune homme. Il fèroit à fouhai- ter que, pour l’utilité du public on eut en fran- çois une femblable Encyclopédie abrégée à l’ufa- ge des jeunes gens qui font deftinés à exercer les arts & métiers les plus utiles à la Société. Les précepteurs feroient tenus de parcourrir ce livre avec leurs écoliers, pendant leur deux dernières années d’ecole, non feulement pour le leur expliquer, mais encore pour leur faire faire l’application des règles & des principes fur un Cahier à part, lequel ils pourroient remettre au net fur un livre pour pouvoir en faire ufage à la fuite. Dans les villes où, foit la capacité des précepteurs , foit la conftitution des écoles publiques ne permet pas que la jeunelfe y reçoive ces fortes d’inftru&ions , on pourroit les lui faire donner à la maifon par des gens plus habiles, Les pa- rens en feroient d’autant plus alfurés de la diligence du maitre & des progrès de l’ecolier. Il feroit aufli très avantageux aux apprentifs que les maîtres, avant de livrer leurs comptes , leurs plans & leurs devis, les leur filfent copier, afin qu’ils apprilfent à en drelfer de femblables, & en même tems à connoitre le prix des prémieres marie- C H A P I T R E V. ï ? f matières, des differentes marchandifes & de la main d’cçuvre, $. 4 - I L eft peu de gens de profeflion qui ne s’occupent de tems en tems à faire quelques ledures* Dans un fiècle tel que le nôtre, où le monde eft comme inondé de livres qui ne fourniffenù qu’un vain amufernent à la curiofité, ou qui ne fervent qu’ à gâter l’efprit & à corrompre le cœur, on pourroit demander quels font ceux dont on pourroit recommander la ledure aux jeunes gens de profelîion ? Ici je voudrois que l’on commenqat par éviter comme une perte de famé tous les Romans, les Comédies, les Hi- ftoires galantes, les contes à faire rire, les recueils de prétendus bons mots & de bouffonneries. Je bannirois de même les livres qui traitent de l’Alchimie, ou de la tranfmutation des métaux, & de la médecine univerfelle , de même que ces recueils de fecrets où l’on prefcric des' pratiques ou magiques ou fuperfticieufes, & par çonféquent impies. Je fouhaiterois furtout qu’on s’interdit une fois pour toutes la ledure de ces produdions monftrueufes & impies qu’une Philo- fophie indigne de ce nom enfante de nos jours, & où l’on trouve remaffé, comme dans un égout, tout ce que les ennemis de la Révélation ont inventé de plus, captieux pour obfcurcir ou rendre douteufe la vérité de la Religion chrétienne. En vain dira - t’on, pour autorifer cette" dangereufe ledure, qu’une perfonne inftruite doit favoir le pour & le contre de fa créance, que pour ne pas I 4 croire T i?« L’EDUCATION des ENFANS. oroire aveuglément, il faut emploïer la voie d’examen & de difcution, & qu’on ne peut mieux s’aflurer de la vérité qu’en pefant les objections que les incrédules allèguent contre les dogmes que nous profeffons. Je réponds à cela, qu’il doit nous fuffir defavoir, & de pouvoir croire que Dieu a parlé dans les faintes Écritures j Cela une fois pofé , toute raifon humaine doit fe taire, par conféqüent tous les raifonnemens que la Philofophie peut oppofer à la Révélation deviennent inutiles à favoir, extravagans, dangereux & criminels, Suppofons un homme qui a dans fa maifon une fource d’eau pure & falubre; S’il eft fage , il ne lui prendra pas envie d’aller bien loin puifer dans une fontaine dont il fait d’avance que l’eau eft dangereufe & mal faine; Et cela, uniquement pour apprendre à çonnoitre la qualité de ces mauvaifes eaux, & la différence i qu’il y a entre elles & celle qu’il a dans fa cour, aux rifque de nuire à fa fanté. Suppofons encore une perfonne qui s’eft fait une loi de confer- ver fon corps & fon ame exemts de fouillure, fe plaira-1- elle à lire des livres remplis d’obfcé- ni tés & d’images qui offenfent la pudeur? Ne craindra - t’elle pas que ces fortes de defcriptions & de peintures fales ne fe repréfentent, maigre elle, à fon imagination, foit de jour, foit de nuit, & n’y laiffent des impreflions capables d’altérer la pureté de fon ame & d’en troubler la paix ? Telle eft , dirai - je la téméraire , ou la criminelle curioflté de ceux qui fe permettent de lire les écrits de ces incrédules qui, tantôt eflai- ent de rendre douteux ou ridicules les dogmes de la Religion révélée, tantôt s’efforcent de les combattre ouvertement. Il eft moralement im- poffible CHAPITRE V. H7 poffible que leurs objections, quelques Futiles qu’elles foient, à Force d’etre répétées, ou préFentées fous une Forme fpécieufe & dans un ftile fédui- fant, ne Faflent naitre quelques doutes & n’afïpi- bliflent la Foi, au point de la Faire chanceler, fi elles ne la renverFent pas tout à fait. La contagion en eft d’autant plus dangereufe que le cœur humain eft naturellement enclin au vice & à l’incrédulité , tandis que la foi & la pieté Font des productions qui lui Font étrangères qui n’y crois- fent qu’à meFure qu’elles Font plantées & cultivées par la main de Dieu. De là on peut conclure que fi la lecture des livres de cette efpèce peut être permiFe & Fe faire fans danger , ce ne peut être qu’à ces hommes rares qui, avec une foi inébranlable , pofTèdent le talent de dévoiler les artifices de la fauffe Phi- lofophie, & de réfuter avec force les fophifmes qu’on étale fous le nom de raifonnemens. On pourroit drefler ici un ample catalogue de ces productions pernicieufes, mais on croit pouvoir s’en difpenfer dans l’efpérance que les jeunes gens feront allez Fages pour confulter des perfonnes éclairées fur le choix des livres qu’il leur convient de lire. On les exhorte à ne pas s’en rapporter à leur propre goût, ni au jugement des perfonnes de leur âge, mais à fuivre les avis de celles qui ont de la religion & de l’expérience. Qu’ils Fe fouviennent de cette parole du Seigneur : Un aveugle peut - il conduire un autre aveugle ? Ne tomberont - ils pas tous deux dans la fojje? Mais pour garantir les jeunes gens de la réduction des mauvais livres , il eft néceffaire quç leurs parens & leurs fupérieurs ayent Foin de ga- I f gner f'ïï 9 i?8 L’EDUCATION des ENFANS. | gner leur confiance, & de ne pas la perdre par une rigidité dure & trop fcrupuîeufe. C’eft un fil qu’il eft difficile de renotier dez qu’il a été une | fois rompu. Quels font donc, me direz-vous, ! les livres dont les parens & les prépofés doivent I recommander la ledure à la jeuneffe ? Il faut | toujours mettre au prémier rang l’Ecriture fainte dont les divins oracles font l’unique bafe de notre foi, la règle invariable de nos moeurs & le ! guide infaillible qui conduit au falut. On peut y joindre d’autres livres inftrudifs & édifians, où l’on puiife puifer la connoiflànce de la vérité qui eft félon la pieté. Je range dans la fécondé elalfe les livres hiftoriques bien écrits, tels que font ceux de Monfieur Rollin, & en particulier ! ceux qui nous apprennent l’hiftoire de notre pais: j Les Traités de Géographie, comme celui de Bü- ' fehing, qui eft inconteftablement le meilleur qui ait paru jufqu’à préfent : L’Hiftoire univerfelle: L’Hiftoire de l’Eglife : Les Relations des voyages faits autour du monde & dans des pais particuliers : Les quatre premiers Tomes du Spedacle de la Nature: La Defcription des différens arts, & furtout de celui qu’on fe prapofe d’exercer. C’en eft aifez pour remplir les momens qu’un jeune homme peut donner à la ledure. On pourroit s’attendre à voir ici une inftruc- tion fur la manière dont les jeunes Etudians doivent employer leurtems <&-diriger leurs études: Mais comme j’écris moins pour les Inftituteurs que pour les Parens , je laifle à ceux - ci le foifl de confier leurs enfans à des Profelfeurs habiles, & zélés pour le bien de la jeuneffe. Tout ce qu’ils ont à faire après cela , eft de s’informer auprès CHAPITRE V. % -ilt auprès des Maîtres fi les écoliers font des pro- | grès, & lorfque ces enfans font leurs études dans j le lieu de leur demeure , de les aftreindre à met- ;| tre leur tems à prpfit pendant qu’ils font à la | maifon. | P O U R ce qui concerne les Filles, la principale occupation de celles de cet âge doit être, comme nous l’avons déjà dit, l’œçonomie. Peut-être demandera -1 - on ici: lequel eft le plus plus avantageux pour ces filles , d’être élevées dans la maifon paternelle, ou dans une maifon étrangère ? Cette queftion eft telle, qu’on ne peut y répondre fans avoir examiné les çircon- ftances des lieux & des perfonnes. Ce qu’on peut dire en général eft , qu’une mère intelligente & vertueufe eft inconteftablement la perfonne la plus propre à bien former fa fille , tant par fes inftru&ions que par fon exemple, Il feroit donc, non feulement inutile , mais encore difpendieux, & peut-être dangereux, qu’une fille allat chercher ailleurs ce qu’çlle peut trouver à la maifon. Cependant il eft des cas où les circonftances de la maifon & les caractères des perfonnes exigent qu’une fille aille apprendre chez les étrangers à porter le joug de l’obéilfance & de l’application au travail. Dans ce cas, il eft heureux pour elle d’être confiée à la direction d’une bonne & fage Mère de famille. Ce qu’elle y aquiert, ajouté' à ce qu’elle a appris chez elle, forme un riche fond où elle pourra puifer lorfqu’elle aura elle - même une œconomie à gouverner. A l’egard des pa- v rens 140 L’EDUCATION des ENFANS. rens peu aifés, je ne voudrois pas que la pau- j vreté , ou le delfein de fe décharger de l’entre- \ tien d’une fille, les portât à la mettre eu fervice j dans une maifon qu’ils ne connoilfent point. C’eft pour eux un devoir facré de ne la placer que çhez des gens d’ordre & de probité. Quand nous parlons de la fcience de l’œcono- tnie, nous y comprenons principalement l’art de coudre, de filer, de tricotter des bas,. de faire R la cuifine & la lefcive, de cultiver un jardin, d’entretenir une balle-cour, de nourrir, d’ele. ver & d’engraifler des belliaux, &c. En tout cela il faut que le néçeflaire & l’utile ait toujours la préférence fur ce qui n’eft que d’agrément ou j dépuré fantaifie. Par exemple, il importe beau- |f coup plus de favoir bien coudre & blanchir le f linge du ménage que de s’appliquer, aux rifque de fe gâter la vue, à broder 014 à faire de fines I dentelles ; Non que je prétende qu’on s’interdife ces fortes de petits ouvrages, j’entends feulement qu’il faut commencer par fe rendre habile en ce qu’il y a de plus nécelfaire & de plus utile pour l’œconomie. Dans plufieurs provinces d’Allema- ; gne les femmes favent, non feulement filer le chanvre, le lin, la laine & le cotton, mais encore le dévider tellement par centaines de tours, qu’elles favent combien il en faut pour une aune de toile. Une fille qui apprendroit cette métho- de pourroit donc calculer .au jufte combien il lui i faut de fil pour faire une pièce de toile. Elle ^ auroit par là occalion de s’exercer dans l’ecritu- r re, auffi bien que dans l’arithmétique, & rifque- j roit moins d’ètre trompée par le tilferand. Quand ^ elle aura vu pendant quelque tems fa mère tra-1 vaille! CHAPITRE V. 141 vailler à la cuifine, elle pourra eitfuite être chargée de cette fonction, favoir faire un billet de cuifine , aufïi bien que la qualité & la quantité d’ingrédiens qu’il faut pour l’aflaiFonnement de chaque viande. Il eft bon d’obferver ici la même maxime qu’à l’egard de la Couture j c’eft-à-dire* de ne pas faire fon objet principal de ce qu*il f a de plus fin & de plus exquis, mais de s’appliquer principalement à alfaifonner les mets ordinaires avec goût & avec propreté* Cette fille ti rera encore de là cet avantage, qu’elle apprendra à connoitre le prix, ainfi que la bonne & la mauvaife qualité des denrées qui entrent dans l’ceconomie. Si, en même tertts, elle eft chargée de jtenit le livré de la recette & de la dépenfe du ménage , elle fe perfectionnera toujours d’avantage dans l’ecriture & dans le calcul. Une bonne mère de famille aura de même foin d’enfeigneü à fa fille à faite une lefeive & une favonnade * en lui montrant la meilleure méthode de gouverner le linge depuis le moment où on le met tremper jufqu’à celui où il eft ferré & mis dans la garde robe* Mais en tout cela elle aura la précaution de proportionner le travail aux forces dè fa fille, de manière que celle - ci s’y accoutumé peu à peu & ne s’ert trouve point excédée» Les pètes & mères doivent auflî à leurs enfans l’exemple de la manière dont il convient d’entretenir & de gouverner les domeftiques, en ne les furchargeant pas de travail, en leur donnant une nourriture honnête, en ne fe familiarifant pas trop avec eux, & en ne les traitant pas trop durement* Enfin 142 L’EDUCATION des ENFANS. Enfin, il feroit bon qu’une fille fut chargée de dreifer & d’avoir entre lés mains un Inventaire des meubles & des provifions du ménage, qu’el- le eut foin de tracer ce qui e(t ufé ou confumé & dhnferire ce qu’on achète ou qu’on fait faire à neuf Toutes ces fondions étant faites avec l’ailiduité de Marthe & dans i’efprit de Marie > c’eft - à - dire, fous les yéuX & comme en la prè* fence du Seigneur > on pourra él^érer que fa bé* jnédidion repofera fur une fille qui aüra reçu uns pareille éducation de fa propre mère* U NË expérience joutnalièrè ne vérifié (|ué trop l’ancien proverbe qui dit: Petits en* fans, petits foins : Grands enfans , grands foucis. Mais cette confidetatiort, loin de rendre les pères & mères inquiets fur le fort futur dé leurs enfahs, doit les exciter d’autant plus puis* famment à prier Dieu pour leur famille & à ufet envers elle de toute l’attention, dé toute la prudence & de toute la fidélité dont ils font capables. Qu’ils fe fouviennent de cette exhortation que St. Paul leur adrelfe : Pères , ri irritez point vos enfans , âe peur qu’ils ne perdent cùuragè , Coloif IIL v. 2i. Us doivent furtout ménager foigneu* fement là confiance que leurs enfaiis doivent avoir en eux , de peur qu’ils né tla perdent pont la donner à des gens de leur âge, ou à d*autfes qui pourroient en abufer & leur donner de mauvais confeils. Les pères & mères, aüflî bieii què les autres fiipérieuts* font les petfonnes qu’ils doivent confulter, niais pour qu’ils ofent leur ouvrit CHAPITRE Vv * 4 ? ouvrir leur cœur , il ne faut pas que la crainte d’être rebutés ou cenfurés» les empêche de leur faire confidence de tout. l’i'nfifte fouvent fur cet article, parce qu’il elt d’une très grande importance , tant pour les pères & mères que pour les enfans. Cependant il demeure vrai què la chofe la plus importante de toutes eft* comme nous l’avons déjà dit au §. io. du Chapitre précédent, que les enfans ayent trouvé dans les mérites de Jéfus* Chrill l’aflurance de leur Ele&ion de grâce, & que chaque jour ils y foient de plus en plusaffer* mis. G’eft à cela que les Inftituteurs » auffi bien que les pères & mères doivent faire une fingu- lière attention. Ainfi * dez qu’ils auront obfervé que Dieu a opéré cette œuvre de Grâce dans l’ame de leurs enfans» ils ne pourront les exhor* ter trop fouvent » ni les prier avec trop d’inftan* ce & de douceur, de conferVer foigneufement ce précieux tréfor & d’éviter plus que la mort tout ce qui pourroit le leur faire perdre. Il peut ar* river, & il n’arrive què trop fouvent aux jeunes gens qui ont reçu cette Grâce, d’éprouver lefen- timent de la mifère humaine & les mouveinens de la nature corrompue. Quoique le cœur réprouve ces trilles retours de la dépravation naturelle, ils peuvent donner lieu à des jeunes per- fonnes fcrupuleufes de douter de leur état de gra* ce, &de foupqoiiner que ce qu’elles ont éprouvé «toit plutôt l’ouvrage de leur imagination que ce* lui de ia Grâce de Dieu. Four les tirer de cefc état de trouble & de perplexité, il eft boit que » tant les pères & mères, que ceux qui font char* gés ^de leur direction » ayent requ d’enhaut le dort d’celui- v' • - 144 L’EDUCATION des ENFANS* d’eclairer & de tranqiiilifer ces confciences timo. rées. Ces circonftances font celles où il convient d’expliquer à ces gens - là ce que c’eft que l’etat d’un homme qui fe fent pauvre pécheur & en même tems reçu en grâce. C’eft ici le cas où il faut faire l’application de la doétrine de St. Jean. Dans un endroit, cet Apôtre dit> que celui - là eft enfant du Diable qui fait le péché, qui vit dans le péché , volontairement, malicieufement, contre fcience & confcience* 1. Jean III. v. 8. Mais il dit aufti dans un autre endroit} Sinousdifons que nous 11’avons point de péché, nous nous féduî- fous nous - mêmes & la vérité n’eft point en nous) Mais II nous confelfons nos péchés, il eft fidèle & jufte pour nous les pardonner & pour, nous purifier de toute iniquité, 1. Jean I. v. 8* 9* D’efi: cette différence qu’il y a entre, avoir une nature corrompue, ou porter une chair de péché, & commettre le péché de propos délibéré, qu’il faut faire fentir aux perfonnes dont il s’agit. En général on ne peut mieux faire que d’exhorter fans cefîe les jeunes gens à la crainte du Seigneur & à l’obfervation de fes commandemens} Mais fi> comme parle St. Paul, il leur arrive de tomber par furprife dans une faute , il faut fuivre la maxime de cét Apôtre, qui eft, de les relever avec un efprii de douceur , Gai. VI. v. 1. En observant cette réglé > on aura grand foin de conful* ter, moins fon propre efprit, que celui de Dieu parlant dans fa parole, & l’on ne fe permettra jamais d’agir par paffion ou dans un excès d« fenlibilité. $. 1 * CHAPITRE V, 5 . 7 - HT L ORS QjJ Ë les enfans ont malheureufement le cœur allez dur pour roidir contre les bonnes inftruétions qu’on leur donne, pour fô livrer aux panchans déréglés de la chair & aux convoitifes du monde > & même pour devenir les féducieurs des autres, le devoir des pareils chrétiens eft que, dans la vive douleur qu’ils en res- fentent, ils demandent au Seigneur la Grâce de pouvoir fe comporter comme des enfans de Dieu à l’egard de ces créatures dépravées. Ils fe garderont bien de prendre leur parti, de plaider leur caufe, de pallier leurs vices, & de qualifier de petites foibleifes humaines, ou de légers traits de jeunefie, des aétions qui font manifeftemene criminelles i Au contraire, pour ne fe rendre point complices des oeuvres infrudtueufes des ténèbres , ils les condamneront & les puniront. Et fi les forfaits de leurs enfans méritent l’ani- madverfion des fupérieurs, foit eccléfiaftiques, Toit civils, loin de vouloir les fouftraire aux cen- fures & aux chatimcns, ils doivent les abandonner à l’autorité de ceux qui font établis de Dieu pour punir les fcandales & les délits. Sous l’ancien Teftament, Dieu avoit donné ce Commandement aux pères & mères, Deut. XXI. v, 18'Ai. Quand un homme aura un enfant pervers & rebelle , n'obéïjjant point à la voix de Jbn père , ni à celle de fa mère , if qu'ils l'auront châtié , if que non objlant cela , il ne les écoute point : Alors le pere if la mère le prendront if le mèneront aux Anciens de la ville if leur diront ; C'ejl ici notre fit , qui eji pervers if rebelle , il n'obéit point à flùfrè voix , il ejl yvrogne 'if débauché. Alors K les 1 46 L’EDUCATION des ENFANS. les gens de la ville le lapideront , £5? il mourra , afin qu'ainfi vous otiez le méchant du milieu de vous , gjj que tout Ifraèl l'entende & foit faifi de crainte. Il eit vrai que la rigueur de cette Loi eft relative à la nature de l’ancienne ceconomie & du gouvernement Théocratique, fous lequel le peuple de Dieu vivoit alors , & que par conféquent, ou n’eft point tenu de l’exécuter à la lettre fous la nouvelle œconomie, dans les tems & dans les Circonftances où nous vivons > Cependant cette Loi, quoiqu’abrogée par rapport à la févérité de la. peine qu’elle diète, n’eft: pas moins une lefqon touchante pour les pères & mères qui doivent apprendre ici à ne pas fe rendre coupables d’une indulgence criminelle à légard des défordres dans lefquels leurs enfans pourroient tomber. Le Sauveur du monde a très bien exprimé la difpofition de cœur où ils doivent être relativement à leurs enfans. Celui , dit - il, qui aime fon fils , ou fa. fille, plus que moi, riejl pas digne de moi , Matth. X. v. 37. Si leur difpofition eft: telle, l’Efprit de Dieu ne manquera pas de leur enfeigner à fe comporter fuivant l’intention de Chrift à légard des enfans qu’ils ont la douleur de voir tomber dans l’impiété & dans le déréglement de mœurs. Surtout ils recourront par la prière à celui qui a reçu des Dons pour les hommes, & même pour les prévaricateurs , & ils ne fe lafleront point de le lupplier qu’il accorde à leurs enfans malavifés la grâce de la repentance, & à eux la joye que relfent le père de l’enfant prodigue, qui étoit perdu, & qui eft: retrouvé* C H A P I T R E V. 147 §. 8 . A VANT que d’en venir à la trille extrémité , d’abandonner à fon malheureux fort » un enfant qui s’eft plongé dans le libertinage, les pères & mères chrétiens doivent employer tous les moyens imaginables pour ramener cette ame dévoyée à la réfipifcence. Clément d’Alexandrie, dans un Sermon fur ces paroles: Quel ejî le Biche qui peut être fauvê ? rapporte comme une belle anecdote ce que fit autrefois St. Jean en pareil cas. Cet Apôtre avoit confié un jeune homme aux foins d’un Prépofé de l’E- glife d’Ephèfe, & l’avoit prié inftamment de veiller à l’éducation de cet enfant comme à la con- fervation de fa propre vie. Quelque tems après ce jeune homme fe livra à toutes fortes de vices & d’extravagances, jufques là, qu’enfin il s’alfo- cia à une bande de brigands, defquels il devint le Chef. Au bout de quelques années, le Saint Apôtre fe fit rendre compte par le Prépofé du comportement de celui qu’il lui avoit recommandé i Mais quelle ne fut pas fa douleur, lorfqu’il apprit que l’enfant qu’il aimoit fe trouvoit plongé dans les horreurs de la vie la plus criminelle? La ten- dreffe qu’il avoit confervée pour lui le porta à le chercher par tout. Pour le découvrir il alla, par monts & par vaux, jufqu’au fond des bois & des forets les plus épaifles. A la fin, ayant découvert un voleur qui étoit en fentinelle, il le pria de le conduire vers fon Capitaine, Cet homme confentit de l’y mener, & tous deux étant arrives à l’endroit où ce chef de brigands fe trouvoit, celui - ci les apperqut bientôt de loin ; Mais à j peine eut-il reconnu que l’un de ces hommes , K % étoit 148 L’EDUCATION des ENFANS. étoit l’Apôtre, qu’il fe hata de tourner le dos & de s’en courrir à toutes jambes. St. Jean , tout vieux qu’il étoit, ne perdit ni courage, ni efpé- rance, il raffembla toutes les forces qui lui res- toient pour aller au plus vite lui courtir aprèss Ne pouvant l’atteindre , il lui crioit: „ Mon fils, „ mon cher fils, pourquoi cours - tu devant un 5> vieux père qui eft fans armes & fans deffenfe? 35 Aye, je te prie, pitié de moi & lie crains point i „ Il y a encore éfperance de retour & de falut pour „ toi. Je veux être ton intercelfeur auprès de notre „ Seigneur Jéfus • Chrift. S’il eft nécelfaire, je „ mourai volontiers pour toi, comme il eft mort „ pour nous ; Oui, je fuis prêt à faerifier ma a, vie pour racheter la tienne. Arrête-toi donc 3, & fois bien aifuré que c’eft le Sauveur, le Fils „ de Dieu lui - même, qui m’envoye à ta pour- 33 fuite w . Ce Difcours fit une telle imprefiion lut le cœur du jeune homme qu’il jetta incontinent toutes fes armes bien loin de lui, puiscour- rant vers le St. Apôtre, il fe jetta à fes piés & lui demanda pardon en verfant un torrent de larmes. Sa repentance fut fincère, car dez ce moment là, il changea de vie, fi bien que, quelque teins après, il fut de nouveau reçu dans la Communion de l’Eglife chrétienne. Ces fortes d’exemples devroient fervir efficacement à foutenir la patience des pères & mères j à ranimer leur efpoir, & à leur faire tenter toutes les voyés les plus propres à ramener leurs en- fans de leurs égaremens. Quelquefois-on y reus- I fit en les éloignant des mauvaifes compagnies & l en les tenant en arrêt dans la maifon. Se trou- j vant là feuis avec eux-mêmes, ils ont occafiori j de CHAPITRE V. 149 4e fe recueillir & de faire de férieufes réflexions tant fur leur déplorable état, que fur les différens maux qui en font naturellement les funeftes fuites. Il peut arriver qu’un de ces pauvres enfans, éloigné de la dilïipation, rentrera tôt ou tard en lui - même, entendra au fond de fon ame les reproches de fa confcience & la voix du bon Berger qui ne fe lafle point de chercher & de rap- peller la brebis égarée. Dez que l’on en remarque quelques indices, les parens & les fupérieurs doivent s’empreffer à faifir ces heureux momens pour foutenir fes bonnes , mais encore foibles ré- folutions, par des exhortations douces, tendres & touchantes. Un autre moyen de leur faciliter cet heureux retour eft, de les faire changer de lieu & de demeure, parce que le changement de circonftances en occafîonne fouvent un dans les mœurs & dans les fentimens. Cependant j’avoue ingénument ici, qu’aucun de ces moyens n’opère un changement de vie allez réel ni alfez folide pour faire perdre aux parens la crainte d’une rechute. Rien ne peut diffiper leur appréhenfion que TalTuran.ee qu’ils ont, que leur enfant a éprouve un changement réel de cœur & qu’il eft véritablement converti des ténèbres à la lumière & de la puiflance de Satan à Dieu. Il n’y a que cela feul qui puilfe donner une efpèrance autant certaine qu’il foit humainement polïib'le de l’avoir, d’un amendement dg vie folide & permanent. Ce que je dis eft d’autant plus vrai, que c’eft uniquement la Grâce de Dieu qui eft ia fource de toute bonne penfée, comme elle eft le principe denoute bonne aélion, & qu’il n’y a qu’elle feule qui puilfe nous éloigner & nous préferver du mal. Hors de moi , dit le Seigneur, vous ne pouvez rien . K ? Ce Jfo L’EDUCATION des ENFANS. Ce qui n’eft pas fous fa main, n’eft jamais en fureté , & tel eft debout aujourd’hui qui , s’il vient à s’éloigner de lui, tombera demain. §. 9- L ORS Q_U E des pères & mères, ont la joye de voir dans leurs enfans des preuves non équivoques d’un changement réel de cœur, d’un fincère retour à Dieu& d’une véritable con- verfion, la prudence exige d’eux certains ména- gemens à leur égard. D’un coté, ils doivent modérer les épanchemens de la joye qu’ils en reffentent & ne pas leur donner des marques trop éclatantes de leur tendreflè ; De l’autre, ils feront bien de s’abftenir de leur reprocher les défordres de leur conduite précédente. Comme Chrijl vous a pardonné , vous aujji , pardonnez de même , Col. III. v. i?. Telle eft ordinairement la fbibleife de l’homme, qu’il lui eft difficile de garder un jufte milieu entre deux extrêmes. Il peut arriver à des parens d’être trop épris d’amour pour des enfans qui marchent dans les voyes de Dieu, & de les combler de careffes & de bienfaits. , Cette façon d’agir peut produire de très mauvais effets. Elle peut donner occafion à ces enfans là , & à d’autres, d’affeéter d’être plus pieux qu’ils ne le font en effet ; & ainfi, de tomber dans l’hypocri- fie qui eft plus dangereufe*& plus criminelle qu’une conduite ouvertement licentieufe. Il ne feroit pas moins dangereux de les faire rougir par des reproches & de leur rappeller de tems en tejjis le défagréable fouvenir de leurs vieux pèches. Nous devons nous laiffer animer des fendmens CHAPITRE V. ifi de notre Père célefte qui pardonne & ne reproche point, qui regarde nos péchés comme noyés dans le fond de la mer, pour ne s’en plus iouvenir. Les parens ne fauroient écarter avec trop de foin tout ce qui pourroit donner occafion à leurs en- fans de retomber dans leurs anciennes ornières, mais qu’ils fe gardent bien aulît de les rendre confus & pufillanimes , en leur parlant trop fouvent de leurs écarts précédens. Le fou venir douloureux de ces trilles egaremens rendra fans doute les parens & les fupérieurs attentifs à en préfer- ver les enfans j Et ils fe fouviendront en même tems de la maxime de l’Apotre : Vous pères , rfirritez point vos enfans. §. io. L ’EDUCATION des Adolefcens diffère à plufieurs égards de celle des enfans encore jeunes. Entre autres, on peut fe contenter de dire Amplement à ceux-ci, ce qu’ils ont à faire & à éviter. On ne doit pas agir de meme à l’egard de ceux qui font plus avancés en âge ; Comme ils font en état de faire ufage de leur jugement, il convient de les porter à agir par con- vidion. Ne leur donner que des commandemens & des deffenfes , c’eft leur faire fentir que leur relation avec leurs parens & avec leurs fupérieurs eft la même que celle des efclaves à l’egard de leurs maittes. Les parens qui penfent I chrétiennement ne prétendent point d’être des i defpotes, ni d’avoir des efclaves. Ainfi, dez ! à fes propres rifques & périls, à marcher feul. Il faut convenir aufE qu’on ne peut pas continuellement garder les jeunes gens à vue, & qu’il vient un tems, où il eft néceuaite de leur laiffer la liberté de fe conduire par ei*x-mêmes. On ne pourroit pas non plus prévoir avec probabilité à quel genre de travail il cortviendroit de les employer , quelles font les affaires dont le manimenc pourroit leur être confié, ni dans quel pofte il fêtait le plus avantageux de les placer, à moins d’à* Voir vu quelle eft leur manière d’agir & de fe conduire , quand ils ont les coudées franches. Cependant , fous prétexte qu’on ne peut pas les porter toujours dans un fac, il ne faut pas que la confiance qu’on a en eux nous permette de les abandonner tout à fait à eux mêmes & de les expofer aux rifques de perdre leur fanté, leur réputation, leur crédit, leurs biens, & ce qui eft plus précieux que tout cela, les fentimens de pieté qu’on a eu foin de leur infpirer. Il eft donc dp la prudence que des parens fidèles fournifïènt à leurs en- fans, parvenus à un certain âge, l’occafîon de donner des preuves, autant de leur probité & de leur fageffe, que de leur capacité î mais toujours avec cette précaution que , fi le prémier effai ne réufîit pas, on ne leur enlaiffera pas hazarder un fécond L & j 6 % L’EDUCATION des ENFANl & que, pour prévenir une plus grande perte, ou une chute plus fatale, on les gardera fous fes ai- les jufqu’à ce qu’ils foient en état de prendre uh vol plus alluré* §. 14. U NE connoiflancetrèsnéceflairêàdonneraux jeunes gens de cet âge, eft celle de la confti- tution, tant religieüfè & ecclefiaftique, que politique ou civile du pais bu ils Joint nés & dans lequel ils ont à vivre; Lorfqué les parens n’ont la capacité de le^former à la cûniioiffance & à la pratique des principes de cette conftitution, ils doivent en confier le foin à. des perfonnes en état de leur en faire côrtnoitre l’elprit & goûter l’importance. J’entens par l’efprit d’une conftitution r les principes fondamentaux fur lefquels la Société ; religieuse & la Société civile font établies, aulîi bien que la combinaifoü de ces principes & des moyens qui conduifent au grand but, qui eft le Bien public, ou la profpérité, tantfpirituelle que temporelle de la Société. L’importance de cette fcience a été reconnue par plufieurs Hommes d’Etat, tant anciens que modernes ; De là vient que, dans divers pais , le foin d’inftruire & d’elever la • jeuneife a été regardé comme un devoir effentiel du haut-Magiftrat. Ils Ont très bien compris que la conftitution de l’Etat ne pourroit être, ni Solide , ni durable, à moins que les jeunes citoïens > n’apprilfent à penfer & à agir conformément aux ' principes établis par les fondateurs de cette conftitution. Les monumens qui nous reftent de lamanière dont la jeunefle étoit anciennement élevée ^ f CHAPITRE V. 16? élevée chez difFérens peuples * prouvent allez que fon éducation étoit dirigée fur les principes de la conftitution de l’Etat j De là vient que les jeunes gens étoient aftreirtts à s’en procurer la connois- fance & à les réduire en pratique. Négliger l’une & l’autre , c’eft expofer la République à une décadence inévitable. Qu’eft- ce qui a fait déchoir en difFérens tems la conftitution religieufe de tant d’Eglifes chrétiennes, au point qu’on ne trouve aujourd’hui chez les defcendans prefque aucun veftige de l’efprit qui animoit leurs pères ? C’eft que les enfans ont abandonné les fonde- tnens Fur lefquels leurs pères avoient bâti. Plu- fieurs de ces Eglifes ont à peine pu Fublîfter pendant deux ou trois générations, & infenlîblement elles ont dégénéré. D’autres ont confervé la car- cafFe, la forme extérieure, mais l’efprit a difparu, ce n’eft plus qu’un fquelete , un cadavre. Tout cela prouve combien il eft eflentiel que, dans Page où nous confidérons ici la jeunelFe, elle foit imbue des principes d’une bonne Conftitution & excitée à les mettre en pratique. Mais, que dis- je ? Ce feroit en vain qu’ils en auroient aquis la connoifFance j s’ils ne demandoient pas à Dieu le meme cœur & le même efpfit qu’il accorda autrefois à leurs ancêtres. Un moyen de les y engager feroit d’en faire naitre en eux le défir & de leur raconter de tems en tems, d’une manière agréable & intereffante l’origine & l’hiftoire de la Conftitution fous laquelle ils vivent. C’eft ce que le Seigneur reçommandoit autrefois au peu» P^ e dftfrael, quand il lui difoit : Prens bien garde à toi &garde faigneufement ton ame: PC oublie'point les chofes que tes yeux ont vues , afin qu'elles ne fartent point de ton cœur tous les jours de ta vie : En- L 2 feigne 164 L’EDUCATION des ENFANS. feigne les à tei enfans & à tes petits enfans , Deut. IV. v. 9. Conférez avec ces paroles celles du pieux Afaph * dans le Pfaurtie 78. Ce que ce Prophète y dit là - deflus, depuis le 2 e . jufqu’au 8 e . verfet, peut être regardé comme un plan d’éducation que Dieu a voit lui» itnëme tracé à fon peuple d’Ifraël. C’eft aulîipour confervet & perpétuer le fouvenir de ce qui eft arrivé dé mémorable dans un pais & dans urte Eglife, que dariS toutes les Communions on célèbre des Jubilés & certains autres jours de tètes. Les Catholiques renouvellent de tems en tems la mémoire de certains événemens arrivés dans l’Eglife Romaine. Les Proteftans folennifent l’epoque de leur Réfor- mation. Les anciens Frères de Bohème & dé Moravie avoient grand foin de raconter à leurs enfans, non feulement les grandes & riombreufes ^ adverfités que leur Eglife avoit fouffettes avec pa- • tience, mais encore les bienfaits fignalés que Dieu leur avoit accordés , en confetvanfc leur Eglife dans la pureté de la Doétrihe & de la Difcipline évangélique, depuis les fièéles apoftoliques. Audi 11e négligèrent - ils pas de faire palfer dans le coeur de leurs defeendans ce beau vœu de Comenius, l’un de leurs Evèqüës, qui difoit, d’après le Prophète Jérémie î Converti nous à toi, 0 Eternel , & nous ferons convertis : Renouvelle nos jotirs comrnt ils étoient autrefois. Lamentations de Jérémie 1 Chap. V. V. 21. G’eft de cet efpnt quë les jeunes gens, tant de ■ l’un que de l’autre fexe, doivent être imbus & animés pour devenir des iliftrumens propres à exécuter lés deffeins du Seigneur & à répondre aux fages vues de leurs pieux patens. Le tems 3 U1 me CHAPITRE V. me paroit le plus convenable pour cela eft celui où ils font folennellement reçus dans la communion des membres de l’Eglife, c’eft - à - dire, lors qu’ils font admis à participer pour la prémière fois à la fainte Euchariftie. Cette eirconftance, qui eft d’ailleurs fi décrive & qui influe ordinairement fur tout le cours de leur vie, eft auffi celle où leur coeur eft le mieux difpofé à prendre part à tout ce qui intérefle la Société chrétienne à laquelle ils font de nouveau incorporés. Leur ame a-1-elle les heureufes difpofitions qui font né- ceffaires pour goûter l’efficace du corps & du Sang de Chrift? Elle entrera en même tems auffi dans une étroite union avec les membres du corps dont Jéfus eft le Chef, pour être liée à eux en un même corps & en un même efprit. Cela étant > leurs penfées & leurs défirs feront conformes à l’intention de l’Efprit dont les vrais membres de Chrift font animés > Et dez lors, on pourra efpé- rer, qu’à l’exemple des fidèles de Corinthe, après s’etre donnés de cœur, premièrement au Seigneur, ils fe donneront auffi à fon peuple, % Co- rinth. VIII. v. f, §• if- I L feroit auffi à défirer, qu’à cet âge, toutes les filles reçuffent de leurs mères, ou de leurs gouvernantes , une inftrutftion particulière fur la manière de donner aux enfans une éducation raisonnable & chrétienne. On fait que, dans l’ordre établi de Dieu, leur deftination eft qu’un jour elles élèvent des enfans dans la difcipline du Seigneur. Suppofé même qu’elles n’entrent point dans l’etat du L ? mariage %66 L’EDUCATION des ENFANS. mariage & qu’elles ne deviennent jamais mères » il fe préfentera des cas où elles pourront s’emplp- ïer à l’éducation des enfans, foit comme gouver- liantes , foit en qualité de parentes ou d’amies. Perfonne n’a donc plus befoin que les filles d’apprendre la méthode de bien éduquer les enfans; Et qui pourroit la leur mieux eiifeigner que celles qui l’ont elles - mêmes étudiée & pratiquée , je veux dire, leurs mères, ou leurs prépofées? C’ett ce que celles-ci pourront faire d’une manière autant interelfante que fimple & aifée, en leur racontant comment elles les ont traitées & foi T gnées, depuis le moment qu’elles les ont reçues comme un préfent de la part de celui qui eft l’Auteur de la vie. Elles trouveront chaque jour l’oc- cafion de leur repréfenter la fidélité & la tendrelfe dont elles ont ufé envers elles, tant pour l’entretien de leurs corps, que pour leur former l’efprit f & pour acheminer leurs âmes à la voye qui çan? duit au falut j Et cela, depuis le berceau jufqu’à l’age de quatorze ans. Cette manière d’iqftruire les jeunes filles fera inconteftablement plus d’im- preffion lur leurs cœurs & les rendra plus favan- tes fur cette matière que ne pourroient le faire les meilleurs Traités d’Education. Une mère, dez qu’elle eft bien alfurée de la confiance de fa fille, pourroit même lui avouer les fautes qu’elle a faites dans l’éducation qu’elle lui a donnée, & s’en confelfer coupable. Peut-êtreferoit-il convenable auffi que cette mère engage fa fille à lui déclarer en confidence les fujets de plainte, qu’el- ^ le poufroit avoir & en quoi elle penfe qu’on a manqué dans la manière dont on l’a élevée. L’avantage que la mère, auffi bien que la fille, retireront de ces fortes d’entretiens familiers , fera.in- . dubita- CHAPITRE V. i6j dubitablement plus réel que celui que pourroient leur procurer les lefçons d’un habile Profelfeur. Que fi la mère ne trouve pas chez elle les talens fuffifans, ni dans fa fille les difpofitions, convenables pour cela ; Qu fi la mère eft décédée avant que la fille fut en a^e de profiter de fes inftruc- tions, c’eft fur le père, ou furie tuteur, que retombera l’obligation de lui donner une amie capable de fuppléer à ce défaut. §. 1 6. P ASSONS de l’inftitution des filles à celle des garqons. Je voudrois que ceux d’entre ' ces derniers qui ont fait leur cours d’etudes fulfent auffi inftruits dans la manière de bien élever les enfans de leur fexe. Nombre d’etudians, fortis de l’Academie, font appelles à être Gouverneurs ou Précepteurs de la jeunelfe. Pour Qu’ils foyent en état de s’aquiter avec fuccès des fondions de cet emploi, un des collèges les plus utiles qu’ils ayent pu entendre feroit celui qu’on leur auroit donné fur l’éducation. Il peut être que dans leur jeunelfe ils en ont eux - mêmes, requ une bonne, mais il peut auffi être arrive qu’elle n’a pas été dirigée auffi fagement qu’elle - eut du l’être. Dans ce dernier cas, un collège? fur 1 ’art de bien élever la jeunelfe leur eft indis- penfablement nécelfaire. Sans cela , ils feront obligés de tirer de leur propre fond les principes fur lefquels ils prétendent régler leur plan ; Mais? avant que leur génie & leur expérience leur ayent fourni les meilleurs , ils feront plufieurs elfais hazardés & tomberont dans bien des méprifeé L 4 dont j68 L’EDUCATION des ENFANS. dont le refultat fera très préjudiciable à leurs éfè- ves. Il eft heureux pour les uns & pour les autres que l’Inftituteur reconnoifle de bonne heure fon infuffifance, qu’il ait recours aux avis des gens expérimentés, qu’il confulte les bons livres qu’on a écrits fur cette matière, & qu’après s’être formé un bon plan, il le fuive avec exactitude & fidélité. Quant à ceux qui ont eu le bonheur de recevoir une bonne éducation > un collège fur cette matière leur fera moins néces- faire, mais il ne leur fera pas pour cela peu utile. Il leur fervira à les faire relfouvenir de ce qu’ils ont négligé dans leur jeunelfe, des fautes où ils font tombés , peut - être aufti de celles que d’autres ont commifes à leur égard j Et tout cela enfemble fervira à rectifier le plan qu’ils ont à fuivre. I Quand je parle d’un Collège d’éducation, je j fuppofe que le but qu’on s’y eft propofé eft, non feulement d’enfeigner en général l’art de bien «lever un enfant mais auffi d’indiquer la méthode de lui faire apprendre facilement & folidément les langues & les Sciences, en commenceant depuis la manière de bien lire, jufqu’à ce qu’il foit en état de paroitre dans une univerfité. Il faut donc, pour rendre ce Collège utile , parcourrir toutes les langues & toutes les fciences qu’un jeune homme de bonne famille doit polféder. L’on doit y indiquer les livres les mieux faits en ce genre , donner fur chaque matière une inftruc- tion en racourci que l’ecolier couchera fur fon cahier pour l’amplifier & le faire retoucher enfuite par. fon profelfeur. Dans l’enfeignement de là Religion, le but principal doit être, que le dis- CHAPITRE V. 169 cîple n’ait pas feulement la mémoire enrichie de connoilfances, mais que fon cœur foit auffi touché & pénétré de l’efficace des vérités divines. En un mot, il ne doit rien lailïer à délirer de tout ce qui eft nécelfaire pour mettre un Infti- tuteur en état de donner à fon Elève la meilleu-, re & la plus complète éducation. Cependant je dois encore avertir ici que, quelque utilité qu’on puilfe tirer d’un pareil Collège fur l’éducation & des livres qui ont paru jufqu’ ici fur cette matière, l’Inftituteur ne parviendra jamais au but déliré, à moins qu’il n’obtienne du Seigneur la fagelfe & la grâce qui eft nécelfaire pour cela, & qui eft accordée à quiconque la demande avec foi & perfévérançe. §. i ?., A PRES tout ce que je viens de dire, il ne me refte plus qu’un avis à donner aux pa- rens chrétiens. Lorfqu’ils auront heureu- fement achevé l’important ouvrage de l’éducation de leurs enfans : Lorfque ceux - ci, foit filles , foit garçons , feront parvenus à l’age de difcre- tion, où ils font ordinairement émancipés & mis en liberté de fe conduire par eux - mêmes ; Je fouhaiterois que, pour clôture de leur éducation, père & mère filfent en leur préfence, & comme fous les yeux de Dieu, une efpèce de Difpolition teftamentaire , pour leur déclarer, autant clairement que férieufement, leur dernière volonté , & pour leur donner leur bénédidtion. Si j’ofe donner ici l’efquilTe d’une difpolition de cette efpèce, je laifïe aux parens intelligens la liberté L f entière V i 7 o L’EDUCATION des ENFANS. entière d’en changer la teneur pour l’accommoder à leurs circonftances. Ils pourraient s’exprimer ainfi : „ Très - cher fils, ou très-chère „ fille , depuis le premier moment que nous nous 33 fommes apperçus que le Toutpuiflant vous a, avoit donné l’être & la vie dans les flancs de 33 votre mère , nous n’avons cefle de vous re- 33 garder comme un précieux don de fa bonté. 33 Lorfqu’il vous eut heureufement fait voir le 33 jour 3 notre prémier foin fut de vous con- 33 facrer à lui de, corps & d’ame, pour être fou ,3 Bien propre & particulier. Peu après votre, a, nailfance , nous vqus avons préfenté au faint 33 Sacrement de la régénération, pour que vous 33 fufliez f^aptifé, au Nom du Père, du Fils & 5, du faint Efprit, en la mort de Jéfu$, & par 33 l’afperfion du fang & de l’eau qui fortit de 3, fon cœur percé à la croix i Afin que vous ne, 33 vivie? point pour vous - même, mais pour le 33 Seigneur, & que Chrift vive en vous. Dez ,3 lors, & pendant tout le tems que nous avons 3, travaillé à votre éducation, notre principal but ,3 a été , que ce que vous vivez maintenant dans 33 la chair, vous le viviez dans la foi du Fils de ,3 Dieu qui vous a aimé & qui s’eft donné lui- ,3 même pour vous. C’eft dans ce même but ,3 que nous avons eu foin d’entretenir votre corps ,3 de manière qu’il fut iTàin & bien formé dans 3, tous fes membres. Mais en même tems notre s, intention a toujours été que vous n’emploïas- ,3 fiez point ces membres à fervir le péché, mais „ qu’ils fuflent des inftrumens de juftice pour le 33 fervice de Dieu. Pour vous conduire à cette 35 heureufe deftination, aulïitot *que vous avez i, pu faire ufage de votre raifon, nous n’avons » négligé G H A P I T R E V. 171 5, négligé aucune ocçafian de former votre ams M de manière qu’elle fut imbue de la cannois- „ fance de la vérité qui eft félon la pieté. Nous „ nous fommes étudiés à vous tracer le tableau y du Sauveur fouffrant & mourant pour vous, y afin que , dez votre enfance, vous eulîiez de- ,, vant les yeux Fimqge de celui qui vous a ra T ,5 cbeté. De tems en tems, nous vous avons « raconté, autant bien que nous l’avons pu , j, l’hiftoire de fa vie fainte & méritoire ; Et qq ,, été pour faire naitre en vous le défir de vous a, lailfer renouveller par fon Efprit Sc former à 3, fa relfemblance. En faifant cela, nous n’a- ,, vous pas oublié de vous faire çonnoitre com- j5 bien grande eft la mifère & la corruption de 3, la nature de l’homme, combien il a befoin de 3, la réconciliation & de la G'race médicinale que ,5 le Fils de Dieu nous a aquife, & combien il 3, eft heureux d’ètre alfuré par fon Efprit que j, nous y avons réellement part, afin de pou- 33 voir dire ayec certitude de foi : Je fais en qui 33 j’ai cru & je fuis alfuré qu’il eft puilfant ,j fidèle pour garder le dépôt de mon ame jus- 33 qu’à la dernière journée. C’eft de quoi nous ,3 vous avons diligemment inftruit, tant dans vo- 33 tre enfance, que dans les différpns périodes de 33 votre jeunelfe. Vous devez encore vous fou- 33 venir, entre autres, que lors de votre Con- 33 firmation & de cette prémière Communion , « par laquelle vous avez été de nouveau incor- 35 pore à Chrift & à fon Eglife, nous avons tais ché de vous donner à çonnoitre le grand fa- 33 lut qui vous eft aquis & réfervé ; Et cela, * 33 afin que vous entralfiez dans des difpofitions chrétiennes & conformes aux gracieux delfeins 33 que ij% L’EDUCATION des ENFANS. „ que le Seigneur a fur vous. Notre fouhait le, „ plus ardent étoit alors, & l’eft encore aujour- „ d’hui, que vous foyez rendu participant, avec „ tout le peuple de Dieu, de toutes les grâces „ & de toutes les félicités qui nous ont été aqui. ,j fes par Jéfus - Chrift ; Mais cet ardent fou- „ hait eft en même tems, que tous les purs „ de votre vie vous vous comportiez comme un 3, digne membre du Seigneur & de fa fainte E- „ glife. Du relie , nous vous avons fait ap- 3, prendre tout ce que nous avons cru vous être 3, le plus utile & le plus nécelfaire, fuivant les 3, lumières & les facultés que Dieu nous a dé- 3, parties ; Auffi penfons - nous que le plus riche 3, héritage que vous ayez a attendre de nous eft 3, l’éducation que nous vous avons donnée. „ Vous voila donc, par la Grâce de Dieu # „ parvenu à un âge où nos foins paternels & 33 maternels ne vous font plus nécelfaires, & on 33 vous devez être en état de vous conduire vous- 3, même. Nous ne celferons pas pour tout cela 3, de vous recommander à la Grâce de notre Dieu, a, & Sauveur afin qu’il vous conduife dans fes vo- ,3 yes & qu’il vous y fade profpérer i Mais en 33 même tems nous vous regardons déformais 33 comme une perfonne confacrée à Dieu & qui 33 doit vivre de fa propre foi. Ce que nous 33 avons maintenant à vous demander eft, que 3, chaque jour vous apprenniez à vous mieux 33 connoitre, que vous ne préfumiez pas trop de ,3 vous même, ni de vos propres lumières, ni « de vos propres forces, mais qu’en tout vous ,3 mettiez votre confiance au Seigneur i Alors » vous éprouverez qu’il fera toujours près de vous 5 > CHAPÎTRÉ V. * 7 ? j, vous & qu’il interviendra dans toutes Vos af- faires pour vous accorder gracieüfement l’as- „ finance & lé fecours dont vous aurez befoin. j, Reconhoiflez lé prix de la grâce que Dieu vous jj a accordée, en vous faifant naître dans une j, Eglife qui a pour bafe de fa foi, & pour règle ij de fa conduite, la pure Parole de Dieu, & j, où l’on s’étudie à marcher droitement félon j, l’Evangile de Chrift. Comme tout Chrétien, n dans quelque état & dans quelque circonftance j, qu’il foit, doit être un ferViteur, ou une fer- jj vante du Seigneur, employez - vous de corps j, & d’ame à foll ferVice pour fa gloire & pour j, l’édification de votre prochain. C’eft pour ce- i, la que Dieu vous a mis au monde & c’eft pour j, voüs conduire à cette deftination que nous „ vous avons donné l’éducation que vous avez reçue. Il peut nous être arrivé, que comme ,, des créatures foibles, telles que nous fommes, j, nous y avons manqué à plufieurs égards, mais j, nous prions ce Dieu Sauveur de vouloir^ par j, grâce, & pour l’amour de fon précieux Sang* à, nous pardonner les fautes que nous avons *, commifes envers vous, & les réparer lui-mè- „ me. Pardohnez nous auffi Vous, très - cher j, fils, très - chère fille, & foyez aifuré que , (i „ dans votre éducation nous avons négligé quel- ,j que chofe de ce qui eut pü vous être utile & » nécèflaire , ee n’a pas été par un defaut d’a- 5, initié ou de bonne volonté, mais plutôt par 5> un manque de lumières. „ Nûüs Voyons donc, cle2 maintenant, com- j> me en perfpe&ive, le cours de votre vie fu- }> ture. Vous ne ferez plus fous nos yeux, mais „ votre i 7 4 L’EDUCATION des ENFANS. C. V. ù votre fouvenit rçftera gravé dans nos coeurs , w & nos vœux vous accompagneront partout. Ce 3, qui nous relie à délirer & a vous recorhman- der eft, que vous employiez tous vos foins à j, joindre à votre foi la vertu, à la vertu la fcieni ,3 ce, à la fcience la tempérance, à la tempérance 3, la patience, à la patienee la pieté, à la piete l’a- 3, moût fraternel* à l’amour fraternel la charité \ 33 Car fi ces vertus font ën vous, & qu’elles y aboii- 3, délit* elleë iie laifferont point oifive & infruë- 3, tueufe la cohnoilfance que vous avez de notre 3, Seigneur Jéfus - Chrift. Cherchez toujours, & 3, avant toutes choies j lé Règne de Dieu & fajü- 3, ftice, & toutes les autres chofes vous feront 3, certainement données par deflus. Alors nous 33 aurons la joye & la confolation de voit en vous „ un fidèle fèrviteur, une fidèle fervante de Chrift ,3 notre Seigneur, un membre vivant de fou 3, Eglife, un citoien utile de notre Ville, & à „ la fin de notre carrière, un Racheté de l’E- 3, ternel, devant lequel nous oferons un jour 3, paroitre avec vous, & lui dire avec confian- 3, ce: Nous voici, Seigneur, avec le fils, avec „ la fille, qüe tu nous a donné. Enfin le vœu ,3 par lequel nous mettons la dernière main à 3, votre Education eft : Que le Seigneur vous béniffe & 'Vous garde , Que le Seigneur fajje luire fa face fur vous & vous foit propice , Que le Seigneur tourne fon vifage vers vous & vous donne la paix j AMEN! F I N, T A B L È DES MATIE'RËSs A. jÿ&mtè , des enfans, comment il faut là Faire fervir à leur inftru&ion $ ,, $j Air y lequel convient le mieuk aux Femmes groS- fes, - - - 4 celui qui elt le plus agréable & le plusFain aux enfans, - - jT3 celui de la chambre des enfans doit être foüvent renouvelle, i<5 Allemand , il eft utile aux Ffahçdîs de l’apprendre > comme il l’ett aux Allemands de Favoir le françois, 11 y Alimenfj les plus convenables aux Femmes gros- Fesi - - 3 aux petits enfans, fi Anglais , les garçons doivent Favoir le lire , 11 f Apprendre , par cœur, comment il Faut y accoutumer les jeunes enfans, 69 Arithmétique , utile aux filles, - - 103 nécelTai- re aux garçons, io7 >8 I e 2 *4 es es jeunes gens fréquentent, iaf Communion y première des enfans, époque décisive pour toute leur vie, idf Confiance en la protection divine doit être infpi- rée aux enfans, if 5 Confiance des enfans en leurs parens , doit être ménagée & confervée, ï 4a Connoijjance de foi - même , eft néceflaire aux jeunes gens, ^ 1 % f - 1 f9 Confiitution, quel en eft l’efprit, - - 162 celle de fk patrie doit être connue aux enfans, - - 1 62 quel eft le tems de l’etudier , 1&4 Confiitution du gouvernement civil & ecclélîaftique, il en faut enfeigner les principes à la jeunefle , 1 62 Contes fabuleux, font dangereux, Conmlfions fe calment fouvent par le bercement, if Corps de haleines y les femmes enceintes doivent s’en abftenir, - - f quels doivent être ceux des enfans, 49 Corruption de la nature , il faut être attentif à obferver quand elle fe manifefte chez les enfans, - - 119 comment elle fe décèle , §. 2, CraJJe des nouveaux - nés , comment il faut la leur oter, 12, Couture , laquelle eft la plus avantageufe aux fille 8 , 140 Cuifine , il convient que les grandes filles fâchent y travailler, !4o Curiofité des enfans peut être tournée à leur avan- tage, 92, Df- M J 7 B TABLE D. J^efcription des arts & métiers, piropofée aux gens de profeflîon, l$g Dejfîn, eft très utile aux garçons, log Déjobêïjjance , comment la prévenir, 87 Defiination des hommes , & par conféquent des enfans, §. i Hévotions domeftiques, il faut y admettre les en- fans , 78 Difcipiine , ou châtiment > quand & comment il en faut faire ufage > 86 E. J 7 cole, à quel âge il faut y envoyer les enfans, 6 g ne doit point être rendue rebutante, - - 88 n’eft point une maifon de difcipiine, mais de récréation, 100 Ecriture y celle des filles * - - 103 celle des garçons, - - ioy quand les enfans doivent commencer à l’apprendre, lof Education des enfans, ce qu’on y doit obferver, §. 1. motifs à y travailler, - - 3. eft un devoir des parens, - - §. 4. quelle eft la règle^ qu’il faut fuivre, - - 90 les parens ni les prépofés ne doivent point fe îaifler décourager , - - p. dans quels fentimens l’on doit s’y employer, - - §. y. doit commencer dez l’age le plus tendre, - - 1 lie doit point être légale , mais évangélique, - - 7 2. En cela, père & mère doivent agir de concert, - : 87 • Elle doit être rélative à la deftination des enfans, - - 5>o & en même tems à leur tempérament, - - pi celle des filles doit être différente des MATIE'RES. 179 rente de celle des garçons, - - 92. Les mères en doivent donner des leçons à leurs grandes filles, 1 6f 'Education y celle des frères de Bohème 164 Education , comment l’on en peut célébrer Bâche- vement, 170 - - 174 Enfans , font des hommes, - - 2. ne doivent dormir ni trop ni trop peu, - - 23 les mères ou les gouvernantes ne doivent point les coucher à coté d’elles, - - 21 ceux de difFérens fexes ne doivent jamais être feuls enfemble, 88 Enfance de Jéfus, fource de la bénédi&ion des enfans, 7 g Envies des femmes grades, il faut diftinguer celles qui proviennent des indifpofitions du corps de celles qui naiflent des affedions de l’ame, 6 comment on peut y remédier, 7 Entretiens familiers fur la Religion, entre les pa- rens & les enfans, gi _ 117 Epoques célébrées dans les Religions, quel eft leur but, . 164 Etudes , quels fujets il convient d’y vouer, - 128 la pauvreté n’eft pas un obftacle, - - 128 fi l’on peut y joindre un métier, 120 Exemples , ceux des enfans malheureux ne doivent être racontés qu’avec des fentimens de commifération, 160 F. pantomes , ne pas permettre qu’on en falfe peur aux enfans, <54 Félicité de l’homme, en quoi elle confifte, 1 M 2 Few- TABLE 180 'Femmes enceintes , doivent veiller fur leur cœur, fur leur efprit & fur leur corps, - - 2 cette attention ne doit pas aller à l’excès, - - 3 les viandes qui leur conviennent le mieux, - - 3 quelle doit être leur boilfon, - - 3 elles peuvent continuer leurs occupations ordinaires, 4 leur habillement ne doit pas être ferré, - - f quand elles peuvent fe faire tirer du fang, - f comment elles peuvent fe garantir des envies, - - 6 ainfi que des frayeurs, - - 8 ne doivent point être trop fcrupuleufes ni découragées , 9 Fidelité des jeunes gens , comment on peut la mettre à l’épreuve & s’en alfurer, 1.61 Filer , l’avantage que les filles en tirent, 140 Filles, doivent favoir bien lire, - - 102 bien écrire, -- 105 compofer une lettre, chiffrer 103 un peu de Géographie & d’Hiftoire, - - 104 la Mufique, - - 104 les grandes doivent apprendre l’œconomie,foit à la maifon, foit ailleurs, 139 s’appliquer plutôt à un travail utile qu’à celui de luxe & de pur agrément, 140 Frayeurs , ou épouvantemens des femmes grolfes, comment on peut les prévenir , 8 Friandifes, n’en donner que peu aux enfans, p G, Çenre de vie , celui que les enfans doivent iueiier un jour doit être accommodé à leurs difpofi- tions & inclinations, 126 Géographie, ce qu’il eft bon que les filles en fâchent, 104 Géographie de Bulching , recommandée à la jeu- nelfe, i,8 Glà - (flaires , comment l’on en doit purger les nouveaux - nés, i o H. J-Jahillement des enfans, ne doit point être pelant ni gênant, - - 49 ni reifentir le luxe & le faite, - - '49 celui des femmes enceintes ne doit point être étroit ou ferré, f Hijioire & Géographie, quelle connoiifance en doivent avoir les filles, - - 104 &lesgarqons, 106 Hijioire Univerfelle , l’etude en effc recommandable, 118 I. Jdêes t quelles doivent être les premières à donner aux enfans, - - 62. Erronnées, doivent être rectifiées, ipy Jean , St. Jean l’Evangeliite ramène un jeune homme de lès égaremens, 147 Jeux , les enfans doivent y pratiquer l’obéiflan- ce, - - ff lcfquels on peut leur permettre, f 4 Ignorance y peut devenir fatale aux enfans, if8 Imitation , il ne faut point combattre , mais diriger convenablement l'inclination que les enfans ont à imiter, 94 Imitation de J. C. fur quel fondement elle doit être établie, 121 Incarnation de J. C. fource de la bénédiction des enfans qui font encore dans les flancs de leurs mères , 1 Inclinations dominantes des enfans, il faut bien- M 3 tôt TABLE tôt apprendre à les connoitre, - - 8q. Elles font fouvent un miroir où père & mère peuvent fe reconnoitre, - - 84. Comment il faut les corriger, 8f Inclinations dominantes, dez qu’elles font vicieu- fes , ne doivent point être tolérées comme de limples foibleifes, 173 Injïrn&ion dans la Religion, 11 f Intention , ou Sentiment de Chrift, doit être im- primé dans le cœur des enfans, ijq Inventaire , les grandes filles doivent favoir en faire un des meubles du ménagé, 14a L. Jjuthi , comment il faut Tenfeigner & Pappren- dre, no Latin y il eft bon qu’un garçon de métier en ait une teinture, n? Lait j de quoi il eft compofé, - - 2p lequel eft le meilleur, 2f Leàfure , les filles doivent favoir bien lire, 102 comment l’on doit y exercer les garçons , iof Lefcive , Savonnade , il faut y faire travailler les grandes filles,’ 140 Lettres de l’alphabet, les enfans peuvent apprendre à les connoitre en jouant, 67 Lettres , les filles doivent apprendre le Stile épis- toîaire, - - 10?. Ce Stile eft néceifaire aux garçons, iof Libertinage des enfans , comment les parens doivent fe comporter envers eux , - - 14P moyens de les ramener, - - 147 comment les traiter lors qu’ils s’amendent, ipo Lire j des MATIERES, 18? lire , ce qu'il faut obferver pour l’enfeigner aux enfans , 68 - 102 - ioy Lits y trop chauds & trop mois font nuilibles aux enfans, 18 Livre y l’art de tenir les livres eft très utile aux garqons, 106 Livres, lefquels il faut confeiller aux gens de pro- fefïion, i?r M. TiAaiüotSy quel doit être leur deftination, - i? L ceux qui font ferrés font dangereux, - 14 font utiles étant bien appliqués, 1 f Maîtres d'aÿprentiffhge , tenus aux mêmes devoirs que les parens, - - 131 les parens doivent agir de concert avec eux, 130 Maladies des enfans , les foins qu’elles demandent, - - p6 les parens n’en doivent point paroitre allarmés, - - f 7 ne doivent point s’accommoder aux fantaifies de leurs enfans, Mal y moyen le plus fur pour les enfans d’en être préfervés , 160 Manger avec excès & fans règle ne doit point être permis aux enfans, f? Marcher, comment on peut y accoutumer les enfans, - - 47 combien l’imitation & l’exercice y contribuent, 48 Mémoire, de quoi il convient d’enrichir celle des enfans, 93 Menaces de châtiment, doivent être ménagées, 8 ) - Meres , doivent allaiter elles - mêmes leurs en- fans , — 27 celles qui s’en difpenfent s’expo- M 4 fent TABLE J 84 fent à des inconvénîens, - - 28 ce qu’elles doivent faire en ce cas, - - 30 doivent être les confidentes de leurs filles, 120 121 Monde, il faut donner aux jeunes gens la con- noiflance de l’efprit & de la dépravation qui y règne , 1 f 8 Monique, efficace de fes larmes, 119 Morale, on en peut faire lire des petits Traités aux enfans, 1 f7 Mouvement, rend les enfans robuftes, - - 19 eft néceftaire pour leur accroiflement, n Mufrque , ce qui convient aux filles d’en favoir, 104 N» • J^Tombril des nouveaux - nés , doit être lié foi- gneufement, 10 Nom, ceux qu’on donne aux enfans devroient être chrétiens & fignificatifs , 41 Nourrirons, leur faire pafler la toux, - - - ?4 ne pas négliger de leur former le cœur, - 40 11e leur point laifler de propres volontés, 43 Nourriture , la meilleure pour les petits enfans eft le lait de la mère, 2f O. Qbéïjjance des enfans envers leurs Parens, doit être pratiquée pendant toute leur vie , I2f Occajions à pécher, il faut les écarter des enfans , - - 1 f9 exemples de ces fortes d’oc- cafions, 1f9 Occupation , ou amufement favorit des enfans indique des MATIE'RES* *8f dique leur aptitude pour telle ou telle profes- fion , 130 Oifiveté , ne la pas permettre aux enfans, 97 Opinion , la bonne opinion de foi - même eft per- nicieufe à la jeunelfe, 160 Ordre , on doit par de bons exemples accoutumer de bonne heure les enfans au bon ordre» 7i P. parier , babiller , on peut tirer p^rti de la difpo- lition des enfans à jafer , 9f Paul , St. fes inftruclions fur l’éducation des enfans , TZ Pauvres parens , doivent inftruire leurs enfans de l’affiftance qu’ils ont reçue -de Dieu , 124 Pauvres pécheurs , il faut que les enfans foient inftruits dans le tems convenable à fe recon- noitre tels, 14? Péché, ce qui l’occafionne, - - 119 il en faut préfer ver les enfans, 119 Pères, leurs devoirs envers leurs époufes enceintes , z Père & Mère , font obligés d’elever leurs enfans , - - §.4. Doivent pour cela avoir des aides, - - §. f. Ne point fe laiifer rebuter par les difficultés, - - §. f. Quand l’éducation doit commencer, - - 1. Doivent s’entendre avec les précepteurs, - - 101 avec les maitres d’apprentillage, 131 Père de famille , ne doit point fe laiifer rebuter par les peines qui font attachées à fes devoirs, 1 1 8 M 4 Petite T A B L £ i83 Petite verole, Ton traitement:, fg Peur , du bruit, il faut en guérir les enfans en leur découvrant ce qui l’a occafionné, - iff des ténèbres , en les accoutumant à aller dans des lieux obfcurs, - - if ô des animaux do - mejiiques, en leur faifant voir qu’ils ne font pas dangereux, iff Plan d?Education que Dieu donna a>ux Ifraëli- tes, — - 164 celui des anciens (frères de Moravie & de Bohème, 164 Pléthore des femmes grolTes demande la faignée, f Pleurs & cris lamentables des enfans, comment on peut les appaifer, - - 44 faire peu d’attention à ceux qui proviennent de caprices & d’entètemens , 4f Pojlure, contenance, attitude du corps, doit être modefte & décente, - - 60 elle fe forme mieux par les exemples que par les préceptes, 71 Précepteurs, ou Inftituteurs & Gouverneurs des enians ont les mêmes devoirs à remplir que les Parens, - - §. 4. quels doivent être leurs fentimens lors qu’ils fe chargent de cette tache, > _ §. f. Prédi/e&ion, ne doit point avoir lieu chez les parens à l’egard de leurs enfans, 88 Préjugés des enfans , comment on doit les faire fervir à leur avantage, - - g% ceux des parens contre la bonne éducation de leurs enfans , 98 Préparatifs à recevoir un nouveau-né s 1? Prières, celles qu’on fait pour les enfans & avec eux font d’une grande efficace, 119 ProfefJIon doit être rélative aux talens & aux incli- des MATIE'RES. J87 inclinations d’un garçon , ^ - iqo exige du génie, - - 128 s’il vaut mieux qu’un garçon l’apprenne chez Ton père que chez un autre maitre, - - 132 les garçons de pro- feffion doivent répéter ce qu’ils ont appris à l’ecole, 13 ? P. promenades , celles des enfans doivent avoir un but & être rendues utiles, ff prononciation des enfans, doit être bien articulée & intelligible, ^ 66 Purger intérieurement & nettoyer extérieurement les nouveaux - nés , iQ Quejîions , il faut repondre avec vérité & ami- tié à celles des enfans, 6 ? R. peconnoijjance , doit être inculquée aux enfans, 124 Réformation , pourquoi l’on en célèbre le jubilé, 164 Religion, nécefiité de l’enfeigner, 11 f Répertoire y ou Répétiteur, plan d’un pareil livre à l’ufage des garçons de profeflion, 134 Reprèfentations, ou idées fauffeSy font dangereufès pour les enfans, 6 ? Refpe&, dû à Dieu doit être inculqué de bonne heure TABLE heure aux enfans, - - 70 Celui qui eft dû aux pareus recommendé» 70 Riche , les parens qui le font doivent, par leurs paroles & par leur exemple, enfeigner à leurs enfans le bon ufage qu’il faut faire des riches- fes, 124 S. gaignée, quand il faut la confeiller aux femmes enceintes, y Sauveur , la bénédi&ion qui découle des mérites de fou Incarnation fur les femmes enceintes , - - 1 celle qui découle de fon enfance fur tous les enfans , - - 79 les prémiè- res impreftîons que les enfans doivent recevoir font celtes de fa vie & de fes fouffrances, 62 il faut que les enfans foient inftruits de fes intentions & imbus de fes fentimens, - if2 quel fondement il convient de pofer avant que •d’exhorter les enfans à l’imitation de J. C. 119 le meilleur préfervatif contre la fédudion & le péché eft de marcher en fa préfence & dans le même efprit où il a été, 160 Science , de tête, eft infrudueufe, nf Senfations , lefquelles doivent être les premières chez les enfans, 61 Sévrer , comment les enfans doivent l’etre, 57 En écarter toute fuperftition, - - qg Ce que la mère y doit obferver, ?9 Sexes , il faut les tenir féparés l’un de l’autre, sa Sincérité çff franchise des enfans , eft d’une grande utilité, 120 Situa - des MATIE'RES* i89 Situation, quelle doit être celle d’un enfant dans le berceau, 1 6 Société , fréquentation avec d’autres enfans ne doit être permife, que fous les yeux d’un furveil- lant, - - 89 comment les enfans doivent s’y comporter, 1 f 7 Soin de l’ame & du corps, doit être recommandé de bonne heure, 89 Solitude , manière de la rendre fupportable aux jeunes gens, 12? Sommeil , eft avantageux aux femmes grofles, 4 utile & néceflaire aux petits enians , 2$ y S le jufte milieu à obferver dans leur fommeil, 2? & cela pendant la nuit, - - 24 pendant le jour, '24 Superfitieufes , opinions des enfans, doivent être re&ifiées, iff T. fiable, les enfans doivent y paroitre avec décence & propreté » - - if8 les parens doivent y tenir des propos utiles, 118 Tejlament , Nouveau, celui de Caftellion en latin doit être entendu d’un garçon de profeilion, 114 Tejlament , clôture teftamentaire de l’éducation, 170 fon contenu, 17 1 Timidité des enfans dans la convention , comment la leur faire palfer, 1 f <5 Tomber , ce qu’il faut obferver quand cela arrive aux enfans, 49 Toux des enfans, comment il faut les en guérir , 34 Tra - 190 TABLE des MATIERES. Travail, les femmes grolfes peuvent continuer le leur, 4 Travail y enfans doivent y être accoutumés de bonne heure , Î4 - 9Î Travail il faut tacher de le rendre aux enfans plus agréable que pénible , 7 9 Travail on doit y attacher une recompenfe, 97 V. ÿfivacité des enfans, comment il convient d’en tirer parti, 9f Volonté propre, doit être rompue dez le berceau , 43 - - On ne rifque pas en le faifant de les rendre malades, - - 44 Ne doit pas être foufferte dans les enfans malades, f8 VomiJJiment des nourriflons, d’où il provient & ce qu’il y a à obferver, ^ Voyages, la ledure en eft recommandable, 138 . 1 g- J "i * \ A \ i i i * *