Wiener Stadt- und Landesbibliothek 259593_ a MA 9 - SD 25 - 051999 - 54 PRESENTES AU CONSEIL D’ETAT PAR LES DÉLÉGUÉS GENEVOIS A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOEE, GARRIGUES & C e V. J 1874 Wiener Stadt- und Landesbibliothek 959595 a MA 9 - SD 25 - 051999 - 54 CONTENU DE CE VOLUME: 1. Rapport sur T Art Décoratif, par M. Francis Chomel. 2. Rapport sur la Céramique, par M. J. Dupont. 2 bis . Rapport sur les Beaux-Arts, par MM. F. Chomel et J. Dupont. 3. Rapport sur PHorlogerie, par M. Alexis Favre. 4. Rapport sur les Progrès de la Chimie, par M. Emile Ador, D r phil. 5. Rapport sur TInstruction Publique, par M. Tognetti. 6. Rapport sur PEbénisterie, par M. Emile Tauber. / RAPPORTS DES EN 1873 DÉLÉGUÉS GENEVOIS A L’EXPOSITION DEVIENNE 9 r r0f'iOO A U '•• :^9S! RAPPORTS PRÉSENTÉS AU CONSEIL D’ÉTAT PAR LES DÉLÉGUÉS GENEVOIS A L’EXPOSITION DE VIENNE „ EN 1873 GENÈVE IMPRIMERIE YÉRÉSOEE, GARRIGUES & C e 5^3 ir i- ■ Lm'lÛ lt l ‘tA £.*•*? • é h'.: r r ) J -•■:>.-■ f!- AVANT-PROPOS Ayant de laisser entrer en matière chacun de MM. les délégués désignés par le Conseil d’Etat pour visiter l’Exposition Universelle de Vienne en 1873, nous jugeons convenable de rappeler en peu de mots dans quelles conditions ces délégués ont été chargés du mandat dont ils viennent aujourd’hui rendre compte. Ensuite d’une décision prise par les Chambres fédérales, chaque canton a été admis moyennant une participation des Etats de la Confédération, à envoyer à Vienne des ouvriers pris dans les différents corps de métiers. Genève a pu ainsi envoyer à Vienne 41 ouvriers qui se sont successivement VI rendus dans cette ville d’après les avis qu’ils recevaient de M. le sous-commissaire fédéral Reinhardt, à Romansliorn. A l’exception de 3 ouvriers qui n’ont pu partir au moment déterminé, le groupe désigné par Genève a profité d’une excellente occasion de visiter cette immense Exposition et a pu ainsi se rendre compte des progrès accomplis dans les arts et l’industrie. Les rapports qui sont parvenus au Département de l’Intérieur prouvent tout l’intérêt avec lequel la plupart de nos ouvriers ont examiné ce qu’ils avaient à cœur de voir et d’étudier. Le Grand Conseil ne s’en est pas tenu à cette délégation si intéressante, et, sur la proposition de l’un de ses membres, il a mis à la disposition du Conseil d’Etat une somme de 5,000 fr. dans le but d’envoyer à Vienne quelques experts capables de rédiger des rapports complets sur des points spéciaux, se rapportant plus particulièrement à notre industrie nationale. Le Conseil d’Etat s’est de suite occupé des points qu’il serait bon d’étudier, et, sur une proposition du Département de l’Intérieur, il a décidé que l’on demanderait un rapport sur les points suivants : Horlogerie. — Décoration. — Céramique. — Produits chimiques. — Instruction publique. YII Ces points une fois déterminés, il a été facile de trouver les personnes capables de répondre au désir du Grand Conseil et l’opinion publique n’a pas tardé à ratifier le choix fait par le Conseil d’Etat, de M. Favre pour l’horlogerie, de MM. Francis Chomel et Justin Dupont pour la décoration et la céramique, de M. Emile Ador pour les produits chimiques et de M. Tognetti pour l’instruction publique. Ces Messieurs ont accepté le mandat que leur confiait le gouvernement cantonal, et c’est le résultat de leurs investigations que nous publions aujourd’hui, nous conformant ainsi aux désirs exprimés par le Grand Conseil de Genève. Espérons que ces rapports seront lus avec profit et que les dépensas faites dans le but d’obtenir quelque résultat répondront à l’attente générale. Le Département de l’Intérieur ne doit pas terminer ces quelques lignes sans remercier MM. les délégués fédéraux, E. Wartmann, professeur, et Demole-Bonneville, du bienveillant concours qu’ils lui ont prêté dans toutes les tractations relatives à cette intéressante affaire. C’est dans ces sentiments et avec l’espoir que les pages qui suivent seront favorablement accueillies par notre population, que nous livrons à la pu- VIII blicité, des documents qui jettent quelque jour sur l’Exposition de Vienne en 1873 et suggéreront ainsi de bonnes idées à ceux qui les liront avec le désir d’y trouver autre chose que des louanges. Le conseiller d'Etat chargé du Département de l'Intérieur du Canton de Genève , Emile GAMBESSEDES. RAPPORT SUR L’ART DÉCORATIF EN GÉNÉRAL A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 .E^=@=«a-= PRÉSENTÉ AU CONSEIL D’ÉTAT par M. Francis GHOMEL GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOFF, GARRIGUES & Ce 1874 Ti»*-.. RAPPORT SUR L’ART DÉCORATIF , A L’Exposition de Vienne de 1873. L’Exposition de 1873, malgré sa position en dehors du grand mouvement des Arts, occupera cependant une place importante dans l’histoire des grands comices; d’abord par sa grandeur prodigieuse, ensuite parce qu’elle sera probablement la dernière qui se fera en Europe, dans une proportion universelle aussi vaste ; aussi faut-il en déduire toutes les heureuses conséquences propres à servir la cause de l’industrie. L’Exposition était brillante à trois points de vue, la grandeur, le luxe et la quantité d’objets exposés ; d’autre part, elle était tout à fait défectueuse dans sa distribution et dans son administration ; il eût fallu un génie spécial pour mener à bonne fin une entreprise aussi gigantesque. De là, les mélanges, les encombrements et la disparition des groupes derrière les bannières des diverses nationalités, qui abritaient tous les produits entremêlés d’un même pays. Il en est résulté la presque impossibilité de procéder par comparaison, chose cependant si importante en face des grandes luttes industrielles. Il semble qu’une Exposition de cette nature, après avoir réussi à établir de grandes et amicales relations entre les peuples, aurait dû viser ensuite le but moral de leur montrer où ils en sont de leur puissance cérébrale et de leur goût. Ce second point a été négligé. L’art décoratif, s’appliquant à un nombre si grand d’industries, se présentait donc fort mal pour les recherches comparatives si nécessaires, en admettant pour base de jugement le véritable service rendu par l’arrangement si logique de 1867, où l’on pouvait voir l’ensemble d’un pays en prenant la rue transversale, et où chaque branche des produits pouvait immédiatement se comparer avec ses semblables en entrant dans la galerie latérale qui ne contenait que les objets compris dans le groupe. Sous ce rapport, les ingénieurs de Paris avaient accompli un véritable chef-d’œuvre. Toutefois j’ai essayé de combler cette lacune sur les points qui peuvent nous intéresser le plus, au milieu de la diversité des objets à étudier. Les arts graphiques s’étendent, se multiplient et présentent généralement des progrès marqués. En Allemagne, dans la gravure en taille douce , Frédéric Ludy a donné les plus beaux spécimens dans les illustrations bibliques; en France, dans les riches éditions nouvelles, on a recours à des gravures sur bois remarquables, tandis qu’en Allemagne ce genre ne pouvant dépasser un certain degré, on emploie de préférence le cuivre ou l’acier. Du reste, pour le bois, il n’y a pas de progrès visibles depuis 1867, attendu que dans les travaux de cette époque, PannemaJcer et quelques autres paraissent avoir * — 5 — donné le dernier mot de la perfection. Les hêlio- et photogravures, et autres ouvrages résultant de combinaisons chimiques, ne sont pas destinés à remplacer la main de l’artiste ; du reste, rien de marquant si ce n’est quelque invention pouvant servir à la science et non à l’art. Il en est autrement de la chromolithographie, où les progrès produisent des résultats si brillants que l’on arrive à présenter aux regards'de véritables œuvres d’art, qui ne laissent nullement soupçonner des procédés purement mécaniques. Notre Suisse y occupait une place très-honorable. MM. Bànzinger d’Einsiedeln etFürrer de Neuchâtel se tenaient à la hauteur des plus grandes et des plus anciennes maisons de l’Europe, mais l’Amérique les surpasse toutes dans ce genre ; ses épreuves de paysage sans retouche rappellent à s’y méprendre les magnifiques et vigoureuses aquarelles anglaises. Les Etats-Unis occupent aussi la première place pour la gravure des billets de banque ; on y emploie simultanément la taille douce et le guilloché; il est impossible d’allier la main et la machine avec plus d’habileté et d’harmonie que ne le fait la Compagnie générale de gravure à Washington, sous la direction de M. Costée. En Lithographie ordinaire, les Américains emploient des presses-laminoir, dont les rouleaux > sont en gutta-percha; le supérieur, après avoir reçu l’épreuve des dessins, imprime ensuite les feuilles comme le ferait la pierre ; seulement, il imprime en roulant et prend l’encre nécessaire chaque fois qu’il revient sur l’autre rouleau; cela fait gagner beaucoup de temps, le maniement en est plus facile et plus commode que celui de nos presses. Les cartonneurs produisent aussi très-rapidement des effets dans l’ornementation devant servir à des décors — 6 — d’intérieur. Ils découpent des cartons bleu-lapis, y ajoutent quelques réaux blancs et or, puis, après avoir ménagé des parties, ils saupoudrent sur une gomme un certain produit cristallin à facettes qui donne un miroitement très- vif, surtout à la lumière. La Suisse vient toujours la première pour la gravure des cartes géographiques, mais elle se trouve bien en arrière pour la gravure lithographique. Nos guillocheurs devraient un peu s’inspirer des ressources immenses qu’ils peuvent tirer de leurs outils pour arriver à rendre de plus grands services à la décoration. Il faut cependant citer M. Muller de Bienne pour le guilloché de l’orfèvrerie. Je me suis trouvé présent un jour où M. Christofle (l’éminent orfèvre) observait avec intérêt les travaux obtenus par les outils de M. Muller. Pour la gravure de médailles et de cachets, Paris cède la place à Londres, où le graveur Wyon l’emporte hautement sur tous ses concurrents ; il est vrai de dire que, pour avoir une opinion mieux faite, il aurait fallu voir figurer à côté de lui un graveur parisien de talent, comme Stem par exemple. Néanmoins, la perfection des cires de Wyon, comme ressemblance dans le portrait, comme rectitude dans le style, et comme dessin, nous montrent un talent d’artiste supérieur, auquel il faut joindre celui d’habile mécanicien ; car c’est aussi chez lui que les réductions taillées pour la médaille se poussent jusqu’au point où la retouche même n’est pas toujours nécessaire, la cire, finement modelée, suffit; on voyait, comme spécimens, le même sujet taillé de six grandeurs différentes, la réduction s’était maintenue parfaitement correcte depuis la plus grande jusqu’à la plus petite (le tout sans retouche). Il faut ajouter aussi que nulle part je n’ai vu pousser la cire aussi loin dans le fini. Le plâtre qui se prête à une retouche excessivement fine, peut aussi servir pour modèle original. Mayence possédait aussi dans les cires et les médailles des choses remarquables. La gravure décorative était fortement représentée et sous des aspects un peu nouveaux. L’Italie a fait un grand pas dans ce genre : la taille douce vive y est fort bien traitée dans les allégories et portraits servant généralement à l’ornementation de livres et albums, incrustations et découpures de métal qui se détachent sur cuir ou sur velours. Il y avait encore une série de plaques avec des portraits traités à la manière de nos bons graveurs de Genève et de la Chaux-de-Fonds; des effets à. l’onglette jaune ( x ) avec de vigoureux recroisés y donnaient régulièrement l’ombre orangée, malgré la grande dimension des plaques. Les Berlinois brillent par leur gravure sur cuivre appliquée à l’impression dorée sur maroquinerie et gaînerie. Les deux genres y sont également employés, savoir la gravure en creux et la grande taille, la lumière gravée et la taille de l’ombre ; ils montrent dans les deux manières une puissance et une sûreté de main extraordinaires. L’imprimerie de l’Etat exposait des billets de banque gravés en taille douce mélangée de guilloché qui rappelle un peu la pureté des Américains; j’y ai remarqué l’absence totale de la chute que produit souvent le frottement sur la patrone, dans les guillochés artistiques. Après avoir été étonné des belles et solides gravures des Berlinois, une déception m’attendait dans les salons autrichiens. En effet, la réputation des Viennois pour la (1) Je me suis servi le plus- possible des expressions usitées dans notre fabrique. — 8 — gravure héraldique, en taille, en relief et en creux, semblait tellement établie, que pas un de leurs graveurs ne manquait à l’appel. On y voyait tous les genres de décoration par le burin ; mais à part quelques exceptions, la main, le goût et le dessin faisaient complètement défaut. Je parlerai plus loin du rôle des découpages métalliques dans la maroquinerie et du mérite de leurs émaux, mais dans la gravure artistique, la moyenne est au-dessous de toute attente^Les animaux y sont lourds et mal dessinés; il n’y a que le griffon qui sert de support au blason de l’Empire (et dont on fait un énorme abus) qui y soit traité d’une manière supportable, l’aigle vient ensuite avec une baisse, puis le lion, le cheval et autres animaux y sont massacrés, la taille douce y est grossière et en général le dessin manque. Monsieur Rossigneux, le savant dessinateur, avec lequel je visitai cette grande Exposition de gravure, partageait ma déception. Il faut cependant citer la beauté du métal qu’ils emploient et qui se prête admirablement au dorage, au poli et au feu de l’émailleur. On pourrait tirer une grande richesse décorative en développant ce goût à Genève pour la reliure et l’ornementation du coffret. J’ai vu une plaque fort originale représentant un paysage, composée de différents métaux, cuivre, argent, or jaune et or vert, sciés et rassemblés par la soudure et le marteau; le paysage y est traité à la façon de M. Kundert de la Chaux- de-Fonds, les tailles sont appropriées aux effets que l’on peut tirer des divers métaux pour l’ombre et la lumière. Par la pointe ou le burin, le mat et le poli, on obtient de véritables effets de lune ou de soleil ; ce genre s’adapte heureusement pour les panneaux décoratifs dans l’orfèvrerie. J’ai été heureux de constater que Genève était toujours au premier rang pour la gravure décorative de la .ru — 9 — boîte de montre, et d’une partie de la bijouterie; nous avons généralement une composition distinguée et l’avantage d’un grand nombre de belles mains ; la taille est franche et veloutée, mais il faut, à côté de ces incontestables qualités, nous évertuer à ouvrir un peu plus notre imagination ; nous nous rendons par trop esclaves d’une idée après qu’elle est venue; il faut chercher à sortir du régulier et de la froide symétrie du compas, pour prendre plus énergiquement la fantaisie artistique. Dans les pièces en relief, il faut être plus sobre de petits détails et chercher de belles formes à silhouettes simples et moelleuses ; il faut aussi que nos graveurs se mettent à étudier un peu mieux la figure et les animaux, pour arriver à les traiter avec plus de force et de souplesse surtout; dans le ramoléyé, les chairs doivent se terminer par le ciselet ou de préférence par la manière que j’indique plus loin dans l’orfèvrerie, cela donne plus de vie que le riffloir ou le mattage ; nos figures sont généralement plates et lourdes, et comme nous n’avons pas, pour les appliquer, les ressources que donne le repoussé par la prise de la perspective sur le fond, il ne faut pas craindre quelques coups de repoussé donnés derrière avant le découpage. Comme je traite la ciselure dans l’orfèvrerie, ÿe reviendrai sur certains détails pratiques qui pourront ne pas être inutiles à nos décorateurs. Les genres Louis XV et XVI sont bien maniés au point de vue du mélange des métaux, mais il y manque cette grâce dans la composition, qui fait la gloire du Parisien. J’espère que notre école spéciale aura pour résultat de nous initier à cette grâce et à cette simplicité que la nature nous offre à imiter. En parlant de notre école spéciale, je ne puis m’empêcher de rendre hommage à notre — 10 — maître et doyen M. Benoit Muzij ; ses animaux héraldiques, ses compositions sévères et de bon goût, l’habileté et le soin de son fini ont fait l’admiration de tous les visiteurs de notre salle suisse, quoique M. Benoît n’y figurât nullement comme exposant, mais incidemment dans l’une des vitrines d’horlogerie. L’orfèvrerie qui tenait un des premiers rangs à l’Exposition de 1867, nous laisse encore en 1873 le profond regret de voir notre Suisse bien en arrière, et Genève totalement absente, sans qu’une eauseyvalable vienne motiver ce non sens. Il est réellement bien triste de voir le grand développement de cette branche, et la diversité de ses riches produits, sans que nous y ayions aucune part. Pourtant nous pourrions, si nous le voulions bien, revendiquer une'place honorable dans cet art brillant. En effet que nous manque- t-il? rien! nous avons les artistes, les dessinateurs et nous sommes assez bien dotés sous le rapport du génie original ; il suffirait donc d’une volonté étayée d’un peu d’argent pour donner un essor lucratif de plus à nos industries nationales. Au point où l’on conduit l’orfèvrerie, elle se lie à toutes les professions artistiques ; on y emploie tous les genres âPeffet et la galvanoplastie y apporte son puissant appoint sans nuire au génie, aux burins, aux ciselets, et aux émaux du monde des artistes. Ici, il est impossible de ne pas commencer par les plus forts, car pour les points de comparaison et les déductions cet ordre est nécessaire. Elldngton et Christofle, l’Angleterre et la France, nous font assister à un puissant combat. Le premier, sans avoir la souplesse et la' fécondité françaises, lutte davantage dans le bel art que dans le côté industriel; il est le maître de la grande et — 11 — sévère simplicité et de la haute ciselure ; nous connaissions déjà les merveilles contenues dans son bouclier de Ladenil en 1867 (le Paradis perdu de Milton qui a été acheté 50,000 fr. par le musée de Kensington). f Cette force s’est non-seulement soutenue, mais étendue aux hauts reliefs et même à la ronde bosse. Il était facile de comparer,attendu qu’une magnifique reproduction galvanique du bouclier permettait de juger avec les nouveaux produits de la maison exécutés pour l’Exposition. Des plats et des vases où. l’acier repoussé se trouve associé à l’argent, prouvent au premier coup d’œil que la ciselure y a encore gagné du terrain. Un grand surtout de table d’une composition exquise, avec des figures ronde bosse d’une grâce et d’un fini admirables, montrent à un haut degré la présence du grand art. Ici,je désire attirer l’attention des ciseleurs sur certains procédés : les chairs sont retouchées avec un recroisé à la pointe et quelques légers pointillés ; le tout, adouci quelque peu, rappelle parfaitement la nature, et donne une douceur et un moelleux inconnus par d’autres moyens. Je suis resté ébahi devant une urne triomphale rappelant les gloires de l’Angleterre, en repoussé excessivement bas ; la plus remarquable des faces représente la campagne d’Abyssinie où sur un relief presque nul, on a obtenu une perspective immense. Au premier plan sont les troupes marchant à l’assaut de la cité de Théodoros; les feux des avant-postes, la montagne et même le soleil brûlant de ces climats sont rendus avec des effets de peinture: tout cela est obtenu par un mat- tage général et une série de frottés avec divers ingrédients en poudre (la tenuité progressant avec la perspective), ponce, tripoli et autres, donnant un mouvement et une lumière dont on ne peut se faire une idée exacte qu’en voyant les résultats. Ajoutons aussi que les légères touches du oiselet sur le fond ont une importance énorme ; il est bon de se préoccuper de l’application de ce détail en ciselure. J’ai cru devoir m’arrêter sur ce point parce que partout la grande ciselure reprend sa belle vie, ce qui prouve une fois de plus que les procédés mécaniques et chimiques n’y ont pas nui. Elkington a trouvé aussi un doré magnifique, sur lequel je n’ai pu obtenir aucun renseignement précis (c’est la propriété de la maison); il est d’un rouge orange superbe, et son brillant est donné par un grain aussi fort que celui du grès; tout ce que j’ai pu savoir c’est qu’il n’est pas obtenu par un procédé mécanique (gratte-brosse ou autre), mais bien par un procédé chimique; il se prête parfaitement à des décorations de vases. Des figures d’argent, genre Prudhon, (du même mat), se détachent parfaitement ; elles ont quelques touches légères de brune qui les modèlent très-bien. Si M. Christofle possédait ce doré, il saurait en tirer un beau parti dans ses mélanges. Les belles pièces dont je viens de parler doivent aussi leur bel effet à la variété des teintes; des parties sont oxydées acier, et reçoivent de légers pendentifs en zinc mat ; on y voit aussi figurer des appliques, amours, attributs ou autres qui n’ont qu’un relief total de 4 ou 5 douzièmes. Les filets des bordures sont ordinairement faits en façon de damasquiné, mais ce ne sont que de légères baguettes de teintes variées, fer et or, qui doivent être rapportées, car elles ont un léger relief bombé. Ces mélanges produisent des effets d’une richesse extrême : c’est ce qui peut se faire de plus beau dans le sévère. L’orfèvrerie plus ordinaire est d’une extrême simpli- cité; cependant je ferai remarquer deux genres d ? effet qui m’ont frappé: en premier lieu ce sont des coupes, porte- bagues, etc., qui ont des parties repercées, allégories des saisons et frises du Parthénon simplement découpées et vigoureusement ombrées en taille douce se détachant sur un fond de velours noir placé entre les métaux; en second lieu, j’ai été surpris comme graveur de voir quel parti on pouvait tirer du gros tremblé pour mouvementer une belle ornementation; des déjeûners complets n’ont que cette simple décoration, mais la manière d’incliner le burin et la régularité des tailles y donnent un relief si étonnant qu’au premier abord on est véritablement dupe du trompe- l’œil le plus fort; il faut ajouter aussi que les Anglais possèdent un poli noir bleu qui ne se retrouve pas ailleurs. (Les burins du tremblé dont je viens de parler, doivent être de larges échoppes plates, légèrement recreusées, il se fait des dessous mattés avec des échoppes à raies dont le recroisé imite le grain d’orge.) Le petit meuble, coffret, écran, etc., y est traité en cloisonné (façon japonaise),mais avec une grande supériorité sur ces derniers; les cloisons sont en or soudé et sont d’une finesse extrême; les sujets représentent des aquariums et scènes de marais; les canards, poissons et plantes d’eau y sont émaillés avec des teintes brillantes qui semblent peintes, tellement elles sont bien fondues en- tr’elles; de simples petits roseaux sont faits avec des teintes changeantes ; on y voit des effets aussi chatoyants que ceux du p-aillonné, obtenu seulement par l’habileté des flanqués, la beauté des émaux et la manière de les appliquer. Le cloisonné pourrait s’employer avantageusement dans la décoration de bijouterie, en place du chanlevé ordinaire qui s’aplatit toujours et n’a par con- 14 — séquent jamais la grande régularité ni la finesse. Ces fils ou plutôt petites bandes d’or se manient à la pince et se posent à la gomme sur une légère couche de fondant ; lorsque le dessin est fait, on passe au feu et tout se grippe, ensuite on ajoute les émaux de couleur et enfin le simple glacé ou le poli achève. Maintenant nous allons voir les qualités du grand artiste français M. Christofle. Nous arrivons devant la production infinie ; rien n’y arrête l’invention, et cette maison, après avoir brillé dans la grande orfèvrerie, étend son rayonnement sur le meuble, mais un certain meuble qui doit prendre place ici comme œuvre d’art. La multiplicité des effets, leur bon goût et leur exécution parfaite forment un ensemble qui sans faire oublier la sévérité artistique d’Elkington, vous plonge dans un autre genre d’admiration. Tous les arts sont employés et alliés à la chimie avec une entente extraordinaire; les grands objets, telsque tables, coffres, secrétaires, lustres et lampes, après avoir pris naissance chez les grands dessinateurs MM. Rossi- gneux et Reiber de Paris, reçoivent également le cuivre émaillé, translucide, le cloisonné (le cloisonné est le même que celui de Londres, attendu qu’il n’a été implanté en Angleterre que par les ouvriers formés par M. Christofle), la peinture sur faïence et la taille des premiers graveurs connus. Comme peinture, on y voit figurer des médaillons translucides du fameux peintre de Courcy, les plus riches émaux et particulièrement un brun chatoyant (paraissant opaque à des places et transparent à d’autres). Les grandes incrustations en métaux de couleur de M. Rossigneux sont généralement fixées dans des lapis et — 15 — jaspes ; c’est plutôt de la mosaïque en métal ombrée, en superbes tailles, qui donnent le mouvement et les effets lumineux par le sens dans lequel le burin s’est incliné ; ailleurs on voit de grandes frises de cuivre découpées et ramoloyées, où les teintes des métaux sont obtenues par des couches posées chimiquement. Les ornements et les feuillages y ont les plus fraîches teintes mates ou polies -t- de l’or vert, de l’or jaune, du cuivre et de l’argent; tout cela est parfaitement fait et se prête admirablement aux genres Renaissance Louis XIV et Louis XVI, sans en avoir les embarras et les grands frais. Il faut y joindre des mélanges de damasquiné du genre dont j’ai parlé pour l’Angleterre, c’est-à-dire légèrement en relief et non uni comme celui des Espagnols; les incrustations des métaux dans le bronze s’y déposent par l’électricité et ne laissent aucun relief sous le doigt : les oxydations sont galvaniques et d’une solidité extraordinaire, les plus belles sont marron, * rouge et noir, elles ont le poli de l’agathe. De magnifiques vases indiens avec éléphants oxydés d’un noir de jais, avec des appliques extrafines soudées (brides, colliers ^ de grains, etc., etc.) ; le corps du vase est couleur marron ou bronze chinois, sur lequel se détachent des sujets et végétaux réservés en argent en silhouettes ; les bordures sont remplies de légers ornements noirs dont les uns sont gravés et remplis de graphite de Sibérie, d’autres ont l’air d’être posés au pinceau, puis fixés ensuite par un courant électrique. Ce graphite joue un rôle important dans toutes ces décorations. Je me suis adressé à l’Exposition ministérielle de Russie qui en étalait une riche collection, mais le gardien avait l’ordre de ne rien livrer. Ces mines de graphite, découvertes par le savant géologue français Alibert, sont exploitées par la maison Faber, fabricant de crayons à Nuremberg, avec dépôt à Paris, où l’on peut s’en procurer pour faire des essais. Chez Christofle comme chez Elkington on reste impénétrable sur les procédés, et cela se comprend. Les socles de pendule, ornements de cheminée, objets de toilette, y obtiennent aussi un avantage marqué sur tout ce qui se fait, grâce à ces mélanges habilement combinés et ménagés. Je citerai entre autres un combat de coqs dont les plumes aux teintes diverses sont données par l’oxydation galvanique: c’est d’un effet charmant. Le cloisonné est aussi approprié aux objets de bijouterie, bracelets, boutons, etc., mais le point culminant de son effet se trouve dans un vase dont le tour est rempli d’émaux ; les fils des cloisons sont imperceptibles, les cigognes, faisans dorés et oiseaux-mouches qu’ils dessinent se meuvent dans des roseaux, des iris et des fleurs de pêcher. Ce chef-d’œuvre est dû au génie de M’. Reiber, chef des ateliers de composition. Pour les vases et coupes de l’orfèvrerie ordinaire, le guilloché azuré fin et mat fait le tour des objets, en réservant de légers herbages et des libellules en vif ; cela fait très-bien. Les outils de M. Müller, de Bienne, peuvent être employés pour ces genres, mais ajoutons que chez Christofle la science est encore venue au secours de l’industrie; c’est l’électricité qui fait reculer ou avancer le burin par l’emploi d’un électro-aimant ! J’arrive à la nouveauté la plus originale : Elkington a bien son beau doré, mais Christofle a un genre de mat pour l’argent qui le vaut certainement, c’est un mat craquelé qui a le grain du maroquin et dont les écailles ou rides ressemblent à celles de la peau du crocodile; seul, il suffit à l’ornementation d’une foule de pièces; quelque- fois une légère guirlande de feuillage avec teintes d’or variées rehausse les bordures ou frises des coupes et timbales; c’est d’un aspect fin et distingué. Ceci nous prouve que chacune de ces deux grandes maisons lutte, cherche, et naturellement garde précieusement ses secrets. Cependant je ne saurais voir toutes ces belles et continuelles inventions sans engager mes concitoyens à chercher aussi. L’avenir appartient aux arts, mais à condition qu’ils séduisent sans cesse par des transformations toujours nouvelles; sous ce rapport, Christofle est le maître du bon goût, du génie inventif et de l’esprit industriel. On peut dire hardiment que ses vastes ateliers honorent le monde civilisé. Des pensionnats d’internes, des institutions pour l’enseignement sont attachés à la maison, et 1400 ouvriers et ouvrières y sont continuellement occupés. L’apprentissage du ciseleur est de 5 ans qui sont divisés comme suit: deux ans à la préparation de la ciselure, un an au moulage et à la monture, et deux ans à la ciselure de la haute ornementation et de la figure; pendant ce temps, les cours de dessin et de modelage qui se donnent dans l’établissement sont obligatoires. Les jeunes gens ont journellement sous les yeux les chefs- d’œuvre en ouvrage qui attestent des excellents résultats de ces études complètes; on comprendra facilement que le recrutement des artistes y devienne normal. On voit aussi à Paris des choses remarquables comme imitation d’antique et de moyen âge, des objets de tout genre, y compris les bijoux rappelant toutes les formes et les styles corrects des peuples d’Orient et d’Occident; le dessin et la pureté d’exécution y sont admirables. Lorsqu’on veut se procurer une copie fidèle de pièces rares appartenant à des collections, il faut s’adresser 2 — 18 — à la maison Emile Philippe , rue Grenelle, à Paris. L’Espagne, qui marquait dans le nombre des grandes réputations pour ses armes damasquinées de Tolède, vient de nous montrer l’application supérieure du même genre dans l’orfèvrerie : vases, coupes, miroirs, boîtes, étuis, etc., et même dans la bijouterie (quoique ce genre ne se prête d’une manière heureuse que pour bracelets, agrafes, et pendants d’oreille). Les formes de leurs grands objets sont généralement empruntées au style grec ; le damasquiné décore admirablement ces silhouettes simples et gracieuses, les encadrements sont en incrustations d’argent, les rosaces sont disposées en compartiments Renaissance ou Mauresque, incrustés d’or, le tout se détache sur le corps en fer noir et brillant comme le marbre ; ce beau poli noir du fer s’obtient en faisant cuire dans les cendres à une grande chaleur les objets, après qu’ils ont été remplis de leurs incrustations. Le damasquiné espagnol est sans contredit le plus beau ; celui de la Turquie ne supporte même pas la comparaison. ~ L’Italie se rapproche d’un genre sérieux d’Elkington; la ciselure y brille de tout son éclat sur le fer et sur l’argent ; on voit des boucliers traités comme celui de Le- deuil par Goeliardi de Rome, des candélabres, lustres et coffrets entièrement repoussés par Franzoni de Milan, etc. L’une des choses les plus surprenantes consiste en une ornementation de péristyle ou de porte en fer battu : les tulipes, roses, feuilles de chêne et épis ont la légèreté et la perfection de la nature. Ce beau travail est dû à un jeune élève de l’Institut Manin (des enfants pauvres) à Venise, nommé Giuseppe JBertalini, âgé de 17 ans. Ce jeune homme a des commandes devant lui pour au moins trois ans. — 19 Je dois recommander en dernier lieu la grande maison de galvanoplastie de Giuseppe Pellas à Florence ; toutes les belles œuvres des grands ciseleurs italiens, et notamment les armures, boucliers, brassards et casques de Benvenuto Cellini et autres y sont reproduites en zinc d’une manière si fidèle, que l’on croirait véritablement voir les originaux ; pour les trophées ou les salles d’armures, ce genre de galvano offre une ressource d’autant plus grande que les prix en sont très-modérés, les pièces les plus belles variant de 30 à 150 francs. A Vienne, l’orfèvrerie est un peu tourmentée; elle n’a pas le dessin correct et la noblesse de l’anglais, ni du parisien, surtout quand elle se présente sous les grandes formes allégoriques à figures ; mais le détail y est soigné dans la retouche des étoffes, la manière de grener la chair par le recroisé et le piqué, et encore par le velu des animaux. Je dois citer pour ce dernier cas l’emploi de la grosse onglette comme étant supérieur sous certains rapports aux effets du ciselet appliqués aux chèvres, tigres, etc., etc. En général, on y voit la tendance de remonter vers le beau, le galvano y est volontiers abandonné pour les objets de grand luxe; les mélanges or et argent y sont sagement entendus. Les Eusses ont de bons effets à enregistrer aussi, quoique leurs formes soient généralement roides. Ils s’en tiennent à un genre qui relève du Byzantin et de l’Oriental. Leur doré est assez riche et détache fort bien des figurines romaines en silhouettes oxydées noir acier. C’est toujours avec un nouveau regret que l’on voit briller l’industrie du grand émaillage sur cuivre ou sur argent sans que cette partie réussisse à s’implanter victorieusement chez nous. En effet, dans l’orfèvrerie russe on — 20 voit des urnes et des vases parfaitement exécutés avec des fonds d’un beau bleu d’émail, avec ornements à filets réservés, et des figures en applique d’or ramoloyé; ce genre est très-riche. La verrerie impériale de St-Péters- bourg apporte aussi son contingent d’effets dansl’orfévre- rie ; de belles coupes de cristal vert clair transparent s’enchassent entre les émaux: ces vases de cristal sont rehaussés par de légers filets jaune opaque très-clairet par des chiffres et des monogrammes peints. Quant au niellé, la Russie est le pays où il est le mieux manié. Les paysages surtout se prêtent fort bien à des combinaisons avec un guilloché vif et très-remarquable. Les ciels par exemple sont faits avec de beaux rayons étincelants qui détachent parfaitement les parties niellées; ces rayons paraissent avoir plusieurs couches de tailles, les premières fortes et vives, les secondes moyennes et plus pâles, les dernières du fond fines et mates. Les filets dorés des bordures ont un gros pointillé fait au pointeau vif, qui donne une teinte orange très-riche à l’or. Le nielle du reste est d’une qualité supérieure; il est d’une teinte grise très-douce, et arrive à une densité qui ne laisse apercevoir aucune piqûre. Le Japon nous montre toujours avec succès son espèce de niellé gris blanc, ressortant sur le bronze ou sur le fer. On pourrait croire à un métal très-fusible, comblant des camayeux gravés sur le corps de l’objet auquel il adhère comme le nielle ordinaire sur l’argent. Ces artistes ont le mutisme du poisson au sujet de leurs productions; il ne nous reste qu’à chercher leur secret. Après l’orfèvrerie viennent les bronzes français qui font l’admiration du monde. A Vienne, ils constituaient incontestablement la partie la plus brillante de l’Exposi- — 21 — tion, et le nom de Barbedienne y a conservé une célébrité universelle. En voyanttoutes les merveilles de l’orfèvrerie et du bronze, je me trouve à mon grand regret en complet désaccord avec l’un de mes honorables collègues du Jury qui dit dans son rapport en parlant du grand art et de ses interprètes: «Les dieux s’en vont.» Je trouve tout au contraire que le grand art s’est multiplié et popularisé en prenant noblement le chemin de l’atelier. Autrefois, on voyait un nombre limité de grands artistes produisant des chefs- d’œuvre qui se déposaient humblement à la porte des grands, tandis qu’aujourd’huion voit des légions d’artistes dont les chefs mêmes mettent leur génie au service de l’industrie. Je m’incline avec respect devant ce bienfaisant contact qui fait agir des millions de bras et élève le cœur des nations. Dans le bronze, les figures allégoriques, les cariatides et les animaux employés pour supports et socles s’inspirent partout du souffle puissant du vrai sculpteur, mais l’ingénieuse industrie y apporte ses combinaisons de bon goût. La polychromie est en grande faveur; les mélanges d’onyx, de jaspe et de malachite reçoivent de charmants attributs finement découpés et ciselés qui forment des pendantifs gracieux : le néo-grec y brille dans toute sa force. J’ai remarqué aussi certains effets produits par la couleur des globes de lustres ou candélabres. La projection combinée des teintes du verre produit sur les parties décorées une heureuse coloration par les reflets. Dans les pendules on est arrivé à des formes d’une grâce et d’une légèreté infinies ; les pendantifs et les guirlandes en métaux de diverses couleurs se prêtent fort bien au style Louis XYI quelque peu modernisé. ■A — 22 — Il faut rendre hommage à l’imagination et au crayon de Liênard, car il a certainement contribué pour sa bonne part au développement de ces branches artistiques; Christofle, Barbedienne et bien d’autres bronziers de Paris ont été souvent inspirés par lui. Après le beau et le grand arrive le mignon qui peut s’élever parfois jusqu’au beau. La bijouterie a défriché les champs de l’imagination; elle occupe un si grand nombre d’ouvriers dans le monde qu’elle est devenue une puissance que chacun révère. Cette puissance est d’autant plus vivace qu’elle s’étend à l’aide d’une arme terrible : la Concurrence ! Examinons d’abord ses alliés favoris. Paris ne nous est pas apparu à Vienne avec l’éclat de 1867 ; la distance et surtout les désastres de la guerre eu ont certainement été la cause ; cependant c’est toujours la patrie du goût, de la légèreté et de la grâce. En joaillerie, on est arrivé à des effets étonnants de finesse dans la parure de la tête; de petites herbes des prés, des graines vaporeuses de dent de lion (sur lesquels il semble qu’il n’y ait qu’à souffler), sont remplies de petits brillants supérieurement sertis qui doublent leurs feux à l’aide d’un mouvement permanent prévu par la souplesse des tiges; les bracelets, diadèmes repercés à jour et sertis en filets sont fort bien réussis ; les mouches, libellules et papillons sont interprétés mieux que partout ailleurs, comme dessin et combinaison de pierres, mais chose extraordinaire, les simples myosotis n’y sont pas bien traités. Dans la bijouterie proprement dite, on retrouve toujours la recherche du style et la perfection du dessin. Le repercé en or rouge est toujours fort en honneur, mais il y a été fait d’heureuses modifications. De belles rosaces ou fleurons or rouge poli noir avec quelques filets — 23 blancs très-fins dans le bord reçoivent au centre de très- légères appliques découpées et mises en couleur mate; d’autres ont des bordures polies en or rouge repercé et des centres également revidés, mais d’un beau maté couleur chair qui doit être obtenu par le frisoir d’abord et la pierre du levant pilée ensuite. Les chiffres genre Louis XV traités ainsi font très-bien, ils sont du reste parfaitement fouillés et mouvementés. La maison Boucheron fournit des étuis entièrement traités par ces procédés ; il y avait aussi des éperons de chasse d’une extrême élégance où l’étoile était formée par une tête de cerf. C’est encore à Paris que l’on tire le meilleur parti des camées,sans parler de leur arrangement; c’est aussi de là que sortent les spécimens les mieux travaillés. La maison Faber, boulevard de Sébastopol, tire parti de son graphite de Sibérie pour la bijouterie; attributs et ornements à jour produisent des bijoux de deuil du meilleur goût ; les filets d’or en coquille et les perles y font une décoration harmonieuse ; il m’a semblé que ce graphite se gravait comme le camée coquille, c’est d’un effet plus brillant que les bijoux d’argent oxydé. Les Anglais subordonnent leur bijouterie à la joaillerie, et on le comprend en voyant la grosseur et la profusion éblouissantes de leurs pierres. Le dessin est généralement roide; cela tient sans doute à leur goût prononcé pour le gros joyau qui force la main à la grande sévérité. Je citerai cependant des exceptions qui se sont inspirées de la légèreté française. Une belle marguerite avec le cœur en diamant jaune, ayant pour complément une jetée de muguets mobiles, un camélia reluisant par un tremblement continuel, posé élégamment sur le côté d’un diadème et couronné par des épis habilement ornés de pierres entre N* 24 — les barbes d’or, puis enfin une coquille d’or en creux d’où surgit un paon qui étincelle de mille couleurs se reflétant dans le poli noir du fond; en somme,tout y est façonné en vue de l’effet des pierres et le caprice n’intervient que rarement. Après les merveilles des Parisiens et des Anglais, je ne m’attendais pas à les voir surpassées par les Viennois ; cependant en joaillerie il a fallu en convenir. Quant à la bijouterie, elle ne joue réellement son effet marquant qu’à condition d’être liée à la pierre, mais dans cette alternative elle est traitée on ne peut mieux. La maison Har- tung se distingue par 3 diadèmes dont le plus remarquable a des roseaux lancés élégamment de côté; cette gerbe a un bleuet pour centre et des branches de muguets en perles fines comme brindilles. La maison Mayer et Fils possède au milieu de sa magnifique vitrine de beaux diadèmes, l’un en arcades à jour avec de grosses turquoises ovales au milieu, chaque arcade est séparée par une fleur de lys élancée perpendiculairement; l’autre diadème est un fronton d’où montent des tiges très-finement repercées qui supportent d’élégantes étoiles diminuant de grandeur à partir du centre ; la mobilité de ces étoiles fait rayonner admirablement le feu des diamants. M. Gra- nischstadten, joaillier de la Cour, possède la vitrine la plus remarquable sous le rapport du goût; c’est lui qui nous montre quel parti on peut tirer du bouquet de myosotis; un nœud gracieusement mouvementé tient les fleurs qui s’en échappent avec une légère courbe, les pétales de chaque fleur sont faites en turquoises taillées et le centre est formé par un petit brillant jaune très-détaché. On voit aussi des bracelets d’un genre nouveau: le corps, au lieu d’être droit, se divise en deux courbes qui montent — 25 — sur le bras avec un couronnement orné d’où retombe sur le gant un motif poire en diamant ; ce genre est infiniment plus original que le bracelet droit et fait un ornement beaucoup plus complet au bras et à la main. Je ne cite que les principaux joailliers viennois, mais on peut affirmer sans crainte d’être contredit qu’ils excellent en général par la sertissure, le goût et la main. Il se fait à Moscou une bijouterie courante, qui, sans avoir rien de remarquable, a recours à un effet qui peut s’employer avantageusement dans le courant: ce sont des feuilles (lierre ou autre) fixées et dorées, puis par l’acide et le feu, on obtient un chatoyant irisé passant du jaune orange au rose pour aller au lilas dans certaines parties de la feuille. Les émaux sur cuivre, pour les ornements d’église, se font remarquer par un rouge cerise vif posé très-habilement en goutte au milieu des ornements; mais j’aurai à parler de cette partie dans la maroquinerie viennoise. On ne pouvait réellement pas juger notre bijouterie genevoise à Vienne: le nombre restreint des exposants et la mauvaise distribution de la salle Suisse m’empêche de faire une analyse sérieuse. Cependant on peut reprocher à Genève un peu de lourdeur, une tendance à faire plat et généralement une crainte de mouvement hardi. Je ne pourrai que recommander une fois de plus de se livrer aux recherches, non-seulement à celles qui émanent du cerveau, mais de fouiller davantage (comme le font les autres) les collections artistiques ; si l’on n’y trouve pas des bijoux complets, on y puisera bien certainement des originalités, de la hardiesse et du mouvement. En terminant la bijouterie, je dois dire que Genève n’a pas à craindre les Allemands et les Italiens comme concurrents dans le — 26 — soigné, ces derniers surtout sont loin d’avoir pour cette branche le goût qu’ils possèdent à un si haut degré pour les autres arts. Après la superbe joaillerie de Vienne, il faut de suite passer à sa plus ancienne gloire: la maroquinerie. Lorsque vous quittez éblouis les bronzes de Paris, il vous reste une réserve d’admiration pour les splendides vitrines (on pourrait dire grands magasins) de Klein, Cro- ner et autres de Vienne. Là, on trouve toute la diversité et le génie inventif de Christofle, mais appliqués dans un autre sens : celui de la maroquinerie en reliure. On ne peut se figurer le parti que l’on a su tirer des innombrables branches de la décoration pour embellir les albums, livres et coffrets. Sur le cuir et le velours, comme fond, brillent les jaspes ou façon agathe en incrustations, le cuivre découpé et doré, les émaux mis en goutte avec les teintes les plus vives, parfaitement glacés et unis. On admire encore la serrurerie en fer oxydé, les plaques d’ivoire sur lesquelles s’appliquent des chiffres, et aussi de grands blasons en relief, ciselés et émaillés pour centres. Voilà sommairement l’effet général de ces travaux pour lesquels Vienne revendique à juste titre la première place. Le cuivre émaillé y joue le rôle le plus important et y acquiert une perfection inconnue ailleurs ; des filets légers, des arabesques modelées passent les unes sur les autres ou s’entrecroisent avec les émaux les plus variés. La lime n’est nullement employée pour terminer, c’est le feu seul qui achève. Le métal que l’on emploie n’est pas un cuivre ordinaire : il reçoit un alliage de bronze et se nomme le Tumback. En voyant ces résultats, on se demande d’où vient qu’à 27 _ Genève on ne peut même pas obtenir avec de l’or massif des émaux qui suivent les modèles d’une manière régulière et qui se glacent sans le secours de la lime ; presque toujours les bords sautent ; ou les teintes sont inégales, ou bien encore les objets se voilent et se déforment. Pourtant il semblerait qu’en vertu de « qui peut le plus peut le moins , » nous devrions pouvoir au moins faire sur l’or ce que d’autres font sur le cuivre. Le rouge, le vert, le turquois et le bleu des émaux viennois ont un éclat et une pureté remarquables. Il est possible que leurs ouvriers soient moins artistes que les nôtres, mais les combinaisons et la richesse des couleurs rehaussent tellement leurs ouvrages que la vue est séduite au premier abord. Un des graveurs-ciseleurs en cuivre de la maison Cro- ner, M. Roshmann, excelle dans l’armoirie ; il fait lui- même ses feux, et ses champs héraldiques défient tout ce que nous voyons sur nos fonds de montre en or. Pour la plupart de ces reliefs modelés il se prépare une cire ; on coule le cuivre et après avoir préparé son champ, on passe au feu de l’émailleur, ensuite viennent le burin et le cise- let, et parfois le sertisseur incruste encore des pierres fausses dans les couronnes ou dans les arabesques des bordures. J’ajouterai en terminant que tous ces ouvrages émaillés supportent en dernier lieu un vigoureux dorage grené qui n’altère nullement l’émail. Les couvertures de cuir reçoivent encore d’autres décorations. On découpe à l’emporte-pièce sur le cuir et sur un bois blanc (épais d’une ligne) des silhouettes représentant des sujets genre Prud’hon. Les bois sont ensuite très-finement peints et s’incrustent dans le cuir fortement chagriné. La peinture est recouverte d’un siccatif extrêmement brillant ; on croi- t rait voir une véritable peinture en émail sous fondant. D’autres fois de simples sujets grecs, Dianes, Apollons, etc., etc., photographiés d’après le plâtre ronde bosse sont également incrustés en silhouettes ; après vient la couverture d’un brillant vernis. Ces sujets font un bel effet au milieu d’un cuir noir à gros grain ; l’applique est ajustée d’une manière si parfaite que l’on n’aperçoit absolument pas les jointures. D’autres médaillons de centre contiennent des figures en cuir frappé et rapporté, donnant complètement l’effet des cires modelées ou des bois pressés. Après le cuir, nous arrivons au bois ; ce mot recèle tant de choses qu’il faut se hâter de nommer sa destination la plus noble : Le mobilier ! Après la merveilleuse galerie de ce nom en 1867, il semblait que le dernier mot avait été dit ; il n’en est pourtant pas ainsi comme nous allons le voir. Cette belle industrie, ou plutôt ce grand art (car le sculpteur vient y apporter son génie comme dans les bronzes), s’est répandu dans tous les pays et partout on remarque de vigoureux efforts. La France brille toujours par la grâce et le style, mais elle a trouvé cette fois une puissante rivale (dont je parlerai plus loin) qui, sans avoir. ses admirables arrangements pour les effets décoratifs, la surpasse dans le grand art de la sculpture sur bois. A Paris, la maison Guéret nous montre des végétations où toutes les surprises de la nature sont saisies sur le fait ; on y voit aussi de grandes figures en haut et bas- relief qui sont en tous points dignes du marbre. Dans le salon Français il y a des commodes, buffets, etc., en ébène, avec ornementation Renaissance, incrustée en mosaïque ; d’autres ont des panneaux en faïence peinte et parfois de jolis médaillons en biscuit anglais (de la maison Wedgwood dans le comté de Stafford). Tout cela est relié par des appliques dorées qui ornent les compartiments et les angles, des attributs et des cariatides décorent les parties saillantes ; nulle part les appliques ne sont mieux maniées qu’en France. Ici, comme dans les bronzes, les effets de teintes métalliques variées sont très-recherchés. Si la grande sculpture sur bois ne consent pas à visiter Genève, nous devons en rechercher les causes. En attendant il s’agit de pousser au développement d’une branche décorative qui devient actuellement l’un des plus puissants auxiliaires du mobilier : c’est la peinture sur ca- telle, sur faïence et sur porcelaine. Quels charmants effets on peut en tirer pour l’ameublement des salles à manger ! Que d’allégories en figures, fleurs ou animaux peuvent animer le meuble et les panneaux de boiserie ! On voyait à l’Exposition des boudoirs et des salons complètement décorés avec appliques de porcelaine, sujets gracieux genre Baron ou marquisades ; les salles de travail avec des faïences sérieuses dont le ton doit nécessairement s’allier au style sévère de la boiserie ou des tentures, la composition ne comportant que des emblèmes, trophées ou sujets d’histoire ; les salles à manger avec ces brillantes dalles-panneaux servant de montants, qui représentent des végétaux, natures mortes, fleurs, fruits et attributs. (Mon collègue, M. Dupont, a du reste suffisamment éveillé l’attention sur ce point pour que je ne fasse que l’appuyer en passant.) Les faïences fines et surtout les porcelaines en relief dites de jaspe de la maison Wedgwood s’appliquent parfaitement au mobilier. Cette maison est arrivée à une très-grande perfection ; actuel- — 30 — lement ce sont dë vrais camées se détachant sur un fond d’émail bleu; les sujets sont d’un gracieux néo-grec; ce sont des portraits de tous les grands hommes et monarques, etc., etc. Le prix en est relativement très-bas. Nos fabricants de boîtes à musique pourraient en tirer un bon parti. Il en est de même des motifs en bois pressé de Grenoble qui 'donnent au meuble un caractère sévère et de bon goût, La Belgique qui s’annonçait seulement en 1867, a fait des pas de géant; ses encadrements surtout font l’admiration des artistes; les plus élégantes végétations y sont fouillées de telle façon que l’on croirait aux épaisseurs naturelles. Ce sont les Belges qui ont poussé le plus loin cette qualité ; il y a des guirlandes de chêne et de laurier où l’air semble jouer comme dans la nature; les pendan- tifs et attributs qui y sont entremêlés rappellent sur le bois les charmantes appliques de métal si légères de Paris. On voit, par la rapidité des progrès obtenus en Belgique pour les bois sculptés que, lorsqu’un pays veut, il peut! Nous ferions bien d’apprendre à vouloir sur beaucoup de points. Dresde fournit aussi le grand mobilier moyen âge, grands buffets en bois marron, et d’autres meubles du même style en ébène avec ornementation de gros clous carrés coupés à facettes en imitation de la grande serrurerie gothique. L’ébène se prête fort bien à ces imitations du fer. En Autriche, la maison Tausig produit de magnifiques encadrements de portes d’un grand caractère ornemental en style Renaissance. M. Ulrich, de Vienne, expose d’immenses cadres de glace et de grands meubles (du genre d'ornementation de Bilardeaux), qui sont mouvementés et — 31 fouillés d’une manière surprenante. Comme fantaisie originale, je citerai aussi des tableaux admirablement sculptés, rappelant des sujets d’histoire ou de genre; on pouvait se rendre compte de leur perfection en les comparant avec les toiles qui avaient servi de modèles. Voici deux types distincts qui feront mieux comprendre le parti que l’on a voulu tirer : Une bataille du moyen-âge avec des cavaliers bardés de fer au premier plan, les premiers sont presque complètement détachés, la perspective est si bien traitée que la mêlée semble s’étendre à perte de vue, les hallebardes et les épées entrecroisées y sont tout à fait détachées à jour. Ce sont aussi des sujets de Knauss, où non-seulement les mouvements, mais les expressions sont fidèlement reproduites. Je cite cela comme une force plus étonnante qu’utile. Le Portugal nous a montré aussi la part qu’il prend à la boiserie-artistique : des grillages ornés de fleurs dont les tiges sont presque invisibles, des imitations de dentelle, en un mot une ornementation revidée à l’état de tulle avec des bois de rose, de jacaranda et de buis. (Association commerciale de Porto.) J’arrive à la rivale de la France dans les Beaux-Arts. L’Italie possède depuis la grande décoration de style jusqu’à la plus fine et spirituelle interprétation de la fantaisie artistique. Les mélanges n’y ont pas encore pénétré ; la combinaison dès bois entre eux y est seule admise. Il est vrai que, d’un côté, c’est très-beau, et que de l’autre, les Italiens n’ont pas dans leurs villes les ressources qu’offre la présence de toutes les industries, comme à Paris. La Renaissance italienne y domine ; naturellement les masearons et les chimères sont en honneur. Sur de grandes armoires, les masques sont répartis symétriquement ; mais l’expression ; 32 et le caractère de chaque tête sont changés, ce qui donne beaucoup d’animation; les jets d’ornements et de feuillages ont le fini de la ciselure, chaque veine ou côte étant formée par un coup de gouge assez subtil pour y ménager constamment un accident de la nature. Sur des fonds de chêne et de noyer apparaissent des médaillons en bois blanc donnant un faux effet de l’ivoire ou de l’agathe par l’admirable lustré dont il est susceptible ; ces panneaux sculptés représentent de préférence des sujets mythologiques, tritons, nymphes et faunes ; l’antique ne possède rien de plus beau comme grâce et anatomie. Sur d’autres meubles de salon, on voit des motifs où les reliefs sont presque nuis, on dirait que les Italiens ont cherché à produire sur le bois les mêmes effets que j’ai relatés dans les ciselures d’Elkington. Pour donner une idée du génie et de la touche de ces artistes, il me suffira de citer un exemple. Dans un panneau qui représente un ruisseau ayant à sa surface des nénuphars et au fond des étoiles de mer sur les cailloux, des coquillages, et des plantes marines, les plages sont recouvertes de fougères d’un côté, et de l’autre se voit une grève avec filets de pêche et attributs, tandis que dans le lointain, pris sur le fond, on aperçoit des kiosques et des taillis ; sur l’une des rives s’avance dans une coquille traînée par un lézard une sauterelle, la lance — roseau en main ; de l’autre côté, dans une coquille tirée par un crabe, arrive une crevette qui vient défendre le passage. Tout cela est traité d’une façon qui ne peut se décrire ; les plus habiles ciseleurs s’en formaliseraient : il y a de l’air, de la profondeur, et jusqu’à la transparence de l’eau: il faut avoir vu ce chef- d’œuvre pour en être convaincu. Un autre gigantesque cadre de glace représentait un — 33 — portique de ruine romaine au fronton délabré, aux colonnes brisées et chapitaux renversés, le tout en imitation des injures du temps; partout les ronces et le lierre: une tête de lézard se montre dans une fissure, une guêpe est posée sur une fieur, tout y rappelle la nature dans son inflexible vérité. Un meuble avec allégorie du Printemps, rempli de caractère et de délicatesse et des panneaux ébauchés vous font parfaitement saisir la touche et l’esprit de l’artiste. Ces panneaux rappellent le massé des figures du Baptistère ; ils sont admirablement fouillés et reviennent de 150 à 200 fr. ; ils sortent des ateliers de Frulini à Florence. Milan entre aussi dans la lice; Francisco Mamol s’y distingue par des incrustations Renaissance et Ferdinand Pogliani par un superbe panneau représentant Amphitrite et un meuble des Quatre Saisons. En général, les'incrustations d’ivoire sur bois nous rappellent les plus beaux temps de la Renaissance lombarde et vénitienne. Il est surprenant de voir comment le simple ouvrier italien taille un griffon ou une cariatide, et comment le bloc se transforme promptement. L’Italie apparaît au premier rang, autant par la grâce que par l’habileté de la gouge. Devant cette grande école, c’est à peine si l’on ose parler de la Suisse où nous restons (sauf quelques rares exceptions) stationnaires et attachés aux bibelots de table et de jardin, aux petits chalets, aux chasseurs de chamois, aux boîtes d’allumettes et à tous les objets n’ayant qu’un caractère ornemental secondaire. On fait d’assez bonnes choses dans ces genres (quoique généralement lourdes), mais pourquoi cette répugnance à aborder le grand meuble? Je crois que l’abus de la répétition des motifs donnés finit par faire travailler l’ouvrier machinalement, d’où résulte qu’il n’éprouve plus le besoin 3 ; de recourir à un enseignement véritablement artistique et classique. Malheureusement, il est impossible d’attaquer le meuble sans la connaissance des styles, sans les études de la plante d’après nature, sans les études académiques pour les figures allégoriques, et sans les efforts permanents de la composition. En 1867, je remarquais l’éclosion de cet art en Belgique et en 1873, j’ai dû constater sa marche formidable. Ce qui est encore plus terrifiant, c’est que presque tous les pays nous montrent aussi des spécimens qui dévoilent l’aspiration évidente à produire du grand et du beau. A Brienz, on croit avoir de bons modèles de plâtre, parce que les contours sont fidèles ; mais en les comparant avec ceux de l’Institut industriel de Plaisance, on comprend que nos sculpteurs doivent rester toujours froids, lors même qu’ils arrivent au correct. En Italie, les modèles sont mouvementés, on y voit la nature prise sur le fait ; les moulages, du reste, y sont ordinairement faits sur nature. A propos de modèles, je désire donner l’opinion de M. Rossigneux sur la méthode de Ruprich-Robert : il trouve qu’elle rétrécit l’esprit; les élèves peuvent en voir les dessins, mais il ne faut pas les leur donner à copier. En effet, ces formes compassées et cette solution toujours mathématique ne peuvent absolument pas ouvrir l’imagination, ni favoriser le génie. Liênard développe au contraire le sentiment de la fantaisie; il peut rendre de véritables services pour le bois sculpté par l’énergie attrayante de son mouvement. Les maisons italiennes importantes comptent un grand nombre d’artistes, et la création continuelle de telles œuvres au milieu des ateliers en enfante d’autres. 11 serait — 35 — bon pour la Suisse de faire venir quelques ouvriers italiens habiles: peut-être leur contact donnerait-il l’impulsion. A Genève, M. Mauchain , qui a la louable tendance d’agrandir le cercle artistique de la sculpture sur bois, a commencé le meuble sérieux; il a déjà introduit les appliques en peinture sur faïence ; de là à la cariatide, il n’y a qu’un pas; une fois sur la route, le grand meuble n’est pas loin. Du reste, ce ne serait pas la première fois que nous aurions pu constater le plein succès d’une entreprise de ce genre lorsqu’une volonté se fait jour. Qui ne connaît à Genève la magnifique bibliothèque gothique que M. G. Revillod a fait exécuter par M. Plojoux, sculpteur de notre ville? Les apprentis pourraient se former facilement à notre Ecole spéciale, d’où ils sortiraient bien préparés pour la composition. Les services que cette Ecole est appelée à rendre ont été confirmés à Vienne, non-seulement par les récompenses qu’elle a obtenues, mais aussi par les juges les mieux qualifiés. J’ai entendu dire beaucoup de bien de son programme d’enseignement et de ses professeurs par l’un des membres de la commission de Kensington. Les musées industriels de Berlin et de Vienne, ainsi que l’administration du Magasin des Arts et de l’Industrie de Stuttgart ont fait des offres pour acquérir l’exposition de l’Ecole. Si j’ai cru devoir donner une opinion un peu alarmante touchant la sculpture sur bois en Suisse, c’est que nos genres se font aussi dans le grand-duché de Bade où la maison Furderer Jœgler de Neustadt a introduit cette industrie pour ses pendules et coucous. Le développement et les progrès qui s’y réalisent me prouvent qu’elle deviendra * — 36 — avant peu une concurrente d’autant plus redoutable pour la Suisse, que la main d’œuvre y est encore bien meilleur marché. Il serait bien triste pour nous d’apprendre un jour que nos beaux magasins suisses, si fréquentés parles étrangers, auraient recours à d’autres pays pour des choses supérieures à nos petits bons-hommes, nos poules, nos vaches et nos ours, qui eux-mêmes pourraient bien finir par nous arriver aussi du dehors. La Marqueterie a aussi voulu occuper une place au tournoi artistique. La France produit de magnifiques panneaux de fleurs rivalisant d’effet avec les beaux papiers peints de Ghabal et de Dumont; les roses y sont vivaces et vraies ; on s’est inspiré de la véritable peinture. La maison Holland et Fils , de Londres, fait le mobilier complet en marqueterie; tout y est couvert d’incrustations ; il y a là des effets particuliers que l’on ne retrouve pas ailleurs, notamment ceux des demi-tons, c’est-à-dire des effets obtenus seulement entre des boiseries très- claires et comportant cependant un grand modelé obtenu par des procédés spéciaux. Les bois sont gris, jaunes et roses, avec incrustations ne dépassant pas le brun moyen; les fonds sont généralement gris souris, les bordures sont ornées de filets légers remplis d’un mastic plus foncé ; les ornementations incrustées y sont ombrées à la pointe par des hachures qui reçoivent ensuite des teintes de métal très-douces. Les compartiments ou médaillons sont ornés simplement de grandes figures gravées ou peintes en grisaille sur un bois jaune clair qui â les reflets métalliques du laiton. Les jambes et les pieds de chaise ou de table reçoivent dans toute leur longueur des incrustations fines, qui donnent à l’ensemble des produits de cette maison un cachet excessivement distingué. — 37 — L’Italie revient encore ici pour nous montrer sa grande supériorité dans la marqueterie et la mosaïque. Ses artistes ne reculent devant rien. Voici une table en bois incrusté représentant tous les épisodes de la vie de Christophe Colomb. L’artiste Gaglieri a mis huit ans pour la faire! Il n’y a pas seulement une magnifique composition, . mais la distribution des couleurs et le modelé sont parfaits. Nous arrivons ensuite devant des marqueteries représentant le genre Bernard Palissy, des bordures coquillages, du persil, des poissons avec reflets argentés, tout y reluit sous une politure cristalline ; puis des sujets de bataille avec perspective parfaitement réussie. Il serait trop long d’énumérer tous ces petits chefs-d’œuvre, mais en les voyant, on comprend quel essor et quelles ressources on pourrait donner à l’ébénisterie fine qui prend pied actuellement à Genève. Les laques du Japon sont connues de réputation; mais, quant au côté pratique, il est difficile d’obtenir des renseignements ; voici tout ce que j’ai pu apprendre de l’un des enfants de cet Empire Vermeil : Nous employons les mêmes ingrédients et bigeons, seulement chez nous la qualité de la plante est supérieure. Outre leur laque, il faut convenir que les Japonais sont très-artistes, et qu’ils manient le pinceau avec une habileté extraordinaire, aussi bien dans les couleurs que dans les applications métalliques. La Cochinchine, plus jeune dans les arts et plus modeste, présente néanmoins des nacres beaucoup plus brillantes en couleurs que celles du Japon. Elles ont l’avantage de produire des reliefs étonnants. On y voit, par exemple, le corps d’un animal, qui a l’air de s’échapper du fond et dont la forme est parfaitement bombée; il faut V — 38 — s’approcher de très-près pour s’assurer du contraire. D’autres fois c’est l’opposé; on croit voir un coquillage complètement creux et enfoncé. Ajoutons que les couleurs ne se bornent pas à des reflets d’opale, mais elles s’étendent du vert intense au rouge le plus vif, en passant par des bleus turquois irisés. Si nous étions en possession des coquillages qui renferment ces trésors, quelles belles combinaisons nous pourrions faire en plumes d’oiseaux et en ailes de scarabées! Après la laque, je mentionnerai la peinture sur voitures. Les armoiries, couronnes et chiffres y sont traités dans un dessin irréprochable, et un caractère héraldique très-pur; les couleurs y sont plus vives et plus fraîches que celles de la peinture sur émail. Il y a dans les travaux de la maison Binder frères, à Paris, une puissance de main, un éclat et une douceur de fini qui trouveraient une place distinguée dans les étages supérieurs de la peinture. Je ne puis m’empêcher de dire aussi quelques mots sur la décoration architecturale. La ville de Vienne a subi le joug pesant du plus mauvais style Louis XIV, allié au plus épais style allemand du XVII e siècle. Ces deux styles inférieurs et mal maniés estropient les mouvements plutôt qu’ils ne les décorent. Comme architecture, Schonbrunn est une gigantesque horreur. Considérez ce pavillon à jour (dont l’idée est excellente), et vous chercherez vainement à analyser les motifs de la décoration, ou plutôt des paquets d’un ciment grossier qui sont jetés çà et là lourdement. Promenez-vous dans les grandes allées chargées de statues, qui ne sont pas des marbres, mais bien des baudruches soufflées; fort heureusement, Canova a laissé à Vienne deux œuvres qui — 39 — consolent amplement : le tombeau des Augustins et le Thésée. Un grand mouvement s’est, accompli depuis cette époque. Les nouveaux boulevards et l’Exposition en donnent la preuve frappante. Les maisons sont entièrement construites en briques, et la riche ornementation qui y est appliquée ensuite, est en terre cuite, ou en ciment faisant un aussi bon effet que nos sculptures en pierre de Seyssel ou en molasse. Le bon marché de cette décoration, relativement à la sculpture, permet d’obtenir des façades extrêmement ornées de frises et de cariatides. Ce genre s’appliquerait bien mieux à la construction de nos nouveaux quartiers que les angles froids et nus de nos maisons, où la sculpture est restée étrangère. L’Association Renneberg fournit les colonnes, frises et chapitaux ; Frantz Neumann , à Blottendorf, les cariatides, les candélabres et les corniches ; Sadie et O, à Obercassel, de belles moulures en ciment gris sablé, ressemblant parfaitement à notre grès. Le Park-Ring possède de beaux candélabres en fonte, avec griffons et chimères, qui orneraient infiniment mieux les péristyles de notre Université que ne le font ces trios de malheureux lions siamois ( x ). En Bavière, le lion sculptural est fort bien traité ; cela est dû sans doute en grande partie à la présence'du fameux modèle de Thorwaldsen. Depuis l’entrée du port de Lin- dau, où le roi des animaux vous accueille majestueusement, jusqu’au grand quadrige de l’Arc de triomphe de (1) A ce sujet, je crois que l’on pourrait mieux donner les véritables proportions monumentales en employant la simple fonte au lieu du bronze qui est beaucoup trop coûteux. Quant à l’effet, il serait aussi riche à la suite d’une recouverture solide de bronzage ou de zinc. 40 Ludwig à Munich, on voit partout que cette allégorie patriotique a été travaillée avec vénération. A Munich, l’architecture des monuments est seule supérieure à celle de Vienne. Il y a eu une succession de rois pour accomplir cette régénération : malgré cela on est forcé de reconnaître que le style grec s’harmonise mieux avec un beau ciel bleu du midi qu’avec ces grands arbres sombres qui entourent la Glyptothèque. Il faut encore convenir que ce style propice à l’architecture des temples ne se prête pas à la distribution intérieure des musées ; il ne comporte généralement que des proportions relativement exiguës à moins d’entraîner des dépenses formidables. La fameuse statue la Bavaria est essentiellement allemande, lourde et soufflée; il n’y a de grec que le temple qui l’entoure, mais encore ici le style a poussé à l’exiguïté. La statue se trouve au milieu d’une double colonnade superposée formant une cour. Cet édifice ne s’élève pas même à mi-hauteur de la statue. Elle s’élance donc au-dessus comme une géante que l’on aperçoit de plusieurs lieues à la ronde. La basilique est fort belle, seulement son plafond en fer, rappelant trop celui des gares, ne s’accorde pas avec sa majestueuse colonnade de marbre. Si Munich n’a pas comme ville l’aspect riant de Vienne, elle possède du moins des trésors que les plus grandes villes, y compris Paris, peuvent lui envier. La plus grande gloire de Munich, après ses musées de peinture et de sculpture, c’est son Musée National. Un industriel ne peut voir cela sans témoigner son admiration. On peut suivre la civilisation pas à pas depuis les temps les plus reculés ; chaque industrie y montre 41 — l’histoire de sa naissance et sa vie ; puis à côté on voit se dérouler l’histoire politique et philosophique de l’Allemagne et des autres nations. Au Musée du Park-Ring à Vienne, le côté industriel prime celui de l’histoire. On peut y choisir directement la branche à laquelle on s’intéresse et se mettre au courant de tout ce qui la concerne. Veut-on voir la céramique ? On trouve la filiation des efforts de tous les âges et de tous les pays. Pour la sculpture sur bois, c’est la même chose, et par conséquent on ne manque pas d’y juger la manière de procéder des Italiens ; une série de spécimens de la même statuette allant de l’ébauche à coups de hache du bloc jusqu’au fini vous permet de passer en revue toutes les phases et intentions de la gouge. Pour les préparations du galvano, on voit un grand nombre de coupes et de vases tournés en bois sur lesquels figures ou ornements sont modelés en cire et fournissent le premier modèle qui, à son tour, reçoit la dernière retouche. J’arrive à un point du plus haut intérêt, celui de l’enseignement du dessin par les différentes méthodes. Dans une salle spéciale, on peut suivre les résultats poursuivis par chaque professeur, depuis les principes élémentaires jusqu’aux derniers effets de la composition attestés par les travaux des élèves. Ce genre d’exposition comparative est d’une utilité incontestable pour les professeurs, attendu que chacun d’eux peut y juger et choisir les moyens qui ont été employés le plus avantageusement par ses prédécesseurs. Il est impossible de ne pas comprendre les immenses services que sont appelés à rendre les Musées industriels. Aussi toutes les villes qui se développent ont-elles à * cœur d’avoir un monument qui renferme les collections de cette nature. Genève doit se préoccuper sans tarder de cette institution qui ne manquera pas d’y acquérir rapidement une grande richesse. Selon moi il sera absolument nécessaire de renoncer à notre système mesquin des heures et des jours d’ouverture. Si l’on veut que les collections rendent de véritables services à l’industrie, elles doivent toujours être ouvertes au public. A Munich, lorsque l’on a besoin d’un renseignement ou d’un modèle, on va au Musée National. Yeut-on consulter les estampes, il y a de grandes tables entourées de casiers remplis de portefeuilles avec noms et indications sur les couvertures. Partout, en un mot, on circule librement du matin au soir, le calepin à la main -, une visite ne peut manquer de porter ses fruits chaque fois. Afin d’offrir un intérêt plus grand au point de vue national, ces collections doivent renfermer des spécimens de toutes les plus belles productions du pays : ils permettront de suivre exactement les grandes étapes motivées de leur progression ou de leur décadence. A Genève, malheureusement, il n’en est pas ainsi, et si ce reproche ne peut s’adresser à un Musée industriel qui n’existe pas encore ( x ), il n’en est pas moins évident que nous aurions à nous défendre, le cas échéant, contre cette coupable négligence. En effet, nos collections artistiques, fondées depuis (1) Je dois dire ici que si un tel Etablissement n’existe pas à l’état complet avec le tout homogène que je désire, on ne peut néanmoins passer sous silence les nobles efforts tentés par la Classe d’industrie de la Société des arts dont le Conservatoire, situé à l’Athénée, est ouvert gratuitement chaque semaine au public, avec le concours d’un conservateur qui donne aux visiteurs toutes les explications nécessaires. longtemps, ne sont-elles pas là pour affirmer la présence de ce défaut? Pour n’en citer qu’un exemple: Notre Musée de tableaux ne possède ni un Vautier, ni un Van Muyden! Si les desiderata formulés dans ce rapport se ressentent trop d’un esprit de jalousie envers d’autres villes, j’espère en trouver l’excuse dans mon désir ardent de voir notre chère Genève rivaliser avec les plus grandes cités et si possible briller au-dessus d’elles. Je remercie le Conseil d’Etat de l’honneur qu’il m’a fait en me déléguant pour l’art décoratif. Puissé-je avoir justifié sa confiance! Je termine en souhaitant bien sincèrement que le résultat de mes recherches égale ma bonne volonté. Francis CHOMEL. I •> .j\r •: *!»(>«( 41 ant *vMk>-''«Or yfl ;t^n 4 :ii.'! > r :*i ;••:.•>. -su iïi- loin a.->‘u '*î/fO : i h’Ji;iï ;; »ij S 1 ) i! u . | i; oV «ii ii< ."«KiifiY'üTi in sbéaacm ùü zis$Qi'Uiï ob 'i ; f - , Ir-wr?' :.’■ -iv>ïc']l pi y -J y.’j H::'. 1 ,:' 'Mniinvi- siïiiVthiïSPi E’’l !?•”. .. •■•'.'f.f'r/ •:•• r.)71if? -.ib 3ïi‘.i>yJ iW'b ?{f**I-î 31i‘>i -•;•.> • y h .;:îyh-:i. r,« : ’i *KJVî*rt'tt n < "* : ; .vîtfb pybiùj: : ✓iiâ-.üyi ?i y^ihiVi ; uvàw'Q-iyîûiti oison- >' '■ .?/&*'h ••«• .vï'îmj •:î" !:f >.H'!;Tolî l i A .0i> < fi:. ! : ' : ! ! ' ■ -üKr’j ^i'*'i9:u'v i -'-T. ■fïoyy .ïi'ütwwb'' : > :l f [ 'SUQ'l U^yj-^rï!' ■■■■■> !’3 if-Vt • -b'Ç*ly;'-: tuoiy-vr ais liokUiuiiiadi'-r «•? Miinri:-yf. ,r 'V l.üf iiy/lv.> V,Ç. • :OHD ^ionus'j’ï / ERRATUM Page 18, § 2. L’Italie se rapproche d’un genre sérieux. Lisez : du genre. ' Page 38, § 4. Ces deux styles inférieurs et mal maniés estropient les mouvements. Lisez : monuments. ? aw»p Hi MT/Jii .Tmrvys mrfï yib(m{<]jn h?, yifc.rrj ,v.\ \\ytA i 'Vht'H’i : x'^Ll ÎÜ'MM'f /fJOff! •:'([ iü'M'fjD'ÜH'J RAPPORT SUR LA CÉRAMIQUE A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 ■=^=©=;-o“- PRÉSENTÉ AU CONSEIL D’ÉTAT par M. J. DUPONT. GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOFF, GARRIGUES & Ce 1874 -- RAPPORT SUR LA G E RAM IQUE I , A L’Exposition de Vienne 1873 >*h3XSo- Entreprendre de décrire les progrès de la céramique, est une tâche bien difficile. L’Exposition de Vienne par le système de classement adopté était pour l’observateur un vrai labyrinthe ; car on ne peut arriver à un résultat sérieux qu’en faisant une comparaison des œuvres en- tr’elles, chaque nation étant représentée par une foule de produits dont la suite fera connaître les plus importants. De même que l’architecture, la céramique est l’histoire de notre monde ; de grands talents en ont écrit les classements de chaque époque, la fabrication, les perfectionnements. Ce sont Brongniart, directeur de la manufacture de Sèvres; son successeur, excellent homme, modeste autant — 4 — que savant, je veux parler de Bocrieux; et enfin Jacquemart qui a complété son ouvrage par des observations faites àl’Exposition de Paris (1867),en ont été les écrivains. Par conséquent ma tâche est tracée, et doit consister surtout dans le perfectionnement apporté au point de vue artistique pratique; et avant tout le parti que l’on peut en tirer dans notre pays. De tous côtés, nous sommes entourés de voisins qui excellent par le goût de la bienfae- ture, et rien ne vient prouver que Genève ne puisse prendre une place honorable dans les diverses productions modernes. AUTRICHE Vienne est sans nul doute la ville où se fabrique la plus grande quantité de porcelaine, et il faut le reconnaître, bon nombre de ses fabriques exécutent avec art l’imitation japonaise: elles cherchent à rivaliser Saxe et Sèvres, y réussissent assez bien. Une propreté exquise dans le travail les distingue, enfin elles mettent en pratique la nouvelle école de peinture, qui consiste à travailler par empâtement sur porcelaine dure; école dont la Saxe peut revendiquer l’initiative. Dans le cours de ce compte rendu, qu’il me soit permis d’insister tout particulièrement sur le cattel décoratif. | Déjà à Vienne l’usage en est considérable, mais nous trouvons d’autres pays plus avancés dans cet art. La porcelaine, décoration, peinture, tout est connu aux Vien- î nois, mais il faut, pour rester dans le vrai, dire qu’ils sont d’excellents copistes mais non des créateurs ( 1 ). (1) Voir à la fin de ce rapport la notice sur le Musée des Arts et Métiers de Vienne. — 5 — ALLEMAGNE Saxe Il n’existe pas de traité de céramique traduit en français (au moins à ma connaissance), aussi serai-je obligé de rapporter des dates, afin que dans la comparaison avec d’autres pays il soit fait justice à chacun; on le verra tout particulièrement pour certains styles aussi bien que pour certaines découvertes. La Saxe est certainement la véritable école allemande, l’on y trouve de la création, et une originalité que Sèvres peut envier: vases à composition, rocailles exubérantes, surtouts, candélabres gigantesques, girandoles luxueuses surchargées de fleurs qui se jouent avec grâce, et de toutes nuances, chimères, statuettes peintes avec un soin minutieux, et une parfaite exactitude de dessin. Les Saxons manient tour à tour la porcelaine pâte tendre et la pâte dure ; ils restent maîtres pour la palette, peignent la pâte dure au moyen d’un empâtement surprenant: absolument comme de la peinture sur toile; leurs vases à fond grenat, ou bleu de roi avec peintures en réhauts (*) sont empreints de tant de vérité que la fleur semble absolument sortir du vase. Au reste, Dresde, la reine de la céramique, fournit les plus belles couleurs; je ne crains pas d’être contredit en affirmant que cette cité possède les meilleurs fabricants de l’Europe; je n’ai vu nulle part de plus beaux échantillons que ceux exposés par Sonnenberg, de Meiningen. Il ne faut pas omettre que les plus beaux échantillons (1) Soit haut-relief. de photographie appliqués à la porcelaine sortent de Dresde. BAVIÈRE De Munich,ce qui m’a paru le plus digne d’attention est l’œuvre d’un artiste de cette ville; poêle à fond bleu, translucide avec cariatides entrelacées d’ornements argentés, formant une harmonie d’une beauté rare, ; l’auteur se nomme Finch. Dans la Kotonde (pavillon principal du bâtiment de l’Exposition), j’ai remarqué un immense poêle, où la couleur ne joue aucun rôle, étant tout faïence blanche, mais où l’artiste s’est distingué; c’est dans la manière dont il a exécuté les contours, chimères, têtes, cariatides: le dessin en est si pur, que c’est un chef-d’œuvre d’ornementation. Si j’insiste sur le style de faïences décoratives, c’est que j’ai la conviction que nos potiers pourraient entreprendre avec avantage ce genre de travail. Nos écoles commencent à produire nombre de bons élèves qui pourraient dans cette sphère développer largement leur talent. Si l’on veut étendre cette branche industrielle et artistique, pourquoi ne pas remplacer le marbre traditionnel des cheminées, la décoration de parquets ou de panneaux par la faïence, comme Munich encore mieux que Vienne sait le faire. A l’appui de ce que je cite plus haut, Lisbonne nous offre un exemple frappant : palais, villas, sont revêtus d’immenses faïences, rappelant des scènes historiques, chasses, etc. En Espagne, les amlejos (*) jouent un rôle important ; en 1850, le Magasin Pittoresque signalait l’emploi général de cette décoration dans les maisons particulières aussi bien que dans les édifices publics, qui parfois sont recouverts de carreaux émaillés, de la base au sommet, toujours représentant des scènes variées ou arabesques. A Sèvres,l’on peut voir deux de ces spécimens; l’un représente une réunion de gens de cour, l’autre la reddition de Valence par les Sarrasins; ajoutons qu’en Orient, dès la plus haute antiquité, ce décor était pratiqué sur une vaste échelle. Nuremberg est une ancienne école où Palissy puisa ses premières connaissances en émaux; de retour en France il occupa également des ouvriers de cette ville. Nuremberg ( 2 ) a eu de tout temps une faïence d’un grès très-dur, avec émaux translucides fort beaux; elle se reconnaît de suite par le profil et le genre décoratif. Mais ce que cette ville a acquis depuis quelques années, c’est la porcelaine dure, rivalisant, par son genre de travail, avec celle de l’Angleterre. La maison Fleischmann de Nuremberg produit journellement une quantité considérable de pièces du genre que je viens d’indiquer. J’ai retrouvé la même école céramique à Coblentz. La manufacture MerJcelbach mérite d’être citée pour la belle qualité de ses produits. De la Hesse, je citerai la maison Thonwarsen qui ex- (1) Nom que l’on donne en Espagne aux grandes faïences décoratives. (2) Notons que le peintre Albert Durer a par son talent puissamment contribué aux belles productions de Nuremberg, sa ville natale. I — 8 — pose des types fort beaux, avec émaux translucides, rappelant la nouvelle école, ainsi qu’un poêle assez élégant. SUÈDE La Suède lutte avec avantage sur les nations les plus avancées ; Gustave Berg de Rorstrand, à Stockholm, expose un poêle à carreaux de diverses couleurs, toutes d’une pureté irréprochable; ce poêle est surmonté d’un écusson armorié, admirablement réussi, l’ensemble harmonieux et riche fait de cette pièce un chef-d’œuvre, selon mon appréciation ; c’est ce que j’ai vu de mieux dans ce genre à l’Exposition, ainsi que deux gigantesques candélabres en majoliques avec des reliefs admirablement fouillés, et d’un bleu lapis resplendissant. La porcelaine de Stockholm se distingue par la grâce du dessin, ainsi qu’une grande finesse; elle rappelle par ses formes l’école de Delft. Au reste, rien de bien étonnant dans ces migrations de l’art céramique ; l’Allemagne a subi l’effet de l’Orient, son genre de production en est la preuve. La Saxe possède cependant un genre qui lui est propre, elle reste maîtresse en Europe pour le style de décoration; depuis peu d’années la Saxe a inauguré (comme je le disais plus haut) la pratique de la peinture par empâtement et d’un glacé sans rival. La France doit le développement de sa céramique à l’Italie ; les auteurs français, Brongniart, Jacquemart, sont d’accord sur ce point. L’Italie semblait avoir disparu du domaine des arts; et cela depuis le milieu du dix-huitième siècle ; mais en 1867, à l’Exposition de Paris, son réveil commença, et enfin à celle de Vienne, cette nation appa- — 9 — rut avec toute sa splendeur antique : meubles, céramique, vitraux, peinture, sculpture, etc., tout lui semble facile. Ne doit-on pas attribuer ce succès aux institutions de tout ordre, mais surtout aux sacrifices qu’à su faire l’Etat en créant des écoles spéciales. L’institution Manin à Venise, les écoles d’art appliquées à l’industrie de Florence et de Milan, sont, je crois, les vrais moteurs de tant de progrès. Qu’il me soit permis quelques réflexions archéologiques qui ont leur place ici, à propos de divers auteurs français avec lesquels j’ose me trouver en désaccord; d’après ces auteurs, la découverte de la pâte tendre pour porcelaine serait attribuée à YievreChicanneau, de Saint-Cloud, vers 1696. Mais plus anciennement, dans la maison des Médicis à Florence, en 1651, Bernardo Buontalenti fabriquait déjà de la porcelaine, et assez bien réussie pour que l’on en fît des cadeaux aux divers souverains d’Europe. Sous Alphonse I er , en 1519, l’on fabriquait à Venise quelques spécimens, mais sans suite; le même phénomène se produisit à Florence. Pourquoi la Saxe n’aurait-elle pas eu à son tour l’idée de reprendre cette fabrication? pour être fixé à ce sujet, il faudrait avoir recours, et étudier les archives allemandes ; en tout cas, cette étude nous manquant, on retrouve les preuves de cette fabrication dans les spécimens appelés par les amateurs ancien Saxe ( 1 ). Quant à l’application de la pâte dure, l’Allemagne, et en particulier la Saxe, possédaient le kaolin, qui fut utilisé en 1709. Chacun sait que la Bohême et la Saxe (1) A Meissen, un artisan, à la suite de tribulations de tout genre, fabriqua de la porcelaine avant l’époque ci-dessus. sont très-riches en mines de pierres précieuses ; il n’est pas étonnant que les quartz, ainsi que les silicates divers qu’elles possèdent, soient d’une qualité supérieure. La manufacture de Sèvres renonçait à cette fabrication, attendu qu’elle dépendait d’une terre étrangère, quand par hasard on aperçut dans un ravin de Saint-Yrieix-la- Perche, une terre blanche onctueuse, qui, analyse faite par Macquer de Sèvres, fut reconnue pour être le kaolin ( 1765 ). Ajoutons en terminant que toute la décoration artistique se fait maintenant sur pâte dure : la touche de l’artiste garde mieux son originalité. FRANCE En disant comme je l’ai fait précédemment, que la France devait sa céramique à l’Italie, je dois, pour être équitable, reconnaître largement chez les artistes français un goût exquis et une intelligence supérieure, joignant à ces qualités l’esprit qui fait souvent des moindres choses des œuvres remarquables. Ainsi l’on reconnaît de suite une assiette décorée par un artiste français; fort souvent ce n’est qu’un trait, une pochade qui fait l’admiration des amateurs. Chacun connaît la vie et les œuvres de l’immortel Pa- lissy, je le note ici d’une façon toute spéciale, car il fut créateur et artiste à fond. L’esprit d’observation est indispensable chez l’artiste ; cette qualité semble faire défaut chez deux imitateurs de Palissy, je veux parler de BarUeet et de Sergent; les émaux de ces deux artistes sont beaux, le dessin en est 11 — bon, mais la décoration trop chargée; ils pèchent (que l’on me pardonne cette expression) par excès de zèle, et tuent le sujet principal par trop d’accessoires. Je n’avance rien qui ne soit déjà connu sur la manufacture de Sèvres ; les grandes amphores avec décoration de fleurs encadrées de magnifiques ornements or, sont connues du monde entier ; mais ce qui frappait tout particulièrement à Vienne, était une coupe évasée autour de laquelle se berce gracieusement une ronde de déesses admirablement réussie, exécutée par le peintre Groneau, d’après Gendron ; l’école de Hamon est largement mise à contribution dans la décoration de Sèvres ; aussi dans la figure l’on chercherait vainement ces tons criards, qui peuvent être parfois une affaire de mode, mais qui ne seront jamais goûtés par le connaisseur. Une paire de vases à fond grenat et d’une forme élégante, a attiré mon attention par leur exquise décoration; de simples plantes et fleurs de thé en sont le seul motif; c’est l’expression du goût français. Une autre décoration de vase, des plus hardies, est une ronde d’amours, en brun sur fond bleu turquoise ; vainement l’on chercherait dans la porcelaine des autres nations ces types caractéristiques. Les grands candélabres de Forgeot sont des statuettes fort élégantes et très-bonnes de dessin; le groupe asiatique du centre est particulièrement remarquable; dans ce groupe, l’artiste a fait usage d’émaux à reflets nacrés qui s’harmonisent très-bien avec le genre du sujet. Je le répète ici, c’est le goût qui fait de la manufacture de Sèvres la première, ou si l’on aime mieux, la sœur aînée des manufactures de Saxe. Les innombrables manufactures de Paris ont contribué considérablement, par les recherches de tout genre, à la splendeur de Sèvres; ainsi, en 1780, Dihl, chimiste d’une haute intelligence, découvrit une série de couleurs minérales, qui donnèrent l’élan à Sèvres ; c’est à dater de cette époque que l’on voit surgir de cette fabrique les belles pièces qui font sa réputation. En 1784, Perre-Duroo de Lille, eut l’idée de cuire avec de la houille, procédé que bon nombre de fabriques ont appliqué de suite. Parmi les nombreux exposants français, la maison Col- linot m’a paru être la plus remarquable, soit par ses grands panneaux de faïences décoratives, aussi bien que par une série de grandes pièces imitation japonaise, voir même des vases fort bien craquelés ( 1 ). Mais ce qui particulièrement est de notre époque, et où la maison Collinot se distingue, sont les motifs (papillons, oiseaux, fleurs) en émaux translucides. Le rouge d’or et le violet de manganèse y apparaissent dans toute leur splendeur; ce nouveau genre est, si je ne me trompe, de création française. D’autres maisons utilisent avec succès cette nouvelle application; cependant l’on reste bien loin du japonais dont j’aurai à parler dans la suite. Brianchonaîné, de Paris, expose une assez belle collection de porcelaine aux reflets nacrés et de toutes nuances, passant du bleu le plus foncé au rose le plus tendre, des reflets or aux reflets argentés ; les formes de sa porcelaine dénotent beaucoup de goût; j’ajouterai cependant que ce (1) Les Chinois obtiennent le craquelé en retirant subitement une pièce de la cuisson, et utilisent avec succès le fendillé régulier qui en résulte. Ils font aussi passer des courants de vapeur ou de fumée dans leur four, et obtiennent par ce moyen des couleurs irisées fort remarquables. nacré n’étant qu’un état de surface manque de profondeur. J’espérais voir d’autres manufactures exposer de ces articles, j’ai été déçu dans mes recherches ou ce n’est qu’exceptionnellement que j’ai retrouvé ce procédé qui n’est du reste pas artistique. Aubry de Bellevue (Meurthe), Geoffroy et C e à Grien (Loiret), fabriquent avec succès les émaux translucides. Je ne puis ici faire de nomenclature des divers exposants, ce serait une copie de catalogue; je le répète, ce que je me propose de signaler c’est l’application de nouveaux procédés dans la décoration, ou encore les œuvres d’artistes célèbres. Tel est le cas pour Brocart de Paris, qui surpasse en beauté d’exécution et de style tout ce que l’Orient et la Bohême ont pu mettre sous nos yeux. Que l’on se figure les formes les plus élégantes en style oriental, arabe ou persan, décorés par filets ou cloisonnés (genre appelé goutte de suif) avec un art surprenant, c’est ce que j’ai vu de mieux en grande verrerie; toute la vitrine a de suite été acquise par l’Angleterre, ce fait seul remplace tout éloge. Dans la Rotonde, je signale tout particulièrement une collection très-variée de porcelaines décorées avec un fort bon goût: Carrier est passé maître dans son art. L’émaillage sur cuivre, ainsi que la peinture sur émail, sont largement représentés ; il est nécessaire de signaler ici que le grand émail doit être décoratif ; on se convaincra de cette nécessité en admirant les œuvres de Gobert, de Paris, cet artiste nous donne l’exemple d’une nouvelle école dont il nous faudra profiter. Les meubles peuvent aussi être réhaussés d’émaux. Mousseau, de Paris, excelle dans ce genre. Ce sont en général des Limousins demi-ton, enchâssés dans de l’ébène; Rousseau réussit admirablement tous les genres, ainsi il varie tellement son style que l’on a de la peine à reconnaître le même artiste. La bimbeloterie parisienne est représentée par Pothier et Chariot, principaux fabricants. Que l’on se garde bien de prendre le terme de bimbeloterie au pied de la lettre; car les deux artistes que je viens de nommer exécutent des œuvres admirables en tous genres, depuis l’émail pour meubles, les grands vases de tout style, jusqu’à l’humble bonbonnière, le bijou Bressan ou la petite pendeloque pour chaînes de montre ( x ). Aussi les maisons Barbedienne, et celle de Christofle, ont-elles des échantillons émaux remarquables ; de grands portraits, François I er ou Marguerite de Valois, avec vêtements flinqués, sur lesquels le peintre a habilement combiné ses détails. Les deux maisons que je viens de nommer en dernier, possèdent des cloisonnés splendides particulièrement affectés aux meubles. ITALIE Terre classique par excellence, là réellement l’on peut placer le berceau de presque toutes nos œuvres européennes, et si, pendant un laps de temps assez long, cette nation resta endormie; si pendant ce temps d’autres nations l’ont dépassée; quel plaisir a-t-on d’affirmer que (1) A la fin de ce compte rendu, l’on retrouvera l’application détaillée de tous ces genres. — 15 — maintenant le réveil est surprenant comme concurrence en beauté d’exécution et bon marché. L’école d’Urbino, Délia Robia apparaît dans toute sa splendeur ; ces derniers sont très-bien représentés par la maison Ginori, de Florence, figures et paysages sont d’une peinture habile ; mais où j’ai cru observer le plus de talents artistiques, c’est dans les œuvres de Farina qui expose tous les plus beaux modèles de l’école Faenza; de plus, chez tous les fabricants, la porcelaine revêt des formes classiques ; en cela elle est digne de remarque. La maison Doccia, de Florence, était splendidement représentée par un grand nombre d’œuvres, quelques-unes hors ligne; je remarque cependant, dans les ouvrages de cette maison, trop de répétition en décors, ancienne renaissance, néanmoins, on reconnaît la hardiesse et la volonté de reconquérir une gloire de plus pour le pays. Ce qui est moins artistique, mais que nous ne pouvons passer sous silence, ce sont de magnifiques imprimés dont le mérite est dû particulièrement au graveur, c’est chez ce dernier que l’on retrouve l’artiste. Ai-je besoin de dire que chaque dessin différent réclame une nouvelle plaque ; aussi le graveur devient l’âme d’une faïencerie dans la décoration par imprimé. A Milan, la maison St-Christophe verse dans le commerce journellement 10,000 pièces de terre fine (soit terre de pipe) et 4,000 pièces porcelaines; ajoutons que la maison, malgré ce chiffre énorme de production, ne répond pas encore aux demandes. La fabrique de Murano, à Venise, jouit d’une très-antique réputation dans la céramique, elle reste maîtresse dans la verrerie émaillée, émaux moulés, jaspés, etc. Anciennement, les glaces de Venise étaient les seules 16 au monde ; St-Gobin a pris sa place ; c’est ainsi que les élèves dépassent le maître, de même les artistes de Mu- rano ne font rien en décoration peinture qui puisse dépasser les œuvres de Brocart dont j’ai parlé (page 7). Les trois fabriques de Murano étaient magnifiquement représentées à l’Exposition, par le genre de décoration qui leur est propre, aussi bien que dans leurs échantillons émaux. Les maisons Ange Fuca, Lorenso Figlio, et enfin celle de Salviati m’ont paru être particulièrement à citer ; car c’est chez elles que j’ai retrouvé les plus belles nuances en émaux. Je termine en regrettant que les fabriques de Murano ne sachent pas utiliser le rouge or, comme on le fait si bien en Bohême. Les institutions ou écoles d’art, en Italie, sont dignes d’être particulièrement étudiées, par ce fait que tout y est produit ; ainsi l’on y trouvera des élèves qui forgent et modèlent le fer, d’autres qui sculptent le meuble ; enfin galvano-plastie, gravure, ciselure, peinture, vitraux, etc., tout en un mot y est développé ( 1 ). ANGLETERRE Si rien n’est inconnu à l’Angleterre,, c’est grâce à la position qu’elle s’est faite elle-même dans le domaine des arts : écoles spéciales, achats de modèles (les plus beaux produits céramiques sont acquis par l’Angleterre). Si on lui refuse cette originalité que l’on retrouve en (1) Dans l’institution Manin, à Venise, un enfant de 17 ans a obtenu à Vienne une médaille de Ire classe pour un fer forgé. — 17 — France, ou en Italie , elle reste la première en procédés pratiques, tels qu’impressions et pureté d’émaux, ainsi ses cattels ou faïences émaillées sont les plus recherchées dans le commerce. La maison Minton expose divers panneaux, l’un des plus beaux est un groupe de fougères, sous leur ombre le champignon se développe, et au-dessus, dans l’azur du ciel, se meut un papillon étincelant, exécuté au moyen d’émaux translucides ; là tout est nature, rien en réalisme ne surpasse ce panneau. Un autre panneau représente une guirlande de lys, jetée gracieusement autour d’un ruban, sur fond grenat ; mais disons-le de suite, si l’on étudie bien ce travail, on aperçoit un imprimé fort habilement exécuté. Néanmoins en industries artistiques, il faut admettre tous les moyens donnant de bons résultats; à ce sujet je dois dire que, pour certains effets dans le mobilier, il serait impossible de réussir à la main aussi bien qu’à l’impression ; certains tons plats à teintes de diverses nuances, faisant fond à des végétaux ou toute autre silhouette que la presse réserve en blanc et que l’artiste vient traiter ensuite. Pour certains accessoires, on procède parfois au moyen d’un recreusé dans la pâte émail; l’on introduit dans ces parties réservées du platine qui, bruni, sert à recevoir 'des émaux translucides ; c’est par ce procédé que l’on obtient ces effets chatoyants, pour papillons, scarabées, oiseaux, etc. ('y. D’autres motifs sur faïences sont aussi très-remarqua- (1) J’ai remarqué souvent dans des faïences fort belles, à peu près les mêmes effets, sans appliques métalliques ; surtout chez les Français. — 18 — blés, ce sont des sujets se présentant, en premier plan, avec un fond complètement or pour perspective et ciel, les silhouettes, traitées en demi-ton, se détachent bien en relief; c’est d’un effet riche, rappelant la profondeur, l’élégance du style créé vers le milieu du siècle dernier. Pour démontrer combien il serait à désirer de voir nos artistes genevois se vouer à ce genre de peinture, il suffit de donner les prix des montants de cheminée dont j’ai parlé plus haut; ils se vendent de fr. 800 à fr. 1000 et de plus petites pièces de motifs divers ne vont pas au- dessous de fr. 200. Quant aux tuiles émaillées de la maison Minton, avec fonds imprimés et larges végétaux artistiques, ils varient de fr. 200 à 300 la paire. Ces dalles ont un demi-pouce d’épaisser ou deux centimètres, elles peuvent par conséquent très-bien être incrustées, sur les côtés d’une cheminée, panneaux de meubles, pilastres, et toute la décoration murale. Les blasons et chiffres rendent fort bien, mais où l’artiste a grande marge, c’est dans les natures mortes, d’une excellente application pour pavillons de chasse, ou décors de salle à manger, cependant à condition que ce dernier genre soit largement traité avec des tons vigoureux. Il se fait aussi, dans la maison Minton, des peintures sur tuiles émaillées n’ayant que quatre lignes d’épaisseur, soit un centimètre ; on comprendra facilement l’application variée de ces genres de faïences. Dans la décoration concernant la porcelaine, l’Angleterre tente de vigoureux efforts ; tout le monde admirait une série d’assiettes, où un relief imperceptible donné au sujet principal, sur fonds mats teintés, acquérait une 19 valeur artistique surprenante; en un mot, traités à la façon de M. Gély, de Sèvres. Ajoutons que ces articles manufacturés en Angleterre sont d’un prix fabuleux. Celui qui connaît le fameux tableau du marché aux chevaux de Rosa Bonheur, en retrouve une copie parfaitement exacte sur faïence; le travail rappelle jusqu’à la touche de l’original; cette œuvre est faite ce que l’on appelle enpetit feu ; mais peu importe. Le procédé est réussi. La porcelaine ne rendra jamais mieux une copie plus précise. A côté de ces produits de grande dimension, l’on retrouve, toujours de la même maison, la modeste assiette simplement ou richement peinte. Une série frappe particulièrement, les motifs en sont fort simples, mais essentiellement spirituels; on reconnaît facilement l’artiste français (l’Angleterre attire à elle les artistes étrangers, au prix des plus grands sacrifices), ce sont des traits seulement, ou des motifs demi-ton ; genre tout à fait pratique pour l’artiste qui veut donner carrière à son originalité tout en utilisant son dessin. La maison Daniel et C e possède aussi des faïences spirituellement faites, paysages et figures exécutés avec beaucoup d’art, et, comme chez ses concurrents, l’on trouve des motifs en relief sur fonds de diverses nuances ; pour rendre l’idée, je ne puis mieux m’exprimer qu’en rappelant l’effet de grands et beaux camées sur fond turquoise, brun grenat, rouge vif, ou bleu de roi. En résumé, on peut dire que l’Angleterre n’invente pas, mais perfectionne au plus haut degré la céramique; quant à sa porcelaine, il ne faut pas oublier que ses colonies des Indes lui ont fourni des procédés, ainsi que la façon de traiter le kaolin. Encore un trait caractéristique : à Londres, l’on manie le cuivre émaillé, rivalisant avec l’industrie parisienne, cuivre repoussé ou émaillé en ronde bosse, absolument semblables à Pothier ou Chariot. JAPON Dans le cours des différentes annotations qui précèdent, j’ai parlé d’émaux nacrés, et souvent de porcelaine tendre ou dure, de peintures superbes, etc. - Mais l’observateur qui veut sans parti pris être exact, est obligé de convenir que le Japon est seul au monde, pour réunir et réussir tous les genres dans un ordre tout à fait distinct, cela par des moyens à lui seul connus. Ce n’est pas ici le cas de décrire la fabrication japonaise ; les auteurs les plus érudits se perdent en conjectures sur certains procédés ; on peut cependant affirmer que la qualité du cailloutage, ainsi que le kaolin, sont en général ce qui fait la supériorité de leur porcelaine. Ainsi, en Europe, nous pourrions certainement faire ce que l’on nomme la coquille d’œuf, si nous possédions les mêmes matières premières ( 1 ). Au point de vue artistique, je ne crains pas d’avouer mon peu de sympathie pour les profils de vases japonais ; ils sont ce qu’ils étaient il y a trois mille ans. Ce fait est tout particulièrement le résultat des croyances, légendes, dont le Japon ne s’est jamais départi ; tandis (1) La porcelaine coquille d’œuf est aussi mince que le corps qu’elle rappelle. — 21 — qu’en Europe la céramique est l’histoire du progrès, peignant les diverses phases de notre civilisation (*). Pour en revenir aux procédés céramiques des Japonais, ils ont un genre de décor inimitable ; je veux parler de leurs incrustations nacrées. Comment puis-je décrire l’impression que produit ce décor, sinon que l’effet irisé rappelle les reflets des pierres précieuses les plus pures, depuis l’opale au rubis, et lorsqu’un rayon de soleil se joue dans cette nacre, oiseaux, dragons, serpents, prennent un effet magique. Quels peuvent être les procédés employés pour obtenir de semblables effets ? Voici ce que dit Jacquemart à ce sujet : La laque, on le sait, est la gomme résine qui exsude de certains arbres ; en Chine, où on l’appelle tsi-chou, cette résine paraît provenir de Yaugia sinensis ; au Japon, on l’extrait du rhus vernix et on lui donne le nom d’ow- rousi-no-hi. Ce précieux vernis est appliqué par les Japonais sur toutes sortes de matières, avec une supériorité incontestable ; mais eux seuls semblent avoir imaginé d’en revêtir la porcelaine et d’y exécuter, en mosaïque de nacre, les plus fins tableaux, c’est ce qu’on nomme la porcelaine laquée burgautée. Le burgau est une espèce de coquille univalve du genre Turbo qui servait anciennement à nos marqueteurs ; une fois l’habitude prise, le mot burgau a servi à désigner les travaux de nacre, quelle que fût l’origine de la matière. Je continue à citer le même auteur dans un autre paragraphe. — Les laqueurs prennent pour leur travail toute porcelaine qui leur convient, et plus particulière- (1) J’excepte quelques types remarquables de la Chine ou du Japon, que nos manufactures européennes imitent avec réussite. A ment celle un peu rugueuse, épaisse, à pâte tendre et ondulée qui subit le moins les effets de dilatation produits par les changements de température. Pour assurer la parfaite adhérence du vernis noir sur la porcelaine, il arrive même parfois qu’on pose cet enduit sur la pâte nue, ou le biscuit. Nous ne saurions dire si, dans ce cas, la pièce a été cuite sans émail, ou si le laqueur l’a dénudée au moyen de la meule avant d’y appliquer l’ourousi-no-ki. Le décor des porcelaines vitreuses consiste en représentations d’animaux, d’or rehaussé de rouge; ce sont des oiseaux fabuleux à cornes de cerf, à griffes de lions, chauve-souris-grillons ; dans ce genre de décors, on rencontre des effets irisés surprenants. C’est à Imali, province de Fizen, qu’on fabrique, dès les temps les plus anciens, la plus belle porcelaine vitreuse. - Le Japonais est méfiant et rusé, il ne vendra jamais à quelque prix que ce soit, un procédé quelconque ; mais il prend plaisir à les exhiber, il connaît parfaitement sa supériorité. J’ajoute que les produits des principales fabriques de la Chine et du Japon sont le monopole de maisons anglaises, allemandes et suisses; mais ces dernières ne possèdent pas mieux pour cela les secrets de fabrication, à moins qu’il ne soit de leur intérêt de ne pas les divulguer. SUISSE Dans les faïences les plus remarquables au point de vue artistique, je dois citer en première ligne : les plats de la maison Th. DecÆ, de Paris (tête égyptienne, puis celle d’une femme de Henri III), sont des œuvres qui se dis- tinguent par la vigueur ainsi que par le coloris; je les signale tout particulièrement, car elles sont dues au pinceau de notre excellent peintre suisse, M. Anker, et ce n’est pas sans un légitime orgueil que l’on aime à noter le triomphe d’un compatriote à Paris, la grande cité des arts. La maison Minton de Londres, dont la réputation devient universelle, ayant reconnu le mérite de ces deux faïences, n’a pas craint d’en faire l’acquisition à son concurrent français, au prix dè 5000 fr. la pièce. Deux autres artistes distingués apportent à la maison Deck leur brillante coopération, ce sont messieurs Banvier et Gluck. (La maison dont nous parlons s’est acquis aussi de la réputation dans la fabrication des couleurs et particulièrement dans le beau bleu qui porte son nom.) Je citerai encore, comme production suisse, un brillant artiste, M. Bouquet, qui se distingue en faïences dans le paysage. La Suisse produisait au 16 e et 17 e siècle de très-beaux vitraux héraldiques, ainsi que des meubles dont on retrouve de très-beaux spécimens. Emaux et Peinture. Parler des progrès à réaliser dans son propre pays, est une tâche ingrate dans toute l’étendue du terme; malgré soi l’on est entraîné à parler de spécialités, ce fait peut parfois blesser tel industriel, je réclame donc de l’indulgence, en outre j’appuierai par des exemples irréfutables mes assertions. I — 24 — En peinture sur émail, je signale deux genres bien distincts: le grand émail décoratif, et le petit émail microscopique pour bijouterie; entre ces deux genres, il existe une foule d’applications et de style que je vais chercber à faire comprendre. Le grand émail est surtout applicable au meuble ou à la décoration de boiseries ; l’artiste doit par son genre de travail faire une concurrence redoutable à la faïence (*), cela lui sera facile, attendu que le style limousin, ainsi que le cloisonné reste dans son domaine; en outre l’émail étant plus léger et plus mince, se prête mieux au décor du petit meuble. Il ne faut pas oublier que l’émail est particulièrement propre aux appliques de divers métaux, platine, or ou argent recouverts d’émaux translucides ; ces appliques forment ce que l’on appelle dans le métier : le flinqué. Dans ce dernier cas, l’artiste peut profiter habilement de ces reflets, pour exécuter des .motifs en rapport avec ce genre. Il est aussi un moyen de produire de charmants effets, je veux parler du cuivre repoussé, procédé facile, mais où l’intervention du ciseleur est nécessaire ; si l’émailleur est intelligent aussi bien que le peintre, le résultat offrira des ressources d’application pratique fort lucratives. Je n’avance rien de nouveau dans les procédés ci-dessus indiqués, j’insiste particulièrement sur ces genres de décoration pour renouveler les sources taries de notre industrie. Gobert, Rousseau , de Paris, ont exposé à Vienne des œuvres superbes, dans divers styles, que j’ai déjà cités. (1) Je n’entends pas ici dénigrer la faïence dont je suis un chaud partisan, la faïence ne peut en aucune façon être remplacéè dans la grande décoration. — 25 Les maisons Barbedienne et Christofle possèdent des spécimens hors ligne; candélabres gigantesques, ornements divers en cloisonné, portraits de François I er et de Marguerite de Valois, exécutés avec or et argent flinqués, sont là des types auxquels l’on peut arriver mais que l’on ne dépassera pas. Pothier, Chariot de Paris, artistes émérites en émail- lure, exécutent depuis le vase de la plus grande dimension jusqu’au bijou bressan, ou l’humble bonbonnière. Ils réussissent, à s’y méprendre, l’émail appelé vulgairement, l’ancien; les artistes, dont je parle, font eux-mêmes leurs modèles, les émaillent habilement et en livrent la peinture à des ouvriers choisis. Le petit émail, utilisé avec avantage dans notre bijouterie, réclame aussi toute l’attention dont il est digne, sans nier les efforts, ainsi que la réussite journalière qui font honneur à nos artistes. Je signalerai cependant quelques innovations, non pas comme peinture, mais dans la manière de l’utiliser. En premier lieu, l’usage de la pâte tendre est ignorée chez nous, ou au moins rarement utilisée, c’est là cependant un point essentiel, car l’on obtient le glacé sans avoir recours à cet abominable procédé du couvrage de fondant (*), qui fait le désespoir de nos peintres; je sais parfaitement que lorsqu’un bijou doit passer par la couleur ( 2 ), la peinture doit être couverte de fondant, mais est-il bien nécessaire d’en faire abus, au point de faire (1) Le couvrage de fondant consiste à couvrir la peinture d’une couche de cristal de plomb. (2) Mettre un bijou en couleur, c’est le plonger dans une dissolution préparée à cet effet, ce qui lui donne un grain très-recherché. — 26 — croire à une glace, comme celle qui couvre une miniature sur ivoire? Un autre procédé pour- obtenir un beau glacé, et qui peut être appliqué pôur des pièces fort minces, consiste à recouvrir le blanc d’une légère couche de fondant, ce dernier procédé laisse intact le mérite de la peinture qui devra y être faite. Il est aussi un point essentiel pour notre bijouterie, c’est de pouvoir réussir les pièces que l’on nomme mas- carons, figures en ronde bosse, ou bas relief; ce genre peut offrir une grande variété de styles. Est-il nécessaire d’ajouter que le travail du ciseleur doit conserver toute sa pureté? à cet effet, l’émailleur doit se conformer à l’usage du tamis ( 1 ). En fait d’émailleurs, nous possédons des spécialistes de talent pour la boîte de montre; mais soyons justes, lorsqu’il leur sera demandé du nouveau, par exemple des émaux jaspés, ils s’y refuseront ou ne sauront.le faire ( 2 ). Je me résume en réclamant pour l’émailleur une éducation artistique, jointe à quelques connaissances en chimie, si l’on ne veut pas s’en rapporter aux œuvres modernes; qu’il me soit permis d’attirer l’attention sur celles que renferme la galerie du Sommerar à Cluny, et mieux encore au Louvre dans la collection Sauvageot. Cependant les artistes émailleurs du siècle dernier étaient loin de posséder la richesse d’émaux, dont on peut disposer de nos jours. (1) Procédé totalement ignoré, ou nullement appliqué chez nous. (2) Un ancien émailleur, feu M. Maeüle, réussissait beaucoup d’émaux que l’on ne fait plus maintenant, mais c’était un chercheur intelligent et artiste. — 27 — Musée des Arts et Métiers à Vienne. Ce musée réunit toutes les écoles de la céramique, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, particulièrement dans l’école allemande ; l’on y remarque des spécimens uniques dans leur genre; par exemple un vase jaspé de Nuremberg, vrai hazard de cuisson, se distinguant parfaitement bien d’avec le jaspé que produisent journellement diverses manufactures. Ce que j’ai trouvé de très-rémarquable, c’est l’ancienne verrerie de Bohême avec cabochons (*) soudés au feu, pièces fort rares et d’un effet superbe. Ailleurs, ce sont des plats bruns jaspés qui peuvent servir de modèle aux faïenciers les plus distingués ; ce que je n’avais encore vu nulle part, ce sont des produits japonnais qui consistent en une décoration noir intense sur gris foncé, l’effet de ce dernier décor est très-original mais très-riche. Diverses pièces céramiques avec sujets en relief m’ont frappé par leur exécution aussi savante qu’exacte en dessin, une de ces pièces m’a particulièrement plu; elle consiste en un fond gris-bleu ornementé en foncé, la figure ressortant en blanc pur d’un très-beau modelé. La manufacture de Vienne est représentée par ses plus belles productions. Enfin un grand desservoir, avec dauphins à reflets métalliques, est une pièce digne par sa grâce de figurer en première ligne dans la céramique. Beaucoup de plats et assiettes, avec peintures de grand mérite, depuis le Calot jusqu’aux motifs actuels, c’est-à- dire le paysage animé, fleurs ou oiseaux ; plusieurs de ces (1) Pierre précieuse qui n’a subi aucune taille. dernières pièces sont de notre concitoyen RisehgiU, on remarque de cet artiste le vol de canards. Dans un autre ordre d’étude, ce qui est digne d’attention au point de vue industriel et artistique, c’est une école progressive de sculpture sur bois, depuis le bloc équarri, passant par tous les degrés du travail jusqu’à l’achèvement de l’œuvre; méthode pratique et qui, j’en suis certain, fait la réussite des sculpteurs italiens. Vitraux. Dans l’exposition de vitraux apparaissent comme maîtres les artistes français, sauf quelques exceptions que je noterai de suite : Albert Neuhauser, d’Inspruck, se distingue dans le genre héraldique, ainsi que Roth de Nuremberg, ces deux artistes m’ont paru dans ce genre les premiers. Le dernier expose aussi une tête de Sainte, grandeur nature, d’une seule pièce et fort belle d’exécution. Après ces deux artistes viennent tous les noms français ; Ghabin , de Paris, a un immense vitrail d’environ trois mètres, d’une seule pièce, vitrail incolore, qui semble être travaillé au moyen de l’acide üuorhydrique ; la grâce du dessin, la finesse des dentelles, sont fort remarquables. Besnard, de Châlons (s/Saône), a des peintures fort agréables par la finesse. C’est, me dira-t-on, de la peinture en miniature ; mais qu’importe, la reproduction des noces de Cana, et la scène historique d’Hylock, n’en sont pas moins des spécimens fort rares. Lusson et Léon Lefèvre, de Paris, se font remarquer surtout par leur décoration renaissance italienne. — 29 Lorin, de Chartres, comme tous ses collègues, expose des scènes d’Eglise, couleurs splendides, et raccords fort bien entendus ; mais où ce dernier se distingue, c’est par une peinture d’une seule pièce, le Départ des Hirondelles , avec encadrement fort bien rendu. Voilà, sur le grand nombre, ceux des artistes qui m’ont paru les plus dignes d’être signalés ; il me reste à parler de Milan et de Munich, mais avant de quitter Vienne, je dirai quelques mots à propos du Musée des Arts et Métiers. Ce musée possède de très-beaux vitraux anciens, gondolés et dépolis par place; un des plus remarquables est l’Echelle de Jacob, sujet taillé en creux, bien dessiné, harmonieux; c’est plutôt un petit vitrail, mais la perfection du travail peut à juste titre le faire passer pour un chef- d’œuvre dans son genre. MILAN Bertini,e n dotant le Dôme des vitraux actuels, est passé maître dans son art; membre de l’Académie Royale, il a pu, par sa position aussi bien que par ses talents, former une école qui donne déjà de beaux résultats. L’Assomption de la Vierge décore la porte du centre ; à droite un saint François de Sales, et plus loin une Sainte dans la fosse au lion, surmontée de deux anges, vus en raccourcis, vrai tour de force en dessin. A gauche, le Christ bénissant les enfants; puis, enfin, le plus beau de ces vitraux : l’Ange terrassant le Démon ; l’on retrouve dans cet ange une élégance de dessin digne de Raphaël. La couleur est admirablement massée avec de grands rapports dans les plis, et teintes splendides, l’artiste a su également modifier habilement ses couleurs selon le sujet. MUNICH Les grands vitraux décoratifs de l’escalier du Musée National sont d’une beauté remarquable, certaines lumières (dans les chaires surtout) y sont données par de larges et belles retouches, enlevées en grosses hachures, au moyen de la pointe à émeri ; quelques ombres posées en dernier, d’une teinte gris noir, et en hachures également, forment les touches du sujet; ces touches foncées m’ont paru être mises à l’envers de la peinture. La peinture sur verre est poussée très-loin dans l’établissement de M. Selter; quoique ces ateliers aient un caractère d’entreprise particulière, M. Selter est subventionné par l’Etat pour faciliter les apprentissages ; par ce fait, son établissement prend aussi le caractère d’une école professionnelle. Les couleurs sont en général magnifiques et se fabriquent dans la maison, les glaces sortent d’une verrerie de Bavière; il est impossible de se figurer de plus beaux jaunes et pourpres; il faut de deux à quatre feux, suivant les teintes et la grandeur des glaces. Dans les tableaux religieux, j’ai remarqué un Christ, d’après le Titien, d’environ un mètre carré, d’une seule pièce, les teintes brillantes de l’auréole; malgré sa transparence jouait l’or posé au pinceau. Cette pièce se vendait 900 florins de Bavière (un peu plus de 1,900 francs). Un autre grand spécimen d’art religieuse, de deux mètres, ne revenait guère plus cher, mais il était formé de plusieurs pièces; pour les paysages, fleurs et fruits, les prix varient entre 60 et 100 florins (environ 200 francs), pour des glaces de 1 pied à 18 pouces. Les effets de soleil et de clair de lune sont admirable- — 31 — ment rendus, les perspectives d’une douceur remarquable, le tout traité en façon d’aquarelle, sauf des effets neigeux qui s’obtiennent au moyen du gratté sur des parties mat- tées donnant un trompe-l’œil saisissant ( 1 ). Qu’il me soit permis de sortir un moment de mon sujet, pour rappeler que le Musée National de Munich possède une des plus belles et riches collections céramiques qu’il soit donné de visiter. Des limousins de 1560, avec le retracé noir, et repoussés, des cuivres émaillés, grandes plaques de 12 pouces, avec métaux mis au pinceau, les émaux jouent partout le translucide ; une des pièces les plus remarquables est un vase majolique chinois de 1570, où l’anse est formée par un dragon, admirablement modelé, dont les écailles sont toutes émaillées en teintes transparentes et fondues. Céramique décorant la sculpture sur bois. Aussi bien que pour l’émail et la faïence, je réclame vivement une école pour la sculpture sur bois, cette dernière a l’avantage de pouvoir être établie presque sans frais, la matière première coûte fort peu; nous possédons de bons professeurs. Mais ce qui caractériserait le progrès et un rendement sérieux serait le choix des modèles, une autre étude développerait cet art; je veux parler du modelage. Je ne saurais trop le répéter, il faut éviter que l’élève, (1) Voir sur les diverses époques et la manipulation des vitraux, Batissier, Histoire de l'Art monumental. j | S — 32 — j j i ■H ! S t Conclusion. > t A propos de ces brillantes collections, ainsi que du ! grand nombre d’écoles professionnelles, dont le résultat \ n’est pas douteux, il m’est impossible de ne pas affirmer mon violent désir de voir se former à Genève un musée V d’arts industriels. On peut se rendre un compte exact des ; services qu’un établissement de ce genre peut rendre au : développement des connaissances si nécessaires aux ar- j tistes. Maintenant, quant à l’avenir de Genève dans la céra- : mique décorative, le chemin est tout tracé ; il se fait au- : jourd’hui un grand nombre de tentatives industrielles, qui j sont en partie dues à la crise que traverse actuellement, \ soit la fabrique en général, soit la peinture sur émail en , particulier. En effet, tous nos peintres sont aptes à appli- en sortant des écoles, ne retombe dans 1 orniere de la routine. En parlant du Musée des Arts et Métiers à Vienne, j’ai décrit la série successive du travail: que l’on y joigne une collection de modèles, tirés surtout de l’école Italienne, et je ne doute pas que bon nombre d’élèves voudront se distinguer dans cet art aussi noble qu’utile. Aux institutions que je viens de décrire, il faut joindre une exposition journalière et publique, afin que par une saine critique, ou de sages conseils, les élèves soient continuellement stimulés; de plus, l’exposition dont je parle pourrait provoquer quelques ventes, qui aideraient l’acquisition ou le complément du matériel. 33 — quer leur art à la faïence et à la porcelaine ; il manque, je dois le dire, un centre d’action bienfaisant qui pourrait rapidement et brillamment peut-être donner impulsion nouvelle à cette branche si noble de la décoration. A mon avis, les groupes divers qui se sont déjà intéressés avec tant de sollicitude à cette grande question (y compris l’Etat), devraient réunir leurs généreux efforts en créant un laboratoire de céramique. Chaque artiste pourrait venir y puiser les connaissances indispensables sur les matières premières ; en outre, chacun se ferait un devoir de rechercher et utiliser les richesses que notre petit territoire ou nos environs mettent à notre portée. Il faudrait, en étendant le rayon d’études, s’occuper et se tenir au courant des progrès que réalisent nos voisins, leurs procédés, leurs terres, comme ce serait le cas pour celles de Sarguemines qui sont si réputées, et d’où notre commerce tire la majeure partie de ses articles. Le passage au feu, qui joue un rôle si important dans la question, viendrait, par la présence d’une mouffle suffisamment grande, favoriser les essais et trancher enfin les hésitations dans lesquelles chacun se trouvée. Avec des efforts persévérants, nous parviendrions probablement à installer dans notre canton diverses industries qui fourniraient, surtout aux femmes, en même temps qu’un gain rationnel, une belle et agréable profession. Je suis certain, d’autre part, que nos artistes genevois ne se contenteraient pas de produire seulement des pastiches, ils arriveraient au bout de fort peu de temps à créer un genre qui aurait son caractère national. Il faut convenir que nous nous laissons surpasser presque partout dans l’industrie céramique, toutefois, nous * retrouvons, avec un sentiment de légitime satisfaction, des œuvres suisses dans de grandes collections, soit étrangères, soit chez nous ; telles sont celles de notre concitoyen Rischgitz à Vienne, puis Munich pour plusieurs de nos cantons, Sèvres pour les spécimens de Nyon, et enfin à Genève même dans la collection remarquable de monsieur Bevillod , où chacun peut juger du résultat obtenu au commencement de notre siècle par nos compatriotes. Je mentionne le Musée Industriel de l’une des classes de la Société des Arts ; il serait vivement à souhaiter que la ville devînt propriétaire de ce musée, le transportât dans un local beaucoup plus vaste et plus central, le complétant par la création d’un musée d’arts appliqués à l’industrie, où la distribution des objets serait analogue à celle de l’établissement actuel. Un grand effort a déjà été fait chez nous, et avec une facilité qui est de bonne augure pour la réussite des autres efforts que je recommande; je veux parler de l’école d’art fondée il y a 4 ans, et dont chacun a pu apprécier les remarquables résultats; la marche simultanée de l’étude des modèles, et de la composition d’après ces modèles d’après nature constituent une méthode d’enseignement, inaugurée par nos habiles professeurs, et qui est justifiée par les succès de leurs nombreux élèves. Si dans ce rapport j’ai pu atteindre un but utile et pratique, je le dois en bonne partie à la collaboration de monsieur Francis Chomel, qui par ses judicieuses observations est venu à mon aide dans ce travail. Genève, le 5 décembre 1873. J. DUPONT. ERRATUM Page 15. La maison délia Doccian’est autre que la fabrique tenue par Ginori. Page 22. Les couleurs exposées par le Japon diffèrent sensiblement d’aspect avec celles employées en Europe. M : rrAaifM -ni iîi .oiMi ti j£jn J?f-)'fi/3Î.'V‘>o]• h<. -:Ü;üï nJ Ai •î.j.i'j Düifit ‘-iLipbd # „ ' T \ r Z - ' ' ■ 3 f '!!.11 ï l )A At. n\m'\ ïiî * » n-tü')-) '>"'7 j; boq t>’-; hrn'inHi^n^; .'Mfo-niM m .TniViifij \ RAPPORT SUR LES BEAUX-ARTS A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 PRÉSENTÉ AU CONSEIL D’ÉTAT par MM. Francis CHOMEL et J. DUPONT. GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOFF, GARRIGUES & Ce 1874 -.'•03 jlïôLüSqs-J Silo?. îyjVR HT,f(Té.;.- arr v -‘' ?ïnr , ' RAPPORT : ■ |7.s ORS»? SUR LES A L’Exposition de Vienne 1873. § 1. Peinture. . L’Allemagne s’annonce d’une façon qui semble lui être particulière; on y voit des œuvres très-saillantes, mais l’absence d’intermédiaires fait retomber le visiteur sur un ordre inférieur dont la médiocrité est violemment marquée. Cependant, les efforts soutenus sont visibles, et l’on serait tenté de croire que la pensée du grand nombre ne trouve pas facilement le moyen de s’y traduire par le pinceau. Knauss et Vautier y sont des maîtres qui constituent, avec quelques autres, de brillantes exceptions pour la peinture de genre (Knauss surtout par la vérité et la naïveté des expressions). A partir de cette région, le genre est maniéré, les sourires forcés, le parti pris de rose dans les chairs est exagéré, les contours sont généralement durs et enfin l’atmosphère semble ignorée. — 4 — Les recherches dans les accessoires sont cependant consciencieuses. Dans le paysage, l’Allem'agne aspire avec ardeur à la grande et franche lumière. L’Enterrement dans les Hautes-Alpes de Riefstahl est le plus beau type de lumière éblouissante qui puisse s’obtenir en respectant l’implacable vérité du coloris; on est de suite fixé sur l’heuredujour que le peintre a voulu rendre ; et l’on peut affirmer que l’Ecole française ne possède rien de plus fort* Nous citerons encore le clair de lune de Bonnette et quelques marines ; en effet, chose curieuse, la marine brille en Allemagne tandis qu’elle tend à disparaître en France. La toile la plus remarquable de l’Exposition, autant pour la lumière, la vie de l’eau et la perspective était sans contredit celle de Gude, professeur à Carls- ruhe. L’Allemagne possède aussi son petit Meissonnier dans la personne de PTemer; mais il faut convenir cependant que ses compositions ne valent pas celles du célèbre penseur français. Le portrait y est inférieurement traité» La peinture religieuse y est généralement fausse d’expression, de dessin et de couleur. Après les grandes allégories de KauTbach, la peinture d’histoire fait aussi surgir ses brillantes exceptions; nous mettrons en première ligne le grand et splendide tableau (Thusnelda) de Piloty, professeur à Munich (on peut voir une superbe épreuve photographique de cette œuvre magistrale à la librairie Menz.) L’ampleur et l’harmonie de la scène, la majesté simple des personnages font de cette toile un monument d’histoire: il est vrai d’ajouter aussi qu’elle respire à pleins poumons son Ecole française. Le tableau de Richter de Berlin (les Pyramides), est aussi d’un effet remarquable de lumière ; mais les groupes sont trop éparpillés, il n’y a pas la grande unité / — 5 — de Piloty dans la composition ; en voulant trop faire, l’artiste s’est encombré; le groupe de la souveraine aurait largement suffi à faire à lui seul un beau tableau. Les tableaux militaires et batailles s’affirment par une loyauté traditionnelle dans la recherche de la vérité; on y voit réellement l’art impartial, et notamment dans plusieurs tableaux fort remarquables de la dernière guerre. Citons en passant l’une de ces toiles qui avait le don de vous arrêter franc. La troupe attend le moment de marcher en avant; le combat a commencé devant les premières lignes. Le peintre a cherché à émouvoirpar la modestie et la simplicité du mouvement, mais il a su initier si profondément le spectateur aux effrayantes impressions de ce terrible moment d’attente, que c’est un argument victorieux contre cette manie presque générale de mou- vementer d’une manière exagérée pour rendre ces effets. On peut voir par ce que nous venons de dire que l’Allemagne fait de sérieux efforts, et que les admirables exceptions que nous avons signalées pourraient bien arriver à se multiplier plus tard. L’Autriche donne des résultats relativement médiocres en peinture, si l’on met en regard sa marche ascendante vers la sculpture ; elle possède néanmoins quelques maîtres qui marquent le pas derrière les grands Allemands: c’est aussi dans plusieurs tableaux d’histoire que se révèle un puissant coloris. La Hongrie, au contraire, possède d’excellents artistes qui vous font assister généralement à des drames sombres de tribunaux et d’arrestations; tout y souffre, les expressions sont saisissantes, le dessin est admirable; mais par contre, la couleur est complètement absente. Ce sont de véritables sépias et non des tableaux à l’huile, on croirait véritablement que ces artistes n’ont travaillé — 6 — qu’en vue de la reproduction photographique. On comprend d’autant moins cela que leur pays et leurs costumes se prêtent à des interprétations beaucoup plus vives et variées. La Belgique ne brille pas par un ensemble supérieur, mais on peut dire aussi qu’elle ne présente pas de chutes trop violentes. Elle nous a montré une œuvre remarquable dans la course de chars romains ; cette toile possède une audace de mouvement et une vie de bon aloi qui révèlent non seulement un peintre hardi, mais un artiste du plus brillant avenir. Stevens est un savant dessinateur; mais la silhouette le satisfait trop, il manque absolument de modelé, son beau dessin est privé de relief, d’air et de profondeur, c’est un découpage’correct appliqué fidèlement. Wiertz est une personnalité difficile à analyser, on le voit bondir des lieux communs les plus vulgaires pour s’élancer en po'ëte exalté dans les régions éthérées, d’où il retombe sous forme d’avalanche. Il y a chez ce peintre un mélange de génie, de colère et d’incertitude qui le rendent étrange avant tout. En résumé, il est à désirer que la Belgigue prenne pour la peinture son brillant pas de route industriel. Le Danemark, la Hollande, la Suède et la Norvège se ressentent trop de leur climat. La peinture y est simple et naturelle ; le paysage y est d’autant plus fidèle que les artistes de ces pays se bornent en général à traduire lpurs propres contrées. Les brouillards y sont vrais, les mœurs, les sensations (et notamment celle du froid) y sont rendues avec une vérité étonnante ; toutefois, il est regrettable que les artistes ne cherchent pas davantage à franchir leurs limites, car ils pourraient appliquer leur esprit de recherche et d’observation à des cases plus grandes et plus variées, que le succès couronnerait sans doute. . Leurs peintres de genre semblent aussi devoir parcourir un programme forcé, qui interdit à toute individualité d’en sortir; ils cherchent sans cesse à imiter la couleur et l’effet de Rembrandt et s’en tiennent là. Ce genre peut convenir au tempérament de quelques-uns, mais certainement cette uniformité devient nuisible lorsqu’elle n’apparaît que sous forme de joug. Les Anglais n’ont pas d’école de peinture; leurs anciens maîtres n’ont pas su y engendrer de légion, la génération actuelle doit encore s’incliner devant ses prédécesseurs, une série de beaux portraits du temps jadis en donnait la preuve. L’ensemble dénote de violents efforts, mais la palette semble rebelle. Les tons sont généralement durs et criards pour les figures: cependant le paysage paraît mieux approprié à leur esprit contemplatif. On se demande comment le superbe exemple d’Or- chardson ne trouve pas plus d’écho chez ses compatriotes dans la peinture de genre, c’est pourtant un chef qui mérite d’être suivi et obéi à la lettre : quelle simplicité de palette et quelle touche ferme en même temps que légère! aussi nous ne pouvons que nous poser cette question : Comment se fait-il qu’il n’entraîne pas ses élèves ? En revanche, presque tous les peintres d’aquarelle sont forts : ici, une vigueur de tous inconnue ailleurs, ainsi qu’une puissance qui défie parfois l’huile. Gilbert obtient dans ce genre de peinture des effets qui rappellent le brillant d’Isabey et on pourrait presque dire que la véritable force d’Orchardson consiste dans sa manière de traiter ses toiles en façon d’aquarelle. L’Ecole italienne se rapproche beaucoup de l’Ecole française, elle est sa sœur cadette.' Nous y voyons la même grande variété dans les compositions, et toute l’échelle artistique y est parcourue. Chaque artiste y apporte sa part de lui-même. Le drame y est sombre et poignant, cependant il se reSsenf un peu trop de la tragédie classique. La forme humaine est puissamment étudiée ; la grâce est la compagne fidèle de tous les artistes italiens. Le paysage romantique y est très en honneur et l’histoire sérieusement traitée. Les tableaux militaires vous transportent aussi par la pensée dans les ateliers d’Horace Yernet et d’Yvon. L’œuvre la plus remarquable, dans ce genre, est une charge de bersaliers qui s’échappent de la toile pour, vous donner le dernier mot du raccourci ; il semble que l’on .entend le son strident du clairon qui sonne en avant avec un réalisme terrifiant. L’Italie élève de nouveau son front devant son ancienne visiteuse, la Renaissance-, ceci dit pour la peinture, car nous ne pourrons malheureusement pas en dire autant de son ancienne déesse la sculpture. L’Espagne, si tourmentée depuis tant d’années, ne laisse pas à ses artistes un calme suffisant pour qu’ils puissent nous montrer ce qu’ils sont, ou même ce qu’ils pourraient être : l’incertitude règne et les plus grandes qualités tolèrent, à côté d’elles, des faiblesses contre lesquelles proteste la logique la plus élémentaire. Dans la figure, le coloris, pour être brillant, demande des concessions trop fortes à la vérité. Le paysage y est cependant plus homogène. Si la Suisse n’a eu qu’une modeste place à Vienne, cela a tenu surtout à l’absence d’un grand nombre de ses belles productions. Le nom de Gleyre exigeait une œuvre plus remarquable que sa petite nymphe, on aurait mieux fait de ne pas l’envoyer. (Nous avons appris depuis que ce n’était pas le peintre qui avait pris cette initiative.) En revanche, Vautier, Anker, Konrad Grob y soutiennent dignement le genre. Toutefois, il est impossible d’aller plus loin sans établir certains faits résultants de la comparaison immédiate. Pourquoi, même chez le divin Vautier,la gamme générale semble-t-elle empruntée à la tombée de la nuit ? La lumière manque, et pourtant ce n’est pas le défaut de l’Allemagne, car Konrad Grob, qui cherche à s’imprégner du génie de Vautier, puise plus de lumière à Munich que ce dernier à Dusseldorf. C’est encore par la lumière que Knauss remporte son principal avantage sur notre éminent peintre suisse. Le grand tableau de JBerthoud, (le chasseur de chamois) aurait eu beaucoup plus de succès comme paysage pur et simple; la scène de désolation du centre nuit à l’effet général. Nos compatriotes Diday, Humbert etKoMer(de Zurich) occupent toujours une place très-digne, lors même que nous les retrouvons au milieu d’un gigantesque tournoi artistique. Quant à nos paysagistes suisses (et on peut le dire aussi de presque tous nos peintres) : ils feraient bien de s’inspirer de la splendide lumière ainsi que du soleil que nous avons signalés dans les maîtres allemands et tout particulièrement dans l’Enterrement de Riefstahl. Il ne suffit pas de faire de fidèles ombres portées pour convaincre le spectateur qu’il y a du soleil, il faut avant tout chercher ce dernier sur sa palette ; beaucoup de nos peintres semblent voir au travers de verres enfumés et redoutent le — 10 — plein midi. A ce sujet, on ne saurait trop rappeler la mémoire de l’illustre Galame et le recommander encore à nos jeunes traducteurs des hautes Alpes pour les cascades et les torrents, afin qu’ils se défassent des leurs qui sont trop laiteuses et vont parfois jusqu’à la crème fouettée. Nous ne terminerons pourtant pas sans rendre un hommage public à Vautier, et malgré la petite critique que nous faisons de sa lumière, nous sommes fiers de voir un Suisse tenir si noblement le drapeau de son pays au milieu de l’univers. > Il nous manque, en Suisse, un grand centre artistique et les efforts individuels sont trop disséminés. Il faudrait organiser d’une autre manière nos expositions fédérales et y intéresser plus vivement tous les artistes suisses. Il conviendrait d’étendre la forme du concours en établissant plusieurs degrés (comme cela se pratique pour les arts de la musique et du chant) ; et de répartir des récompenses équitables à ces divers degrés. Ensuite, il faudrait donner aux annonces plus de notoriété et plus de chaleur ; il serait mieux aussi, au point de vue de la vente, de faire coïncider les expositions avec l’affluence d’étrangers que certaines villes suisses possèdent dans la belle saison. Il résulterait de ce contact plus ardent des points de comparaison plus frappants, et par conséquent une suite plus soutenue dans l’émulation, ce qui rendrait incontestablement de grands services à nos jeunes peintres. On ferait bien d’instituer, en Suisse, de grandes expositions internationales qui auraient lieu tous les trois ans (à Genève, à Berne, à Zurich, et même en alternant pour chacune de ces villes). La France, l’Italie et l’Aile- — 11 magne s’y livreraient bataille et ce spectacle ne manquerait pas de nous donner un bon coup d’éperon. Nous allons terminer la peinture en faisant défiler le plus beau régiment en dernier : La France est depuis longtemps la souveraine ; mais il ne faudrait cependant pas qu’elle s’endormît sur son trône d’or. Partout nous avons dû signaler des efforts plus ou moins heureux. La grande Allemagne se débat vigoureusement, tandis que la France semble satisfaite de sa position et attend. Nous trouvons pour elle que cette douce quiétude est de trop, et qu’elle ne doit rester stationnaire sous aucun prétexte. Il nous a semblé que la France se tenait à tort le raisonnement suivant : « Je jetterai toujours à pleines mains les œuvres de mes enfants dans le grand crible, et il y restera toujours assez de chefs-d’œuvre. » Cet argument ne peut satisfaire que la vanité d’un vainqueur, mais la prudence conseille de s’occuper davantage du sort de la masse de ceux qui luttent, et de réchauffer leur zèle par la vue de nobles palmes. Depuis 1867, la France s’est immobilisée pour ne pas dire plus, car il faut cependant tenir compte de la distance excentrique de l’Exposition de 1873. Paris était le phare et Vienne est à peine dans le rayonnement. L’ensemble se soutient, mais les grandes personnalités ont quelque peu diminué; on en retrouvait cependant un grand nombre a Vienne, il est utile d’ajouter que plusieurs de ces personnalités transcendantes ont déjà fermé les yeux, et que d’autres se trouvent depuis bien longtemps inscrites sur la liste étoilée. En un mot, la France a fait donner sa landwehr, tandis que dans les expositions de cette nature, le cœur vous pousse plus naturellement vers les contingents de recrues. — 12 — Dans ce dernier groupe français, nous devons dire que la grande composition subit une nuance d’infériorité et que la copie un peu terre à terre et parfois mesquine semble dominer. Le plastique s’empare un peu trop de l’imagination et raccourcit le visuel, mais nous nous hâtons d’ajouter que ce plastique y est traité si supérieurement encore qu’il éclipse celui des autres pays. La chair, l’expression et le mouvement sont autant d’articles de loi auxquels se ploient avec une souplesse étonnante les artistes français, mais le coloris se refroidit et tend un peu vers l’opacité sèche; dans le paysage, le vieux nom de Français affirme à ses jeunes contemporains, qu’ils ne cherchent plus la grande lumière comme lui-même ou comme certains maîtres allemands. Les Daubigny, Corot et bien d’autres sont sur un chemin crépusculaire où l’intention n’a pas servi de guide. Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons dit de Dusseldorf et de la Suisse: toutefois Dusseldorf bénéficie d’une circonstance atténuante, les scènes d’intérieur y étant recherchées de préférence, tandis qu’en Suisse, on travaille dans une atmosphère raréfiée et transparente : tout comme en France, on travaille volontiers sous les rayons ardents au milieu des champs. § 2. Sculpture. La sculpture était fort mal distribuée à Vienne; il y avait plus d’œuvres qu’à Paris, mais la manière dont on les avait disséminées, rendait les épreuves comparatives très-difficiles. Cependant, il était facile au premier abord, de se rendre compte que certains rôles se trouvaient totalement — 13 — changés et préparaient quelques déceptions aux adorateurs de ce grand art. En 1867, l’Italie tenait le flambeau; il paraît que depuis elle a voulu le remettre en d’autres mains et la France s’est présentée. On ne peut voir cette transmission sans peine et sans en rechercher la cause ; nous la trouvons dans un mercantilisme trop absolu qui a fait dévier le vrai génie. On a calculé qu’en maniant bien le ciseau on pouvait séduire plus fortement les yeux par les imitations mesquines d’étoffes, de broderies, etc., et pour satisfaire des goûts bourgeois, on est allé jusqu’à perdre son temps dans l’imitation servile des cils et des sourcils. Il paraît que cette manière a le don de faire gagner davantage d’argent ; partant de là, on s’est lancé dans la décoration de cheminée, de vestibule, de jardin où toutes choses qui doivent produire le bénéfice d’un adroit plâtrier négociant et non celui d’un penseur ! On a abandonné le piédestal pour courir à la console. Voilà ce que tout le monde a pu voir dans cette série de petits bon- hommes et d’enfants grimaçants. Le marbre et la charge ne peuvent s’allier qu’en faisant une injure au premier, et pourtant une des œuvres les plus saillantes comme esprit et comme touche, consistait en un débardeur féminin en pied ! Il est bien entendu que nous ne parlons que de l’effet général en exceptant respectueusement quelques belles œuvres qui ont été couronnées ; le Sommeil de l’Innocence que nous connaissions déjà, le monument de Cavour et le Vaccinateur ; ce dernier, cependant, se ressent encore du brutal réalisme dont nous avons parlé, néanmoins la vie y éclatait sous le feu de l’art, mais l’art de l’intérieur et non celui du temple ou de la place publique. 14 — La baisse que nous signalons en Italie est d’autant plus regrettable qu’elle n’a pas même servi à l’industrie, tandis qu’en France, lorsque des déviations semblables sont survenues, on a eu au moins le bon esprit de se retourner laborieusement du côté de l’industrie, et une impulsion triomphale lui a été donnée : le grand art s’était réfugié dans l’atelier ! Christofle, Barbedienne et d’autres en fournissent d’honorables preuves. Actuellement, la France sculpturale remonte vers le sérieux; la fantaisie s’y incline sous le charme de ! la haute allégorie et sous le regard sévère de l’histoire. Ces deux puissances ont le don d’initier les artistes aux véritables proportions architecturales et aux belles lignes qui ne se puisent qu’au fond des profondes et nobles pensées. Le marbre allemand est généralement boursoufflé et prétentieux, notre Suisse s’en ressent quelque peu ; la Jeunesse de Caroni (du Tessin) fait cependant une charmante exception à ce défaut. L’Autriche nous a étonnés ; elle possède d’admirables modeleurs de portraits et de figurines. La terre cuite y est l’objet d’une prédilection marquée ; on y remarque aussi le développement du goût pour la décoration monumentale : en somme, le mouvement en avant y est très- visible. L’Espagne nous a montré un Christ qui honore en même temps l’humanité, l’exposition et le sculpteur Val- mitjana de Madrid. Nous terminons ce petit résumé en déclarant qu’il n’a d’autre but que de signaler des tendances générales. Il reste donc bien des parts à faire pour les individualités petites et grandes ; aussi des hommes mieux qualifiés que — 15 — nous ont déjà fait, sans doute, ce travail avec la parfaite équité que réclame le jugement des personnes. L’industriel ne peut que tout effleurer, heureux s’il a pu servir sa cause par quelques observations. S’il n’y a pas réussi, il lui restera du moins l’avantage d’avoir élevé son âme ! Francis GHOMEL, J. DUPONT. ] — (.-1 — î'îhrfSÇ £i D9Y4 ÜLV/JlT S3 .yJtfOi) 6£U3â Jifiî Üràf) T.T<. 5fjO£I *£T& Îfl9i«9glît'sl 9£BfiI^è ? I £>iJ]> èjicpî) £ if' züô-TU9iI t'mliaft-te ujjp ?jj\9çrsix îshiax/bm’J £ v'a ira .sapil/s;m*do- s^ifpfstrp xeq aeirite £2 ‘dvias nq 'ïiovëb £-g-üîrm.7£ t I axiioiu nb sï&zsï lui il ^haubi atiq , ' - ' î 9ÜI£ n02..SV9ià .jaiffQHD 1 ■■aiaaea-ï' . TIÎG < ïÜ <2 X i i !ï . n'-*«-•••, RAPPORT SUR L’HORLOGERIE A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 PRÉSENTÉ AU CONSEIL D’ÉTAT par M. Alexis FAVRE GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOFF, GARRIGUES & Ce 1874 TfltmAfl ii'Jrî MW 1Ü MTMTi i. srst vrac -— h ,—- - TAT^ O JI38MOO UA Mlll tmlk } \l m{ / ■ ' , oo -s, gauouiitÂa «'! !'i-:îHà7 yfaüfcuiiw RAPPORT SUR L’HORLOGERIE A L’Exposition de Vienne de 1873. Monsieur le Président et Messieurs, Je commence ce rapport en vous adressant des félicitations et des remerciements. Des félicitations pour la pensée heureuse que vous avez eue, d’envoyer à l’Exposition de Vienne des délégués, chargés de comparer nos efforts et nos produits industriels avec ceux des autres nations ; de voir et de dire ensuite en quoi nous surpassons ou sommes surpassés. Si quelque chose pouvait encore ajouter à ma conviction, en faveur de la détermination dont je félicite le Conseil d’Etat, c’est l’étude attentive et minutieuse dont j’ai remarqué que nos procédés et nos produits horlogers étaient l’objet pendant le cours de l’Exposition. Nous ne devons point regretter cet examen de l’étranger, car, si on nous étudie de la sorte, c’est preuve que nous sommes encore maîtres dans la partie. Mais nous devons craindre que cet examen ne mette bien- tôt ceux qui nous y soumettent en possession de nos procédés, et ne nous crée des rivaux redoutables, si nous ne nous efforçons de monter plus haut que nous ne sommes déjà parvenus. Comme je le dirai dans la suite de ce rapport, je n’ai pas trouvé à l’Exposition de Vienne un grand nombre d’inventions nouvelles dans l’industrie horlogère; mais j’ai vu dans le perfectionnement des systèmes et des complications déjà connus, dans la création ou l’extension considérable et rapide de nouveaux centres horlogers, la. preuve que la concurrence se prépare sur une échelle considérable. Il était donc utile que nous fussions avertis de cette situation ; il est, par conséquent, honorable pour notre Conseil d’Etat, d’avoir pris, par l’envoi de délégués spéciaux, le moyen d’assurer à l’industrie horlogère de Genève le bénéfice de ce salutaire avertissement. Je vous remercie, Monsieur le Président et Messieurs, de m’avoir honoré de votre confiance en me chargeant, en qualité de délégué du canton de Genève à l’Exposition de Vienne, de ce travail d’étude et de comparaison sur l’industrie horlogère. Je voudrais m’être aussi bien acquitté de cette mission que j’en sens l’importance et que je puis me rendre le témoignage d’y avoir apporté tous mes soins et toute mon impartialité. Ce rapport essaiera d’être le résumé fidèle de mes impressions raisonnées et de mes discussions avec les représentants des grandes maisons et les horlogers de mérite de diverses nationalités. Je ne m’attarderai pas à faire la description des bâtiments de l’Exposition et de leur aménagement ; là n’est pas mon but, je dirai seulement quelques mots sur le classement de l’horlogerie. En 1867, à Paris, les groupes étaient classés de telle — 5 — sorte, qu’en parcourant l’Exposition dans un sens, on pouvait voir tous les produits d’un même pays, tandis qu’en la parcourant dans un autre, on y voyait tous les objets appartenant au même groupe; de cette façon, il était facile au visiteur de voir une spécialité en peu de temps, et de faire facilement ses comparaisons. Cette année, il n’en était pas ainsi; tous les objets étaient classés par nationalité, en sorte que les groupes étaient fractionnés en autant de parties, non-seulement distinctes, mais encore distantes, que de nationalités représentées. Aussi, fallait-il un temps infini pour voir les objets d’un même groupe, et ce n’était qu’au bout de quelques jours que l’on commençait à s’orienter ; après quoi, on ne devait pas craindre la fatigue, pour voir les produits des concurrents; il fallait quelquefois un quart d’heure pour aller d’un exposant horloger à un autre, et cela, chaque fois que l’on voulait faire une comparaison. Il était donc difficile et pénible de tout voir sans être vite fatigué, d’autant mieux que les canapés de repos étaient rares dans les galeries de l’Exposition, et chaudement disputés. Dans chaque pays, Suisse, France, Angleterre, l’horlogerie présentait un bel aspect et une bonne organisation. L’Allemagne et l’Autriche avaient groupé leurs pendules de manière à représenter de vastes magasins d’un examen facile ; les horloges de tours étaient monumentale- ment exposées, et quelques-unes avaient des places choisies, qui permettaient aux amateurs de les apprécier dans tous leurs détails ; par contre, d’autres avaient des places fort restreintes et difficiles à aborder. Il me serait bien difficile d’énumérer ici, en tous points et en détail, tout ce que j’ai pu apprendre pour le main- tien de notre spécialité en belle horlogerie, mais je puis cependant indiquer où nous en sommes en mettant de côté tout esprit de rivalité entre fabricants ou administrateurs, ce dont je ne m’occuperai pas. En acceptant mon mandat, j’ai pensé ne pas me borner à une critique personnelle, mais, au contraire, m’étendre et généraliser la question horlogère pour Genève en particulier, avec toute l’impartialité due à une pareille tâche. Aussitôt arrivé à Vienne, je me suis sérieusement occupé, encouragé par la faveur de pouvoir accompagner le jury d’horlogerie dans ses opérations. M. Wartmann, président du groupe XIV, avait bien voulu entendre ma demande et la faire agréer ; mais je dois ajouter qu’elle n’a pas donné à ma curiosité toute la satisfaction qu’elle en attendait. Les nouveautés en fait d’horlogerie n’étaient pas abondantes ; j’aurais désiré le contraire pour faciliter mon travail et le rendre plus agréable aux intéressés, car il semble que dans une Exposition universelle, on doive rencontrer beaucoup d’innovations ; c’est ainsi qu’il en serait probablement, si les Expositions n’étaient pas aussi rapprochées les unes des autres. A défaut de grandes nouveautés à signaler, j’ai du faire un examen minutieux de tout ce qui était exposé. Et d’abord, je puis affirmer, sans crainte de voir cette appréciation contestée, que Genève est restée au premier rang pour la grande qualité et la bienfaeture des montres de précision et de grande complication. La même place lui est acquise pour le résultat des constatations de marche, faites dans les observatoires. Une grande quantité de montres chronomètres étaient accompagnées de bulletins de marche, tels qu’on ne saurait guère désirer mieux pour les différentes tempéra- 7 — tures, et les positions, soit plat, soit pendu, auxquelles elles ont été soumises. Je puis dire que plusieurs maisons de Genève étaient au premier rang, les unes comme collection et bienfac- ture ; les autres par des produits sortant de leurs ateliers, avec des soins particuliers et exceptionnels ; d’autres enfin, avec le mérite de la fabrication directe et entière de la montre dans leurs ateliers, par des ouvrages compliqués ou terminés avec beaucoup de précision. Ainsi, je le répète, plusieurs maisons, avec des mérites différents, peuvent s’attribuer la première place en horlogerie à l’Exposition de Vienne. Ce qui constitue pour l’horlogerie le caractère différentiel de l’Exposition de Vienne et résume le progrès accompli depuis l’Exposition de Paris, c’est l’adjonction du chronographe (nouveau système en vue) aux montres les plus compliquées. Genève a fourni en grand nombre de répétitions à minute, à cinq minutes et à quarts, des quantièmes perpétuels avec phases et quartiers de la lune, à équation, à longitude, à grandes et petites sonneries, montres pour aveugles, secondes indépendantes, enfin une quantité innombrable de montres compliquées se remontant toutes sans clef. La plupart de ces montres étaient augmentées de complications par le chronographe ; les unes comptant les minutes et les fractions de t secondes; les autres, les secondes sans les minutes ; plusieurs fonctionnaient avec une précision qui ne laissait rien à désirer ; quelques montres compliquées étaient à secondes foudroyantes avec quarts ou cinquième, arrêt et départ instantanés. Peu de personnes se sont bien rendu compte de la précision à laquelle on peut arriver avec le chronographe ; — 8 — cependant, ceci est d’un grand mérite en même temps que d’une grande difficulté ; aussi, en appliquant ce système à des montres de grande complication, on court facilement le risque de jeter de la défaveur sur l’ensemble de la montre, car tous .ces genres indiqués ci-dessus sont souvent plus ou moins groupés dans une seule montre ; il y a là un progrès à chercher, car ce système est d’une grande utilité et je pourrais même dire qu’il serait indispensable, si on arrivait à la perfection. Il en est de même pour les doubles aiguilles rattrappantes dont plusieurs maisons ornaient leurs vitrines. Là encore il y avait des fonctions irréprochables et ceci a été apprécié par des horlogers de grand mérite connaissant les difficultés à vaincre pour rendre ce travail précis, et connaissant également l’utilité d’un objet servant à mesurer avec précision les fractions de secondes, et à faire des expériences nombreuses sans rien déranger à la marche régulière de la montre. Je crois être utile à quelques personnes en indiquant ici la manière de procéder, pour être convaincu d’une parfaite exécution. Lorsque l’on veut s’assurer de la division des cadrans, on peut le faire en regardant attentivement, à l’aide d’un microscope, si' les battements d’aiguille correspondent régulièrement aux coups donnés par l’échappement d’un régulateur ; ainsi l’oreille et l’œil sont en jeu pour cette opération du reste assez facile avec un peu d’habitude. Il arrive quelquefois qu’avec des cadrans bien divisés les aiguilles ne répondent pas ; cette inexactitude vient des dentures inégales ou roues infidèles; la denture étant très- difficile à apprécier, on peut se rendre compte de ce défaut à l’aide d’une plaque avec division parfaite, que l’on 9 pose sur la montre én place du cadran ; j’ai dû à cet effet en faire diviser une à la Fabrique genevoise ; en sorte que maintenant je suis sûr quand les aiguilles sont en rapport avec cette plaque et le régulateur, que je n’ai plus à chercher dans le rouage de la montre; s’il y a défaut avec le vrai cadran, je sais qu’il vient de sa mauvaise division ou de son décentrage, et, dans ce cas, il faut recourir à un cadran plus précis. Je dirai donc qu’il y avait là un grand mérite difficile à apprécier, il est vrai, pour les personnes trop peu habituées à ces ouvrages et n’en connaissant pas la grande difficulté ni l’extrême utilité; aussi, ai-je reçu ave'c satisfaction et orgueil les compliments de plusieurs artistes étrangers pour la précision des montres de Genève, et je me fais un plaisir de les transmettre aux fabricants. J’ai été surpris de trouver à Vienne des horlogers ne voulant pas croire à nos résultats de marche, malgré mes assertions positives. L’apparition des chronomètres de marine à Genève est de bon augure; il y en avait plusieurs exposés; j’ai prié un des meilleurs fabricants anglais de les examiner : il les a trouvés en bon état et de bonne exécution. Ce genre de travail, moins délicat que celui de la montre, ^serait d’une grande ressource chez nous pour les horlogers qui ne peuvent mettre la main aux ouvrages petits et délicats, et sont souvent forcés de renoncer à l’horlogerie après plusieurs années de lutte. Il serait donc à souhaiter que nous eussions une fabrique de chronomètres de marine, et que nous pussions arriver à conquérir dans la chronométrie la place que nous occupons dans l’horlogerie de luxe; nous possédons tous les éléments de cette entreprise. Il ne s’agit pas d’une 10 — nouvelle industrie à introduire, ce n’est qu’un complément de la nôtre que nous devons désirer, car j’ai remarqué cette lacune en voyant à l’Exposition les autres contrées h'orlogères avoir leurs fabriques de chronomètres. Pourquoi resterions-nous en arrière? Il nous faudrait aussi introduire chez nous la fabrique des outils d’horlogerie. Il est vraiment extraordinaire que nous soyons forcés d’avoir recours au dehors, pour nous pourvoir d’outils qui souvent ne sont qu’ébauchés. Je dois cependant rendre justice à la Société Genevoise pour la fabrication des instruments de précision qui s’est toujours montrée empressée à fabriquer tout ce qui lui était demandé par les horlogers. Il est très-probable qu’elle se dévouerait pour rendre de grands services à la fabrication d’outils de précision, dont nous sommes si pauvres en horlogerie. Cette fabrique est plus connue à l’étranger que chez nous; il est à souhaiter pour le bien général que la Société Genevoise forme des hommes de talent à la fabrication des outils d’horlogerie, afin que cette industrie se développe décidément à Genève. Avant de quitter notre Canton, je signalerai une maison de Genève: MM. Amblet et Poncet, qui exposait de l’huile pour les montres, laquelle a été très-appréciée par le jury. Le Canton de Vaud a exposé des montres d’un grand mérite, soit comme complication, soit comme bienfacture. J’ai vu toutes ces montres les unes après les autres, une surtout était la plus compliquée de l’exposition ; les fonctions suivantes s’y trouvaient toutes réunies : Montre à horloge, grande et petite sonnerie, sonnant les heures et les quarts en passant et les minutes à volonté; secondes indépendantes, à double aiguille rattrapante, dont l’une s’arrête à volonté pour faire des observations; secondes 11 — coulées et cinquièmes de secondes sur le même axe, deux tours d’heure, quantième perpétuel, phases- et quartiers de la lune, thermomètre métallique, échappement à ancre, quarante-cinq rubis, triple remontoir et double mise à l’heure. Cette pièce remarquable était cotée au prix de vingt mille francs. De plus, l’exposant avait deux montres à minutes, à longitudes, soit montres de voyage, pouvant donner l’heure de toutes les villes désignées sur le cadran du côté de la cuvette, et laissant par cette disposition les aiguilles de la montre du côté du verre indépendantes des complications. Le même système de double cadran était employé pour un chronographe à trois aiguilles du côté de la cuvette, l’heure du chronomètre étant du côté du verre (nouveau). Cette maison n’avait pas de bulletins de marche officiels, n’étant pas à proximité d’un observatoire. Le Canton de Neuchâtel était dignement représenté par un grand nombre d’exposants, et par un grand nombre de montres or et argent, de plusieurs qualités. Le Locle l’emporte hardiment sur les autres localités de ce canton. Plusieurs maisons exposaient des montres de premier choix qui dénotent un grand progrès. J’ai vu de très-belles pièces, simples et compliquées, accompagnées de bulletins de l’observatoire de Neuchâtel, vues sur six positions, soit: plat sur fond et verre, sur trois, six et neuf heures ; quelques-unes de ces marches sont très-brillantes ; ilnétait pas facile de les comparer avec les nôtres, la durée d’observation n’étant pas la même. Une maison du Locle exposait plusieurs chronomètres de marine; les ayant vus de très-près, je puis dire que j’ai été surpris de leur belle exécution ainsi que de leur résultat de marche; on reconnaît à première vue une fabrique bien organisée et une production déjà développée. Le Locle a depuis 1868 une école d’horlogerie qui fait partie des institutions municipales; elle a pour but la création successive de toutes les branches relatives à cette industrie; le nombre des élèves est aujourd’hui de 25, c’est juste les places dont elle peut disposer. Dans son rapport de 1872-73, la commission de cette école a sollicité du Conseil général de la municipalité, un local plus vaste, afin d’établir définitivement une classe de repassage ; il est presque certain qu’elle l’obtiendra, car déjà une montre, faite d’un bout à l’autre, par un des élèves de l’école d’horlogerie, a été mise à l’observatoire et a obtenu un résultat inespéré, dans les six positions et aux températures différentes. C’est un encouragement pour l’avenir de l’école. Quatre professeurs y enseignent la théorie, et, chaque année, des experts sont choisis pour apprécier les résultats obtenus, tant sous le rapport de la théorie que sous celui de la pratique. La France , représentée par les grandes manufactures d’horlogerie de Besançon, a fourni une exposition abondante de montres de qualité inférieure à celles de la Suisse. Toutefois les experts ont reconnu une amélioration sensible dans leurs produits. Quelques montres, faites à Paris, sont d’une très-bellee xécution sous le rapport du mécanisme et du bien-fini ; elles ont un système de remontoir perfectionné, qui a l’avantage de laisser la minuterie très-indépendante; la mise à l’heure se fait par un cercle denté, ayant le même nombre que le barillet,, et ajusté à frottement sur le couvert, (sans altérer la hauteur du barillet) et engrenant à la chaussée de même nombre que le pignon du centre ; ce cercle engrène également 13 — un pignon de renvoi, qui, à son tour, est mis en contact avec le pignon de pointe, lorsque l’on veut mettre à l’heure. On voit par cette heureuse disposition que la minuterie au lieu de mener constamment les renvois, et quelquefois péniblement, suivant leur nombre, est au contraire, dans ce système, aidée par l’engrenage du cercle à la chaussée : c’est incontestablement une bonne amélioration pour la régularité de marche. Les roues de remontoir (rochets et couronnes) sont très-nombrées, et un double encliquetage en rend le remontage très-doux. A côté de cela, la France a exposé des chronomètres de marine d’un beau fini: (on connaît du reste sa bonne réputation à cet égard) avec de magnifiques pendules de cheminée. Une entre autres remarquable par la beauté de son travail et sa complication, a tout particulièrement attiré mon attention parce qu’elle renfermait de petits mécanismes à peu près semblables à ceux de nos montres les plus soignées. J’ai vu de petites pendules, très-commodes pour les voyageurs, et des régulateurs de précision. On voyait aussi la pendule-statuette, avec balancier libre, de Guillemet. Quelques personnes m’ayant demandé depuis mon retour comment se produisait le mouvement continuel du balancier, je pense utile d’en donner icMa description : La mise en marche de cette pendule requiert les opérations suivantes: s’assurer avec un niveau d’eau, si elle est bien horizontale; mettre la suspension dans le tube tenu par la statuette, la visser fortement, placer la statuette sur la terrasse, accrocher le balancier et le lancer. Pour le réglage, il faut maintenir la lentille du balancier, tourner l’écrou du milieu à droite pour avancer, et à gauche pour retarder. La marche du balancier est entrete- nue par un mouvement circulaire de va-et-vient invisible, donné par l’échappement à la statuette, et qui déplace le point de suspension du balancier. La terrasse mobile supportant la statuette doit être libre entre ses deux pointes, mais sans jeu; on passe entre le marbre et la terrasse une feuille de papier pour s’assurer de l’espace nécessaire. La statuette est équilibrée sur son arbre, afin que la pression du balancier qui fait décrocher l’échappement, soit toujours égale. On s’assure de l’équilibre en déboitant le mouvement, et en plaçant la statuette et son balancier, auquel on donne une légère impulsion; la tige qui se trouve après l’arbre doit venir au milieu de l’ouverture. Le volant doit rester au repos et se décrocher par une légère oscillation du balancier: la boule en acier, qui est dans la fourchette, doit avoir le moins de jeu possible, sans cependant être serrée; la marque sur la fourchette indique la place de cette boule. Le porte-boule en cuivre doit avoir le jeu nécessaire dans l’ouverture de la platine de devant, afin de soulever légèrement et également le ressort qui appuie sur la fourchette ; la pression de ce ressort est indispensable à la marche régulière de la fourchette. L’école d’horlogerie de Cluses , exposait des ouvrages sortis de ses ateliers et faits par les élèves : Seize échappements (divers modèles) dont quelques-uns parfaitement réussis; plusieurs montres terminées, parmi lesquelles: une à deux tours d’heure, une répétition à cinq minutes, un mouvement seconde indépendante et répétition; des blancs, des finissages et des échappements, tous ces ouvrages bien faits, surtout pour des apprentis. Tel est l’honorable bilan de cette jeune exposition. Cette école donne aussi l’instruction théorique par des professeurs spéciaux. 15 — L’instruction pratique y embrasse la fabrication des ébauches, les pignons, la cadrature, le finissage, les diverses espèces d’échappement, le plantage, l’emboîtage et le réglage, les différentes parties accessoires, telles que denturage des roues, sertissage et travail des boîtes. L’instruction théorique comprend le dessin des machines appliquées à l’horlogerie, l’arithmétique, la géométrie, les éléments d’algèbre, de mécanique, de physique et de cosmographie également appliquées. La France possède également une école d’horlogerie à Besançon, elle n’a pas exposé ses produits. Ces deux écoles sont soutenues par le gouvernement. Passons en Angleterre , où. on n’est pas surpris en voyant l’étalage de ses magnifiques et renommés chronomètres de marine. L’Angleterre a dans cette branche de l’industrie horlogère une habitude de supériorité qu’elle n’a pas plus abandonnée à Vienne qu’à Paris. Un fabricant surtout m’a montré ses ouvrages en détail, je les ai trouvés d’un travail remarquablement fini. Le même exposant avait de très-belles montres anglaises, avec leur cachet national assez connu à Genève ; c’est ce même horloger qui a examiné les chronomètres de Genève dont j’ai parlé ci-dessus. Je tiens à faire remarquer que cet artiste fait indistinctement le chronomètre de marine et la montre de poche. Les chronomètres de marine se vendent en moyenne mille francs, ce prix peut être de beaucoup. dépassé, suivant le résultat du réglage. Les montres de fabrication anglaise sont d’un grand mérite, il y a cependant des qualités variées, suivant les places industrielles où se fait l’horlogerie. Les montres compliquées sont, pour le plus grand nombre et dans la plus grande partie de leurs éléments, de provenance suisse, — 16 — par les mouvements qui sont tirés de la Suisse. Il est donc inutile d’en donner une description étendue; je dirai seulement que ces montres sont terminées avec tous les soins désirables. L’Angleterre fournit aussi des régulateurs de grande précision. Il y avait à Vienne beaucoup moins d’exposants anglais qu’aux Expositions précédentes. Je reviendrai un peu plus loin sur quelques détails, en parlant des diverses parties de fabrication. L ’Allemagne n’a pas beaucoup de montres exposées; une maison cependant paraît jouir d’une grande activité. Ses produits sont d’un bon courant et de genres divers qui dénotent d’abord une fabrication organisée. On voit apparaître même des répétitions, des secondes indépendantes, des montres à doubles tours d’heure, remontoirs au pendant. La pendule ordinaire s’étale en grande quantité, tels que coucou, etc., ainsi que les horloges de tour. Ces genres n’étant d’aucun intérêt pour notre industrie de la montre, je ne m’y arrêterai pas ; ce qui a le plus attiré mon attention c’est l’exposition de différentes localités, consistant en régulateurs et chronomètres de marine très- bien faits. Un habile horloger d’Altona, près Hambourg, a présenté des régulateurs et chronomètres hors ligne, le travail en est irréprochable, et, ce qu’on admire le plus dans cette vitrine, ce sont toutes les pièces d’un chronomètre démonté; les pignons, ailes, tiges et pivots sont faits à la perfection, d’un beau poli; les axes, les différents ressorts, ainsi que l’échappement sont d’un fini tel qu’on ne peut pas voir mieux dans nos plus beaux ouvrages; deux modèles, dont l’un à ancre et l’autre à détente, sur pla- - 17 — tine de 20 centimètres environ, spécialement faits pour en démontrer avec facilité les fonctions mises complètement à découvert. Cette vitrine a été achetée tout entière par le gouvernement allemand, pour être classée parmi les objets servant à l’enseignement. Cet habile horloger s’est fait un plaisir de me montrer tous ses ouvrages et de me donner les indications suivantes, relatives aux observatoires. A Kiel, la chambre où sont exposés les chronomètres est aménagée de telle manière que la température est partout égale, soit en haut, soit en bas, et que l’on change à volonté les degrés de température. Il y a obligation pour toutes les montres de marine d’en subir les épreuves à Kiel, avant d’être achetées, même obligation de faire l’observation pour chaque particulier qui demande d’avoir une pièce avec bulletin. Le centre pour toutes les observations de l’Allemagne sera Berlin, où il y aura aussi un musée pour tous les instruments. Toutes les écoles maritimes auront les échappements de l’horloger sus-mentionné ; de plus, il a reçu l’ordre de faire, avec d’autres ouvrages de précision, un instrument pour mesurer l’isochronisme du spiral, un instrument faisant les mouvements d’un vaisseau pendant l’orage, pour y poser les chronomètres, enfin un ventilateur pour exercer autant que possible l’effet de l’orage direct sur les pièces à observer. Nous aurons plus tard une description générale et détaillée de tous ces instruments. L’Allemagne se préoccupe beaucoup pour obtenir de très-bons chronomètres de marine. Cette préoccupation 2 — 18 industrielle et scientifique répond sans doute à son ambition d’avoir une brillante marine. U Autriche a une grande quantité de pendules, régulateurs et horloges de tours; quelques montres indiquent un commencement de fabrication ; une fabrique a de beaux échantillons, elle est, je crois, soutenue par le gouvernement; j’ai vu plusieurs belles montres faites en Autriche, mais la majeure partie de celles qui sont exposées sont de provenance suisse. Déjà une école d’horlogerie théorique est instituée, attendant une école pratique; le directeur a exposé toutes les pièces d’un chronomètre qu’il a fait lui-même à Vienne; j’en ai vu tous les détails et admiré la bonne exécution de toutes les parties ; c’est un travail qui servira de modèle pour l’enseignement. Beaucoup d’ouvriers travaillant chez eux à des parties détachées de la petite pendule, ont des moyens d’activité réellement surprenants. A l’aide d’excentriques remplaçant le balancier, ils frappent eux-mêmes toutes les diverses pièces dont ils ont besoin ; ces excentriques sont mis en action simplement avec le pied, c’est un incontestable moyen de diligence qui pourrait être employé avantageusement pour la montre. En Hollande, à Amsterdam, se font des régulateurs de premier ordre, ainsi que des chronomètres de marine dont plusieurs étaient exposés ; ces chronomètres se vendent en moyenne au prix de cinq cents florins. Là encore, un exposant avait un échappement (modèle) en grand, avec une disposition très-ingénieuse pour vérifier ses fonctions par degrés. Une aiguille est placée sur l’axe de la roue et une sur celui de l’ancre ; chacune correspond à une division sur la platine, ce qui permet d’ob- — 19 —• server en même temps que les degrés parcourus par l’aiguille de l’axe d’ancre, sa levée totale et ses repos, la régularité de la roue, c’est-à-dire la précision de son taillage : à cet effet, un bras est ajusté sur l’ancre, et vient jusqu’au bord de la platine pour la faire manoeuvrer avec facilité ; la roue est menée par un engrenage. C’est un système que nous connaissons depuis longtemps pour les levées, mais approprié surtout à la vérification de la roue d’échappement. J’ai appris ensuite que nous en possédions un à Genève depuis fort longtemps et qu’il est au conservatoire industriel. Le Danemark a exposé des montres d’un superbe travail ; on y remarque surtout les montres à fusée avec remontoirs au pendant, système bascule sans targette. La Russie a exposé un superbe chronomètre électromagnétique d’un travail vraiment admirable. A côté de lui se trouvait un autre chef-d’œuvre sans utilité, que je crois cependant bon d’indiquer comme étant un travail très-délicat. Ce sont : deux montres dix-neuf lignes, en bois, échappements à cylindre, faites par un découpeur sculpteur. Ces montres fonctionnent très-bien ; je les ai remontées pour les voir cheminer, et à ma grande surprise, elles fonctionnaient avec sûreté. Les spiraux et les ressorts moteurs seuls sont en métal; les roues d’échappement très-bien finies sont en bois de hallier, de même que toutes les autres roues, avec de jolies dentures et des croisées très-délicatement faites, les encliquetages de remontoir avec des fonctions sûres, et les vis ; en un mot, tout est en bois comme les boîtes avec leurs charnières, et tout fonctionne très-bien ; les pignons et les cylindres sont en os; si chacun,dans sa partie spéciale, essayait de faire un des organes de ces montres, on pourrait appré- — 20 — cier les difficultés considérables de ce travail original ; cependant je ne veux mettre ici personne au défi, car je sais d’avance que j’aurais tort. Beaucoup d’autres pays ont des spécimens d’horlogerie, mais ils ne méritent pas de nous arrêter ; je préfère donner quelques détails sur les différents ouvrages qui nous intéressent de plus près. L’échappement, une des parties les plus importantes pour la précision des chronomètres, a heureusement gardé son centre à Genève pour les montres de premier ordre. J’en ai vu dans plusieurs localités ; il est à regretter que quelques fabricants d’échappements, bien connus chez nous, n’aient pas exposé, ils auraient certainement obtenu plein succès; néanmoins il était facile aux connaisseurs de reconnaître et apprécier ce genre de travail en examinant les montres de premier choix qui en étaient pourvues ; je ne parle certainement pas des montres anglaises qui ont en général des échappements faits en Angleterre et avec beaucoup de soin et de précision; les rares échappements de Genève que l’on y rencontre dans les belles pièces prouvent que les Anglais commencent à avouer leur confiance en nous, car pendant longtemps ils prétendaient qu’il n’y avait que les leurs qui pussent régler. Un fabricant d’échappements du Locle a exposé des assortiments de plusieurs qualités, parmi lesquels de beaux échantillons à ancre bien finis; il possède des moyens de fabrication qui, tout en faisant bien, lui permettent de faire beaucoup avec une régularité exceptionnelle. Je ne puis mentionner aucune innovation dans cette partie; on s’est particulièrement appliqué ces années dernières à améliorer l’échappement à ancre, et les résultats — 21 — qu’il donne maintenant, permettent de supposer qu’il sera difficile de le remplacer avantageusement; les échappements très-compliqués ont heureusement disparu en grande partie. En fait de balanciers compensés pour les montres, je n’ai rien vu de nouveau, sinon ceux à masses coulisses, un peu plus répandus qu’aux dernières Expositions ; quant aux balanciers de chronomètres marins, beaucoup sont pourvus de compensations supplémentaires connues à Genève et indiquées dans différents ouvrages à la portée de tous les horlogers. Comme en 1867, un horloger a construit, aux fins d’empêcher le retard dans les températures extrêmes, un balancier qui corrige cette imperfection. Ce balancier a deux lames bi-métalliques, l’une au-dessus de l’autre, de maniéré à agir séparément, mais du reste d’une pièce et réunies à la croisée ; la lame au-dessus est d’un tiers plus mince que l’autre et, par conséquent, beaucoup plus sensible, et c’est de cette sensibilité qu’il se sert pour suppléer le nécessaire ; à la lame inférieure, il a appliqué par une vis un petit bras d’acier qui empêche que la lame de dessus n’agisse extérieurement plus que l’autre au froid; mais au chaud, elle agit librement vers le centre, et de cette manière corrige le retard dans les extrêmes ; on peut constater ce mouvement à l’aide d’un microscope, en faisant opérer une variation de quelques degrés dans les températures extrêmes. Un chronomètre avec ce genre de balancier a donné un des résultats des plus brillants connus à ce jour, c’est pourquoi je le rappelle comme étant resté en première ligne et pouvant rendre de grands services. Les trous de rubis se font à la perfection dans différents endroits; il y en a plusieurs expositions. Un sertis- seur du canton de Neuchâtel, qui peut être considéré comme un des plus forts pierristes, a exposé depuis les plus gros trous jusqu’aux plus petits ; ses pierres sont polies comme il est impossible de faire mieux; les trous sont de bonne forme et la longueur bien proportionnée à la grandeur, ils sont légèrement bercés avec de petits angles bien arrondis, et les huilières parfaitement comprises; les sertissages en plein ainsi que ceux à chaton ne laissent rien à désirer. Là encore nous n’étions pas représentés, cependant il y a à Genève des sertisseurs et faiseurs de trous assez capables pour nous faire honneur ; en tous cas, il faut prendre garde de ne pas se laisser dépasser, car on met beaucoup de soins, et avec raison, aux trous de rubis, partout où se fait la belle horlogerie. Pour les spiraux il y a eu à cette Exposition un grand concours. Les exposants venaient à peu près tous de Genève et de Neuchâtel. Presque tous les spiraux sont fixes et sans redressage. Ayant été invité à me joindre au Jury pour les expériences à faire, je puis assurer que la plus grande partie sont restés inaltérés au feu, chauffés jusqu’au bleu gris; je dois cependant faire remarquer que l’on peut et doit encore gagner quant à la préparation de l’acier, pour lui faire acquérir l’élasticité nécessaire. Il y aura sans doute pour les nouveaux venus beaucoup à travailler pour arriver à faire des spiraux parfaits, tels que feu M. Lutz a su en produire. Il faut maintenant compter avec nos concurrents infatigables. Un des inconvénients à éviter est sans contredit la rouille, il est évident que ceci ne peut s’observer qu’avec le temps, ainsi que d’autres détails que l’usage seul peut faire apprécier. Aux dernières Expositions, on voyait beaucoup de spi- — 23 raux de genres très-variés, ainsi que différentes formes de courbes. Il ne paraît pas que l’expérience ait confirmé les espérances, car, cette année, presque tous ces essais ont été abandonnés pour revenir aux spiraux coudés ou cy- lyndriques avec courbes terminales, telles que M. Phi- lipps, ingénieur des mines, les décrit dans son ouvrage sur le spiral réglant des chronomètres et des montres, à en juger du moins par le trop petit nombre d’horlogers anglais présents à l’Exposition de Vienne. Les cadrans de Genève font l’admiration de tous les amateurs, et nous n’avons qu’à désirer le maintien de cette application. On reconnaît dans les exposants une envie de rivalité, qui, seule, peut faire arriver à un si beau résultat. Cette exposition ne peut donner aucun sujet à la critique, elle est complète, tous les genres y sont réunis. Le centrage des divisions est le point le plus essentiel auquel il est urgent toujours de s’attacher de plus en plus; il y avait, du reste, des échantillons parfaitement réussis. Les boîtes de montres faites à Genève se voient partout, cette industrie garde à juste titre sa réputation ; il n’y a qu’à encourager les monteurs de boîtes à continuer; les formes sont variées à l’infini, depuis les genres les plus antiques jusqu’aux plus modernes, il y a du choix pour tous les goûts. Si l’on constate que les montres de premier choix ont de très-belles boîtes bien finies et fonctionnant très-bien, je dois, à regret, dire que d’autres, sortant généralement bien faites des mains de l’ouvrier monteur de boîtes, laissent trop à désirer quant au fini. J’ai vu quelques boîtes dont les fonctions étaient médiocres, ainsi que les ressorts et souvent des goupilles de charnière s’alibrant au point de faire rebattre les couverts dès qu’ils ont été ouverts une ou deux fois seulement, puis, la boîte ne ferme plus que très-imparfaitement. Ces défauts et d’autres, avouons- le, viennent très-souvent des horlogers qui se chargent de ces détails; il est temps de porter un remède décisif à cet état de choses, en combinant mieux ce que j’appellerai le repassage de la boîte. Il est étonnant, en voyant les soins que l’on apporte dans les mécanismes intérieurs, qu’on se rebute devant ceux à donner pour finir les boîtes où, au premier coup d’œil, on voit de vilaines vis, etc. En fabrique, on ne remarque presque pas ces détails, et cependant on est extraordinairement rigide pour les fournitures du mouvement. Un repasseur vient-il à rayer même imperceptiblement une vis, un dorage, etc., que vite il s’empresse de rafraîchir l’objet détérioré. Eh bien! si l’on prenait l’habitude de porter la même attention aux fournitures de la boîte, nous arriverions sans doute à n’avoir plus rien à envier aux Anglais, dont nous connaissons depuis si longtemps la supériorité pour le fini des boîtes. Us mettent beaucoup de soins dans leurs mouvements de précision et savent que les boîtes sont faites pour les garantir; ils s’efforcent de leur donner un cachet de fini et gardent pour cela une réputation bien méritée ; les vis, les ressorts, passages, charnières et polis sont à leurs boîtes ce que les divers mobiles ou ressorts sont à leurs mouvements. Nous ne devons pas leur laisser plus longtemps cette distinction dont on ne manque pas de nous ennuyer toutes les fois que l’occasion se présente. En revanche, les accessoires de la boîte, tels que tirages de répétition, arrêts de secondes, mises à l’heure, et enfin, toutes les choses de ce genre assez difficiles à exécuter et comprises dans l’emboîtage, sont sans reproche; j’en ai reconnu beaucoup — 25 — dans les expositions étrangères pour être faits à Genève; quelques ressorts de boîtes sont très-bien faits, mais ce n’est pas assez général. Les cages de mouvement en nickel se font maintenant sur une grande échelle. Le métal dont on se sert pour les montres, est composé de cuivre 60 °/ 0 > nickel 20 %, et zinc 20 %; on en fabrique avec des proportions moindres, ce qui est facile à reconnaître d’après les différentes nuances. En effet, quelquefois ce métal est d’une teinte verdâtre, et, d’autres fois, il est d’un blanc plus rapproché du nickel qui a toujours une teinte grisâtre, et pour dissimuler ces couleurs plus ou moins belles, on argente les mouvements quand ils sont terminés adoucis; j’ai remarqué que les pièces nickel perdaient facilement leur fraîcheur ; beaucoup à l’Exposition étaient tachées si elles étaient argentées! et jaunâtres si elles n’étaient qu’adoucies, ce qui m’a amené à des réflexions que je dois indiquer puisqu’elles viennent de mes observations générales. Ainsi, à côté des inconvénients indiqués, il y a ceux de la fabrication. Ce métal est difficile à travailler, il abîme en peu de temps les outils les mieux conditionnés; chaque ouvrier appelé à le travailler en connaît le désagrément. Déplus,le nickel étant susceptible d’une faible aimantation, il serait bon d’étudier jusqu’à quel point il peut agir sur le spiral, et sur le balancier lui-même; de plus, en horlogerie, le nickel a un grand inconvénient: l’huile se répand et se dessèche très-vite dans les'trous de pivotement, et fait facilement un mauvais limon dans les frottements à pression. Ne conviendrait-il pas d’employer de préférence, pour les montres de précision, le laiton bien forgé avec un beau dorage comme il est facile de l’obtenir à Genève; car en- core, sur ce point, je puis dire que nous avons beaucoup progressé ; les doreurs sont arrivés à donner avec un grenage à l’or, un lustre très-beau et qui dure aussi longtemps que l’on prend des soins ; le mouvement conserve un cachet de propreté, duquel nous sommes tant amateurs. En somme, quoique Genève soit restée le centre de la belle horlogerie, il est un point essentiel qu’il ne faut pas perdre de vue; c’est celui d’y réintroduire la fabrication des cadratures, finissages et calibres de montres compliquées que nous avons laissé partir, et qui cependant est de première nécessité. Nous devons travailler sérieusement à cette réorganisation qui nous a valu notre grande réputation; j’insiste sur ce point capital, car c’est, suivant moi, le moyen le plus sûr d’une longue existence de la fabrique spéciale des montres de Genève. Déjà l’on voit les horlogers des différents pays se procurer des mouvements de montres compliquées à la Vallée pour les terminer chez eux, et, par ce fait, nous mettre quelquefois dans l’impossibilité de fournir aux besoins de notre industrie. Et puis, ne faut-il pas s’attendre à ce que les fabricants de mouvements eux-mêmes prennent aussi l’envie de terminer les montres, puisque plusieurs le font déjà. Donc, à mon avis, le seul moyen de fabriquer longtemps est de centraliser, le plus possible à Genève et dans les différentes localités du Canton, tous les éléments de fabrication, depuis la montre la plus simple jusqu’à la plus compliquée, depuis l’ébauche et le pignon jusqu’au parfait réglage de la montre, afin d’être prêt à toute éventualité. Il faut compter, avant tout, sur ses propres forces et, pour cela, il ne faut pas nous endormir sur nos lau- — 27 — riers ; les fabricants doivent faire tous leurs efforts pour faciliter les ouvriers qui seraient disposés à entrer dans cette voie. J’ai vu quelquefois à Genève des artistes, (je ne crains pas de les qualifier ainsi) capables de remplir le plus beau rôle dans une des parties ingénieuses de la montre ; mais forcés de gagner, pour subvenir à leur entretien, et ne trouvant pas à employer leur temps et leur talent à des ouvrages d’art, comme construction d’ouvrages compliqués,etc.,ils étaientforcés de se voueràdes branches insignifiantes et complètement opposées à leur talent naturel, et, par ce fait, restaient des ouvriers de fabrique, souvent avec un emploi secondaire. C’est pourquoi il faut veiller à cet état de choses, et, lorsque l’occasion se présente de faire différents mécanismes nouveaux, chercher à les faire exécuter sur place, au lieu d’avoir immédiatement recours à une autre localité et à des personnes auxquelles il faut également donner les explications nécessaires pour l’objet à construire. Faire le plus possible sur place, c’est le moyen de développer l’intelligence des jeunes ouvriers, et surtout de leur donner l’idée de la composition et des tracés; ce qui s’obtient ailleurs en fait d’horlogerie, peut s’obtenir à Genève, avec le dévouement nécessaire pour commencer. Il est temps de prendre cette détermination ; mes observations se sont portées très-particulièrement là-dessus, précisément parce que j’ai pu me convaincre que tous les pays industriels font de grands efforts pour conquérir ce que nous n’aurions qu’à maintenir. D’après mes informations, l’Amérique, quoique n’ayant pas exposé de montres, possède plusieurs grandes fabriques ; on y fait avec facilité les grandes montres, moins bien celles pour dames. Un des meilleurs horlogers méca- 28 — niciens d’Amérique avouait qu’ils ne pouvaient arriver que jusqu’à une certaine limite pa;r l’emploi des machines ; au-delà de cette limite, il faut la main-d’œuvre qui coûte très-cher chez eux, dès qu’il s’agit de travaux de précision; de là vient la cherté des montres américaines dépassant les qualités moyennes. Donc, si nous persistons à faire tous nos efforts pour garder et renforcer notre spécialité, nous pouvons espérer de bien longues années de prospérité; tandis que, si nous restons stationnaires, nous croyant sans pareils, nous verrons bientôt des tentatives faites pour nous égaler, dans l’espoir de nous remplacer. Il faut se convaincre que cette idée est persistante dans bien des localités, et ne pas trop se bercer de l’espoir que les machines ne peuvent pas remplacer ce que l’on fait à la main ; il y a certaines parties où les outils-machines peuvent être utilisés, mais aussi bien à Genève qu’ailleurs et, certes, plusieurs maisons fabriquant ici la montre entière sont un sûr garant de mon assertion. En Amérique, on ne peut pas encore obtenir facilement des ouvrages de premier choix, ce qui fait voir combien nous devons travailler à garder et fortifier notre spécialité reconnue, étudiée et enviée; il est nécessaire de resserrer et réunir toutes nos forces, et de les employer à propos, afin d’être le moins possible tributaires de localités qui finiraient, si nous les aidions nous-mêmes, par renverser les rôles ; alors il serait bien difficile et peut-être impossible d’y porter remède. Il faut donc commencer avec les jeunes gens pendant le temps de leur apprentissage, et, pour cela, il serait bon d’avoir à l’Ecole d’horlogerie une organisation telle qu’elle pût former les élèves à tracer et créer les différents calibres de montres. Ne serait-il pas extrêmement utile que — 29 — dans chaque classe de l’Ecole municipale d’horlogerie, une commission d’experts fût chargée de faire subir aux élèves un examen de théorie à la fin de chaque année scolaire, au moins pour ceux qui seraient disposés à faire les études nécessaires pour devenir de bons horlogers. Il ne suffit pas seulement d’apprendre à tourner et limer parfaitement bien; ceci s’obtient avec le temps, plus ou moins vite, selon l’habileté des apprentis. Il faut l’habitude des difficultés et de la réflexion, mais le moins possible une routine consistant à copier un même calibre par le moyen du pointage, à l’aide d’une plaque préparée à cet effet ; ce système de calque est bon dans son genre pour démontrer le travail de fabrique, mais il ne faut pas trop s’y arrêter, il ne donne aucun résultat pour l’élève et lui enlève toute spontanéité. Il faut absolument donner à l’apprenti l’idée de ce qu’il fait et le mettre à même de tracer le calibre de la pièce qu’il doit entreprendre, et cela pour tous les degrés, durant tout le temps de l’apprentissage et dans tous les ouvrages qu’il doit faire, car on sait que ce n’est jamais par le travail manuel que l’on débute pour une innovation. Elle ne réussit que très-rarement si le tracé n’est pas fait en premier lieu ou gravé dans l’imagination du constructeur: c’est pourquoi je crois qu’il est nécessaire de donner autant que possible aux élèves l’idée de ce qu’ils doivent entreprendre. On connaîtrait bien vite par ce moyen les jeunes gens aptes à la composition, et ceux-là pourraient être poussés ; on pourrait leur faire exécuter des travaux en dehors même de ceux qui se font dans l’enseignement régulier. Pour y arriver, il faudrait que chacun s’y prêtât. Par exemple, lorsqu’un fabricant désirerait mettre en pratique une idée, un mécanisme quelconque, il serait bon \ de tenter à l’école d’horlogerie avec les apprentis les plus avancés, qui désireraient participer à un ouvrage exceptionnel ; le changement de travail serait certainement un stimulant plus efficace que la routine; il serait même à désirer et à souhaiter que dès que les élèves sont un peu avancés, leurs ouvrages fussent destinés aux fabricants. De cette manière, ils se formeraient avec eux et seraient, en finissant leur apprentissage, aü courant de la fabrique, tandis que maintenant les jeunes gens en général croient, en sortant de l’école, avoir franchi tous les obstacles et être d’une force éprouvée. Les parents également, pour la plupart, croient à une fin d’apprentissage, et il y a toujours déception et souvent découragement. Il n’en serait pas ainsi quand les élèves les plus avancés seraient mis en rapport avec les horlogers consommés, et puis il y aurait encore dans cette manière de procéder un immense avantage pour eux : celui de voir dans les comptoirs les ouvrages de premier mérite qui pourraient leur être montrés, car, enfin, le sens du beau se fortifie par l’exercice, nous n’avons pas d’autre moyen que celui-là. Nous ne pouvons pas aller dans les musées, nous ne sommes pas favorisés de ce côté-là comme les peintres, les dessinateurs ou autres qui peuvent s’inspirer par les expositions permanentes des œuvres des grands maîtres; il faut donc procéder différemment, car il est évident qu’un horloger ne voyant rien au-dessus de ce qu’il fait se croit maître. Il serait très-urgent d’avoir quelquefois de beaux modèles bien exécutés et les mettre sous les yeux des élèves; il faut qu’ils voient pour être convaincus, et on en trouvera toujours quelques-uns qui voudront imiter ces modèles s’ils ne peuvent les surpasser. Je dirai même qu’il — 31 — serait avantageux qu’il y ait à l’Ecole d’horlogerie tous les éléments pour faire la montre entière, afin de pouvoir faire des élèves maîtres, capables de remplacer à leur tour les professeurs et progresser sensiblement dans la voie de l’enseignement et être au courant de toutes les difficultés que rencontre l’établissement, et par ce moyen former de bons ouvriers pour les différentes parties accessoires de la montre, tels que fabricants de balanciers, pi- voteurs, faiseurs de trous, sertisseurs, emboîtage, tirages de répétition, ressorts-timbres, ressorts de boîtes, polisseurs d’aciers, de vis, etc., denturage et taillage de roues, enfin tous les détails qui constituent la fabrique d’horlogerie. En facilitant les élèves qui ne pourraient pas suivre tout le temps indispensable à l’étude successive de toutes les branches, on pourrait créer des spécialités comme indiqué ci-dessus, car pour bien des causes différentes que je n’ai pas à énumérer ici, le nombre des élèves pouvant poursuivre jusqu’au bout les études que l’Ecole d’horlogerie pourra offrir sera toujours restreint; mais on sait aussi que le but n’est pas celui d’arriver à l’impossible; il convient avant tout de former des horlogers d’élite pour toutes les branches, et de procurer rapidement des ressources aux jeunes gens ne pouvant donner un temps assez long à un apprentissage complet. Ceci paraîtra un peu hardi à beaucoup d’horlogers: mais je crois cependant qu’avec le concours des fabricants on pourrait arriver facilement à suivre avec succès toutes les branches de l’horlogerie à l’Ecole, avec l’adjonction d’une classe supérieure (si on veut la nommer ainsi), qui ait toute la confiance des intéressés; cette classe travaillant pour la fabrique avec une bonne organisation pourrait donner sous peu de brillants résultats et une pépinière de bons horlogers. Je — 32 — désire que nous soyons les premiers à suivre cette voie, mais pour cela il n’y a pas de temps à perdre. Ces quelques détails me sont inspirés par le désir de voir l’horlogerie de Genève prospérer de plus en plus, et par l’attitude que j’ai pu remarquer chez les ouvriers d’autres pays. En conséquence, j’espère que dans le cas où j’aurais pu froisser quelques susceptibilités, on voudra bien m’excuser et ne voir dans ces quelques lignes que l’envie d’être utile à l’affermissement de notre fabrique. Puisque je suis appelé à faire un rapport, je le fais sincèrement sans m’occuper d’autre chose que d’éveiller l’attention de tous sur les points les plus délicats. Etant moins familier avec la plume qu’avec l’horlogerie, je demande que l’on m’accorde beaucoup d’indulgence pour ce premier travail. Je pense, à l’occasion, pouvoir être plus utile aux intéressés, que je ne le suis avec ce compte-rendu où je n’en finirais pas, s’il fallait que je traite à fond toutes les choses utiles que j’ai vues; pour cela je me mets à la disposition de Messieurs les horlogers et autres personnes qui auraient quelques renseignements à me demander. Si j’ai évité d’indiquer les noms des hommes les plus méritants, ce n’est pas crainte de voir mes jugements contestés, j’ai compris que ce n’était pas mon affaire, c’est pourquoi je me suis abstenu de détailler les expositions de chaque concurrent. J’aurais risqué dans mes appréciations personnelles d’être parfois en désaccord avec ceux à qui cette tâche incombe, c’est pourquoi je me suis renfermé dans un travail d’ensemble: le rapport général des jurys donnera tous les détails concernant les exposants. Quant à moi, je ne puis que former des vœux sincères pour le progrès et le maintien à Genève de son industrie nationale dans toutes ses parties, afin qu’elle reste la capitale de l’horlogerie. Agréez, Monsieur le Président et Messieurs, l’assurance de ma haute considération. Le délégué du Canton de Genève pour Vhorlogerie à VExposition de Vienne, Alexis FAVRE. iX - = iiT'hfff IIOH ?>}', ïr->îtîi!.;UI-f “ r •• 4'liiO'î‘t J;' .*•) -)!! Tifi iïüj» wS* l *4üfi • - .Mrs- ,- ! ? ;tf'î rlTifs^r,ri1*J’>i^j!vi'A f VM -yr,;f " .rf«iî.*i-s4{ii";uo-j n.tjmi jsm ob ' ’*-w\ v o'v'h\‘^V> -.H) .-.lUt’.O -uV- -'A ' ' ..>HWVs r -î .3 H VATE ai v - £ ii v. ; &■ RAPPORT SUR LES PROGRÈS DE LA CHIMIE A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 PRÉSENTÉ AU CONSEIL D’ÉTAT 1 par Emile ADOR, D r phil. Professeur suppléant à l’Université de Genève. GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOFF, GARRIGUES & C e 1874 THOS'iAH mm u mmm V/V1 ii; XHïl''0 ! !AiU . EVSî VLZi TA T 3 tl Ji3 .351391 Hii^ .; SSaTmn RAPPORT SUR LES PROGRES DE LA CHIMIE A L’Exposition de Vienne 1873 * ■ • c E XgXfro—--- Les produits exposés à Vienne ont été classés en 26 groupes subdivisés en de nombreuses sections. Le premier renfermait d’abord les combustibles minéraux, puis les minerais et métaux, dignement représentés par de nombreuses collections exposées soit par des sociétés industrielles, soit par les gouvernements ayant à cœur de faire connaître les richesses minérales de leur pays. La géologie rentrait aussi dans ce groupe ; de plus des sections spéciales comprenaient les alliages, les modèles, les dessins du matériel ainsi que les procédés d’exploitation des mines et des usines métallurgiques ; enfin la statistique de production. GROUPE PREMIER Les matières brutes combustibles servent indirectement dans les industries métallurgiques, soit à l’état naturel, soit après avoir été soumises à différents procédés qui doivent augmenter leur pouvoir calorifique utile. Certains combustibles, comme le bois et la tourbe, sont soumis à une opération qu’on appelle le ressuage, c’est-à-dire qu’il faut leur faire perdre une certaine quantité d’eau retenue mécaniquement et qui influe sur leur pouvoir calorifique. Il n’en est pas de même pour la houille et le lignite qui gagnent à conserver une certaine humidité, sans quoi ils se désagrégeraient et perdraient de la valeur. Lorsqu’en chauffant ces matériaux à l’abri de l’air, on dépasse le degré de chaleur nécessaire pour en chasser l’humidité, ils se carbonisent. Ce procédé s’appelle la distillation sèche. Dans ce cas, les éléments constitutifs forment soit des combinaisons condensables, soit des gaz, et laissent du charbon ou du coke comme résidu, selon le corps qu’on a distillé. Les éléments constitutifs des gaz sont des carbures d’hydrogène, de l’oxyde de carbone et de l’hydrogène, gaz que nous rencontrons dans le gaz d’éclairage. Les produits condensables se partagent en une couche aqueuse et une couche huileuse, en eau de goudron et en goudron brut. Ce dernier est un mélange de substances diverses qui sont formées tantôt de carbone et d’hydrogène, comme les carbures d’hydrogène et la paraffine, tantôt d’oxygène, de carbone et d’hydrogène, comme l’acide phénique, la créosote, etc., ou bien enfin, il s’y ajoute encore de l’azote comme dans l’aniline. Le liquide qui a passé par la distillation sèche ne sert pas seulement à fabriquer des produits chimiques, on l’emploie encore directement pour produire de la chaleur, ou, plus souvent, du gaz d’éclairage. C’est le cas pour le pétrole qui n’est qu’une espèce de goudron épuré. Aussi / — 5 a-t-on cherché et découvert tant en Asie, dans le Caucase et en Arménie, qu’en Europe, de nombreuses sources de cette huile minérale si précieuse. Mais elles sont toutes surpassées en importance par celles de l’Amérique du Nord. La formation du pétrole doit être expliquée par l’existence de lits de charbon de terre en connexion directe ou indirecte, présente ou passée, avec les sources. Lorsque les matières organiques se changent en charbon fossile, elles donnent naissance à différents carbures d’hydrogène qui se condensent sous forme d’huiles minérales, s’amassent dans les régions supérieures, se rassemblent par infiltration dans des réservoirs souterrains d’où ils sont expulsés par la pression des gaz, qu’ils émettent, dès qu’on y creuse des puits. Ce sont les pétroles, naphtes, etc. L’évaporation et l’oxydation les changent à la longue en bitumes asphaltés auxquels on a donné des noms divers selon leur composition et leur état de condensation. Ainsi la houille de Boghead, en Ecosse, n’est qu’une espèce d’ardoise fortement imprégnée de bitume. La houille, en se décomposant, donne des corps gazeux et bitumineux ; les premiers renferment du gaz des marais, feu grisou si redouté des mineurs. Le combustible a d’autant plus de valeur que ces gaz, par la conformation du terrain, n’ont pu s’échapper et ont dû se condenser ; c’est une distillation sèche qui a eu lieu, le résidu restant imprégné du produit de la distillation. On connaît assez les nombreux usages du pétrole employé comme combustible dans presque toutes les industries. Le grand avantage qu’il offre, par exemple dans la métallurgie du fer, c’est qu’il ne renferme pas de soufre — 6 — dont s’imprègne le fer brut, traité au moyen du coke. Aussi cherche-t-on à en généraliser l’emploi. Les combustibles, sous forme de gaz, sont les plus rationnels. On les utilise de plus en plus dans les industries métallurgiques où ils se dégagent des hauts-fourneaux. C’est surtout de l’oxyde de carbone qui, mélangé avec l’oxygènè de l’air, peut brûler en donnant une forte chaleur et en se transformant en acide carbonique. L’oxyde de carbone provenant d’une combustion incomplète, cela revient à faire un meilleur usage de son combustible. Plusieurs industries transforment même complètement leur combustible solide ou liquide en combustible gazeux dans des appareils appelés générateurs. On peut, en effet, obtenir, au moyen des gaz, une température fort élevée et facile à régler, ce qui est fort important, par exemple, dans la fabrication du verre et de la porcelaine. A ces avantages physiques, dirais-je, s’ajoute encore une économie importante. Car on utilise pour la fabrication des gaz tous les débris de combustibles solides, débris ayant peu de valeur sous leur forme primitive, se perdant dans les mines sous forme poudre de rebut et qui constitue en Angleterre, par exemple, dans les mines de houille, 40 % rendement total. On fait maintenant des briquettes avec toute espèce de débris de combustibles en les agglomérants au moyen d’un peu de goudron et d’une forte pression. La dernière Exposition de Paris a déjà signalé de sensibles améliorations dans la fabrication de ces briquettes, et l’Exposition de Vienne contribuera pour beaucoup à en introduire l’usage en Allemagne où elles ont peu pénétré jusqu’ici. Métallurgie. — L’industrie du fer a pris pendant les dernières années une très-grande extension. Ainsi l’Aile- — 7 magne qui produisait autrefois fort peu, s’est élevée aujourd’hui au troisième rang parmi les nations qui produisent ce métal. Comme progrès techniques réalisés dans ce pays depuis 1867, on remarque l’introduction de hauts-fourneaux à six foyers, des fourneaux à flamme directe d’après le système de Martin, ainsi que l’application des appareils de Bessemer pour la fabrication de l’acier. Les usines allemandes qui ont exposé à Vienne, sans compter Krupp, comprennent 22 hauts-fourneaux et 7 usines de raffinage. Elle occupent un personnel de 10,000 ouvriers et ont produit en 1872, 3,000,000 de quintaux de fer brut, 300,000 quintaux de fonte, 2,500,000 quintaux de fer en barres et 26,000 quintaux de tôle et d’acier Martin. Les régions de l’empire d’Allemagne les plus productives en fer sont le Hanovre et la Westphalie dont un canton, le Siegnerland, a produit dans la seule année 1871, 19,000,000 de quintaux de minerai. Dans la même contrée, 60 hauts-fourneaux donnent chaque année 4 1 j 2 millions de quintaux de fer brut. Citons ici une usine dont la renommée est plus qu’européenne, nous voulons parler de la maison Krupp, à Essen qui, avec ses 11 hauts-fourneaux et ses usines de raffinage, occupe 12,000 ouvriers et produit chaque année 720,000 quintaux de fer brut et 2 x j 2 millions de quintaux d’acier. Somme toute, nous n’avons à constater dans la métallurgie du fer aucune nouvelle méthode de fabrication. Je ne cite qu’en passant un four à puddler rotatoire de provenance américaine. Les progrès que l’on a faits consistent surtout dans l’augmentation de la production. Ainsi en Allemagne, de 1867 à 1871, la valeur de la — 8 — houille extraite des mines s’est élevée cle 39 à 61 millions de thalers ; pour le minerai de fer, de 5 à 8 millions, pour le fer brut de 23 à 35 millions, pour les fontes de 11 à 18 millions, pour le fer à forger et l’acier de 56 à 85 millions ; cela fait en moyenne une augmentation de 65 % en 5 ans. En Autriche, l’industrie du fer a fait pendant les dernières années de grands progrès, tant sous le rapport de la quantité que sous celui de la qualité. Jusqu’ici l’Autriche était obligée de demander ses fers bruts à d’autres pays, tandis qu’aujourd’hui, grâce aux nombreuses usines qu’elle a vu naître, l’importation de ces métaux a diminué considérablement et elle a même pu exporter son minerai en assez grande quantité. L’industrie du fer en Autriche peut être divisée en trois groupes d’après les pays qui fournissent du minerai. Le premier groupe comprend l’Autriche supérieure et in- | férieure, la Styrie, le Tyrol, la Carinthie et la Carniole. Ce groupe est caractérisé par une abondante production de minerai, et aussi par une absence presque complète de combustibles. •« Le second groupe qui comprend la Bohême, la Moravie * et la Silésie, se trouve dans des conditions inverses : peu de minerai et beaucoup de houille ; il produit surtout du matériel de chemin de fer. Enfin le troisième groupe qui se compose des différentes parties de la Hongrie, réunit les meilleures conditions ; ces contrées renferment en même temps houille et minerai en grande quantité. En Suède, les principaux dépôts de fer se trouvent dans une zone qui s’étend du N-.O. au S.-E. et qui comprend les districts de Gefleborg, de Kopparberg, et une partie — 9 — de ceux de Wertmannland, d’Orebro et de Wennland. La production en fer de ces contrées ne peut pas rivaliser avec celle des autres grands pays de l’Europe pour la quantité, mais par contre, la qualité est supérieure. Ce défaut de quantité dans la production du fer tient à deux causes -, la première, c’est le manque de bras, et la seconde, l’absence de combustibles ; il n’y a, en effet, de houille que dans le sud de la Suède, et guère de chemins de fer pour la transporter. Quant au charbon de bois, il est très-coûteux. On a essayé de remédier à ces inconvénients en faisant venir du coke d’Angleterre, ce qui est déjà plus rationnel que d’exporter le minerai en Angleterre. Malgré cela, on fabrique en Suède d’excellent fer en se servant presque toujours de charbon de bois comme combustible. Le raffinage se fait par trois méthodes différentes. La première, celle du Lancashire (Catalane), consiste à affiner le fer au feu de forge par le charbon de bois et l’air à haute pression. Le fer obtenu par cette méthode est très-égal et compact. La seconde méthode consiste à employer les feux de Franche-Comté. La manipulation du fer, d’après cette méthode, est analogue au feu de forge du Lancashire, sauf qu’ici les mêmes fours servent à souder les loupes. Mais ce procédé exige une trop grande consommation de charbon de bois, et sera probablement prochainement abandonné. La troisième méthode est la méthode wallonne employée surtout dans le district de Dannemorær. Dans ce procédé de raffinage au charbon, les loupes obtenues dans un foyer sont portées dans un autre foyer semblable qui lui est accouplé, pour y être soudées, puis elles sont — 10 ensuite laminées à coups de marteau. Le fer ainsi obtenu est très-inégal. Il sert exclusivement à fabriquer de l’acier. On fabrique encore de l’acier fondu d’après le procédé Bessemer dans sept usines, et d’après celui de Martin depuis 1868 dans une seule usine. Les fers suédois sont les meilleurs connus pour la fabrication des outils, fils de fer, etc. Quoique la production de la Suède se soit augmentée dans les six dernières années d’environ 13 %, l’importation est toujours plus forte que l’exportation, surtout pour la spécialité du matériel de chemin de fer. En France et en Angleterre, la production s’est aussi énormément augmentée; on a continué à perfectionner toutes les branches de la fabrication, sans qu’il y ait eu introduction de nouvelles méthodes, et surtout on a tiré meilleur parti du combustible qui a dans ces dernières années énormément renchéri, ainsi que la main-d’œuvre. En général, comme je l’ai déjà dit, les progrès réalisés depuis 1867 dans toutes les branches de l’industrie métallurgique consistent, non pas dans l’introduction de nouveaux appareils ou l’application de nouvelles méthodes, mais bien dans l’augmentation de la production. Pour arriver à ce but, par exemple dans les mines, on a recours à des machines plus puissantes, travaillant à ciel ouvert ou dans les galeries ;on a remplacé, partout où cela se pouvait, le travail de l’homme par le travail mécanique, perceuses, locomobiles, etc. Pour les hauts-fourneaux, on a augmenté les dimensions, donné plus de vent, chauffé ce dernier à une plus haute température, obvié aux suspensions de travail. Pour la fabrication de l’acier, on a généralisé l’emploi des méthodes Bessemer et Martin. Les fours à flamme directe 11 — ont été perfectionnés, en ce sens qu’on emploie de plus en plus le combustible sous forme de gaz ; enfin les moyens de fabrication ayant été perfectionnés, on peut utiliser des matières premières peu riches en métal, négligées jusqu’à présent ; on condense et utilise les produits volatils, et on retire de plus en plus complètement les métaux précieux du plomb et du cuivre. Ainsi, en 1864, la méthode de cristallisation a remplacé, pour l’extraction de l’argent du plomb, celle de la coupellation, et depuis 1867 on se sert de la méthode par le zinc ; depuis 1865, on ne retire plus l’argent du cuivre par la méthode dite de ressuage,. mais par le traitement par l’acide sulfurique, etc. Le fait le plus frappant dans le premier groupe c'est l’énorme activité qu’a déployée l’Allemagne dans ces dernières années. Ainsi maintenant elle occupe le troisième rang pour l’industrie du fer après l’Angleterre, qui produit quatre fois autant qu’elle et après l’Amérique ; elle est pour le plomb à peu près sur la même ligne que l’Angleterre et l’Espagne, et pour le zinc elle est aujourd’hui avec la Belgique à la tête de la production. GROUPE II Le deuxième groupe comprend Y agriculture, Vhorticul- ture, Vexploitation et l 'industrie forestière. Les stations d'expériences agricoles en Allemagne. — Parmi les sciences qui sont le plus avantageusement représentées à l’Exposition se trouve certainement la chimie. Cependant quelqu’étonnants que soient les progrès qu’.elle a faits, il est un de ses domaines qui reste encore en grande partie en friche, je veux parler de la chimie 12 — agricole. Et pourtant, grâce aux progrès de la chimie appliquée à l’agriculture, cette dernière peut devenir, elle aussi, une science aboutissant à des faits positifs et à des résultats pratiques d’une importance considérable. D’infatigables pionniers sont déjà entrés dans cette voie et, pour n’en citer qu’un seul, il suffit de parler du baron Liebig, tout récemment arrêté par la mort dans la poursuite de ses importantes découvertes. C’est lui qui a inauguré le règne de l’agriculture moderne et l’a rendue capable de rivaliser avantageusement avec les industries de notre temps qui semblaient se réserver le monopole exclusif d’exploiter les résultats de la science. Mais si ce domaine de la chimie est resté si longtemps inexploré, cela tient aux difficultés exceptionnelles dont il est hérissé. Pour toutes les autres industries, il suffit d’avoir un petit laboratoire d’expérimentation. Il n’en est pas de même pour l’agriculture dont le laboratoire n’est autre que la grande nature, et dont les expériences exigent des années d’attente et de patiente observation. Il est évident que, dans ces conditions, ce n’est pas le premier agriculteur venu qui peut disposer du loisir, du terrain et des capitaux nécessaires pour faire des expériences dont il n’a pas toujours le temps de récolter les fruits. C’est donc aux grandes associations et surtout aux Etats qu’incombe cette tâche dont eux seuls peuvent avantageusement attendre les résultats, résultats qui, avec la certitude des méthodes scientifiques modernes, compensent largement les sacrifices dont on les a payés d’avance. Convaincu de cette vérité, le gouvernement autrichien a créé tout un système d’enseignement spécial, depuis les simples écoles secondaires d’agriculture, jusqu’à celles destinées à l’étude des terrains et de leur aménagement. En outre, il a organisé des stations destinées à l’essai des meilleurs procédés agricoles pour la culture de la vigne et de la soie. Quelque récente que soit la date de leur création, ces établissements ont déjà pu produire un certain nombre de résultats qu’on peut apprécier sans être connaisseur, et qui sont exposés dans le pavillon du ministère de l’agriculture.. L’aile droite de ce bâtiment renferme exclusivement l’exposition de la station agricole de Vienne, celle de sériciculture de Grœg et les produits œno-chimiques de Klosterneuburg ; ces derniers occupent la moitié du local et sont séparés des autres par une paroi ornée d’un certain nombre de planches consacrées à la statistique agricole de l’Autriche. Ces cartes sont faites avec un soin rare d’après les recensements les plus récents, et donnent un aperçu général sur la situation de l’agriculture : propagation de la viticulture, aménagement des forêts, culture du lin, du houblon, du chanvre, écoles et sociétés agricoles, etc., tout y est représenté. Mais, dans cet ordre de recherches, aucun pays n’égale l’Allemagne; il est vrai de dire aussi que dans aucun pays les résultats des travaux des savants ne sont l’objet d’une aussi sympathique attente et d’une application aussi intelligente. Il y a vingt ans à peine que la première station allemande a été créée par la munificence du D r Crusius à Sahlis, près Mæckeren, sur le modèle de celle créée par J. Boussingault, à Bechelbronn, en Alsace, et voici que 14 l’Allemagne compte déjà plus de trente de ces laboratoires de chimie appliquée à l’exploitation rurale. Ces établissements sont destinés à faire époque et à ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de l’agriculture. S’il est impossible de contester les résultats de ces stations et de ces écoles, il est à regretter que l’Allemagne en général soit aussi mal représentée qu’elle l’est à l’Exposition. C’est le cas surtout pour les écoles d’agriculture qui, annexées aux universités, étaient appelées à attirer sur elles l’attention du monde entier et qui malheureusement ne brillent que par leur absence. Au moins y a-t-il une douzaine de stations agricoles qui se sont fait représenter, quoique les produits de peu d’entre elles suffisent à déterminer la direction précise de leurs travaux. C’est peut-être pour cela qu’on les a disséminées an milieu des éléments les plus hétérogènes ; on aura senti combien cette Exposition était peu digne du rang que devraient occuper les stations allemandes. Avant de passer aux objets exposés par chaque station en particulier, il sera bon de déterminer la direction que chacune d’elles a imprimée à son activité. Peu d’entre elles consacrent leurs études au domaine de la chimie et de la physiologie animale, parce qu’elles exigent incontestablement un matériel d’exploitation très-considérable et très-coûteux, qui ne permet pas de multiplier les expériences. Cependant parmi les établissements de ce genre, il s’en trouve un certain nombre dont les noms sont connus , tels sont ceux de Halle, Weende, Dresde, Munich, Brunswick et Pommeritz qui ont rendu à la science des services signalés. La plupart des stations s’occupent de préférence des conditions de croissance et de développement de la 15 — plante. Ici encore, les différentes méthodes suivies par ces ' stations, dans l’étude de la nutrition des végétaux, constituent une nouvelle distinction entre elles. La méthode la plus répandue pour déterminer la qualité et la quantité des substances nutritives réclamées par les plantes et leur influence sur ces dernières, est celle qui a été appliquée par le docteur Sachs et qui consiste à faire croître les végétaux dans des substances nutritives dissoutes, c’est-à-dire dans une eau contenant des sels minéraux en dissolution. Une autre méthode consiste à faire les expériences sur des plantes plongeant leurs racines dans du sable quartzeux et traité préalablement par l’acide sulfurique. Cette méthode est pratiquée depuis des années par le D r Hellriegel à Dahme. Il y a en outre un certain nombre de stations qui s’occupent de l’étude des engrais et aussi, sur l’instigation du D r Nobbe, d’expériences sur la fécondité des semences. Chacune de ces spécialités a été au moins nominalement représentée ^ l’Exposition ; je dis nominalement, ainsi la station de Weende, près Gœttingen en Hanovre (D f Henneberg), seule exposante parmi toutes celles qui s’occupent de la nutrition des animaux, s’est contentée d’envoyer une collection de son excellent organe, le Journal d’Agriculture, ainsi que ses « Essais de fondation d’une nutrition rationnelle des ruminants. » (Brunswick 1860-1864.) La station de Hohenheim (Wurtemberg, D r E. Wolff) a cru qu’il suffisait d’envoyer un plan de ses serres d’ailleurs très-bien organisées. Je mentionnerai encore la reproduction plastique de l’analyse des cendres et des éléments constitutifs des principaux fourrages, exposée par l’Académie agricole royale de Poppelsdorf, près de Bonn (Professeur: D r Freytag). — 46 — La station déjà mentionnée de Dahme à Brandebourg (D r Hellriegel) a exposé des planches coloriées représentant de l’orge, du blé, des petits pois, etc., ayant végété dans des terrains artificiels. Elle cherche, et a déjà en partie réussi, à déterminer quelle est la quantité de substances qui doivent, toutes conditions étant égales pour la croissance, se trouver dans un terrain pour réaliser des maximums de récolte. La station de l'arrondissement de Cassel, située à Alt- morschen (D r Dietrich), a exposé des photographies de ses bâtiments, des échantillons de plantes et de jeunes arbres de deux ans croissant dans du basalte pulvérisé. Ce procédé sert à montrer le pouvoir spécial que possède chaque plante de s’approprier, par l’activité des racines, les substances nutritives qui lui sont nécessaires. Une station dont l’exposition mérite beaucoup d’attention, est celle de Tharand, en Saxe (D r Nobbe), s’occupant principalement de la physiologie des plantes. On y voit deux grandes photographies de plantes nourries dans des dissolutions aqueuses d’éléments nutritifs; ces photographies expliquées et commentées par un excellent écrit sur le rôle que joue le potassium dans la plante, démontrent un fait très-intéressant, c’est que la formation de l’amidon dans les grains de chlorophylle est impossible sans la potasse, et que le chlorure de potassium et ensuite le nitrate de potasse sont les meilleures combinaisons par lesquelles le potassium puisse être fourni au blé noir. Cet établissement expose encore un appareil de germination et d’autres servant à expérimenter la valeur des semences ; un tableau énumérant cent différentes falsifications de graines servant à l’agriculture, et enfin trois — 17 — tableaux indiquant la quantité et les espèces d’ivraie qui se trouvent dans les semences de lin, de trèfle et de ray- gras livrées par le commerce. Mentionnons encore, avant de terminer, l’institut œno- , logico-chimique du D r Blankenhorn , à Carlsruhe, qui expose plastiquement des analyses de divers raisins ainsi que des préparations œno-chimiques et microscopiques très-intéressantes. Si je me suis arrêté quelque temps sur ce sujet, c’est pour montrer ce qui se fait en Allemagne, quels soins les gouvernements, les sociétés d’agriculture et les particuliers prennent pour encourager et. développer les recherches et les travaux scientifiques se rapportant à la culture du sol, en fondant des sociétés agricoles et en les dotant de tout le matériel nécessaire. Nous avons le bonheur de posséder près de Genève, à Calève près Nyon, une station de ce genre, fondée par un chimiste et agriculteur distingué, M. Risler ; il n’est que juste d’attirer l’attention sur cette œuvre entreprise avec un dévouement et une abnégation rares, et qui sera et est déjà d’une immense utilité pour les agriculteurs de notre pays. GROUPE m Le groupe III à l’Exposition universelle de Vienne, celui de Y Industrie chimique, a été divisé en 5 sections : La l ïe comprenant les produits employés dans la grande industrie et la pharmacie. La 2 e , les produits pharmaceutiques. La 3 e , les matières premières et produits des corps gras (stéarine, glycérine, savons, bougies, etc.). La 4 e , les produits de la distillation sèche (pétroles, 2 huiles diverses, paraffine, benzine, aniline, parfumerie, etc.). La 5 e , toutes les matières colorantes, les encres, les allumettes, les vernis, laques, colles, amidons, etc. C’est à cette dernière section que je fus particulièrement attaché en qualité d’expert. La première section est de beaucoup la plus importante, c’est celle qui comprend les fabrications qui sont à la base de toute l’industrie chimique ; on n’y rencontre aucune industrie entièrement nouvelle, mais les progrès réalisés dans plusieurs de ses branches, depuis l’Exposi- sition de Paris, sont assez grands déjà pour faire prévoir presqu’une révolution générale dans les procédés usités, soit par l’utilisation de nouvelles matières, soit par l’utilisation plus complète des matières déjà employées, soit enfin par l’emploi de méthodes et de machines plus perfectionnées, ce qui tend toujours à livrer au commerce des produits supérieurs ou meilleur marché. L , acide sulfurique est la base de presque toutes les industries chimiques, et l’on peut aujourd’hui prédire presque sûrement qu’une fabrique d’acide sulfurique doit devenir au bout de fort peu de temps le centre d’industries diverses qui viendront se grouper autour d’elle; aussi devons-nous nous réjouir de ce qu’il s’en est établi une près de nous, à Bellegarde, ce qui ne manquera pas d’attirer de nombreuses fabriques qui pourront se fixer sur le cours du Rhône, de Genève à la Plaine, et y trouver de la force motrice à bon marché. Autrefois l’acide sulfurique se fabriquait exclusivement au moyen du soufre : maintenant ce corps ayant considérablement augmenté de prix, on ne s’en sert plus guère 19 — que pour fabriquer l’acide très-pur dont ont besoin les fabricants d’acide chlorhydrique (pur d’arsenic) pour les sucreries. La véritable matière première est maintenant le soufre des pyrites, pyrites dont on découvre toutes les années de nouveaux gisements et que nous possédons aussi dans le Valais. Depuis quelques années on recueille aussi l’acide sulfureux qui se dégage du grillage des sulfures de cuivre et de zinc (Blende) suivant la méthode de Hasenclever. Le grillage a trois buts différents; tantôt il s’agit d’obtenir des oxydes métalliques propres à être traités métallurgiquement, et alors on fait peu de cas des gaz qui se dégagent; ou bien on ne cherche qu’à obtenir du soufre, sans attacher d’importance aux oxydes métalliques; ou bien enfin le grillage doit donner des oxydes métalliques propres à la métallurgie et de l’acide sulfureux qui sera transformé en acide sulfurique. Lorsque les pyrites ne sont grillées que dans un intérêt métallurgique, il est évident que les gaz qui s’échappent pendant l’opération n’ont pas d’importance. Dans ce cas on se sert de fours ordinaires à flamme, avec une sole ; ou bien, pour économiser de la place et du charbon, avec deux soles superposées. Les gaz s’échappent alors avec ceux de la combustion par la cheminée. Quelquefois cependant on les utilise, comme c’est le cas à la Sternerhütte, près de Lintz s/Rh. et à Ampsin, dans les usines d’alun de MM. de Laminne. Pour produire du soufre, on fait passer l’acide sulfureux sur du coke chauffé au rouge. Il est évident que si les gaz sont pauvres en acide, le soufre doit revenir très- cher. Cependant maintenant, grâce aux progrès réalisés dans les fours de grillage (fourneaux de Hasenclever, Gerstenhôfer, Perret, etc.), on utilise cette réaction avec profit. Une autre application plus importante de l’acide sulfureux provenant du grillage est la production de l’acide sulfurique. Cet acide se forme lorsqu’on introduit de l’acide sulfureux avec de l’acide azotique, de l’air et de la vapeur d’eau dans des chambres de plomb. Il se produit de l’acide sulfurique étendu marquant 50° B. C’est seulement par l’introduction dans les fourneaux à griller de barreaux qu’on peut tourner depuis l’extérieur, qu’il est permis de griller d’une manière plus complète et de livrer des oxydes qui après un triage à la main ne contiennent que de 1 à 1,5 p. °/ 0 de soufre. Ces oxydes, avec environ 60 % de fer et une aussi faible proportion de soufre, peuvent être employés dans la production du fer brut. Dans le cours des dernières années plusieurs chimistes ont essayé d’éclaircir la théorie du procédé des chambres, ainsi R. Weber, P.-W. Hoffmann, A.-A. Winkler, etc. Weber conclut de ses essais qu’il est important pour le fabricant d’avoir dès l’abord sur le plancher de sa première chambre ùn acide qui ne soit pas trop étendu. Cette conclusion a été confirmée par des expériences faites en grand par P.-W. Hoffmann. Quant aux perfectionnements des appareils, ils concernent d’abord l’amélioration des fourneaux qui servent à brûler le minerai, l’utilisation plus complète des composés oxygénés de l’azote qui sortent des chambres ; et enfin une concentration plus convenable et peu coûteuse de l’acide sulfurique. Les deux derniers progrès qui consistent, l’un à récupérer le plus possible des composés oxygénés de l’azote, et l’autre à concentrer d’une manière peu coûteuse l’acide des chambres, sont obtenus au moyen de la tour de Glo- 21 — ver, ainsi nommée d’après son inventeur. Cette tour a, autant par son aménagement que par ses dimensions, beaucoup d’analogie avec celle de Gay Lussac. L’acide sulfurique concentré et saturé de gaz acide nitreux qui sort de la tour de Gay Lussac est élevé sur la tour de Glover.Là l’acide est étendu d’acide ordinaire, ce qui produit le dégagement de la plus grande partie des gaz qui y étaient dissous, gaz qui sont ramenés dans les chambres. Cependant il en reste une bonne partie en dissolution dans l’acide étendu ; mais il en est complètement chassé lorsque, dans la tour, le liquide qui descend et se divise parmi les fragments de coke, rencontre le courant chaud d’acte sulfureux qui se dégage du four de combustion. Le courant chaud de gaz enlève en même temps à l’acide sulfurique qui descend de la tour une quantité d’eau telle qu’il arrive au fond de la tour suffisamment concentré pour servir dans la tour Gay Lussac. Industrie de la soude. — Il est à peine nécessaire de dire combien les dernières années ont vu naître de travaux sur la fabrication du carbonate de soude. On a d’abord cherché à mieux comprendre les réactions qui se succèdent dans la méthode de Leblanc ; on a surtout mieux observé l’opération du lessivage des cendres. Je ne peux qu’indiquer ici les travaux entrepris dans ce sens par E. Kopp, P.-W. Hoffmann, et surtout les recherches de Scheurer-Kestner sur le four à soude, la déperdition de soude pendant la fabrication, les observations de J. Kolb sur les procédés du lessivage, etc. Tous ces travaux n’ont eu jusqu’ici que peu d’influence sur cette industrie. De même les résultats obtenus par les perfectionnements apportés aux appareils de Leblanc sont presque nuis. Les essais faits par Johnson d’introduire les régénérateurs de Siemens dans la fabrication de la soude, surtout pour changer le sel de cuisine en sulfate, sont restés jusqu’ici isolés; de même l’usage des fours de rotation construits il y a vingt ans déjà par Elliot et Russel et perfectionnés plus tard par Stevenson et Williamson, ne s’est pas généralisé. On a essayé aussi de fabriquer de la soude par de nouvelles réactions, différentes de celles de Leblanc. Un remarquable exemple de ce genre a été fourni par les tentatives qu’on a faites, de changer le sel en soude en moyen du bicarbonate d’ammoniaque. Ce procédé, primitivement proposé par Schlosing, date déjà de trente ans. En effet, en 1838, Hemming, Dyar, Gray et Harrison prirent des patentes pour ce procédé. Une fabrique fondée sur ce principe à Puteaux, près de Paris, a fonctionné pendant quelque temps. — U y a quelque années, Schlosing et Rolland attirèrent de nouveau l’attention sur ce procédé, et tout récemment le célèbre fabricant de paraffine, l’Ecossais Young, a soumis les appareils à une série de perfectionnements qui tendent surtout à supprimer les inévitables déperditions d’ammoniaque. En 1865 déjà, la maison Solvay et C e à Couillet près Charleroy, en Belgique, a fondé une fabrique qui travaille avec le bicarbonate d’ammoniaque, et en Allemagne plusieurs fabriques se préparent à appliquer la méthode Schlosing en grand ( 1 ). En tout cas, le procédé de l’ammoniaque est le seul qui puisse faire une concurrence (1) J’apprends qu’à La Plaine M. Clavel se propose aussi d’établir une fabrique de soude par le bicarbonate d’ammoniaque. — 23 — profitable au procédé Leblanc dans la préparation de la soude, et encore convient-il de le voir à l’œuvre pendant un certain temps avant de pouvoir prononcer un jugement entre ces deux méthodes. Hyposulfite de soude. — La production de l’hyposulfite est étroitement liée à celle de la soude. Les nombreuses applications qu’on en fait dans la photographie et le blanchiment des tissus ont amené de grands développements dans la fabrication de cette substance. On en tire aujourd’hui une grande quantité des résidus de la fabrication de la soude. Schaffner emploie- à cet effet les résidus de soude oxydés d’après sa méthode, et qui contiennent beaucoup d’hyposulfites de calcium. On les traite par le sel de Glauber et on purifie par la cristallisation l’hypo- sulfite de soude qui s’est formé, après l’avoir séparé du gypse. Industrie du chlore. — Les progrès les plus importants qui aient été faits dans le domaine des grandes industries chimiques sont ceux qui se rapportent au chlore et à ses dérivés. Acide chlorhydrique. — Les méthodes de fabrication de cet acide ont subi peu de changements. On l’obtient toujours par l’action de l’acide sulfurique sur le sel de cuisine dans la première phase de la fabrication de la soude. Il est seulement à noter qu’on réussit maintenant à condenser presqu’entièrement les vapeurs d’acide chlorydri- que, ce que réclamaient impérieusement les voisins des fabriques de soude et ce qui est d’ailleurs tout à l’avantage du fabricant, les applications et les demandes d’acide chlorhydrique croissant tous les jours. Chlore. — L’idée de rendre utiles pour de nouvelles opérations ou d’employer avantageusement ailleurs les — 24 — quantités colossales de chlorure de manganèse, résultant de la fabrication du chlore, est aussi ancienne que la fabrication du chlore. Jusqu’ici cependant le problème n’a pas été résolu d’une manière qui satisfasse à toutes les exigences. Les meilleurs résultats ont été obtenus par le procédé de régénération de Dunlop, appliqué dans la grande fabrique de Tennant, à Glasgow (traitement du chlorure de manganèse avec du carbonate de chaux par un courant de vapeur ayant de 2 à 4 atmosphères de tension et chauffant de 300° à 400° le carbonate de manganèse qui en résulte). Mais comme le peroxyde de manganèse n’est jamais complètement régénéré et que la construction de ces appareils est très-coûteuse, ce procédé n’a jamais été bien généralement appliqué. Parmi toutes les méthodes les plus récemment proposées pour atteindre ce but, celle de Weldon mérite plus que tout autre qu’on en fasse mention, puisqu’elle est déjà introduite dans un grand nombre de fabriques, ce qui prouve que dans la pratique elle a fait ses preuves d’une manière satisfaisante. Weldon commence par décomposer les dissolutions de manganèse au moyen du carbonate de chaux, ce qui précipite l’oxyde de fer, l’alumine et l’acide sulfurique (sous forme de gypse). Le liquide clarifié est ensuite mêlé dans des vases ad hoc à une quantité de lait de chaux suffisante pour que dans le liquide filtré il ne reste plus de manganèse; après avoir ajouté encore la moitié de la quantité de lait de chaux déjà employée, on fait arriver au travers du mélange un courant de vapeur qui élève rapidement la température à 50°-70°, puis on le fait traverser par un fort courant d’air, jusqu’à ce que de blanc il soit devenu noir. On a alors principalement une combinaison de chaux et de peroxyde de manganèse (manganite de calcium.) — 25 — Lorsqu’on traite de nouveau ce produit par l’acide chlorhydrique, il y a certainement une quantité d’acide considérable employée à dissoudre la chaux ; cependant, comme la matière est une poudre très-fine, elle est attaquée avec une facilité extraordinaire, et il se trouve d’aprèsWeldon qu’on perd davantage d’acide chlorhydrique en traitant le peroxyde de manganèse naturel. Pour se défaire des masses gênantes de chlorure de chaux en dissolution, que l’on emploie avec peu de succès dans- l’arrosage des rues, Weldon a proposé la magnésie au lieu de la chaux. On évapore la dissolution de chlorure de magnésium par la vapeur d’eau surchauffée, et on obtient de l’acide chlorhydrique et de la magnésie qui rentre dans le cycle des opérations. Cette modification du procédé de Weldon a déjà été mise en pratique dans plusieurs fabriques. Le peroxyde de manganèse devenant de plus en plus cher, on a cherché à le remplacer par une autre substance. Mallet propose le chlorure de cuivre, en se basant sur la propriété que possède ce corps d’enlever à l’air une certaine quantité d’oxygène; puis, ainsi chargé de ce gaz et combiné avec l’acide chlorhydrique, il donne de l’eau et se change en perchlorure de cuivre ; celui-ci chauffé produit du chlore et revient à l’état de chlorure de cuivre. Ce procédé qui semblait aussi promettre une méthode pour produire en grand l’oxygène, puisque la combinaison du chlorure de cuivre avec l’oxygène cède ce dernier sous l’action d’une forte chaleur, ce procédé, dis-je, ne s’est pas acclimaté dans la pratique, peut-être à cause du prix élevé des préparations de cuivre ou bien aussi parce que les réactions ne se produisent pas d’une façon aussi simple et aussi complète que la théorie semble l’indiquer. — 26 — La volatilité du chlorure de cuivre ainsi que son influence malsaine sur les ouvriers ont fait renoncer à son emploi. Orland a cherché à utiliser pour la fabrication du chlore la décomposition produite par une température élevée, d’un mélange d’air et d’acide chlorhydrique en eau et en chlore libre. Cependant c’est Deacon seulement qui réussit à déterminer les conditions dans lesquelles cette réaction peut être exécutée d’une manière assez prompte, assez sûre et assez générale pour baser sur elle un remaniement complet de la méthode employée jusqu’ici dans la fabrication du chlore. Ces conditions consistent à chauffer les gaz de 370°-400°, à et les mettre en contact avec des masses poreuses imbibées de sulfate de cuivre et préalablement recuites. La marche de l’opération se divise probablement en deux phases, dans ce sens que l’oxyde de cuivre contenu dans les masses poreuses est d’abord changé par l’acide chlorydrîque en eau et en per- chlorure de cuivre qui, traité par l’oxygène, donne du chlore et revient à l’état d’oxyde de cuivre. Lorsqu’on fait cette opération en grand, on l’exécute de façon à ce que le mélange chauffé dans des tuyaux en fer traverse des appareils protégés autant que possible contre tout rayonnement de chaleur. Dans ces appareils se trouvent des boules d’une terre poreuse que l’on a imbibées de sulfate de cuivre, puis recuites. Le gaz riche en chlore passe alors dans de l’eau qui est destinée à retenir ce qu’il peut encore contenir d’acide chlorhydrique, puis il est séché pour entrer ensuite dans les chambres où. doit se chlorurer la chaux. Quoique la méthode de M. Deacon ne se soit fait jour que dans les dernières années, elle a déjà été mise en pratique dans plusieurs fabriques anglaises et même dans quelques établissements du continent. Industrie du potassium. — Depuis la production toujours croissante des sels de potassium à Stassfurt, à laquelle s’est ajoutée récemment l’exploitation des dépôts de Kalucz, en Galicie, toutes les autres, sources des combinaisons de potassium ont été reléguées à l’arrière- plan. En face de cette production colossale de sels de potassium minéraux, on ne peut accorder qu’un intérêt minime à tous les projets qui tendent à utiliser d’une manière plus complète les sources animales de potasse (suint) ou végétales (mélasses, vinasses, etc.). Cependant la quantité de potasse contenue dans le suint est employée avantageusement pour la fabrication du prussiate jaune de potasse, à cause de la présence simultanée de substances azotées. Je trouve dans les catalogues allemands de l’Exposition une statistique de l’industrie chimique en Allemagne qui pourra peut-être intéresser quelques personnes; je la reproduis en omettant les années intermédiaires. NOMS PRODUCTION TOTALE en quintaux EXPORTATION TOTALE en quintaux c/s 9 Câ 2- E=> DES PRODUITS 1867 1872 1867 1872 al ^ Acide sulfurique 1,156,505 1,685,274 18,747 46,581 21 Sulfates 715,319 1,032,357 14,666 52,000 15 Soude calcinée 524,988 724,539 2,250 3,750 15 Soude cristallisée 120,545 128,776 1,833 3,333 8 Soude caustique 17,800 39,723 1,252 6,431 9 Chlorure de chaux 89,801 114,896 4,452 5,861 8 Potasse 29,422 65,084 11,400 16,850 3 Acide nitrique 33,345 70,376 638 981 13 Salpêtre Sel d’ammoniaque 60,486 106,222 13,500 23,250 2 8,433 20,619 — — 3 Alun 19,017 29,000 — — 1 Sulfate de'fer 2,445 11,270 1,000 1,975 5 Sulfate de cuivre 29,300 27,971 — 156 2 Acide acétique 6,403 8,530 — — 1 Superphosphates 20,000 137,000 6,660 18,330 3 Ammoniaque 500 1,050 — — 1 0,964 gr. sp. Quelques mots encore sur Stassfurt et Léopoldshalle, ainsi que sur Kalucz en Galicie, qui fournissent maintenant de potasse le monde entier. L’industrie des sels de potasse à Stassfurt utilise comme matière première les grands dépôts de sels potassiques qui forment la partie supérieure des dépôts de sel gemme de ce pays-là. Les principaux éléments qui constituent cette couche sont : la carnallite (chlorure de potassium et chlorure de magnésium hydratés), et la kieserite (sulfate de magnésie hydraté) qui alternent avec des couches de sel gemme plus ou moins pur. On trouve encore comme formation secondaire, la kainite (sulfate double de potasse et de magnésie et chlorure de magnésium), la sylvine (chlorure — 29 — de potassium ) ; le premier minéral en couches épaisses, le second disséminé dans la masse; enfin on trouve un peu partout de la boracite,dela tachhydrite, du sulfate de chaux anhydre, de l’astrakanite (sulfate de soude et de magnésie hydraté). La carnallite, la kainite et la tachhydrite renferment de petites quantités de combinaisons brômées. C’est en 1860 qu’on a commencé l’exploitation des sels de potasse dans les mines prussiennes. En 1863, 11 fabriques travaillaient 1,288,000 quintaux de sels. En 1872, 33 fabriques travaillaient 10,284,000 quintaux. Les fabriques de Stassfurt etdeLéopoldshalle emploient maintenant plus de 3,000 ouvriers, sans compter les mineurs au nombre de 11,000 environ. Les machines à vapeur représentent une force de 15,000 chevaux. Les principaux articles de fabrication sont : Le chlorure de potassium de 80°-90° p. % de teneur, pour la fabrication du salpêtre, du sulfate de potasse, de la potasse, de l’alun, etc. ; production. annuelle environ 1,000,000 de quintaux ; Le sulfate de potasse et la potasse, environ 50,000 quintaux ; Les engrais potassiques, 1,250,000 quintaux; Le sulfate de magnésie brut et cristallisé, 250,000 quintaux ; Le chlorure de magnésium cristallisé et fondu, environ 130,000 quintaux; Le sulfate de soude cristallisé et calciné, obtenu par l’action du sulfate de magnésie sur le chlorure de sodium, 150,000 quintaux; L’acide boracique 400 quintaux ; Le brome, 700 quintaux. 30 — Dans les commencements, le chlorure de potassium se vendait 30 fr. le quintal, maintenant 11 fr. 25. La fabrication des engrais potassiques date de la découverte des mines de Stassfurt. Le brome qui autrefois coûtait 60 fr. le kilo, revient maintenant à environ 11 fr. 70 p. °/ 0 de l’industrie totale de Stassfurt sont exportés, 30 p. % seulement sont consommés en Allemagne. On exploite les sels de potasse minéraux à un seul autre endroit en Europe, à Kalucz en Galicie, depuis 1869. On y rencontre surtout des couches importantes de sylvine et de kainite, tandis que la carnallite, qui se trouve probablement à une profondeur beaucoup plus grande, n’a pas encore été atteinte. Minium de fer. La fabrique de Hauderghem, près Bruxelles, expose du minium de fer qui paraît devoir être destiné à un assez grand avenir. Ce minium de fer s’emploie, comme toute autre couleur, avec de l’huile de lin cuite ou non cuite, et dans ce dernier cas on doit y ajouter un peu de siccatif; tous les siccatifs sont bons excepté la térébenthine qui fait couler les couleurs à base de fer. On peut facilement mélanger le minium de fer avec d’autres couleurs, et l’on obtient de cette façon toute espèce de nuance ; employé seul, il a un ton brun foncé. Le minium de fer a été analysé par Payen; il est composé d’environ 70 p. % d’oxyde de fer et 30 p. °/ 0 d’argile siliceuse. Il est des plus propres à la peinture, car'il ne contient aucun composé acide, ce qui rend son application facile sur le fer, la fonte et la tôle ; moins brillant que le minium de plomb, il lui est bien préférable par son inaltérabilité et son innocuité. Il sèche un peu moins vite, — 31 — mais il ne faïence jamais et son adhérence est plus grande; il revient un peu meilleur marché. Il n’en est plus d’ailleurs à faire ses preuves, vu qu’il a déjà été employé en grand pour le Palais de l’Exposition universelle de Paris, en 1867, exposition dans laquelle il a reçu une médaille d’or (dépôt général : Arnette frères, 4, rue Barbette, à Paris). Dans la seconde section du III e groupe, comprenant les produits pharmaceutiques, on remarquait surtout quelques collections remarquables d’alcaloïdes d’exposants allemands et français; des capsules gélatineuses, des eaux ozonifiées, employées comme toniques et désinfectants (Krebs et Kroll à Berlin), des préparations de silicates alcalins, dont on se sert au lieu de savon ou de soude pour nettoyer le linge, pour retirer la graisse des chiffons de machines, quelques poudres à polir, entre autres une dia- mantine pour polir l’acier, de M. Olivier Mathey à Neuchâtel, et enfin quelques appareils techniques pour certains usages spéciaux. La troisième section comprend les matières premières et produits des corps gras. Il n’y a rien à en dire, si ce n’est que la célèbre maison Sarg, près de Tienne, expose de la glycérine cristallisée et qu’elle purifie cette substance en partie par un procédé qui est d’ailleurs d’une application rare, vu qu’il faut une température fort basse et prolongée pour que la glycérine liquide, entrant en ébullition à 280°, se transforme en cristaux fondants à 8°. Le fait que la glycérine peut cristalliser est déjà connu depuis 1867, mais ce n’est que tout récemment qu’on a songé à utiliser cette propriété pour la purifier. D’ailleurs, les détails statistiques et scientifiques manquent complètement, de sorte qu’on ne peut se rendre compte jusqu’à quel point cette méthode est avantageuse. W: — 32 — Dans la quatrième section rentrent les produits de dis* tillation du goudron qui prennent d’année en année une plus grande extension, fournissant directement ou indirectement les produits suivants : C chlorhydrate d’ammoniaque, ( sulfate d’ammoniaque. Amoniaque Benzol brut benzol, nitrobenzol,) Rosaniline couleurs d’aniline. Acide phénique Créosote toluol, nitrotoluol. ( acide picrique, ( coralline. huile à imprégner les bois, naphtaline. — Jaune de Martins. Anthracène | Alizarine (garance artificielle). L’extraction des huiles minérales et de la paraffine, des lignites, forme une industrie qui appartient presque exclusivement à la Saxe prussienne. Les premiers essais remontent aux années 1855 et 1856. Les rapports annuels de la Chambre de commerce de Halle accusent, pour l’année 1861 une production de 15,000 quintaux de paraffine et environ 64,000 quintaux d’huiles minérales. En 1871, la production s’est élevée à 100,000 quintaux de paraffine, 300,000 quintaux d’huiles minérales et environ 90,000 quintaux de produits accessoires, surtout des huiles de paraffine pour la fabrication de graisse à voiture et de gaz d’éclairage, représentant une valeur commerciale de 15 millions de francs. Après qu’on eut triomphé des difficultés techniques, cette industrie eut encore à lutter contre la concurrence qui lui était faite par le pétrole américain, qui commença à pénétrer en Allemagne dans les premiers mois de l’année 1860. 4 — 33 — On reconnut alors que l’avenir de l’industrie de la lignite était dans la fabrication de la paraffine et les fabricants portèrent tous leurs efforts à augmenter le rendement de ce corps. L’industrie chimique allemande de la lignite occupait à elle seule, en 1871, 2668 ouvriers, sans compter les mineurs. Les huiles à brûler se consomment généralement dans le voisinage des mines, dans le royaume de Saxe et en Autriche. La fabrique Htibner, en particulier, expédie dans ce dernier pays de grandes quantités de pétrole allemand qui peut soutenir la concurrence du pétrole américain. Dans toute l’Allemagne et en Autriche on emploie les huiles de paraffine claires et foncées pour la fabrication de la graisse de machines, mais c’est surtout pour la fabrication du gaz qu’on s’en est fréquemment et avantageusement servi dans ces derniers temps. Le quintal de cette huile fournit 30 mètres cubes d’un gaz dont la lumière est 3 ou 4 fois plus forte que celle produite par le gaz ordinaire. La paraffine qu’on obtient, (degré de fusion 30°-60° C.) est consommée en Allemagne, le reste est exporté. Les paraffines, à point de fusion plus élevé et plus dures, servent principalement à la fabrication des bougies; quant aux espèces de qualité inférieure, on les mêle à la cire et à la stéarine. On les emploie aussi dans d’autres industries,dans la fabrication des allumettes que l’on en imprègne, dans les raffineries de sucre où elles remplacent le beurre dans les chaudières de saturation, dans les fabriques de jouets d’enfants, etc. La cinquième section comprend les substances tinctoriales, les résines, vernis, colles et encres. Parmi les couleurs minérales, il y en a deux qui, pour 3 — 34 — le chiffre de leur production, occupent le premier rang ; l’une, très-ancienne, est le blanc de plomb (céruse), et l’autre, plus récente, est le blanc de zinc. L’Allemagne seule en exporte 80,000 quintaux. Dans ces dernières années, on a fait de grands efforts pour remplacer le blanc de plomb, qui est un poison violent, par le blanc de zinc qui est complètement inoffensif. En Allemagne, la consommation annuelle de blanc de zinc s’élève actuellement à 250,000 quintaux. C’est à ces efforts aussi qu’on doit attribuer le rapide accroissement des fabriques de blanc de baryte qu’on trouve à Cologne, Berlin, Schweinfurth et Mannheim, etc. Toujours au point de vue sanitaire, il faut se réjouir de voir employer de plus en plus le vert de chrome (vert de Guignet), qui peut remplacer, dans beaucoup d’usages, le vert de Schweinfurth et autres couleurs vertes vénéneuses ; quelques fabriques allemandes le livrent au commerce d’une qualité très-supérieure. Les couleurs de chrome, du jaune clair au vert foncé, trouvent de jour en jour plus de preneurs. On les fabrique dans plus de cent nuances différentes. L’outre-mer est fabriqué presqu’exclusivement en Allemagne et en France ; c’est Gmelin qui l’a découvert en même temps que Guimet en France. L’Europe entière en produit 150,000 quintaux par an, représentant une valeur de 16,000,000 de francs. Une couleur faisant sensation à l’Exposition, c’est de l’outre-mer violet, d’une belle nuance, exposé par la fabrique de Nuremberg; les procédés de fabrication sont tenus secrets, et je ne crois pas que ce soit encore un produit commercial. D’après Scheffer, dans la fabrication de l’outre-mer on obtient d’abord une substance jaune, qui par la suite de l’opération passe au rouge, puis au violet et enfin subitement au bleu. Mais ce sont les couleurs d’aniline qui attirent le plus l’attention : leur fabrication a pris un grand développement et plusieurs nouveaux procédés ont été découverts ces dernières années. Tout le monde sait que le goudron est le point de départ de cette fabrication; on en retire par distillation le benzol et le toluol qui, nitrés, puis réduits par le fer, donnent par leur mélange l’aniline, point de départ de toutes les couleurs. On est frappé du développement de cette industrie, surtout en Allemagne, lorsqu’on réfléchit que les premières découvertes ont été faites en Angleterre en 1856 (Perkin, Hofmann), et en France en 1859-60 (Verguin, Bechamp, Girard et de Laire, Monnet, €tc.). La valeur des couleurs fabriquées s’élevait à 9 millions environ en 1862, et maintenant à plus de 40 millions. L’Allemagne seule entre dans ce chiffre pour la moitié et emploie environ 35,000 quintaux d’aniline par an, dont elle tire une bonne partie de l’étranger. Le plus grand progrès obtenu dans cette branche de l’industrie est la fabrication de la fuchsine sans acide arsénique d’après la méthode de Coupier, c’est-à-dire par l’action du nitroben- zol, mélangé de nitrotoluol sur l’aniline brute, en présence d’un métal et d’un acide (zinc et acide chlorhydrique). Cette réaction, connue depuis longtemps, n’a pu réussir en pratique que depuis 1872, et c’est surtout à la fabrique de MM. Meister Lucius et Brüning à Hochst s/M. qu’on en doit la réalisation. Il faut remarquer que des isomères de la toluidine mélangés avec l’aniline, c’est la paratoluidine (toluidine liquide) qui donne la fuchsine pouvant le mieux se transformer en bleu et en violet. De plus, en faisant cristalliser la fuchsine, on l’obtient d’une nuance plus jaune lorsque la liqueur est neutre ou chargée de sel marin, plus bleue, au contraire, lorsque la liqueur est acide. — 36 Le rendement en fuchsine est de 28 % par la nouvelle méthode au lieu de $0 % par Pancienne. Le second grand progrès est dû à M. Lauth, chimiste chez M. Poirrier à Paris, qui fabrique sans se servir'de l’iode les violets de méthylaniline par l’oxydation directe de l’aniline méthylée par le nitrate de cuivre, du sel et de l’acide acétique ; on chauffe avec addition de sable entre 40°—70° ; il reste du métal dans la combinaison. Les bleus ne sont presque plus fabriqués par l’action des iodures méthyliques ou éthyliques sur la rosaniline, mais en faisant réagir du chlorure de benzyle sur le violet de méthylaniline. Ces bleus sont d’une nuance incomparable, sont solubles dans l’eau et se fixent sur la laine et la soie avec la plus grande facilité dans des bains de teinture légèrement acides. En poussant l’addition de molécules de benzyle, on obtient un vert, mais peu solide et peu beau, il se forme aussi beaucoup de résines. Un nouveau vert s’obtient par le nitrate de méthyle et le violet de méthylaniline. La maison Poirrier en fabrique de grandes quantités. Jusqu’à présent on n’avait pas réussi à bien teindre la laine avec les verts d’aniline; M. Lauth y a réussi en la mordançant préalablement dans un bain d’hyposulfite de soude; le soufre en émulsion dans l’eau se fixe sur la fibre et la rend apte à attirer le vert. Un autre bleu nouveau est celui de diphénylanime qu’on obtient par l’action de l’hydrochlorate d’aniline sur l’aniline sous pression; il est moins employé que le bleu de lumière, parce qu’il est moins beau de jour, par contre il est plus brillant de nuit. On peut dire, en général, que les chlorures benzyliques donnent des bleus plus bleus que les chlorures méthyliques ou éthyliques. Un produit accessoire dans la fabrication de la fuchsine — 37 — est la grenadine, chrysotoluidine, palatine; on s’en sert pour teindre les laines. Si l’on soumet le produit brut à l’action réductrice du zinc, on obtient un jaune nommé Gisela. La teinte dite Bismark est aussi un produit de réduction. Ces couleurs sont employées toutes deux pour les cuirs. L’induline provient du traitement des résidus par l’acide sulfurique. La coralline ou azuline est une couleur qui tend de plus en plus à se répandre. La coralline jaune, acide rosolique, s’obtient par l’action de l’acide oxalique et de l’acide sulfurique sur l’acide phénique. Associé à la fuchsine, ce corps produit des nuances cerises très-pures, mais pour l’employer en teinture, il faut animaliser les tissus. La coralline rouge provient de l’action de l’ammoniaque en vase clos à 150° environ, sur l’acide rosolique; c’est une couleur très-peu solide. Enfin, l’azuline s’obtient en chauffant à 180° l’acide rosolique avec l’aniline ou la naphtyla- mine, en présence d’une petite quantité d’acétate de plomb; c’est ce qu’on appelle aussi le bleu de lumière. La safranine est aussi maintenant très-demandée par les teinturiers. C’est une couleur d’aniline obtenue par l’action de l’aniline sur la base diazotée, puis oxydation par l’acide chromique ou nitrique, donnant toutes les nuances de rose au ponceau; elle coûte environ 200 fr. le kilo. On teint la soie au savon, le coton doit être mor- dancé à l’acétate de plomb à froid, puis lavé à 58°, enfin passé en couleur à 64°; on obtient sur le coton des teintes variant du jaune à la couleur cerise ; pour avoir une couleur ponceau, il faut d’abord teindre au curcuma. Enfin, la plus grande découverte dans l’industrie des couleurs est due à MM. Grœbe et Liebermann qui, en 1868, reconnurent que la garance dérivait de l’anthracène et réussirent à obtenir cette couleur synthétiquement. L’anthracène est un carbure d’hydrogène qu’on retire des dernières parties de la distillation du goudron et dont la valeur nulle autrefois est maintenant d’environ 12,000 francs la tonne. L’alizarine, garance artificielle, a fait son chemin rapidement; en 1870, les premiers échantillons furent lancés dans le public, et maintenant un grand nombre de fabriques se sont fondées, surtout en Allemagne, pour exploiter cette industrie lucrative. On trouve déjà dans le commerce plusieurs sortes d’alizarine ; la meilleure, sous forme de pâte, renferme 10 % de matière colorante pure et les autres qualités contiennent de plus ou moins grandes quantités d’une substance jaune qui se forme en même temps que l’alizarine, surtout lorsqu’on emploie dans la fabrication trop d’acide sulfurique. La première qualité sert à teindre en rouge et violet; les autres qualités donnent des teintes plus jaunes. Le procédé de fabrication est le suivant : on oxyde l’anthracène, par l’acide chromique ou un chromate, ou par l’acide nitrique, et on obtient l’anthrachinone; celui-ci est traité par l’acide sulfurique, on élimine l’excès de l’acide par le carbonate de chaux, puis on traite par le carbonate de potasse ou de soude; ou bien on fait agir directement l’acide sulfurique sur ra,nthracène et on oxyde après. Le disulfo-an- thrachinone, obtenu d’une manière ou d’une autre, est ensuite chauffé en dissolution concentrée avec trois fois son poids de potasse ou de soude caustique, puis on précipite la matière colorante par un acide. L’alizarine a l’avantage sur la garance naturelle qu’on peut mélanger le mordant avec la couleur, ou même s’en passer; les nuances sont aussi plus franches. Pour 1872, — 39 — la production totale s’élève déjà à 22,000 quintaux de pâte à 10 % ayant une valeur de 16,000,000 de francs. Le goudron renferme 0,5 % environ d’anthracène, la production totale, étant de plus de. 5 millions de quintaux, est suffisante pour couvrir toutes les demandes d’alizarine; la consommation actuelle de garance est de 1 million de quintaux valant 40 millions de francs. groupe v. Le 5 e groupe comprend les matières textiles. Quelques mots sur ce sujet pourront peut-être intéresser. On ne connaît généralement en fait de matières textiles que la soie, la laine, le coton, le lin et le chanvre, et pourtant les pays d’outre-mer nous en ont révélé beaucoup d’autres. Le règne animal ne nous fournit qu’une très-petite variété de matières textiles, mais ce sont les plus importantes. Nous n’insisterons pas sur les poils de lapin, de vache, de chameau, et de cheval, qui n’ont donné que des résultats relativement insignifiants. Par contre, la laine a acquis une importance énorme. Celle de Bohème est connue pour sa finesse; celle d’Angleterre est devenue un produit particulier dans son genre, grâce aux soins donnés à l’élevage des moutons. Quant à la soie, la Chine, le Japon et le Turkestan montrent à l’Exposition leurs procédés pour dévider les cocons; l’Italie est représentée par ses organsins; enfin, la Russie, la Mandschourie et les provinces de l’Asie, ont exposé des cocons variant entre la grosseur d’un haricot et celle d’un œuf de poule. ' Ces différents cocons sont produits par le bombyx tex- tor, bombyx Huttoni, etc. 40 — En Italie, on a de tous temps fait des objets de luxe avec la barbe d’une espèce de moule, la Pinna nobilis. Cette barbe se compose de fibres jaunes et soyeuses, tirant sur le vert. On en a fait un tissu très-beau, mais qui ne se vend guère qu’en Italie et n’est pour l’Europe septentrionale qu’un objet de curiosité. En Russie on fait de très-beaux tissus avec le duvet de cygne : mais c’est une industrie qui exige beaucoup trop de temps et de peine pour se répandre au dehors. Quant au règne minéral, il ne fournit guère que l’or et l’argent des broderies qui figurent sur les habits de gala. Un autre produit minéral, l’amiante, ne sert plus que pour les coussinets des machines ainsi que pour fermer plus hermétiquement toutes espèces de jointures entre métaux. Enfin un dernier produit minéral que l’on a cherché à utiliser comme matière textile, c’est le verre, dont l’emploi cependant est fort restreint. Parmi les matières textiles fournies par le règne végétal, l’une des plus récentes et en même temps l’une des plus importantes, c’est la jute. Ce végétal que peu de gens connaissaient avant le milieu de ce siècle occupe aujourd’hui de nombreuses fabriques disséminés dans toute l’Europe. La jute est la fibre du liber d’un arbre qu’on appelle le Corchorus. Les peuplades de l’Asie s’en sont servies de tous temps ; mais ce n’est que dans ces dernières années qu’on s’est mis à cultiver cette plante pour la fabrication d’Europe, et l’on voit à l’Exposition un grand nombre de tentures, de tapis fabriqués avec cette matière. Le royaume de Tunis, Ceylan, l’île de Java, l’Inde, le Caucase, la Chine, le Japon fournissent un grand nombre de i Ui&r*^ï+ végétaux analogues à la jute. Tels sont les musacées, les broméliacées qui forment une branche importante de l’industrie de ces pays. Les broméliacées donnent environ 40 p. % d’une fibre très-tenace et se trouvent surtout dans le Brésil. Les Indiens en font un tissu très-fin appelé Tal- linanas. Parmi les liliacées, nous distinguerons le yucca dont une espèce appelée le Phormium tenax est très-connue en Europe sous le nom de chanvre de la Nouvelle-Zélande. Ce produit très-brillant et très-ferme sert à faire des cables et des cordages. L’île Maurice fournit encore des fibres d’-Hibiscus, de Latania, d’Agave, etc. Une musacée fort employée aussi c’est le soi-disant chanvre de Manille. Les fibres des malvacées ne sont pas moins recherchées. Certains palmiers dont la fibre est inusable servent à faire d’excellents tapis et des cordages. Le bambou est encore Vne plante précieuse par les nombreux usages qu’on fait de presque toutes ses parties, comme fibre textile, matériel de construction, etc. On a essayé de l’acclimater en France, en Algérie, en Angleterre; on cherche à en utiliser la fibre pour la fabrication du papier. Les palmiers ne sont pas moins utiles. Enfin différentes orties sont encore employées avec succès. On trouve aussi en Russie une autre plante très-utile, c’est YJpocynum que les habitants appellent kendyr et dont on fait d’excellents cordages. La même plante se trouve à Tunis et en Algérie, où ses capsules séminales contiennent une espèce de coton. Cela nous amène à parler des plantes dont la substance textile n’est pas la fibre, mais cette espèce de laine qui entoure leur semence. Elles sont peu nombreuses ; outre le coton, il n’y a guère que VAsclépias, différentes espèces de Bombax (mauves) cultivées dans les colonies hollandaises et la Typha latifolia de Tunis. G-EOTJPE VT. Le 6 e groupe comprend l’industrie du cuir et du caoutchouc. Là non plus, rien de bien nouveau à signaler. La fabrique de MM. Allégatière à Lyon continue ses essais de tannage au bois de châtaignier , et expose de fort beaux produits obtenus avec ce bois. L’Australie nous envoie des extraits d’écorce de chêne et de sapin, mais aucune fabrique ne les ayant encore essayés en grand, on ne peut encore dire quel avenir est réservé à ce produit. Ce qu’il y a de plus remarquable et qui intéresse aussi l’industrie forestière, ce sont deux procédés assez nouveaux pour écorcer les bois en dehors du temps de la sève. Les premiers essais furent faits par M. Maître qui opérait au moyen de vapeur d’eau sans pression. Cette méthode a été examinée de près dernièrement sous les auspices du gouvernement badois, par un forestier, un chimiste et un tanneur. Je dois dire que le rapport que ces experts ont publié ne me paraît pas très-favorable à cette invention. En effet, la main d’œuvre est considérable, la quantité de combustible nécessaire assez grande, et l’écorce elle-même renferme environ 2 % d’acide tan- nique de moins que l’écorce prise au moment de la sève; de plus les peaux tannées avec l’écorce d’hiver ou d’automne présentent près de 2 % en poids de moins que les peaux tannées avec l’écorce du printemps. Le second procédé est celui de M. de .Nomaison, ingénieur à Paris. Il repose sur le principe qu’en portant rapidement au moyen de vapeur sèche surchauffée, du bois encore vert à une température élevée, les liquides qu’il — 43 — contient entrent en ébullition et s’en échappent de sorte que le bois s’écorce avec une grande facilité. M. de No- maison se sert d’un générateur vertical tubulaire à foyer intérieur dans lequel la vapeur est chauffée à 170°; toute sa machine ne pèse que 238 k., elle est donc facilement transportable; le bois est placé dans trois cuves en bois en communication avec le générateur, le travail est continu et on peut écorcer par jour, avec une équipe de 4 hommes, 10 à 12 stères donnant environ 1100 k. d’écorce. — L’écorçage artificiel en forêt est certainement possible au grand avantage du forestier, mais ce qui est loin d’être prouvé, c’est que le tanneur y trouve aussi le sien; M. de Nomaison ne donnant aucune indication sur la teneur de l’écorce en acide tannique et ne mentionnant aucun résultat de tannage. GROUPE VII. A propos du 7 e groupe, deux mots sur la damasquinerie, qui est un des arts les plus anciens, comme le prouvent de nombreux objets plus ou moins bien conservés. Cet art fleurit surtout au XV e siècle, du temps des fournisseurs des Médicis et des Farnèse, alors qu’il était représenté par Michelange, Romero, les trois frères Piccinini, etc. Avec l’Italie, l’Allemagne rivalisait dignement par ses armures sur lesquelles on damasquinait les dessins originaux des grands-maîtres. Les Français ne tardèrent pas, grâce à leur facilité habituelle, à s’approprier cet art ; mais au bout d’une trentaine d’années, ils tombèrent dans le maniérisme. Les Espagnols, qui avaient reçu la* tradition des Maures, surent perfectionner leur style. Les célèbres fabriques d’armes de Tolède et de Madrid en font encore _ 44 — foi. Un bouclier sortant des ateliers de Tolède, qui a été acheté pour le Musée autrichien des arts et métiers, nous reporte au plus beau temps de Fart espagnol. Deux fabricants d’Ailar, province de Guipuzcoa, exposent différents objets d’ornement décorés de charmantes arabesques. On peut distinguer deux genres différents dans la da- masquinerie; ou bien Ton trace sur la surface du fer des traits parallèles suivant trois directions différentes, dans lesquels on introduit des fils d’argent ou d’or, suivant le dessin que Ton cherche à reproduire, et que Ton fixe par le martelage; c’est le véritable damas. Ou bien on reproduit avec un poinçon le dessin, puis on introduit dans la gravure de l’or ou de l’argent en feuilles ; c’est ce que Ton appelle incruster. Dans les deux procédés, la damasqui- nerie une fois obtenue, on polit, puis on chauffe l’objet dans de la cendre, afin de donner au fer une couleur plus foncée. Un vase s’est fait particulièrement remarquer à l’Exposition par le fait que sa base et son anse sont en fer damasquiné, tandis que le vase lui-même est en porcelaine anglaise. Un Parisien a trouvé une nouvelle méthode pour damasquiner le bronze ; il rend la gravure sur le métal plus profonde au moyen de l’acide nitrique, puis par un courant galvanique, il y introduit l’argent ou l’or. La Perse, qui autrefois se dinstinguait par ce genre de travail, n’a rien envoyé de remarquable; par contre, les objets venus des Indes sont inimitables, soit pour la forme, soit pour le bien fini et le bon goût. On les fabrique surtout dans le Pendjab et le Goojerat. GrEOUPE IX. La 9 e groupe comprend la céramique, la verrerie et les > — 45 — objets en pierre. Je n’ai pas à m’occuper ici de la céramique qui était admirablement représentée à l’Exposition, puisqu’un délégué spécial doit faire un rapport sur ce sujet. Quant à Y industrie du verre , elle a pris une extension qu’on ne lui aurait certes pas prédite au commencement de ce siècle; elle la doit surtout à la multiplication des ressources techniques qui sont venues se mettre à sa disposition. Le verre qui ne pouvait se fabriquer autrefois que là où se trouvaient à la fois du bois, du quartz et de la potasse, peut se fabriquer aujourd’hui partout où l’on veut; car on a remplacé le bois par la houille ou le gaz, et la potasse tend à être remplacée par le sel de Glauber. Quant au quartz, on lui substitue de plus en plus divers minéraux contenant de l’alcali, tels que le granit, le basalte, le porphyre, la marne; ces minéraux servent surtout à fabriquer le verre ordinaire pour bouteilles à vin et à eaux gazeuses, flacons de pharmacie, bombonnes à acides, etc. L’application du verre fondu devient de plus eh'plus générale, grâce aux progrès qui ont été faits dans cette branche de fabrication. On en fait des dessus de tables, plaques de trottoirs, cuves de brasseurs de toutes formes et de toute dimension, tuiles, etc. On a réussi aussi à fabriquer des verres pour les instruments d’optique d’une telle puissance de réfraction, qu’on renoncera bientôt à l’emploi des minéraux rares et chers dont on se sert encore. On ne tardera pas à utiliser pour cette spécialité les verres de bore, de thallium et ceux d’aluminium qui ne servaient jusqu’ici qu’à la fabrication des pierreries artificielles. A Un autre emploi, qui se généralise de plus en plus, consiste à en faire des coussinets de machines comme on a pu le voir pour la première fois à l’exposition de Paris en 1867. La fabrication des mosaïques sur verre, qui fleurit surtout en Italie, a certainement fait aussi des progrès. On voit aussi à l’Exposition du verre tissé, dont on fait des objets de luxe et de mode ainsi que des articles industriels. On a aussi beaucoup employé dans ces dernières années le verre massif pour fabriquer des presse-papier, porte-montre, supports de thermomètres et autres objets affectant toutes les formes imaginables. Les lustres de verre maintiennent leur marché, malgré la grande concurrence que leur font ceux de bronze, de zinc, de fonte, etc. Enfin, la fabrication des thermomètres, baromètres et autres appareils de physique et de chimie a pris une telle extension qu’on peut avoir aujourd’hui ces produits à des prix très-bas. Il faut dire que c’est souvent aux dépens de leur qualité. GEOTJPE xi. Dans le 11 e groupe rentre VIndustrie du papier. Les fabriques d’Europe livrent chaque année au commerce 900 millions de kilos de ce produit. C’est assez dire combien cette industrie a pris d’extension. Mais pour arriver à de pareils résultats, il lui faut une quantité de matières premières qui soit proportionnée à sa production. Elle emploie, à cet effet, toute substance fibreuse, végétale ou animale, susceptible d’être divisée en parties très-petites ; mais le produit varie en qualité selon l’espèce de fibre dont on se sert. — 47 Ce n’est pas, à proprement parler, la fibre que l’on emploie; mais plutôt la cellulose qui forme pour ainsi dire le squelette de la plante. Autrefois, les vieux chiffons servaient exclusivement à la fabrication du papier; mais il y a longtemps que ces rebuts d’étoffe ne suffisent plus; aussi depuis 300 ans cherche-t-on des matières propres à les remplacer. On essaya d’abord en Italie la paille, mais l’on ne réussit qu’à faire du papier d’emballage ; puis on essaya la tourbe, les aiguilles des conifères, l’ortie, le chardon et autres plantes fibreuses qui se trouvaient à portée. Mais les papiers de meilleùre qualité se fabriquaient exclusivement avec des chiffons, chiffons qui par l’usure, les lavages, le blanchiment au soleil devenaient de plus en plus souples et blancs ; tous les chiffons étaient bons sauf ceux de soie. — Au commencement de ce siècle, Scheele découvrit le chlore et Leblanc la fabrication artificielle de la soude. A la fin du XVIII e siècle, Schaffer, puis Keller vers 1840, et enfin Vœlter s’occupèrent activement d’introduire la pâte de bois dans l’industrie du papier. Vœlter, après avoir dépouillé le bois de son écorce, de ses branches et de ses nœuds, le broie au moyen de meules et finit par obtenir une pâte qui forme maintenant la matière principale des papiers de qualité inférieure. Les espèces de bois qui sont surtout employées sont le sapin, le pin, le peuplier et en général tout bois relativement blanc et tendre. En Angleterre, où le bois est rare, mais ou par contre les substances chimiques et le combustible sont bon marché, on se sert depuis quelques années de paille. Après avoir été triturée, on la traite par la soude caustique à chaud, puis on lave pour enlever la silice et autres matières étrangères ; enfin on blanchit par le chlore. L’usage de la cellulose de la paille s’est maintenant répandu dans presque tous les pays ; elle donne un produit pouvant servir à fabriquer les papiers les plus fins. Dans ces dernières années, la paille ne suffisait plus à la consommation des fabriques de papier d’Angleterre, et l’on emploie maintenant en grande quantité la Stipa tenacis- sima, espèce de genêt qu’on traite comme la paille ; cette plante croit sur les bords de la Méditerranée, là où aucune autre végétation ne peut subsister. La consommation en est si grande (100,000 tonnes par an en Angleterre seulement) que cette plante coûte aujourd’hui 130 francs la tonne, tandis qu’autrefois elle en coûtait à peine le quart. On se sert encore en Angleterre des fibres de la jute et de la sandridge (roseau des sables), sans compter la pâte de bois que l’on importe en grande quantité ; par contre on a renoncé au lichen dont le prix de revient est devenu trop élevé. En Orient, on se sert pour la fabrication du papier principalement du bambou, de l’agave, de la jute, et de différents palmiers. La fabrication de la pâte de bois pour l’industrie du papier n’a pris une grande extension que depuis que l’on s’est appliqué à régénérer la soude-employée, La revivification des alcalis employés en papeterie comporte trois opérations distinctes: 1° Séparation de la pâte de la liqueur noire provenant de la combinaison de la soude avec les parties solubles des végétaux, et subsidiairement lavage de la pulpe produite par l’opération du lessivage au moyen d’un laveur méthodique continu. 2° Evaporation de la liqueur noire contenant des combinaisons sodiques, et incinération du produit; l’évapora- teur le plus répandu est celui de M. horion évaporant au- — 49 — delà de 12 kilog. de liquide par kilog. de combustible employé. 3° Caustification de la soude récupérée ; on arrive par ces trois opérations à revivifier, d’après les indications de M. Lespermont, jusqu’à 85 p. % de la quantité de soude employée avec une dépense de charbon ne s’élevant pas au-delà de 2 72 kilog. par kilog. de carbonate de soude. Encore quelques mots sur Yutilisation des déchets. On a eu l’excellente idée d’exposer à part (Exposition additionnelle) les industries s’occupant de l’utilisation des déchets. Je ne citerai ici que quelques utilisations nouvelles. Ainsi les rognures de fer-blanc sont traitées, d’après la méthode de Higgin, par l’acide chlorhydrique et le salpêtre pour leur enlever l’étain (de 3 à 5 p. %)• Il reste du fer que l’on emploie de nouveau en métallurgie, ou bien dont on fait du sulfate de fer, en le traitant par l’acide sulfurique dans des cuves de bois doublées de plomb. Ce produit est employé soit comme désinfectant, soit dans la teinture, surtout pour la soie à laquelle il donne naturellement beaucoup plus de poids, au grand avantage du fabricant et au grand désavantage du consommateur. Le chlorure d’étain que l’on a obtenu est un excellent mordant pour les laines et demi-laines qui doivent être passées aux couleurs d’aniline. Mais, de la plus grande partie de la liqueur obtenue, on précipite l’étain à l’état métallique par le zinc ou le fer; le chlorure devine ou le chlorure de fer qui se produit ainsi est employé comme désinfectant ou pour imprégner les bois qu’on veut conserver,. Une autre utilisation de déchets intéressante est celle * % du gypse. La fabrication des boissons gazeuses ayant énormément augmenté depuis quelques années, le gypse devenait embarrassant pour les fabricants obtenant l’acide carbonique par l’action de l’acide sulfurique sur le carbonate de chaux. Il y a une dizaine d’années on avait remplacé le carbonate de chaux par le éarbonate de magnésie naturel (magnésite), on obtenait ainsi comme produit secondaire du sulfate de magnésie cristallisé qui se vendait bien; mais la matière première étant relativement chère et cette méthode se généralisant, le sulfate de magnésie perdit rapidement de sa valeur mercantile et l’acide carbonique revint trop cher, de sorte qu’on fut obligé d’employer de nouveau le procédé primitif. Pour pouvoir utiliser ce gypse, on le mélange avec un autre rebut, avec l’écume qui se produit lorsqu’on porte à l’ébullition une dissolution de soude ou de potasse avec un lait de chaux (pour obtenir une lessive caustique dans la fabrication du savon, etc.). Cette écume principalement composée de carbonate de chaux est mélangée avec le gypse provenant de la fabrication des eaux gazeuses, puis on presse la masse obtenue et l’on en forme de petits prismes qui, une fois secs, remplacent avec avantage la craie naturelle. Une autre utilisation de déchets est celle des résidus de la fabrication du cyanure de potassium, résidus dont on fait du bleu de Prusse. Pour fabriquer le ferro-cyanure de potassium, on emploie toute espèce de déchets de corne, de cuir, des plumes d’oiseaux, du sang dont on a retiré l’albumine ; on se sert de fours à flamme directe dans lesquels les substances azotées sont mélangées avec de la potasse et des tournures de fer. Cette fabrication d’ailleurs laisse encore — 51 — beaucoup à désirer, car c’est à peine si l’on retrouve dans le produit 20 p. % de l’azote employé. La substance fondue est dissoute au moyen de la vapeur dans une cuve à double fond, puis par plusieurs cristallisations on obtient le prussiate de potasse pur qu’on emploie dans différentes industries; il reste du sulfate de potasse. Les résidus de la soude devenaient par leur masse un embarras de plus en plus grand pour le fabricant, en même temps qu’une véritable peste pour tout le voisinage par les gaz délétères qui s’en dégageaient. C’est principalement à Max Schaffner, à Mond et à Gossage, qu’on doit d’avoir trouvé les moyens de rendre utile une matière jusque-là non-seulement inutile mais encore nuisible. Schaffner expose les résidus en tas à l’action de l’air pendant plusieurs semaines; il épuise par l’eau, laisse de nouveau exposé à l’air, puis épuise de nouveau; il porte la dissolution obtenue à l’ébullition et ajoute de l’acide chlorhydrique de 10° à 15° B. L’acide sulfureux qui se dégage est conduit dans une dissolution fraîche et produit un précipité de gypse et de soufre. Ce précipité est chauffé sous l’eau dans une espèce de marmite de Papin à environ 115°, le soufre fond, vient à la surface et on l’obtient ainsi très-pur. Mond accélère l’oxydation en faisant traverser les résidus par un courant d’air au moyen d’un ventilateur. Schaffner propose en outre d’employer les résidus dont on a ainsi enlevé le soufre, pour les talus de chemin de fer. Ces résidus jouissent en effet à un haut degré de la propriété de conserverie bois; des expériences faites à ce point de vue, il y a plusieurs années déjà, ont parfaitement réussi. £hL’utiüsation de ces résidus a pris un tel développe- — 52 — ment depuis à peine douze ans qu’on peut estimer à plusieurs millions par année la quantité de soufre qu’on en retire et qui était autrefois complètement perdue ; une seule fabrique d’Allemagne retire de ses résidus de soude plus de 100,000 quintaux de soufre par an. On a cherché aussi à tirer parti des déchets de la fabrication du vin. La lie de vin distillée donne de l’eau-de-vie ou de l’alcool ; le marc aussi. Quant aux éthers qui se produisent lors de la distillation, on les emploie pour donner au vin du bouquet et pour la parfumerie. Les pépins de raisin contenus dans le marc fournissent encore 12 à 15 p. % d’huile pouvant servir aux usages culinaires, et les enveloppes de ces mêmes pépins donnent un produit acide analogue au tannin et qui joue un certain rôle dans la fabrication du champagne. Lorsque le marc soumis à la distillation a dégagé son alcool, on en retire encore du tartre brut. Ce tartre débarrassé de ses impuretés sert à faire le cristal tartari des pharmaciens. Enfin, après l’extraction de tous les produits que^je viens d’énumérer, les résidus servent encore à^faire d’excellent gaz d’éclairage, du noir de fumée ou de l’engrais. Ici je termine; non pas que j’aie relaté tout ce qu’il y avait d’intéressant et d’instructif dans ma branche spéciale à l’Exposition, mais parce que je n’ai pu tout voir et bien voir, et qu’il aurait fallu y consacrer beaucoup plus de temps. Cependant j’espère avoir réussi à donner un aperçu général des industries chimiques et des procédés qui y sont employés, du moins en ce qu’ils ont de nouveau. Il ne me reste plus qu’à former le vœu que ce rapport puisse être utile à quelques-uns de mes concitoyens. — 53 — Ouvrages consultés et employés pour ce rapport : Amtlicher Katalog der Ausstellung. Internationale Ausstellungs-Zeitung(NeueFreiePresse). Dingler: Polÿtechnisches Journal. Wagner: Jahres-Berichte. Muspratt : Chemistry. Wurtz : Dictionnaire de chimie. Berichte der deutschen chemischen Gesellschaft. Compte-rendu de l’Académie des Sciences. Abel: Moniteur scientifique. Chemical news. Bulletin de la Société de Chimie de Paris. Opuscules divers de Hofmann, Hasenclever, Wink- ler, Scheurer-Kestner, P.-W. Hofmann, etc. Emile ADOR. , \UV; i'iiîfvv T : T.-büM .k,: .^Oi - . L-;: ...^ .',•?•> j no:b ?.• ;'!ü;k 7 (- , 7 T^i;î.rt 5 'i :3 tevi>!tf£ ' , 0 ;. MmlAù u--? üïiaiuiwiwWr :sYn '•.9ih?,ii'uf;fîp ««uii'^îrifiL* 'J';: ''ffi'inofT •?h oh^-' ; ; •> r,'i : r ;ih 5 T'■■•/•• :, -ô ^.oîrnrH^fîon» ‘m : t^ciA v ' /!•.;■.-;• "'■ .HÎ-fj/i. ••.•S ‘jifU^D ■ ü W -w ' / ,M«U ‘ -ÿJjliW Z;»,! ,i3?T*:i:>‘)i'îî 5?I> : ; h;' ü'j; 1 .in:^niî: [I ,Wvi .jeaise* üvt<\iql . i)v ü.. HftfTA efüçï;S i ■' T >- i Vt v mm RAPPORT SUR L’INSTRUCTION PUBLIQUE A L’EXPOSITION DE VIENNE EN 1873 -=»ct=®=5a. PRÉSENTÉ AU CONSEIL D'ÉTAT par M. TOGNETTI. GENÈVE IMPRIMERIE VÉRÉSOFF, GARRIGUES & Ce 1874 X .*./ i îi- | f * r ■ « i 5 B . 1 6 fil jf'I fxU ZüITKH^U MOO' U A TTMiJOï 1 STÂX >- 4 * ■ *-< jaser miàtàlt / « RAPPORT SUR L’INSTRUCTION PUBLIQUE A L’Exposition de Vienne de 1873. Placer en tête d’un rapport aussi important par son objet, un fait presque personnel, c’est un début peu conforme à la nature du sujet. Cependant, je me crois tenu de justifier le retard qu’a subi la rédaction de ce rapport; je m’en fais d’autant plus une obligation, que ce retard en a également entraîné un autre, celui de la publication des rapports de mes honorables collègues, délégués à l’Exposition de Vienne. Voici, très-franchement je l’assure, ma justification. Une des plus grandes utilités qu’on pense devoir retirer d’une exposition scolaire, est bien la recherche de la méthode par l’étude des livres, manuels ou traités; mais » on ne tarde pas à voir, dès que l’on est placé au milieu d’un-monde de richesses, comme celui que présentait à Vienne l’exposition scolaire, qu’il est excessivement difficile de se frayer une route, de se créer, de suivre une marche déterminée, précise, et, par conséquent, combien — 4 — il est difficile aussi de se livrer à la recherche exclusive de la méthode. Cette recherche lente, sérieuse, réfléchie, doit être faite dans le silence et dans la solitude du cabinet, et non point au milieu de ce monde remuant, circulant, bruyant, qui peuplait sans cesse TExposition. Du reste, il est vrai de dire qu’une exposition scolaire de la nature de celle de Vienne n’est pas faite, dans beaucoup de ses parties, au point de vue de la méthode. Elle est bien plutôt une grande exhibition d’objets d’enseignement, de matériel scolaire, et, s’il y a quelques notables exceptions, on ne tarde paspi voir, au moment où l’on veut se livrer à une étude de cette nature, que bientôt les fils manquent, que des lacunes nombreuses se présentent, et que, si l’on voulait tirer des conclusions de ce que l’on a vu, ces conclusions courraient fort le risque d’être fausses ou hasardées, parce que les éléments qui les déterminent sont incomplets. Enfin, dans l’exposition scolaire de plusieurs pays, les livres pour l’enseignement, renfermés dans les vitrines, étaient soustraits à l’étude de l’examinateur. D’un autre côté, des recherches sérieuses sur les méthodes devant rouler sur un aussi grand nombre de branches que celui qui compose notre instruction primaire et secondaire, auraient dû prendre largement tout le temps de l’Exposition, et être faites, pour plusieurs de ces branches, par des hommes spéciaux. Au lieu donc de faire, sur les divers modes d’enseignement, un travail presque condamné d’avance à être assez peu complet pour avoir une utilité réelle, il m’a semblé plus profitable de m’occuper avant tout du matériel d’enseignement, en y joignant quelques considérations sur la méthode, et de traiter certains points relatifs à la marche générale de l’instruction publique, lorsque cela pourrait avoir quelque avantage pour nous. Quant au premier point, matériel d’enseignement, les ressources sont si limitées chez nous, elles sont, au contraire, si nombreuses dans quelques pays voisins, que j’ai été tout naturellement conduit à faire une petite exposition d’objets d’enseignement tirés de ces pays. Cette exposition, quoique modeste, aura cependant servi à montrer, je l’espère, dans quelle voie nouvelle nous devons entrer. Puisse le temps, sinon la peine que cela m’a coûté, me servir d’excuse pour le retard qu’a subi mon rapport, et me faire obtenir quelque indulgence pour la précipitation qui a présidé à sa rédaction. Entrant plus directement dans mon sujet, je dirai que la Suisse, en général, et Genève, ainsi que plusieurs Cantons, en particulier, n’ont pas pris, à la partie scolaire de l’Exposition de Vienne, la place qu’ils auraient dû prendre. Cette vérité est pénible à inscrire dans un rapport destiné à quelque publicité, mais nous, Suisses libres, nous comprenons les sacrifices d’amour-propre qu’exige le maintien de notre liberté, et nous montrerons une fois de plus que nous savons, non point cacher nos points faibles, ou masquernos déficits, mais, au contraire, travailler sans cesse à les combler. Par ces efforts constants, nous nous rendrons toujours plus dignes de la position exceptionnelle de peuple indépendant que nous occupons. Beaucoup de Cantons suisses n’ont pas compris ce que devait être l’Exposition de Vienne, quoique les avertissements de Monsieur le Commissaire suisse n’aient pas manqué. Le Canton de Zurich s’est le plus distingué à l’Exposition, et a heureusement contribué à -ce que la Suisse n’occupât pas, dans l’ensemble des na- — 6 tions qui ont exposé, une place trop inférieure. Après Zurich vient Argovie, puis Thurgovie. Qu’est-ce qui détermine cet ordre, soit pour les Cantons suisses entre eux, soit pour les autres pays? Il est évident que ce n’est pas toujours la valeur de l’enseignement, ni le plus ou le moins de sacrifices que font les Cantons ou les autres pays pour une plus grande vulgarisation de l’instruction. A cet égard, le Canton de Genève occuperait, surtout depuis l’application de la nouvelle loi sur l’instruction publique, une place fort honorable; mais ce qui fixe naturellement, sinon toujours logiquement, la valeur relative, c’est le nombre et la valeur des objets d’enseignement, du matériel scolaire dans ses rapports directs avec l’enseignement. Sans doute que les esprits éclairés ne s’en tiendront point seulement à cela; ils prendront plaisir à lira, à étudier, par exemple, la magnifique statistique de l’instruction en Suisse, travail admirable, qui brillait dans notre pavillon, et qui prouve que notre Confédération ne le cède pas à beaucoup de pays pour la manière dont l’instruction y est répandue, et cela à tous les degrés; ils se réjouiront de voir cette instruction atteindre chez nous toutes les classes de la société ; mais ils ne pourront manquer de donner aussi, comme le fait le public qui a visité l’Exposition, une large place au développement, à l’amélioration et à l’abondance des objets d’instruction, du matériel scolaire. Placés sur ce terrain, et il faut bien que nous nous y placions sérieusement, une fois pour toutes, nous devons reconnaître la réalité de nos déficits. Nous sommes convaincus de la nécessité absolue d’un enseignement intuitif, mais nous ne possédons pas le matériel nécessaire à cet enseignement. Nous faisons beaucoup de sacrifices pour créer de nouvelles écoles, pour dédoubler h 7 — celles qui sont trop nombreuses; nous faisons sortir l’enseignement secondaire des limites de la ville pour le répandre dans les campagnes ; mais au milieu de cela, nous laissons l’école presque vide: des bancs, des pupitres, quelques livres et quelques cartes, voilà notre matériel. Nous faisons donc tout, oui tout, excepté une seule chose que nous oublions : c’est de placer dans nos écoles ce qui peut en faire le charme pour les élèves, ce matériel d’instruction que nous verrons si nombreux, si varié dans un de nos pays voisins. Notre enseignement, quoique donné en général par de bons maîtres, revêt un caractère d’aridité qui ne saurait être attrayant pour les enfants. Et si j’insiste si fortement sur ce point, c’est parce que nous devons nous hâter de combler cette lacune, et nous préparer à faire des sacrifices à cet égard; sinon, nous ne gagnerons rien à la comparaison avec d’autres peuples. S’il est vrai que, pour beaucoup de choses, un petit Etat ne puisse jouir des mêmes avantages qu’un grand, cela ne saurait s’étendre à l’instruction, nous surtout qui sentons et qui proclamons à si juste titre que cette instruction est le palladium de notre république, la tour forte qui doit protéger nos libertés. Je dois me hâter de le dire, j’ai rencontré dans Monsieur le Conseiller d’Etat chargé du Département de l’Instruction publique, un appui sincère et efficace pour faciliter l’entrée dans la nouvelle voie qui nous attend. Je ne doute pas que, par son influence et par le concours de beaucoup de nos citoyens éclairés, nous n’acquérions la place qui nous est véritablement due parmi les nations instruites. Nous n’avons pour cela qu’à accompagner l’intelligence qui certainement nous distingue, des moyens propres à l’instruction, moyens pour la création desquels 8 — certains peuples font les efforts les plus grands et les plus constants. Cela dit, entrons d’abord dans le pavillon suisse. Nous le savons, le Canton de Zurich y occupe la plus grande place ; la direction de l’instruction publique de ce Canton y a réuni tous les objets d’enseignement obligatoires dans les écoles primaires et dans les écoles secondaires. Dans ce Canton, l’instruction primaire proprement dite est obligatoire depuis l’âge de 7 à l’âge de 12 ans accomplis, avec leçons tout le jour; l’instruction complémentaire, également obligatoire, va de l’âge de 13 ans à celui de 15, avec 44 semaines de leçons par année, et chaque semaine 8 heures données le matin. 1 Le matériel d’instruction se compose : Pour les écoles primaires : de tableaux de lecture, de Scherr; d’une série de livres de lecture, employés de la première à la sixième année, de Scherr; d’ouvrages pour l’enseignement du calcul; d’un choix de travaux pour l’enseignement de la géométrie, de Hug ; d’un ouvrage de religion approprié aux écoles primaires ; de différents petits livres et tableaux de chant; d’un manuel de gymnastique pour les écoles de la ville de Zurich ; d’une petite carte et d’une carte murale du canton de Zurich, et d’une carte scolaire de la Suisse (Ziegler) ; d’une carte murale de la Suisse, de Wurster, Randeg- ger et C e ; 9 — d’une carte murale des deux hémisphères, de Keller; d’une carte murale de l’Europe. Pour les écoles complémentaires : d’un ouvrage pour l’enseignement du calcul; de livres de lecture et d’instruction, de Schonenberger et Fresschi; de la première partie de l’histoire naturelle et de la géographie, de Wettstein; de l’atlas de Wettstein, en 12 cartes; d’un appareil de physique, comprenant comme principales parties : levier, balance, vases communiquants, appareil pour la démonstration du principe d’Archimède, aréomètre, baromètre, thermomètre, aimant, aiguille aimantée, électrophore, électroscope, bouteille de Leyde, électro-aimant, deux éléments, charbon et zinc, etc..., en tout 41 pièces. Les écoles secondaires, non obligatoires, ont 44 semaines d’études par année et chaque semaine 34 leçons. Le matériel obligatoire comprend : la grammaire allemande, de Lüning-Frei ; la grammaire française, de Keller; un guide pour l’enseignement de l’arithmétique; un guide pour l’enseignement de la géométrie, de Ho- negger; un manuel pour l’enseignement de l’histoire naturelle, de Wettstein ; les cartes murales de Wettstein, au nombre de 104, divisées en trois parties, zoologie, botanique, physique, pour l’enseignement de l’histoire naturelle ; une collection pour l’étude de la botanique; 20 échantillons de différents bois utiles; *v r 10 90 échantillons cle grains et de produits de végétaux ; 30 préparations zoologiques; 55 minéraux; 37 préparations microscopiques de botanique ; de zoologie; 28 » » un appareil de physique de 45 pièces ; un appareil de chimie de 21 pièces. Outre les pièces dont se compose l’appareil de physique, d’autres sont recommandées par la Direction de l’instruction publique. Elle recommande encore l’emplette d’un relief d’une habitation, dont toutes les dimensions soient sur la même échelle, et toutes les cartes nécessaires pour la démonstration topographique et pour l’intelligence des cartes. A cet effet, Zurich expose : Un relief de la ville de Zurich et de ses - ' environs, non colorié, de Huni ; un même relief, de Scholi, de St-Gall; le même, colorié et dessiné; partie correspondante de la carte topographique du canton de Zurich; H Randegger, le terrain de la même contrée avec lumière verticale; Randegger, le terrain de la même contrée avec lumière oblique ; un tellurium. L’atlas de Wettstein, dont il est parlé dans le matériel des écoles complémentaires, est vraiment très-bien fait et fort intéressant; de plus, son prix, un franc, en fait un bon atlas populaire, pour les écoles où l’on parle ou bien où l’on apprend l’allemand ( 1 ). La collection des cartes ! (1) Un exemplaire est déposé au collège. — 11 — murales du même auteur pour l’enseignement de l’histoire naturelle est une œuvre pleine de mérite, et qui a été très-appréciée par toutes les personnes qui l’ont vue ( x ). Cette collection, faite sous les auspices et pour le compte de la Direction de l’instruction publique du Canton de Zurich, se vend à un prix très-réduit, et se ressent encore en ceci du but qui en a dicté l’élaboration, but qui n’est autre que le développement de l’instruction. Cet ouvrage est accompagné d’un texte allemand que nous aurions tout avantage à avoir en français. Il serait vivement à désirer que, conformément au vœu qu’en a manifesté l’honorable président de la Direction scolaire du canton de Zurich, Monsieur Siegler, une entente s’établît entre les Cantons allemands et français, amis des progrès dans l’instruction, pour arriver à l’adoption de certains ouvrages dans ces Cantons. L’atlas de Wettstein pour l’histoire naturelle et le texte qui l’accompagne seraient, par leur introduction dans les Cantons français, un des premiers et heureux résultats de cette entente. Le Canton d’Argovie expose d’intéressantes collections d’histoire naturelle, de fossiles, de zoologie, etc., préparées pour les écoles, de bonnes cartes de géographie, et, entre autres choses, trois ouvrages pour l’enseignement de la couture, du tricotage, etc.... Le premier de ces ouvrages est une collection de cartes murales pour enseigner, d’une manière méthodique, le tricotage ; — le second est un album, comprenant une série très-bien ordonnée de tous les travaux d’aiguille, et divisé en six parties pour chacune des classes d’une école qui comprendrait six divisions ; cet album est exposé par Made- (1) Voir un exemplaire chez Georg, libraire. moiselle Weissenbach, maîtresse d’ouvrages àBremgarten; — le troisième est un album d’ouvrages de tricotage, couture, raccommodage, crochetage, filochage, broderie et coupage, collationné par Madame Kahnbach-Schroder, de Rheinfelden. Ces trois ouvrages, bien faits, bien gradués, pourraient être consultés avec avantage pour nos écoles. Le Canton du Tessin, outre des collections de roches, de minéraux, de pétrifications pour les écoles, expose des cours de dessin dignes d’attirer l’attention, entr’autres celui de dessin élémentaire d’Albertalli, et ceux d’ornementation pour les écoles primaires et secondaires, de Rossi. Genève expose, comme objets d’enseignement, une collection de corps géométriques, les plus grands qui se trouvent dans toute l’Exposition. Un assez grand nombre de livres figurent encore à cette exposition scolaire; ils ne peuvent être analysés et, par conséquent, appréciés ici ; ce travail d’appréciation ne saurait être fait dans une exposition ni par un homme seul. Nous nous contenterons donc d’en voir un certain nombre mentionnés; cela pourra servir à des recherches sur les meilleures méthodes qui pourront être faites plus tard. Du reste, ces ouvrages sont indiqués, d’une manière plus complète, dans le catalogue suisse de l’Exposition. Le nom qui est entre parenthèses est celui du Canton où ces. ouvrages sont employés : Livre de lecture allemand pour écoles supérieures, de Straub (Argovie); — livre de lecture allemand, de Eber- hardt, pour écoles moyennes et supérieures, renfermant les matières pour l’enseignement de la langue maternelle, de l’histoire et de la géographie (Thurgovie) ; — exercices de traduction d’allemand en français, de Schulthess — 13 — (Thurgovie); — livre de lecture allemand, de Lüning et Sartori (Zurich) ; — livre de lecture français, pour les écoles secondaires et industrielles, de Breitinger et Fuchs (Thurgovie); — manuel alphabétique et synoptique de l’orthographe française, de Hisely (Vaud) ; — principes généraux d’analyse logique et grammaticale par les instituteurs du collège cantonal (Vaud); — grammaire de la langue française, de Keller, K. (Zurich); — arithmétique et algèbre, de Frickart (Argovie) ; — trigonométrie plane pour gymnase, de Krippendorf (Argovie); — ouvrages de mathématiques élémentaires, de Zwicki, de Boltshauser, de Prisi, de Egger et de Kinkelin (Berne) ; — stéréométrie de Ruegg, en français (Berne); — Weller, traité méthodique de géométrie (Argovie); — guide pour lame- sure des solides, de Largiadère (Thurgovie) ; — calcul mental, de Hermann (Vaud) ; — premiers éléments de géométrie et de toisé, de Gilliéron (Vaud); — série de problèmes de géométrie, et petit traité de géométrie, de Chavannes (Vaud); — manuel d’évaluation et d’arpentage, de Anex (Vaud); — histoire et chronologie de la Suisse, de Farber (Argovie); — petit guide de l’histoire générale, de Dietschi (Thurgovie) ; — abrégé d’histoire générale, de Magnénat (Vaud); — petite histoire ancienne, de Vuillet (Vaud); — géographie de la Suisse, par Jacob (Berne); — nouveau précis de géographie moderne, de Humbert (Vaud); — géographie mercantile, de Egli (Zurich); — histoire naturelle, de Wyss (Berne) ; — histoire naturelle pratique, petite géographie et nouvelle géographie, de Egli (Thurgovie) ; — leçons de cosmographie, de Magnénat (Vaud); — l’enseignement de la gymnastique aux écoles de garçons, par la Société des maîtres de gymnastique (Bâle); — le guide de l’enseignement de lagymnas-. tique des filles, par Jenny (Bâle); — école de gymnastique, de Niggeler (Berne); — histoire universelle de la pédagogie, de Paroz, J. (Neuchâtel); — cours de dessin, de Schoop et de Hutter (Berne), etc. (Catalogue de la Suisse, Exposition de Vienne.) Quant aux ouvrages envoyés par les soins du Département de l’Instruction publique de notre canton aux noms de nos concitoyens : MM. Canïbessedes, Mouchet, Dus- saux, Gavard, Revaclier* Krauss, Harvey, Oltramare André, Weiss-Haas, Maire, Marcillac, Fazy, Panchaud, Ani- sencel, Meylan, David, Hofmann, ils sont assez connus et appréciés de nous pour que je n’aie autre chose à faire que de mentionner les noms de leurs auteurs. Les Cantons d’Appenzell, de Fribourg, de Lucerne, de Neuchâtel, de Schaffhouse, de Berne, de Vaud, etc., exposent, outre des ouvrages d’instruction, quelques objets d’enseignement, des plans d’écoles, des cartes en relief et autres. Mais il est de notre devoir de le répéter : si un ou deux Cantons n’eussent pas compris mieux que nous et que la plupart des Cantons suisses que l’Exposition de Vienne devait être, pour notre pays comme pour les pays allemands, une grande exhibition de nos moyens d’enseignement, et si encore l’un de ces Cantons n’y eût été bien mieux préparé que nous, la Suisse n’eût pas rempli le pavillon qui lui était destiné. Que cela nous serve d’avertissement et nous engage à nous tenir prêts. Maintenant, et avant d’examiner les richesses de l’exposition scolaire proprement dite, entrons dans quelques pavillons où l’on a établi tout le matériel d’écoles de plusieurs nations; nous retirerons peut-être quelques petits profits de cette visite. — 15 — Ecole américaine. Je ne rechercherai point pour cette école, pas plus que pour d’autres, quel en est le but spécial, la marche, le programme ; je me contenterai de décrire ce qu’on y trouve; et il n’est pas impossible qu’en prenant dans chacune quelque chose de particulier pour l’appliquer à nos écoles, nous n’arrivions à améliorer encore ces dernières. En entrant dans cette école américaine, il semble que nous nous sentons bien dans le vrai, je veux dire, dans une école du pays, et non dans une salle qui n’a été arrangée et créée ainsi qu’en vue d’une exposition. Dès l’entrée, nous remarquons la forme des pupitres et des bancs des élèves; il y en a un pour chacun d’eux, et un petit couloir entre chaque lignée de ces pupitres. Le siège et le dossier sont faits de manière à bien encadrer les parties du corps qu’ils doivent recevoir, et cela d’après les nouveaux systèmes. Les pieds des bancs et des pupitres sont en fer et ont une forme simple, mais agréable à la vue. Comme dans les pupitres d’un nouveau modèle, le bord intérieur du pupitre est perpendiculaire sur le bord intérieur du banc, de manière à ne pas trop donner de place au buste, et à ne pas permettre à la partie supérieure du corps de prendre des positions quelconques, dont quelques-unes sont si nuisibles au développement physique de l’enfant. Il est clair que ces pupitres, disposés ainsi un à un, prennent plus de place à cause des couloirs qui séparent chaque rangée, mais ce n’est point un mal; nous ferons bien nous-mêmes de persévérer dans l’idée de donner plus de place à chaque élève et d’agrandir nos salles, plutôt que d’occuper une grande partie de nos bâtiments scolaires en vastes corridors où les enfants ne stationnent que fort peu. Autour de la classe, et contre les parois, sont déployées des cartes de géographie des Etats-Unis et des diverses parties du monde. Ces cartes sont fort bien faites et pas trop détaillées; pour les cartes, comme pour le livre de géographie, il n’y a là que les avant-coureurs de ce que les élèves verront et de ce qu’ils étudieront plus tard. Ces cartes parlent, pour ainsi dire, très-nettement aux yeux des enfants; elles sont accentuées sans rudesse; les montagnes, quoique bien marquées, ne prennent que l’espace nécessaire pour ne pas absorber les autres détails. Il semble que des cartes semblables, de moitié plus petites que les nôtres, en disent tout autant. D’excellents tableaux d’histoire naturelle, d’anatomie, ornent en outre la salle; ils sont à la portée des élèves et si bien faits qu’ils ne peuvent manquer d’être attrayants pour les jeunes êtres auxquels ils sont destinés. On remarque encore : une sphère,forte grandeur; l’analyse de la Constitution des Etats-Unis dans un grand cahier et en gros caractères ; de petits bouliers très-bien faits, jolis même, avec boules en verre, soit pour la numération, soit pour l’enseignement intuitif des fractions ; des corps géométriques, cubes, prismes, etc..., qui, joints entr’eux par des bandes d’étoffe, peuvent former un grand nombre de figures et de volumes divers. Pour l’écriture, on se sert soit d’ardoises, soit de cahiers ; mais ardoises et cahiers sont réglés, et portent en tête de chacune d’elles, comme en tête de chaque page, un modèle très-bien fait. La série de ces modèles, du simple au composé, est bien entendue, bien ordonnée, et conduit à des exercices variés. Chose remarquable : sur aucun de ces modèles ne figure l’écriture en grosse; toutes les séries de modèles commencent par des éléments en faible moyenne. — 17 — Si maintenant nous ouvrons les livres de géographie qui sont employés dans cette école de jeunes enfants, nous remarquons qu’ils sont bien différents des nôtres. Dans les nôtres, même les plus élémentaires, les détails s’accumulent les uns sur les autres; pays, montagnes,fleuves, villes se pressent à qui mieux mieux, sans trêve pour la mémoire fatiguée des élèves, sans que quelque agréable description vienne leur servir de repos. Le premier livre qu’on met entre les mains des élèves de l’école américaineest assez volumineux, mais il n’a rien d’effrayant; il est intitulé : Introduction à Vétude de la géographie. La première leçon renferme la démonstration d’abord, ensuite la définition des premiers termes géographiques : horizon, contrée, plaine, île, rivière, etc.; cette démonstration est faite dans une promenade à laquelle on conduit l’enfant et qui a lieu autour de la ville qu’il habite. Puis le cercle s’agrandit et l’élève parcourt les lieux les plus importants de la contrée; ensuite il voyage plus loin encore, et le voilà qui suit le cours du Mississipi, puis d’autres grands fleuves, s’arrêtant sur les rives pour en voir les cités, la population, les animaux, la végétation; le tout, cependant, sans trop de détails, et en mêlant toujours la géographie physique à la géographie politique. Souvent, le long de sa route, des images bien faites lui peignent à l’esprit les objets qui sont décrits. Tout cela est encore coupé, de temps en temps, par une carte de géographie qui attire d’autant plus l’attention de l’élève qu’elle lui sert comme de tableau résumant ce qu’il a vu, les lieux qu’il a parcourus. Après lui avoir fait connaître les parties principales des Etats-Unis, puis de l’Amérique, on l’introduit en Europe. Mais peu de choses des pays étrangers. Arrivé en Italie, par exemple, on lui en montre les principales 2 montagnes, les rivières et quelques villes seulement : Rome, Venise, Naples, rien de plus. De même pour la Suisse, avec Genève pour ville. Une fois ce livre parcouru, l’enfant est agréablement préparé pour prendre le livre suivant, qui l’initiera de plus près aux détails, et qui deviendra peu à peu pour lui un véritable livre d’étude. En général, dans notre instruction à nous, nous imposons l’étude à l’enfant, et celui-ci tend à ne la considérer que comme une impérieuse nécessité. Nous pourrions peut- être davantage, surtout dès les premières classes, le porter lui-même à vouloir de l’instruction, en lui en facilitant les premiers pas; le faire ainsi entrer dans la voie par plus d’attraits au lieu de le placer, dès l’abord, en face des difficultés. Pour en revenir à la géographie, j’ai hâteMe dire que je fais bien moins la critique des ouvrages que nous mettons entre les mains de nos élèves, critique pour laquelle je ne me sens pas autorisé, que du système même d’instruction pris à sa base, et dont ces ouvrages de géographie ne sont qu’une partie similaire. C’est par suite de ce même système que nous forçons la mémoire des enfants au lieu de chercher, autant que possible, et d’abord, à l’intéresser. C’est le contraire qu’on fait dans l’école américaine ; aussi étudie-t-on la géographie physique proprement dite dans un livre-atlas qui renferme pour chaque définition une gravure bien faite. Ce livre est des plus intéressants pour l’élève; il traite de la terre, des fleuves, des lacs, des volcans, des races d’hommes, de la botanique, de la zoologie, etc., le tout en s’en tenant aux détails principaux, et en invitant ainsi à en apprendre davantage. Nous procédons autrement ; nous apprenons, par exemple, à nos élèves, où sont les volcans, comment ils s’appellent, et cela avant qu’ils sachent ce que c’est un peu au juste qu’un volcan, et, par conséquent, avant qu’ils puissent s’intéresser à apprendre leurs noms et où ils se trouvent. Terminons par le programme suivi dans les écoles de district ou collèges des Etats-Unis : Alphabet — épellation — écriture — lecture — arithmétique mentale — arithmétique écrite — géographie —• grammaire — composition — tenue des livres — allemand — histoire des Etats-Unis — musique vocale — physiologie — algèbre. Ecole de Portugal. Cette école est loin de nous montrer du nouveau en fait de pupitres et de bancs ; c’est le vieux système dans toute sa crudité; pupitres non inclinés, bancs isolés des pupitres. Les livres d’études sont très-élémentaires, et ce même caractère se retrouve dans la Gazette trimestrielle de l'instruction, publique. Un livre élémentaire de géométrie que l’on voit parmi d’autres livres plus élémentaires encore, ne contient que des figures très-rudimentaires et assez mal faites. Du reste, matériel très-restreint. Un traité d’arithmétique égaré.sans doute dans un lieu pour lequel il n’est point fait, peut à juste titre attirer l’attention. Cet ouvrage paraît singulièrement propre à rendre les élèves forts sur le calcul, en les initiant à toutes les propriétés, à toutes les combinaisons des nombres, et à les préparer ainsi à une étude sérieuse des mathématiques. Voici l’ordre des matières: Numération des nombres entiers et des nombres fractionnaires décimaux. — Addition et soustraction des nombres entiers. — Multipli- — 20 — • : :8 ' ->. ’a.^vrl Vf *'*r VS '•H cation des nombres entiers ; puissances et racines. Multiplication de puissances. —■ Division des nombres entiers et des puissances. — Divisibilité. — Preuve des opérations. — Plus grand commun diviseur des nombres entiers. — Nombres premiers entr’eux. — Plus petit multiple de plusieurs nombres. — Nombres premiers. — Composition du plus grand commun diviseur; du plus petit multiple commun. — Opérations sur les nombres fractionnaires ; généralités, simplification, réduction au même dénominateur; les quatre règles; valeur moyenne de trois ou d’un plus grand nombre de fractions. — Opérations sur les nombres décimaux; réduction des fractions en décimales; fractions périodiques. — Extraction des racines carrées et cubiques des nombres entiers et des fractions. — Opérations sur les nombres incommensurables. — Calcul des radicaux. — Valeur approximative des résultats. — Opérations abrégées. — Proportions, progressions et logarithmes. — Nombres concrets. — Mesures légales. — Conversion des mesures légales en mesures étrangères. — Opérations sur les nombres concrets. — Applications de l’arithmétique. — Quantités proportionnelles ; règle de trois. — Règle d’intérêts et de fonds publics ; d’actions et d’obligations de banque. — Règle d’escompte en dedans, direct, indirect. — Règle de société. — Règle d’alliage. — Règle de fausse position. Ecole de Suède. Dans cette école, comme dans l’école américaine, comme encore dans la nouvelle école autrichienne, tout est intéressant, bien fait et prédispose agréablement à l’étude. Il est clair qu’ici une question se présente très- — 24 naturellement à l’esprit: toutes les écoles de Suède sont- elles semblables à celle-ci, et les habitants de telle ou telle localité de ce pays, s’ils avaient pu voir leur école à l’Exposition, n’auraient-ils pas eu lieu d’être bien étonnés. Nous n’en doutons pas, pas plus que l’aimable représentant de la Suède auprès du Jury international, discrète^ ment interrogé à cet égard. Mais que nous importe cela? un seul fait nous suffit, à savoir les efforts que l’on fait dans plusieurs pays pour l’avancement de l’instruction, pour l’amélioration du matériel scolaire, pour la création de nouveaux objets d’enseignement; en un mot, pour rendre le séjour de la classe plus agréable en même temps que plus instructif aux élèves, et, comme conséquence immédiate, d’exciter en eux le désir de la fréquenter. A cet égard, nous pouvons féliciter l’école suédoise. En effet, ici, tout est bien fait, ingénieux; les pupitres à une place, comme ceux d’Amérique, sont très-commodes et très-intéressants ; peut-être sont-ils trop compliqués, ce qui fait que le prix les rend difficilement abordables, dans le cas où l’on veut renouveler le mobilier d’une ou d’un certain nombre de classes. Parmi les objets destinés à l’enseignement, nous remarquons une tabelle noire, munie d’un demi-cercle gradué à bonnes dimensions (luxe que nous n’avons pas, nous, dans nos écoles) ; au-dessus, des cartes murales qui, par le moyen d’une simple manivelle, se déroulent ou s’enroulent très-facilement, — une grande sphère, -— un tellurium, — de très-jolies collections de divers produits, de fruits, de minéraux, — des tableaux d’histoire naturelle, — un boulier compteur dont il sera parlé plus loin, — un appareil de physique, — des corps géométriques,—pour occuper les élèves et les faire travailler seuls, de petites planchettes longues de 3 pieds environ sur 1 à 2 pouces de largeur qui, posées deux à deux, l’une à côté de l’autre, forment avec les chiffres et les signes qui y sont inscrits, des additions, des soustractions, des multiplications et des divisions, que les élèves doivent faire et dont ils doivent donner les résultats sur une ardoise ou sur un cahier; du reste, avec les deux mêmes planchettes, vous pouvez créer de nouvelles séries d’opérations, en élevant l’une d’elles d’un ou de plusieurs nombres au-dessus de l’autre. Une chose que l’on remarque encore avec plaisir, et qui pourrait facilement être introduite dans nos écoles primaires en remplaçant la Suède par le canton de Genève et par la Suisse, c’est la carte du premier de ces pays, tracée par des traits fixes en couleurs sur une grande tabelle noire, placée verticalement ; des traits d’une couleur indiquent les limites; d’autres, d’une couleur différente indiquent les divisions du pays, les rivières, les montagnes, toutes ces parties étant du reste très-bien dessinées. Le long des rivières et des montagnes, dansl’inté- rieur des divisions et à l’endroit où sont les lacs et les villes, sont de petites pointes fixes en métal, d’un centimètre de hauteur; de petits morceaux de bois rectangulaires portent les noms de ces rivières, de ces montagnes et de leurs sommités, des lacs et des villes, ainsi que des localités remarquables, et l’élève doit placer ces noms aux pointes et construire ainsi sa carte. Cet exercice est excellent ; le matériel en est peu coûteux, et il plaît certainement à l’élève. Ne pourrions-nous pas avoir de ces tabelles, allant du simple au composé, depuis le deuxième ou le troisième degré de nos écoles primaires? Cela n’introduirait-il pas une agréable et utile diversité dans l’enseignement le plus souvent trop aride qui s’y donne ; et 23 — cet exercice qui peut très-bien être collectif, en initiant de bonne heure les élèves à la connaissance de leur pays, n’apporterait-il pas quelque économie de temps dans le sixième degré, et ne permettrait-il pas ainsi de faire un peu plus comme programme de géographie ? Enfin un harmonium complète le mobilier de l’école de Suède, et témoigne encore de l’importance que les peuples amis de l’instruction accordent à l’enseignement du chant dans les écoles populaires. Nouvelle école autrichienne. Je crois devoir donner tous les détails que le Comité fondateur de ces écoles a publiés lui-même; et si je me décide à accorder une si grande place à ce sujet dans mon rapport, c’est d’abord parce qu’il ne faut pas considérer le modèle d’école dont il est parlé comme une œuvre isolée, comme le produit irréalisable de l’imagination d’hommes intelligents, mais que, bien au contraire, nous devons voir dans ce modèle le type de ce qui se fait en Autriche, dans les endroits où les sacrifices nécessaires aux progrès de l’instruction peuvent être faits. Ajoutons encore que ce modèle a reçu l’approbation du gouvernement par un arrêté du ministère de l’Instruction publique et des Cultes. En outre, comme toutes les parties se tiennent, comme elles sont toutes en relation indispensable les unes avec les autres, aucune ne peut être retranchée. Enfin, si nous voulons accorder notre attention à ces détails, nous verrons que tous ont leur utilité, et constitueraient même chez nous où nous pensons avoir beaucoup fait, une amélioration sensible. Sans doute que quelques points nous feront d’abord sourire : un plancher — 24 — de salle d’école passé à l'huile ! c’est très-bien pour une école d’exposition, mais en pratique, dans un village! ! Cependant, ne nous hâtons pas trop de porter un jugement, et probablement qu’après avoir examiné attentivement, sérieusement, nous reconnaîtrons qu’il est bien des améliorations, peu coûteuses par elles-mêmes, que nous pouvons apporter dans nos écoles pour en rendre le séjour sain, agréable et instructif à nos enfants. Nous avons pu, jusqu’à présent, regarder l’Autriche comme un pays très- arriéré en fait d’instruction, mais maintenant nous avons autre chose à faire que de nous complaire dans nos progrès; nous devons en particulier porter toute notre attention sur l’état des bâtiments scolaires de la campagne, sur les exigences nouvelles et bien entendues qui se font jour à cet égard, de manière que les rôles ne puissent pas être changés dans quelques années, et que l’on ne voie pas le sourire du dédain sur les lèvres de l’habitant de l’Autriche lorsqu’il viendra à passer devant la plupart de nos écoles rurales. Cela dit, je reproduis ici les détails publiés par le Comité, concernant le : Modèle de l’école autrichienne pour les communes rurales, élevé sur la place de l’Exposition. « Le but primitif de l’architecte Krumholz et du docteur Schwab, de livrer à la publicité l’écrit jusque-là trop ignoré De la maison d’école et de tout ce qui s’y rapporte, engagea le docteur Schwab à créer dans l’emplacement même de l’Exposition, un modèle de jardin d’école, et il engagea aussi l’architecte Krumholz à y élever un bâtiment complet d’école communale. Comme point de départ, et vu l’importance de l’organisation de l’éducation populaire, on choisit comme difficulté à résoudre : l’école communale à une seule classe. Les fonds ne manquèrent pas; un Comité qui prit le nom de « Comité des Amis de l’Ecole » fut formé, et compta dans son sein des hommes de diverses conditions, parmi lesquels nous signalons : le docteur K. v. Stremayr, ministre de l’Instruction, président ; le baron Burg ; les professeurs Egger, Harti, Richter, Schwab; l’architecte Krumholz, les conseillers des travaux publics. F. Schmidt, et baron Schwartz, le conseiller ministériel docteur Lorenz, l’inspecteur des écoles Ullrich, le directeur d’école supérieure industrielle Walser, etc.Une commission exécutive fut nommée, qui eut pour mandat principal de construire pour les communes des pays autrichiens un modèle de maison d’école, en rapport avec les exigences actuelles et en tenant compte du bon marché nécessaire. L’activité de la commission fut couronnée de succès, et dès le 9 juillet, l’école fut ouverte au public. Sur une surface de 1300 mètres carrés se trouvent la maison d’école, le jardin, le parterre, le bâtiment de gymnastique et un préau. Inspectons d’abord le bâtiment. Sur la petite face se trouve l’entrée pour les élèves; elle donne dans un vestibule dans lequel sont des bancs destinés aux mères qui, mises ainsi à l’abri des injures du temps, viennent chercher leurs petites filles. La chambre de travail du maître donne dans ce vestibule. La salle d’étude est au premier étage ; on y parvient par un escalier commode, à palier. Les vitraux colorés des hautes fenêtres envoient une douce lumière dans la salle. Nous entrons. La salle a 9 m ,2 de longueur, 6 m ,8 de largeur et 3 m ,6 de hauteur. Les parois sont d’un gris clair, ornées de distance en distance de fortes bandes noires et garnies de hauts sou- bassements. Cette classe donne place a 60 élèves ; 30 pupitres à deux places, de différentes grandeurs, d’après le système Kunz (un de ces pupitres a figuré à l’exposition scolaire du mois de décembre et est en la possession du Département de l’Instruction publique) donnent à la classe un caractère d’ordre, de précision et d’agrément. Les pupitres de l’école américaine et de l’école de Suède qui ont tant plu à toutes les personnes qui les ont visités, n’ont pu être choisis par le Comité des Amis de l’Ecole, à cause de la place plus grande qu’ils occupent et de leur coût qui est trop élevé pour les écoles communales autrichiennes. La lumière vient du côté gauche par quatre fenêtres, et de derrière par deux fenêtres ; des rideaux très-simples et en toile crue et épaisse, se déroulent de bas en haut; ils arrêtent ainsi, lorsque cela est nécessaire, la lumière dangereuse qui vient d’en bas, lumière de réflexion et venant du sol qui, donnant d’une manière éblouissante sur le travail, constitue un véritable danger, parce qu’elle darde dans les yeux de l’enfant et peut entraîner la cécité; mais ces rideaux laissent pénétrer l’importante lumière qui vient d’en haut, en permettait que tout un côté de la classe soit préservé des durs rayons du soleil. Dans les jours mêmes les plus chauds de l’été, on ne souffre pas dans la salle de l’école d’une chaleur étouffante ; l’air y est toujours pur (comme dans toute la maison), malgré le grand nombre d’êtres qui la fréquentent. A cet effet, une ventilation spéciale est adoptée. De l’extérieur, au-dessus du sol, partent des conduits en bois qui passent dans les murs et amènent l’air en quantité suffisante dans la classe ; un semblable système fonctionne en été, un autre en hiver. La ventilation d’été fait répandre l’air frais par dessous la chaire ; celle d’hiver — 27 — conduit l’air froid au pied du poêle, et le faisant passer dans la partie intérieure du manteau dont le poêle est entouré, le réchauffe avant de le répandre dans la salle. Ce mécanisme ingénieux ne laisse rien perdre. L’air devenu inutile est conduit par une orifice du plafond dans un conduit en bois, puis dans le canal de la cheminée. La classe est encore exempte de poussière ; le plancher, comme tous ceux de la maison, est passé à l’huile. Pour la propreté de la chaussure, les élèves ont à leur disposition, sur le devant de la maison, un décrottoir en fer; dans l’intérieur, un second décrottoir en bois, fortement construit et à interstices ; enfin, et tout près, une natte de paille. Les vêtements humides, et servant de par-dessus, ne sont pas pendus dans la classe et ne peuvent pas ainsi vicier l’air ; il n’y a dans la classe aucun porte-manteau pour les recevoir; les chaussures humides ne doivent pas non plus y être introduites ; nous reviendrons bientôt sur ce point. Lorsque nous entrons dans la salle d’étude, tout nous frappe par un air agréable; la peinture des parois est pleine de goût et elle est aussi pratique que jolie parce qu’elle est bon marché. Le pupitre simple du maître, l’armoire vitrée renfermant des objets relatifs à l’enseignement, la corbeille pour les débris de papier, les crachoirs placés à divers endroits de la salle, tout est tenu dans un parfait état de propreté. Aussi une semblable école doit- elle servir en même temps d’école de goût pour les enfants qui la fréquentent. Un petit orgue suédois accompagne dans l’enseignement du chant. Comme dans la plupart des écoles, les grands tableaux sont en bois, mais ceux de plus petites dimensions sont en étoffe-ardoise. La salle d’école ne devant pas servir à un étalage per- — 28 manent des objets d'enseignement, ceux-ci sont placés dans une petite salle à part, autour de laquelle ils sont distribués. Nous le répétons, cette salle fait naître l’impression du véritable repos de la famille ; on sent que le Comité a eu pour but de ses efforts, de satisfaire aux justes exigences du médecin, de l’instituteur, de l’ami du peuple et de l’homme animé du sentiment du beau et du bien. Mais quittons maintenant la classe, et entrons dans la petite salle où sont placés le matériel d’enseignement et les travaux à aiguille des filles. Elle est longue de 6 m ,9 et large de 3 m . Cette petite surface est bien employée. On y remarque d’abord trois armoires vitrées dans la partie supérieure et garnies de portes en bois dans la partie inférieure. L’une renferme le petit appareil de physique du mécanicien Hauck de Vienne; cette collection d’instruments, faite en .vue d’une école communale, est très-satisfaisante. La seconde armoire contient une bibliothèque, divisée en trois parties : une pour le maître, une seconde pour les élèves et la troisième pour les habitants de la localité. Enfin, la troisième armoire renferme une petite collection d’histoire naturelle qui contient, en particulier, les oiseaux de la contrée. Dans cette même petite salle se trouvent trois tables avec douze sièges à dossier demi-sphériques, le tout de trois dimensions différentes. La machine à coudre (de Bollmann) nous montre par son prix qu’elle a été faite pour des enfants; les écoles peuvent en faire l’emplette en payant par plusieurs versements. La femme du maître d’école doit, dans cette salle et gratuitement, instruire les filles d’un âge moyen et d’un âge plus avancé, dans le tricotage et dans la couture, dans le raccommodage et dans le rapiéçage, ainsi que dans tous les travaux de femme qui sont plus particulièrement utiles dans la localité où l’école est établie. En sortant de cette salle, nous vovons un lavoir à l’usage des élèves. .Plus loin, et toujours sur le même palier, nous entrons dans un vestiaire qui donne lui-même entrée dans le lieu d’aisance des jeunes filles. C’est dans ce vestiaire que les habits servant de par-dessus sont pendus, et que sont posés également les chapeaux, les parapluies ; les souliers humides sont changés contre des chaussures sèches et tressées en paille. Chaque élève a une petite place à cet effet. Les petites filles et les garçons ont, au rez-de-chaussée, des lieux d’aisance parfaitement séparés avec ventilation à part. Si nous nous transportons dans les combles, nous pourrons clairement saisir le système de ventilation. Nous voyons les quatre conduits qui renferment l’air vicié aller d’abord horizontalement, puis se redresser et gagner verticalement le toit. Un grand tableau nous montre que ce que nous avions pris simplement pour une cheminée, lorsque nous étions sur le devant de la maison, se trouve être aussi autre chose. Cette large capacité contient bien deux tuyaux de fer, qui donnent passage à la fumée de la cuisine et du poêle de l’école, mais le reste de l’espace est une chambre à air, par laquelle s’échappe tout l’air vicié formé dans la maison. On comprend dès lors que toutes les fois que l’on fait du feu au poêle de la classe ou au foyer, cela augmente la force de la ventilation. Au rez-de-chaussée est la demeure du maître. Elle consiste en une chambre à travail, une grande chambre pour la famille, une jolie cuisine qui peut servir de chambre d’habitation et d’un vestibule qui donne sur le jardin et que l’on peut chauffer en hiver. Les parois de l’appartement sont peintes comme celles de la classe. Gette demeure suffisamment grande et agréablement établie peut pleinement satisfaire le maître qui l’habite. L’une des salles est actuellement occupée par l’exposition du matériel d’enseignement des écoles populaires. Une réflexion nous frappe à la vue de ces objets, c’est qu’il serait bon que le maître eût un manuel très-clair et très-pratique qui lui indiquât comment il peut se procurer, créer plusieurs de ces objets les plus importants, soit par son propre travail, soit par la complaisance des amis de l’école, et comment il peut entretenir et diriger ses élèves dans la création de. collections semblables. Toute une série ne renferme que des collections technologiques, que chaque homme doit aujourd’hui apprendre à connaître, par exemple: la fabrication du verre, du fer, du papier, du sucre, l’extraction du charbon, du sel, la préparation de plusieurs étoffes provenant de plantes textiles. On trouve encore dans ce matériel un choix de modèles anthropologiques du docteur Bock, professeur d’anatomie, modèles en gypse très-instructifs et livrés à très-bon marché (exposés au mois de décembre à Genève et appartenant maintenant à l’Ecole industrielle) ; enfin plusieurs objets pour l’enseignement intuitif; des objets plastiques pour l’enseignement du dessin; une petite collection d’étoffes tissées pour l’instruction des jeunes filles; les mesures métriques, des corps géométriques en bois. La collection d’histoire naturelle renferme, outre un certain nombre d’insectes utiles et nuisibles, une intéressante collection de minéraux appropriée aux petites écoles (du docteur Eger ); pour les collections de papillons, de scarabées, de plantes, le maître a un manuel qui lui en indi- — 31 que le travail de préparation (Meissl, maître d’école supérieure à Vienne; Grimme, maître d’école à Bade). Peut-être paraîtra-t-il à mainte personne que ce matériel scolaire est trop nombreux; il n’en est rien cependant si on y regarde de près. Le matériel scolaire que nous avons actuellement est nul par rapport aux exigences actuelles; du reste, parmi les objets que nous proposons, c’est au maître à voir la direction qu’il doit prendre dans le choix de son matériel d’instruction et quels changements il doit y apporter. Du reste, que les communes ne s’effraient pas; tout ne se fera pas d’une fois; les dépenses n’auront lieu que selon les possibilités qu’offriront les ressources pécuniaires. Que les maîtres sachent aussi qu’ils n’ont pas seulement tout à attendre et que leur rôle ne saurait être entièrement passif, mais que s’ils ont eux-mêmes à chercher les amis de l’instruction et de l’école, ils ne manqueront pas d’en trouver qui feront des sacrifices. Mais quittons l’école dont toutes les parties suffisamment grandes et hautes laissent largement affluer l’air et la lumière, et rendons-nous à la petite place où se fait la gymnastique pendant l’été. Cette place, séparée du reste du jardin, ne contient que ce qui est absolument indispensable pour les écoles de la campagne: deux barres, deux mâts et les engins nécessaires pour le saut en hauteur et en longueur. En relation immédiate avec la partie destinée à la gymnastique pendant l’été, se trouve la salle de gymnastique pour l’hiver, avec un avant-corps garni de bancs où les personnes âgées peuvent prendre place pour regarder les jeux des enfants. Cette salle a 12 m ,8 de longueur sur 6 m ,9 de largeur, elle a un fourneau donnant 8 à 9 degrés Réaumur de chaleur; sur le derrière de cette \ construction se trouvent un compartiment pour vache, un autre pour porc et plusieurs autres pour provisions, bois, etc.... Les engins que contient la salle de gymnastique sont en rapport avec une économie bien calculée et avec les besoins d’une école de campagne. Le professeur Jecm Hofer, auteur d’un petit écrit sur la gymnastique telle qu’elle doit se pratiquer dans la campagne, a lui-même placé dans cette salle ce qui est nécessaire pour l’enseignement de la gymnastique dans une école semblable, sans négliger de montrer ce qui doit être fait contre les mauvaises exhalaisons. La salle de gymnastique sert encore pour les cérémonies scolaires ou communales (bien des communes ne possédant pas des salles assez grandes à cet effet) ainsi que de petit atelier pour l’école. Cette dernière destination est en rapport avec la nouvelle loi scolaire de l’empire autrichien, qui veut que l’école dote l’élève des connaissances indispensables pour satisfaire aux besoins réels de la vie, et lui donne l’adresse, l’habileté nécessaire à cet effet. Ainsi ce petit atelier est pour les garçons ce qu’est pour les filles la petite chambre de travail adjacente à la classe. On y trouve deux établis, une collection de modèles et d’ouvrages pour le travail sur bois. Tous ces travaux peuvent aussi, pour raison de santé, se faire en plein air, dans la cour, sous les arbres. Le docteur Schwab, directeur de gymnase à Vienne, est l’auteur d’un petit ouvrage « l’école de travail, comme partie intégrante de l’école populaire v> qui ne peut qu’offrir beaucoup d’intérêt et d’utilité. Nous voici maintenant dans le jardin. Devant la maison d’école s’étend un petit pré avec des plates-bandes de — 33 — fleurs, place dont une partie est réservée pour les futures constructions qu’il serait nécessaire d’ajouter au bâtiment. Le jardin fruitier occupe la plus grande place. Toute la surface à gauche, ainsi qu’une partie de celle de droite est destinée aux élèves pour apprendre la culture ; les filles ont à soigner,en commun, un jardin potager; un peu plus loin, il y a pour chacune d’elles une petite plate- bande de fleurs qu’elles doivent tenir en ordre. Les garçons ont un joli jardin, pour des essais de culture, à un point de vue technique et économique, des plantes importantes pour le commerce ; puis une pépinière pour l’étude des arbres à fruit et des autres arbres, et une plate-bande pour la culture de la vigne. Dans le fond du jardin sont des places réservées pour diverses cultures, soit d’arbres à bois utile, soit d’arbres sauvages, soit encore des arbrisseaux importants de la localité. Entre ces divers arbres et arbustes, on cultive les fleurs du printemps et celles de chaque mois de l’année. Une corbeille environnée d’un treillis peu élevé renferme les plantes à poison indigènes. Une fontaine donne l’eau nécessaire pour la boisson et pour le jardin; les bassins en sont maintenus pleins, de manière à donner toujours pour les plantes une eau plus propice que celle qui est fraîchement pompée. Enfin dans un endroit reculé du jardin est un abeiller, système Dierzon. Si maintenant nous nous rendons compte de ce que nous avons vu, nous devons avouer que toutes les parties de cet ensemble sont bien appropriées à leur but, et qu’elles ne coûtent guère plus que si elles avaient été faites sans goût et sans objet. Dans la maison, comme dans la cour et dans le jardin, nous n’avons rien vu de 3 i superflu ou qui tienne du luxe, mais par contre, tout respire l’esprit d’ordre et de propreté et éveille le sentiment du beau. « Pour les enfants, le mieux seul est assez bon. » C’est aussi pour la santé que tout y est organisé. Nos braves campagnards doivent voir, par cet exemple, comment ils peuvent se construire, sans trop de frais, des maisons saines, bien habitables et les environner agréablement. L’adolescent a, dans la demeure du maître, l’image d’une habitation modeste, et cependant convenable, suffisamment grande et bien en ordre; l’enfant lui-même ne reçoit que des impressions agréables. Et qui pourrait nier qu’en ennoblissant les goûts d’un peuple actif, on n’exerce la plus salutaire influence sur l’état matériel et spirituel de ce peuple. Elevés dans une pareille école, les enfants puisent dans tous leurs travaux, et pour leur vie entière, un bien qui en est inséparable, la joie de l’esprit et l’amour de la patrie. Cette école élève les enfants pour le bien-être et la moralité; c’est là que le cœur de ces jeunes êtres s’ouvre, d’une manière durable, à la beauté de la nature; c’est enfin dans une école semblable que le développement harmonique de toutes les facultés d’un enfant est vraiment possible. La discipline sévère de l’école fait de l’ordre et de la propreté une dure nécessité; le développement du beau en fait, dans notre école, un acte volontaire, une habitude pleine de joie. Si on dit qu’une école semblable est trop coûteuse, nous répondrons qu’aucun sacrifice ne trouve plus grande utilité ni plus vraie justification; nous répondrons encore que plusieurs communes ont donné l’exemple en en créant de pareilles, communes parmi lesquelles nous signalerons : Rothwein dans le Steirmark; Ulmerfeld et Hausmanning, dans la Basse-Autriche, etc.Et cependant ce ne — 35 sont pas les communes les plus riches qui, les premières, ont accompli ce progrès. Oui, nous en avons la certitude, bientôt chaque village sera fier de montrer son école; tous les patriotes s’apprêtent à faire les sacrifices nécessaires, car ils savent que l’école populaire est la source du bonheur de l’humanité. Après avoir examiné les diverses écoles qui occupent, la plupart, de modestes pavillons dans l’enceinte de cette vaste Exposition; après avoir vu déjà bien des choses qui, étudiées de plus près, puis mises en pratique chez nous sous la forme que nous jugerions le plus convenable, - donneraient à notre instruction populaire l’impulsion que d’autres pays s’empressent à lui donner, entrons dans ce palais où tant de peuples ont à l’envi exposé les produits si divers de leur science, de leur industrie et de leurs arts; entrons aussi dans ce vaste pavillon latéral où l’Allemagne étale si glorieusement les résultats de l’instruction qu’elle donne à ses peuples, les moyens d’enseignement qu’elle emploie, le matériel scolaire nombreux et constamment amélioré dont elle dispose. Mais ici encore, et devant tant de choses, nous sentons de nouveau toute notre impuissance; nous ne pouvons ni tout examiner, ni même tout voir. Aussi ne ferons-nous porter principalement notre attention que sur les points qui ont plus directement rapport à nos propres besoins ; nous ne ferons même souvent que les signaler sans les juger; toute autre marche de notre part ne serait que prétentieuse. Et encore comment procéderons-nous, étant donnés tant d’éléments différents. Après beaucoup de réflexions et d’embarras à cet égard, il nous semble préférable de cheminer par catégories, par classes d’objets se rapportant à telle ou telle branche, comme aussi à tel ou tel ordre d’enseignement. Jardins de l’enfance. — Ecoles enfantines. Pourrions-nous retrancher ce sujet de notre rapport? Oui, en nous tenant à la lettre de notre mandat: « rapport sur Pinstruction primaire et secondaire. » mais non, en nous tenant à l’esprit de cette lettre ; et non, surtout, si nous ambitionnons pour notre rapport le caractère le plus marqué possible d’utilité. Comme nous attachons chez nous de plus en plus une grande importance à l’instruction ou du moins à l’éducation de la toute jeune enfance; comme nous créons, partout où cela est possible, des écoles enfantines, n’est-il pas de notre devoir de rendre ces écoles aussi profitables que possible aux jeunes êtres auxquels elles sont destinées? Et c’est surtout dans ces petites écoles qu’il s’agit de rechercher quels sont les moyens les plus attrayants de les instruire, et les plus propres en même temps à leur doffner la pénétration d’esprit et l’attention soutenue dont ils auront toujours plus besoin pour les études qui suivront. Cette vérité est, de nos jours, incontestable; mais si le principe est maintenant posé, l’application n’a, pas encore obtenu une solution bien complète. En effet, quels moyens choisir, et comment répartir le temps entre les travaux d’instruction, comme écriture, lecture, calcul,, et les occupations ayant un caractère marqué d’amusement? Nous ne pensons pas pouvoir résoudre cette double question, cependant nous pouvons*dire que deux points sont acquis: le premier est la convenance de ne donner à ces jeunes êtres, pour amusements, que des jeux qui développant leur jugement, leur intelligence, mettent en activité leurs diverses facultés, et tiennent leur esprit d’observation constamment en fonction; le second, de ne pas consacrer trop de temps à ces jeux, mais de les interrompre, dans une sage mesure, pour des travaux d’étude proprement dite, travaux qui, en mettant plus directement en œuvre l’esprit de l’enfant, tendent à lui donner de la force, de l’énergie, de la précision. Placés sur ce terrain, nous pouvons dire que la méthode Frobel, sagement appliquée, peut rendre de très-grands services. Nous disons sagement appliquée, parce que cette méthode tire avant tout son excellence de l’intelligence de la maîtresse qui l’emploie. En effet, il peut être à craindre, si l’on donne une extension trop grande aux exercices de pur agrément, que l’on ne tende à jeter dans l’esprit des jeunes élèves une véritable légèreté dont ils auront beaucoup de peine à se débarrasser plus tard. La méthode Frobel est employée en Allemagne, dans un très-grand nombre de localités; des villages, à nombre restreint d’habitants, ont leur petite école Frobel, et il en sort des travaux vraiment intéressants, quand on songe à l’âge des enfants auxquels on les fait faire. Aussi voit-on à l’Exposition une grande diversité de jeux destinés aux écoles et aux jardins de l’enfance, jeux intéressants au plus haut degré pour ces petits êtres, et tous tendant éminemment à faire retirer, de ce qui paraît d’abord n’être qu’un simple amusement, le développement du jugement et de l’esprit d’observation. Ces jeux font directement partie de la méthode Frobel ou s’y rattachent par leur nature; citons les suivants: l’école du travail; le constructeur américain; le petit constructeur; les divers modelages; le découpage; le compagnon de jeu instruit; les mosaïques; les figures géométriques; les divers jeux des cubes, des corps rectangulaires, des prismes ; le marteau et le clou; le parquetage; le jeu de lettres, de chiffres; le dix fois dix; la maison à construire, etc., etc. Tous ces jeux sont accompagnés de nombreux modèles indiquant, avec la graduation désirable, toutes les figures qui peuvent être faites avec les diverses pièces; la plupart même sont accompagnés d’un texte explicatif. En dehors de ces jeux proprement dits, on en trouve de plus instructifs, mais qui renferment également, dans leur marche, un véritable attrait; tels sont: le petit géographe; le dessinateur; le calculateur. Il est plusieurs de ces jeux qui, si nous les étudions de près, pourront, en donnant lieu à un enseignement collectif, être introduits avec avantage dans les degrés inférieurs de nos écoles primaires. Cela est surtout vrai pour ces travaux si variés de tressage, de plissage, de couture, de piquage, de broderie, etc...., auxquels on donne un si grand développement dans les petites écoles en Allemagne, et qui, sous les soins d’une maîtresse intelligente, peuvent par la marche parfaitement méthodique dont ils sont susceptibles, donner matière à un enseignement simultané très- intéressant et très-utile ( x ). Les deux albums de tressage et de broderie qui ont figuré à l’exposition scolaire de décembre, et qui ont été achetés pour la ville de Genève montrent de quelle diversité d’exercices un tel enseignement est susceptible et à quels heureux résultats on peut atteindre, même avec de tout jeunes enfants. Ces albums font honneur à la personne qui les a exposés à Vienne, (1) Ces jeux ont été achetés pour plusieurs de nos communes et exposés. On peut s’en pourvoir aux endroits suivants: L. Hestermann, à Hambourg; Adler, .» Lechner, Vienne; Bretsch, Berlin; Fischer, S.-W. Oberseifenbach près Seifen, en Saxe. — 39 — Madame Ottilie Sollner, maîtresse d’une école enfantine à Leitmeritz (Bohême) ( 1 ). Si de grandes améliorations sont à apporter dans nos écoles enfantines, nous pouvons cependant nous réjouir de voir la ville de Genève entrer résolument dans cette voie, et doter ses écoles de la plus grande partie du matériel qu’on leur accorde si généreusement dans quelques- uns des pays voisins. Plusieurs communes participent maintenant à des progrès que suivront bientôt toutes les communes du Canton. Pour entrer plus résolument dans cette voie de progrès, nous n’avons qu’à consulter les ouvrages suivants, dont quelques-uns sont maintenant en possession du Département de l’Instruction publique, et dont la traduction en français aurait, par leur plus grande vulgarisation, de sérieux avantages : Exposition et guide de Goïdammer, concernant les jeux de construction, des baguettes, des surfaces triangulaires, quadrangulaires, des anneaux, etc. Le jardin d’enfance, manuel de la méthode de Frbbel, de Goïdammer. La pédagogie dans le jardin de l’enfance, de Frôbel. De la fondation, de l’organisation et de la direction du jardin de l’enfance, de Goïdammer. La pédagogie du jardin et de l’asile de l’enfance, de Gruber Jos. La gymnastique dans le jeu, pour garçons et filles, de Kïoss P.-31. La pratique du jardin de l’enfance. — Le jardin de l’enfance dans son essence, de KoMer A. (1) Deux autres albums de la même maîtresse, pour le piquage, ont été acbetés pour le Département de l’Instruction publique. ■U;-\ — 40 — L’enfant et son essence. Considérations pour l’intelligence de la méthode Frobel, de MarenhoU-Bülow. Le paradis de l’enfance, de Morgenstern L. TJ i:' W RT Nouveaux tableaux pour l’intuition et pour apprendre à parler. On fait beaucoup usage, en Allemagne, dans les écoles de l’enfance, ainsi que dans les degrés inférieurs des écoles primaires, de tableaux représentant, soit une ferme, sa basse-cour et les divers travaux qu’elle comporte ; soit une campagne, avec troupeaux, moulins, travaux des champs, soit un intérieur de domaine, etc., etc.(*) Le but de ces tableaux, où se voient tant de choses et tant de scènes de la vie réelle, est d’habituer l’enfant, à mesure qu’il avance dans les divers degrés, à exprimer sa pensée par des phrases simples ; de lui donner également l’habileté qui lui est nécessaire pour construire correctement et fidèlement des phrases composées, en évitant les fautes ordinaires dans l’emploi des diverses formes des mots et dans la formation des phrases; comme aussi de rendre librement et exactement les sujets étrangers et d’exposer clairement ses propres pensées. Et comme le langage se présente partout au premier plan de l’instruction élémentaire, que l’élève ne peut suivre et comprendre les pensées qui lui sont exprimées que lorsqu’il peut lui- même rendre ses propres pensées, le développement du langage est une des premières conditions à la base de toute instruction. C’est là le but que poursuivent les tableaux dont nous parlons. Ils sont conçus de manière à (1) Ces tableaux ont été exposés et sont actuellement en la possession du Département. — (MM. Winckelmann et Fils, à Berlin.) — 41 exciter chez les enfants la vie intellectuelle et cachent, sous un fond qui paraît d’abord tout matériel des traits divers de la vie morale et religieuse. Quelques mots sur l’application de ces tableaux et d’abord de leur contenu. Le premier introduit l’enfant parmi les animaux domestiques, et la scène est dans la cour d’une grande métairie. Le second le conduit dans la forêt et lui montre les travaux qui s’y font et les animaux qui y vivent. Le troisième représente un village, les plaisirs qu’on y trouve, les travaux des champs. Puis viennent, dans les tableaux suivants, les travaux de l’homme en automne, les moissons, l’emploi des trésors du sol; l’hiver dans la maison, dans la cour, dans le village et dans la forêt. Le tout est fait avec des dimensions qui permettent d’attirer l’attention sur chaque partie isolée, comme sur chaque groupe, et d’en faire le sujet d’une conversation. Les élèves, placés devant ces tableaux, ont leur attention attirée sur tel objet, et, par les questions du maître, sont conduits à une conception exacte et à exprimer nettement le résultat de cette conception. Ils doivent exprimer ce qu’ils regardent en termes corrects. Par ce moyen ils composent eux-mêmes un récit, une description simple ; ils apprennent à animer une scène, à juger des indices et des faits secondaires, à composer une narration; ils arri- veht ainsi à exposer, verbalement ou par écrit, un tout satisfaisant, en rapport naturellement avec leur degré d’instruction. On comprend combien, après de semblables préparations, les exercices de langage et de composition doivent, dans les degrés supérieurs des écoles primaires, gagner en abondance de pensées, en vivacité d’expressions et en pureté grammaticale. — 42 — Enseignement intuitif du calcul. Bouliers. — Compteurs. Dans le matériel scolaire exposé par plusieurs pays on retrouve le boulier ordinaire, très-connu, composé de boules de même ou de diverses couleurs, glissant le long de tiges horizontales et parallèles ; ces bouliers ne peuvent être employés que pour la démonstration intuitive des principes les plus élémentaires de la numération, et ont ainsi un usage très-restreint. Divers bouliers, exposés entr’autres par la maison Hachette, sont des augmentations et des améliorations du boulier à boules. Comme nous pouvons facilement les avoir sous la main, il nous suffit de les mentionner. Un boulier très-simple, mais encore, si nous ne nous trompons, peu en usage chez nous, est celui qui est relatif à la création et à la formation des fractions. Il se compose, en général, de 23 tiges horizontales; la moitié gauche de chaque tige porte des cylindres mobiles, dont l’ensemble forme toujours la même longueur, qui représente l’unité; à la première tige, l’unité est divisée en deux parties, en trois à la deuxième, en quatre à la troisième, et ainsi de suite juqu’à la vingt-troisième tige qui contient 24 cylindres. On a donc ainsi devant les yeux, des demies, des tiers, des quarts et jusqu’à des vingt-quatrièmes. Ce boulier est très-utile pour donner aux élèves une idée nette de la fraction, soit qu’on la considère comme partie d’une unité, ou comme exprimant une ou plusieurs unités d’un ordre inférieur à une autre unité prise comme comparaison. Non-seulement cette machine familiarise l’élève avec un certain nombre de fractions, et lui en fait connaître la valeur comparative avec l’unité, mais encore elle — 43 — lui montre clairement la valeur comparative des fractions entr’elles, par exemple, combien la demie vaut de quarts, de sixièmes, de huitièmes, de vingt-quatrièmes; combien il faut prendre de quinzièmes pour faire un cinquième, deux cinquièmes, etc. N’insistons pas davantage sur ce compteur, mais disons que son introduction dans nos écoles aurait un avantage réel; elle entraînerait certainement une économie de temps que ne nieront pas les maîtres chargés d’enseigner les préliminaires des fractions. Nous avons hâte d’arriver à deux bouliers-compteurs qui, peu connus encore chez nous, sont cependant d’une utilité incontestable. Le premier de ces bouliers-compteurs-est l’arithmo- mètre de Martinot, de Namur. Cet arithmomètre n’est pas composé, comme les autres, de boules ni de chevilles; il est formé d’une boîte sur le couvercle de laquelle glissent, dans des rainures, un ou plusieurs systèmes de tiges ou aiguilles verticales, et de centimètres cubes de bois, percés de manière à être enfilés dans les dites tiges. Un certain nombre de ces centimètres cubes sont isolés et servent à représenter les unités; d’autres sont adhérents, au nombre de dix, forment, par conséquent, un volume pa- rallélipipédique et représentent la dizaine ; dix de ces volumes, joints ensemble, unifiés, forment un nouveau pa- rallélipipède et donnent l’exemple de ce qu’est la centaine; enfin, dix de ces centaines, superposées et unifiées, forment l’unité de mille. Cet arithmomètre a un caractère d’utilité très-marqué; il est intuitif au plus haut degré : les centimètres cubes isolés marquant les unités ; à côté, à gauche, les parallé- lipipèdes de 10 centimètres cubes marquant la dizaine; à ' . ' , : gauche encore les parallélipipèdes de 10 dizaines marquant la centaine, etc...., initient aussi bien que cela peut être possible les enfants à la valeur et à la génération des quantités, ainsi qu’à leur représentation dans la numération écrite et parlée. Les élèves ont les valeurs sous les yeux; elles y restent chacune dans son ordre, tandis que, dans les bouliers à boules, la valeur comparative des divers ordres d’unités n’existe pas réellement; et lorsque, arrivé par exemple à 10 unités, nous remplaçons cela par une boule d’une autre couleur marquant la dizaine, l’image de la valeur relative disparaît; il ne reste plus qu’une boule à laquelle l’élève ne comprend pas que l’on doive attacher une valeur dix fois plus forte. Ce grave inconvénient est évité dans l’arithmomètre Martinot, système dans lequel la dizaine porte bien avec elle sa valeur, puisqu’elle se trouve con- fusée de dix unités unifiées. Au reste, l’arithmomètre de Martinot « ne donne pas seulement la clef de la numération parlée et de la numération écrite, mais aussi des quatre opérations, des fractions décimales, de la génération des mesures métriques; enfin de la composition du carré et du cube des nombres et de l’extraction de leurs racines » (Martinot). Entre autres nombreux témoignages d’approbation qu’a reçus l’auteur de cet arithmomètre, et parmi lesquelles figure celui donné par la conférence des régents de Couvin, qu’il nous soit permis de citer in extenso celui de Monsieur Sluys, professeur de mathématiques à Bruxelles. Le voici: Monsieur Martinot, J’approuve sans restriction votre ingénieuse invention. Elle rendra des services signalés, non-seulement à l’enseignement primaire, mais aussi à l’enseignement des mathématiques dans les éeoles moyennes. — 45 — L’arithmétique est la science la plus simple, la plus lumineuse, et partant la plus facile; cependant que d’instituteurs s’épuisent en efforts stériles pour l’enseigner! Que de larmes a coûté et coûtera encore cette malheureuse table de multiplication et de division, véritable cauchemar des élèves et des maîtres! Et pourrait-il en être autrement? On se contente généralement d’un enseignement de perroquet. On fait calculer les enfants à l’aide de mots et de signes dont ils n’ont pas une notion bien claire. Plus tard, lorsqu’il faut entamer les démonstrations des théories de l’arithmétique et de l’algèbre, l’enseignement reste forcément un travail de mémoire, qui oblitère l’intelligence, au lieu de la développer, et qui ne présente aucune utilité pratique. J’ai cherché les causes de ce phénomène pédagogique. On ne peut l’attribuer à la négligence des instituteurs, car presque tous dépensent pour enseigner le calcul une somme de travail infiniment supérieur aux minces résultats qu'ils obtiennent. C’est à l’absence d’une bonne méthode et d’un outillage intelligent qu’est due cette situation. A en juger par les idées que vous avez exposées dans votre brochure, avec beaucoup de lucidité, il me semble que vous avez parfaitement saisi le défaut des méthodes généralement en usage, et vous indiquez les véritables principes d’un enseignement rationnel.Votre arithmomètre est l’instrument le mieux imaginé du genre. Il est le complément indispensable de la méthode. Rien n’y est arbitraire, et, de plus, on peut le manier facilement. En mettant entre les mains de chaque élève un des éléments de l’arithmomètre, vous avez trouvé le moyen d’éviter une difficulté presque insurmontable de l’enseignement simultané, et qui est de faire travailler l’élève lui-même et par lui-même. La supériorité de votre arithmomètre sur le vulgaire et lourd boulier-compteur est incontestable. Je suis d’avis que son introduction dans l’enseignement moyen serait un bienfait. Nous nous égarons dans des théories mathématiques qui, pour nous, sont rigoureusement exactes et qui satisfont notre esprit, mais qui se réduisent presque toutes, pour les jeunes gens, à des phrases qu’ils s’évertuent à retenir par cœur sans en avoir une conception nette. Nous n’avons qu’une seule chose à faire si nous voulons être logiques : revenir à l’enseignement purement matériel, intuitif, le seul réel en définitive. Nous ne nous adressons qu’à un seul sens : l’ouïe , et nous ne présentons aux yeux de nos élèves que des mots et des signes conventionnels, à l’aide desquels nous faisons opérer, alors qu’ils n’ont jamais été pour les enfants que de véritables hiéroglyphes. Votre arithmomètre métrique nous aidera à faire sortir l’enseignement de toute cette routine. Aussi je fais des vœux pour qu’il se vulgarise. » Voici quelques passages d’une lettre écrite par Monsieur Foucard, aussi professeur de mathématiques à Bruxelles, à l’auteur de l’arithmomètre. Vous représentez, Monsieur, les quatre premiers ordres d’unités par des cubes tantôt isolés, tantôt réunis de manière à figurer des parallélipipèdes. Ce mode de représentation donne à votre appareil une supériorité incontestable sur les arithmomètres à boules. Le cube est la forme géométrique la plus simple et la plus régulière; l’enfant habitué à travailler sur cette forme n’aura pas de peine à imaginer plus tard un solide quelconque décomposé par la pensée en mètres cubes, en décimètres cubes, en centimètres cubes. Et ce sera précieux lorsqu’il s’agira de l’évaluation des volumes. La superposition simulée de dix centimètres cubes pour former les parallélipipèdes, images des dizaines, donne aux jeunes élèves une idée exacte de oes unités composées, appelées unités de second ordre. Il en est de même des centaines et des mille. On peut répéter aux enfants que telle boule, par exemple, représente une dizaine, une centaine, etc....; pour eux, cette boule qu’ils ont devant les yeux n’est le plus souvent qu’une boule, rien de plus; ils n’y attachent aucun caractère de composition. Au moyen de nos parallélipipèdes, Monsieur, vous faites appel aux sens extérieurs pour arriver à l’intelligence et venir en aide à la mémoire. C’est entièrement méthodologique. Dans notre système de numération, les différents ordres d’unités sont groupés trois à trois; ces groupes se nomment classes; les unités simples, les dizaines et les centaines forment la première classe ou classe des unités; les mille, les dizaines de mille et les centaines de mille forment la seconde classe ou classe des mille, etc.... La seconde classe n’est que la reproduction amplifiée de la première, comme la troisième l’est de la deuxième, et ainsi de suite. L’arithmomètre métrique met en évidence cette grande lo* de la formation des nombres. Il facilite considérablement la démonstration du système métrique. — 47 — Les facettes des plus petits cubes ne sont-elles pas des centimètres carrés?. Les unités de troisième ordre présentent chacune deux surfaces d’un décimètre carré, surfaces sensiblement composées de cent centimètres carrés. Réunissant dans un ordre déterminé mille unités simples, on obtient le décimètre cube. Les élèves remarqueront aisément l’analogie qui existe entre les unités de volume et les classes d’unités arithmétiques. Le décimètre cube fournit naturellement l’idée du litre; la dixième partie du décimètre cube, ou cent centimètres cubes, égale en volume un décilitre; la centième partie du décimètre cube, ou dix centimètres cubes, a le volume d’un centilitre; le volume du millilitre est représenté par le centimètre cube. Il en est de même pour les poids. Une autre sorte de boulier-compteur ou d’arithmomètre est celui de Arens (Namur). 11 réunit les avantages des bouliers ordinaires et une partie de ceux de l’arithmo- mètre de Martinot; du reste, les deux peuvent très-bien être employés ensemble. L’appareil Arens se compose : a) d’un boulier ordinaire, à boules, pour les tout premiers exercices de calcul; b) d’un tableau à chevilles, en neuf colonnes disposées verticalement, allant de l’unité simple aux centaines de millions, et renfermant chacune neuf trous, dans lesquelles on place les chevilles pour représenter les nombres dictés ; c ) d’un petit tableau, également partagé en neuf colonnes, sur lequel on écrit les nombres dictés et représentés d’abord par les chevilles dans la partie supérieure ; d ) d’un autre petit tableau, au-dessous du boulier à boules, sur lequel on écrit les nombres, mais sans être guidé par des colonnes correspondant aux divers ordres d’unités. Dans ce compteur sont également représentés — le mètre de longueur, — le mètre carré, — le mètre cube par le développement cle cadres, — le décimètre de longueur et de surface, — le litre, — le franc, etc. Enfin, un petit tableau noir montre, par des lignes divisées, la formation des fractions. La partie composée du boulier à boules sert pour familiariser le jeune enfant aux exercices très-élémentaires de numération ainsi qu’à de petites opérations sur les quatre règles ; le boulier à chevilles est destiné aux exercices complets de numération écrite, soit des nombres entiers, soit des nombres décimaux. Nous renvoyons au guide Arens lui-même touchant les détails sur les diverses manières dont on peut combiner les différentes parties de son boulier pour donner, très-clairement, par intuition, la clef de la numération et des opérations simples, ainsi que la connaissance des mesures métriques, le mètre linéaire, le mètre carré, le mètre cube, le litre, etc. Nous ne saurions que conseiller à la direction supérieure de nos écoles primaires de se pourvoir des deux derniers arithmomètres dont nous venons de parler, celui de Martinot (fr. 30), qui a peut-être le défaut d’être un peu petit, et celui d’Arens (fr. 70), plus grand, monté sur pied, visible dans tous ses détails par toute une classe, mais qui ne renferme pas les principaux avantages de celui de Martinot. Le compteur, dont nous avons parlé à l’école de Suède, est le plus beau que l’on ait remarqué à l’Exposition. Le principe est sensiblement le même que celui de Martinot, mais il est fait dans de riches proportions, et permet d’étendre la démonstration par intuition de la valeur des divers ordres d’unités. ÉCRITURE Il n’y a rien de bien spécial à signaler sur ce sujet. Cependant nous devons mentionner les cahiers de Adler, de Hambourg, qui pourraient être employés avec beaucoup d’avantage dans 1-es écoles primaires et dans les classe^ inférieures du collège, pour apprendre à écrire l’allemand. En effet, l’auteur, dans une douzaine de cahiers, offre une série d’exercices qui vont du simple au composé en suivant une progression très-bien entendue. Chaque page a d’abord son modèle en tête, puis, peu à peu, et à mesure que l’élève devient plus habile, les modèles deviennent plus nombreux, en même temps que plus difficiles. Il est vrai que plusieurs des lettres, simples ou composées, que ces modèles renferment, ne sont pas du meilleur goût ; mais il y a bon remède à cela, et nous pouvons espérer voir un de nos bons calligraphes tirer un excellent parti de la progression méthodique que ces cahiers renferment, et nous doter enfin de modèles qui rendent l’enseignement de l’écriture allemande plus facile et plus applicable dans nos écoles primaires de la ville et de la campagne. On entend quelquefois objecter, contre l’emploi de ce genre de cahiers, non seulement qu’ils sont d’un prix plus élevé que les ordinaires (*), mais encore qu’ils se consomment plus vite. Ces deux raisons ont moins de valeur que cela ne paraît au premier abord. On peut contester que lorsque les élèves sont constamment tenus par un modèle qu’ils ont sous les yeux, ils se laissent aussi facilement aller à écrire vite sans soin, et ainsi à perdre considéra- (1) Le prix du cahier Adler est de 15 cent. 4 — 50 — blement de papier. Ensuite, et dans le cas même où il en serait ainsi, il est très-facile d’obvier à cet inconvénient, en donnant à l’élève un second cahier, ordinaire, sur lequel il continuerait les exercices contenus dans le cahier à modèles. Il est bon de faire encore observer que ce genre de cahiers modèles est le plus convenable pour les parents qui veulent faire écrire leurs enfants à la maison. ENSEIGNEMENT de la GÉOGRAPHIE Tout ce qui tient à l’enseignement de la géographie reçoit dans plusieurs pays, et surtout en Allemagne, un très-grand développement. L’amélioration des cartes murales, la création de nouveaux atlas et de nombreux ouvrages traitant la géographie, témoignent de l’importance croissante que l’on attache à cette étude. Et nous pouvons nous réjouir de voir les efforts constants qui ont lieu se porter non seulement sur la bonté, la beauté et la vérité du travail, mais aussi sur la possibilité de livrer ces objets d’enseignement au prix le plus réduit. En Allemagne, divers établissements et institutions de géographie jouissent de la réputation la plus grande et la plus méritée. Signalons d’abord l’institution de Weimar qui, par son exposition, occupait dignement une large place dans le pavillon allemand. Peut-être trouvera-t-on utile que nous rappelions quelques-uns de ces ouvrages, dont plusieurs pourraient, avec beaucoup d’avantages, être mis en la possession au moins des divers établissements d’instruction publique, à l’usage des maîtres : Grand et magnifique atlas de la terre et du ciel, par une réunion de géographes (73 c. sur 60 c.). — 51 L’atlas du ciel et de la terre, de Grâf (53 c. sur 44 c. — Prix, 18 fr. 75). Les deux plus anciennes cartes de l’Amérique, faites en 1527 et 1529 par Fernando Colon , fils de Christophe Colomb, et Diego Ribero, de Séville ; reproduites et expliquées par J.-G. Kohl (92 c. sur 69 c. — Prix, 18 fr. 75). L’atlas de l’Ecolier, de Kiepert, en 20 cartes (3 fr. 15). L’atlas du monde ancien, de Kiepert, en 16 cartes(5 fr.). L’atlas (compendium) de Kiepert, en 36 cartes (33 c. sur 25 c.) Tous ces ouvrages sont du plus haut intérêt : du reste nous ne citons et ne citerons dorénavant que les ouvrages d’un intérêt général. * L’institut de géographie de Weimar ne publie, malheureusement, aucun ouvrage français. Un dépôt se trouve chez Benda , libraire, à Lausanne. Dietrich Reimer, de Berlin, expose également une riche collection de cartes murales, de sphères et d’atlas, de Kiepert et d ’Adami. Ces ouvrages, malgré tous les progrès qui se réalisent sur bien des points, jouissent toujours d’une très-grande considération. Outre les atlas de Kiepert dont nous avons déjà parlé, nous remarquons encore, du même auteur : le dernier atlas populaire, contenant 22 cartes (prix, 1 fr. 25, cartonné). La maison Reimer est dans l’intention de publier cet atlas en français; L’atlas des cours d’eau, pour servir à l’étude de l’histoire'ancienne, en 6 cartes (1 fr. 85). Les sphères d’Adami,très-estimées, trouvent maintenant une grande concurrence dans celles de Schotte et Comp e , de Berlin, ainsi que dans celles de FelcM, de Prague ( 1 ). (1) Ces sphères ont aussi été. exposées et achetées par le Département de l’Instruction publique pour les Ecoles primaires. Les globes en relief, de Schotte, comme ceux d’Adami, sont très-bien faits, mais ils ne sont pas et ne peuvent pas être, mieux que d’autres, exempts de l’exagération du relief lui-même; aussi voit-on bien des géographes rejeter complètement les sphères en relief, comme donnant une très-fausse idée aux élèves de la hauteur et du volume des montagnes, par rapport à la surface et au rayon terrestres. Les globes ordinaires, dont nous avons parlé plus haut, sont mis à la portée de toutes les bourses ; il y en a depuis le prix de cinq à six francs, qui sont d’un bon usage, et qui tous ont cet avantage, sur les anciens, d’être à axe incliné et de représenter ainsi la terre dans sa position réelle. Les mêmes maisons, Schotte et Felckl, livrent des tel- luri-lunarium à des prix très-avantageux ; pour 22 fr. 50 on peut en avoir un à mouvement et dont l’orbite de la terre a un diamètre de 48 cent. Le prix le plus minime d’un planétarium est de 82 fr. Via. planétarium, d’un prix moins réduit, devrait faire partie du matériel scolaire du collège commun à toutes les classes. Le géographe Holle L., de Wolf enbüttel, livre également des atlas et de grandes cartes à des prix avantageux. Ces cartes rivalisent avec celles de Sydow. Mentionnons l’atlas historique de Kônig, qui contient 30 cartes, et qui, malgré sa bienfacture et son étendue suffisante, ne coûte que 4 fr. 40. Il pourrait être mis à la disposition de chaque classe du collège pour l’enseignement de l’histoire, et son bon marché ferait qu’on le verrait bientôt dans la petite bibliothèque de bon nombre d’élèves. Un autre atlas, qui devrait faire partie de ce même matériel scolaire, c’est le grand atlas physique de Berghaus, publié par Justus Perthes, de Gotha. Cet atlas (15 fr.) est très-riche en matières. Il contient 28 cartes, sur les sujets suivants : Isothermie de la terre, — courants d’air ; rose des vents, — la marée ; carte de la terre et de l’Europe, — courants maritimes, — système de courants de l’ancien monde, — distribution des terres et des eaux, — profil géologique, — géologie de l’Europe, — isodynamie de l’intensité magnétique, — carte générale des plantes de la terre, — propagation des plantes sur les montagnes, —propagation des arbres en Europe,— des animaux et de leur propagation, —- des peuples de la terre, — des peuples de l’Europe, etc.... Quel charme ne peut-on pas donner à une leçon ou à une simple lecture, lorsqu’on peut l’appuyer sur de semblables tableaux. Outre le magnifique ouvrage de géographie de Peter- mann que publie Justus Perthes, il en édite encore un autre très-intéressant de E. JBehm, dont il paraît un volume chaque année depuis 1869. Issleib et Rietzschel, de Géra, ont exposé, outre plusieurs atlas, un atlas populaire, en français , qui est maintenant connu chez nous. Cet ouvrage est bon, et mérite son nom de populaire par son prix qui n’est que de 1 fr. 50, quoiqu’il contienne. 28 cartes ; un autre petit atlas, composé de 14 cartes prises dans le premier, se vend au prix de 75 cent. Ce dernier atlas est encore bien suffisant pour l’enseignement de la géographie dans les écoles primaires. Issleib et Rietzschel feront également paraître, au printemps prochain, un atlas historique, en 35 cartes, en allemand (cinq des cartes de cet atlas sont au collège). S’il y a possibilité d’un écoulement de dix mille exemplaires dans la Suisse française, l’atlas paraîtra aussi en français. Cette question pourra être traitée lorsque l’ouvrage complet en allemand aura paru, et, surtout, s’il y a, comme il en a été parlé précédemment, entente entre les cantons français pour l’achat en commun d’un certain nombre d’ouvrages. Les globes de Périgot (France) exposés également à Vienne, ont un mérite incontestable, et leur prix en fait un objet d’enseignement avantageux; mais leur genre de coloration fait que les détails, même les principaux, ressortent moins ; ils sont ainsi moins appropriés à une classe un peu nombreuse, et dans laquelle, par conséquent, des élèves doivent voir depuis une certaine distance. Nous arrivons au globe Levasseur , de Paris, globe qui, comme celui de Périgot, a été exposé à Genève et acheté par le Département de l’Instruction publique pour les écoles secondaires. Ce globe, avec l’appareil de cosmographie qui l’accompagne, outre plusieurs qualités de détail, est fait de manière à pouvoir par sa grandeur, son dessin, son coloris et tous ses accessoires, servir à un enseignement excellent et vraiment substantiel. L’auteur, entièrement opposé à l’idée de faire des globes en relief, montre, par un petit bouton métallique, ce qu’est la plus haute montagne (dans l’Hymalaya) par rapport au volume de notre terre. Un petit guide, très-bien fait, indique la manière de se servir du globe et de ses accessoires, et permet au maître de donner à ses élèves une série de leçons très-intéressantes, en lui montrant tout le parti qu’il peut en tirer. Les jeunes gens qui fréquentent les écoles secondaires de la campagne pourront retirer de cet enseignement des connaissances plus exactes sur la terre, le soleil, les planètes , l’axe, les pôles, l’équateur et le zénith, les zones, le jour, la nuit, les saisons, etc.... — 55 — Julius Straub, de Berlin, est l’auteur d’un système de cartographie (ou de travaux de cartes à donner comme devoirs aux éleves) vraiment très-intéressant. Il se compose de 84 cartes, soit 12 pour le tracé des limites des divers continents et leurs grandes divisions, 16 pour les fleuves et les rivières de ces continents et surtout des différents pays de l’Europe ; 28 pour les montagnes et 28 pour le tracé des Etats avec tous leurs détails. Ainsi, après avoir appris à tracer les différents continents, travail pour lequel ils sont aidés par des indications contenues dans la carte même, les élèves passent aux cartes sur lesquelles sont représentés les fleuves ; ils doivent mettre les noms de ces fleuves, ainsi que les noms des villes principales qui se trouvent sur leur cours et dans les autres parties du pays, puis tracer eux-mêmes ces fleuves. Dans une autre série de cartes, où sont dessinés les divisions et les fleuves, les élèves doivent faire les montagnes. Enfin, ces travaux parcourus, les écoliers ont des cartes générales (toujours avec méridiens et parallèles) dans lesquelles/guidés d’abord par un travail préparatoire, puis laissés complètement libres, ils doivent tout reconstruire, n’ayant devant eux que les arcs de cercle et quelques points de repère pour les guider un peu. Toutes ces cartes sont d’un bon travail, et, tout en étant très-instructives pour les enfants, elles ne peuvent que leur inspirer le goût de bien faire ( 1 ). Les cartes en relief (nous entendons les cartes d’étude élémentaire) étaient peu nombreuses. Pour la Suisse, nous n’avons remarqué que celles de Beck, de Burgi, et celles (1) Le prix de chaque carte est de 13 centimes. Quelques-unes sont déposées au collège. — 56 — mentionnées déjà en parlant de l’exposition suisse. Les cartes de Burgi sont plus grandes et plus caractérisées que celles de Beck. La maison de librairie Delagrave et O, à Paris, annonce une carte en relief de la Suisse; mais elle n’en donne encore ni la dimension ni le prix. Mais les cartes en relief sont maintenant très-avantageusement remplacées par des photographies-reliefs qui, sans avoir les défauts des reliefs, ont pourtant la même utilité. Des cartes semblables viennent maintenant de Belgique; mais les plus belles dans ce genre sont celles de Kellner, géographe, à Weimar. Ces photographies-reliefs, sans être d’un prix bien supérieur aux cartes ordinaires, réunissent le double avantage des cartes politiques et des cartes physiques, tout ce qui tient à l’hydrographie et à l’orographie est présenté aux yeux de la manière la plus frappante sans nuire cependant aux détails. Nous n’avons pas vu de carte pour la Suisse par le même auteur; mais une carte semblable, et très-intéressante, de Mehnert, est exposée par la maison Adler de Hambourg. Hôhel, à Vienne, publie des ouvrages très-intéressants de géographie, entre autres, pour l’étude de l’histoire ancienne dans les gymnases, une série de vingt tableaux, de bonne grandeur, renfermant : le palais de Ramsès, à Luxor ; le tombeau de Cyrus ; les ruines de Persépolis ; le temple d’Egine; l’Acropole du nord; l’Acropole du sud, etc.... (Chaque tableau 6 fr. 25). Adolphe Paris, à Wilster (Holstein), livre à des prix très-avantageux des objets pour l’enseignement intuitif de la géographie; outre les globes terrestres et célestes, les tellurium, les planétarium, nous remarquons un petit appareil montrant l’applatissement de la terre aux pôles par la force centrifuge (1 fr. 50). Nous nous contenterons de rappeler ici les objets d’enseignement que livre la maison Hachette , de Paris, pour la géographie et la cosmographie, tels que cartes murales, globes, appareils cosmographiques et astronomiques de divers genres ; tous ces ouvrages sont bien faits et réellement appropriés à leur but-, mais, comme nous pouvons facilement nous les procurer et qu’ils sont indiqués dans un catalogue très-détaillé, nous n’avons pas à nous y arrêter plus longtemps ici. Il en est de même:—pour les atlas de géographie de la maison Callewaert Frères, de Bruxelles, parmi lesquels nous remarquons: l’atlas classique de géographie physique et politique, ancienne et moderne (fr. 6) ; un extrait de l’atlas classique (fr. 2,50); l’atlas général de géographie physique et politique (fr. 3), etc. ... — pour les ouvrages de la maison Fourant, de Paris — de la librairie Maneaux, de Mons, qui publie un atlas général de Justus Perthes, de Gotha — des maisons Wesmael- Chartier, de Namur, et Bélin, de Paris — de la librairie Delagrave & O, de Paris, qui, outre les cartes murales muettes de Levasseur (très-caractérisées, sur fond noir), fera paraître prochainement plusieurs cartes murales du même auteur, qui ne manqueront pas, comme tous les ouvrages déjà connus de ce savant géographe, d’être dignes de toute notre attention. Il est impossible d’épuiser un pareil sujet; nous y renonçons. Cependant, nous ne terminerons pas sans dire que les travaux de géographie, faits en Allemagne, ont une supériorité marquée sur la plupart de ceux provenant d’autres pays; cela est vrai pour les atlas, les cartes mu- raies et même pour les travaux de cartographie à faire par les élèves. Les livres de géographie ont un mérite incontestable, et présentent en général l’étude de cette branche d’enseignement d’une manière attrayante en même temps que sérieuse. Ils sont faits à un point de vue plus descriptif et historique; il en est ainsi de géographies destinées même aux écoles populaires (voir celle d ’Issleib) qui contiennent un résumé, assez détaillé cependant, de cosmographie, et des notions importantes de géologie; ce qui permet, à mesure de la description des divers pays, d’indiquer en peu de mots la composition des montagnes, etc. Les tableaux de géologie du docteur Fraas (*), accompagnés d’un texte, permettent de donner des connaissances élémentaires, mais solides, aux élèves des écoles secondaires. ENSEIGNEMENT du DESSIN C’est ici surtout, c’est devant ce grand nombre d’ouvrages de dessin, ces méthodes si variées, ces travaux d’élèves, que nous sentons combien il est vrai que la tâche ne pouvait être remplie que par un homme spécial, attaché à l’enseignement du dessin. Mais, ce qui nous console de ne pouvoir accomplir qu’imparfaitement notre mandat, c’est que l’occasion n’est pas perdue, et que, au contraire, elle se présentera mieux encore à l'exposition de dessin de Berlin dont nous parlerons plus loin. En dehors de tous les ouvrages appliqués aux arts spéciaux, à l’architecture, etc., on remarque un grand (1) Exposés à Genève; visibles à l’Ecole industrielle et commerciale. — 59 — nombre de méthodes de dessin, à l’usage de renseignement primaire et secondaire, ainsi que des écoles industrielles. Le Wurtemberg, la Bavière, la Prusse, la Saxe, le Grand-Duché de Bade, etc., sont riches à cet égard, et ne laissent absolument que l’embarras du choix. Le dessin à tous les degrés est, dans ces pays, l’objet d’une attention constante et des efforts les plus persévérants. Des localités de 1200 et même de 900 âmes ont leur école industrielle appliquée surtout au dessin, et il en sort des travaux remarquables. Aussi, dans beaucoup d’établissements d’instruction publique, le dessin est-il obligatoire pour les enfants depuis l’âge de 10 ans. Dans les nombreux cours de dessin que fait surgir ce goût général, nous remarquons un caractère frappant de méthode. On n’y livre rien au hasard, à l’indécis; comme nous le verrons dans les conditions pour participer à l’exposition de Berlin, on veut, pour un cours quelconque de dessin, une méthode nettement et catégoriquement expliquée; on rejette, presque avec indignation, ce qui ne porte pas ce caractère. Aussi le plus grand nombre des cours de dessin sont-ils accompagnés de leur texte explicatif. Il y a. là, pour nous, une source inépuisable de richesses; nous n’avons qu’à vouloir en faire notre profit. Parmi ce grand nombre de méthodes, nous citerons: Méthode Kumpa, dessin linéaire en 6 séries, grands modèles d’esquisses. — Ces sujets sont d’abord esquissés au fusin par les élèves, puis achevés au crayon noir ou à la touche. Ensuite les mêmes modèles sont reproduits en plus petit. jE cole populaire de Hambourg. — Cours de dessin pour des enfants depuis l’âge de 10 ans. Il est procédé ainsi : — 60 ■<&! : ffft” 'V ? • •• 1° Dessins par traits et filets, en commençant sur des cahiers réglés en carrés (méthode Stuhlmann). 2°< Dessins d’après des modèles faits sur la planche (d’après les modèles de Stuhlmann et de Wohlien). 3° Dessins d’après des objets, des corps, des solides (Heimerdinger). Cours de dessin linéaire de Meichelt, très-bien fait, comme tous les ouvrages de cet auteur. Dessin linéaire, d’ornement et artistique, de Herdtle, en 60 grandes feuilles, très-apprécié; contenant, entre autres sujets, l’étude des feuilles pour rornementation, des vases, etc. Dessin d’ornement, pour les commençants, de Muller . Dessin d’ornement, de Meichelt, en 18 feuilles, et de Schurth, en 12 feuilles, d’après des modèles en gypse. Dessin industriel de Bôssler (Beyerlé, à Darmstadt) comprenant: Constructions simples géométriques ; construction géométrique des corps; développement de leur surface, — géométrie descriptive, —■ figures composées pour frontons, corniches, — construction des fenêtres et des portes en pierre; taille de la pierre, — dessin technique de diverses industries; de la charpente, de la menuiserie, du serrurier, etc ... . Cet ouvrage a un mérite réel, et aurait un emploi heureux chez nous, par exemple à l’Ecole industrielle. Un cours de dessin, du même genre que le précédent, mais en français, est celui du frère Victoris, de l’Ecole chrétienne de Paris. Cet ouvrage est à juste titre très- estimé de toutes les personnes qui le connaissent ( 1 ). • (1) Employé à l’Ecole industrielle et commerciale. 61 — Les modèles qui le composent ont l m ,25 sur 0 m ,95, ils sont donc suffisamment grands pour être vus par tous les élèves d’une classe. Le cours est partagé en quatre livres, correspondant aux besoins et à l’âge des élèves. Des modèles en nature accompagnent chacun de ces livres. Les deux premiers livres comprennent le tracé géométrique et forment 25 grandes feuilles accompagnées de 10 modèles en nature. Dans ces deux livres, les études ont pour but le tracé des lignes parallèles, perpendiculaires, tangentes ; le raccordement des lignes et la construction des figures géométriques. Ces premiers exercices sont suivis de leurs applications dans la menuiserie, la charpente, la mécanique et l’architecture. Les élèves reproduisent les études les plus simples, seulement en élévation, mais toujours avec une échelle différente, de manière à éviter la copie servile. Au moins 60 sujets d’études, contenus dans ces deux livres, sont donnés aux élèves comme application des leçons. Les livres 3 e et 4 e comprennent un cours de projections ; ils sont composés de 47 grandes feuilles accompagnées de 26 modèles en nature. Les sujets, d’abord présentés comme simple élévation, reparaissent pour être étudiés sous leurs différents aspect^, comme : élévation de face, élévation de côté, plan et coupe. Cette étude, nécessaire à ceux qui travaillent les matières premières, telles que le bois, la pierre, le fer, est présentée aux élèves sous une forme si simple et si méthodique, qu’après les premières leçons ils sont à même de représenter, par les projections, les principaux solides géométriques. Y| I* pi .A ■— 62 — Par un procédé ingénieux, le maître leur fait comprendre la représentation des lignes, des surfaces et des corps sur les plans de projections. Les principaux modèles en nature, étudiés en projections, sont : un tréteau, une ferme en charpente, une porte et une niche en maçonnerie, une colonne d’ordre toscan, une porte en menuiserie avec tous ses assemblages. Ces modèles en nature sont disposés de telle manière que, par la séparation de leurs parties, on puisse immédiatement voir les détails des coupes horizontales et verticales les plus importantes. Dans le quatrième livre, l’enseignement sort des généralités pour se spécialiser à certaines industries ; il y est préludé néanmoins par une série d’exercices qui trouvent leur application directe dans les mêmes industries, comme: pénétrations, développement des corps, ombres propres et ombres portées. La charpente et la menuiserie y trouvent leur place par l’étude des principaux assemblages, et leurs applications dans diverses espèces de combles, de croisées, d’escaliers, etc. La coupe des pierres y est étudiée dans une vingtaine de ses cas les plus usuels, comme plates-bandes, portes, voûtes, escaliers, etc. La mécanique a également quelques sujets variés. En résumé, ce cours présente les avantages suivants : Economie du temps des maîtres et des élèves, en n’employant ce temps qu’à un travail utile ; Faciliter au maître les démonstrations, en lui fournissant les moyens de les étendre au plus grand nombre d’élèves ; Présenter des modèles bien gradués et conduisant à des résultats pratiques ; / — 63 — Etre assez varié pour entretenir le goût, et donner en même temps la plus large place au travail de l’intelligence ; Etre sûr et positif dans ses résultats, c’est-à-dire amener les élèves à pouvoir appliquer leurs connaissances aux diverses industries qu’ils embrasseront. Il n’y a plus qu’un mot à ajouter, c’est que la méthode Victoris a déjà rendu et est encore appelée à rendre de grands services. Aux demandes adressées à M. Hertzer, de Berlin (membre du Comité de l’exposition de dessin qui aura lieu dans cette ville), relatives aux meilleures méthodes de dessin applicables à nos écoles secondaires supérieures, il nous a été répondu avec la plus grande obligeance de la manière suivante : « Je puis vous recommander, comme sources, les meilleures de modèles et de moyens d’enseignement pour le dessin : M. Schrôder, à Darmstadt, qui, en effet, a exposé à Vienne une belle collection de corps géométriques, avec leurs projections sur des plans coordonnés, collection éminemment appropriée à un bon enseignement de géométrie descriptive ( x ), — les différents cours de modèles de Schmidt et de Dupuis , à Berlin, — les modèles et les ouvrages de l’école centrale d’instruction, à Stuttgart, — cours de dessin d’ornement pour les écoles, de Deschner, de Roller, de Mollinger, — l’enseignement de Hertzer, etc. » L’école polytechnique de Dresde fournit également des ouvrages de dessin remarquables ; elle livre, en particulier, une collection en quatre séries de modèles en plâtre - (1) Cette collection a été achetée par les soins de M. Warlmann, professeur, pour la Société des Arts. — 64 — très-bien faits, pour le modelage ou le dessin d’après le modelage ( a ). L.-W. Mœser , de Darmstadt, est l’auteur d’une très- intéressante collection de modèles pour l’enseignement de la géométrie descriptive. Une partie de ces modèles, exposés à Genève, ont été très-estimés par les personnes compétentes qui les ont vus : M. Mœser est également l’auteur de quatre modèles très-bien conçus et très-bien exécutés, pour l’enseignement du dessin de perspective. Cet enseignement est très- difficile pour des maîtres qui n’ont pas des moyens intui- ' tifs à leur disposition, et, malgré tous leurs efforts, les résultats risquent beaucoup, dans des conditions semblables, d’être complètement nuis. L’emploi des modèles de Mœser rend cet enseignement facile pour les maîtres et pour' les élèves, et les différents principes sur lesquels il repose ressortent très-clairement aux yeux de ces derniers. Chacun de ces quatre modèles, construits en bois et en métal, a 56 centimètres de longueur sur 44 de largeur et 82 de hauteur. L’examinateur est représenté, sur le devant du modèle, par une figure en bois. Ces modèles sont solidement construits et d’une vue agréable ; les corps, les lignes, les dessins sont fortement marqués et peuvent facilement être vus d’un grand nombre d’élèves. Le prix du tout est de fr. 84. Ce serait là une excellente emplette à faire pour l’enseignement du dessin au collège. Outre les modèles en plâtre pour modelage provenant de l’école polytechnique de Dresde, et ceux très-nombreux et très-variés de la direction centrale de l’instruction de (2) La première de ces séries a été achetée pour l’Ecole industrielle et commerciale. 65 — Stuttgart, les modèles en gypse de Jos. Enzler , sculpteur à Munich, sont très-recommandables. Nous nous plairons surtout à citer, dans ce genre de production, les intéressants travaux en feuilles et en animaux de notre compatriote Bôfmger, d’Interlaken, travaux aussi remarquables par leur variété que par leur finesse et leur vérité, et qui sont livrés à des prix assez avantageux. Quelques échantillons de ces plâtres, exposés à Genève, sont en la possession de l’école industrielle et commerciale. M. J’.-P. Strœsser, professeur de mathématiques à Bruxelles, a exposé plusieurs modèles nouveaux, en particulier pour l’étude de la perspective et pour le dessin graphique. C’est une collection de corps géométriques, au nombre de 32, ayant environ 27 centimètres de haut, représentés par des arêtes métalliques. Cette manière de représenter les solides obvie à l’inconvénient que présentent ces corps faits en bois ou en fer blanc, et cela en permettant de pénétrer dans les détails et en présentant les lignes auxiliaires. Nous devrions ajouter beaucoup de choses pour rendre un compte moins imparfait de ce qui concernait le dessin dans cette Exposition de Vienne; mais dès que nous avons appris qu’une bonne occasion se présenterait, par l’exposition de dessin de Berlin, pour faire faire des recherches mieux entendues par des hommes compétents, nous n’avons pas persisté dans notre examen. Cependant qu’il nous soit permis de citer, en terminant, quelques-uns des passages d’une lettre de M. Jersen, directeur des écoles industrielles de Hambourg. « Le dessin est une branche obligatoire d’enseignement aussi bien pour les garçons que pour les filles. Je me permets de vous envoyer le plan général d’études que nous 5 / — 66 — suivons. Le docteur Stuhlmann, l’un de nos maîtres les plus habiles, travaille à un ouvrage : L’enseignement du dessin dans les écoles populaires, qui paraîtra en 1874 chez Nestler et Melle, à Hambourg, ouvrage dans lequel on trouvera toute la marche de renseignement du dessin (suit ici. la marche du dessin dans les écoles industrielles de Hambourg qui a été indiquée plus haut, soit esquisse de formes sur des cahiers préparés, dessin à main levée, puis dessin d’après les corps). D’après cela, il est facile de comprendre la marche suivie. Si votre ville n’était pas si éloignée de la nôtre, je vous conseillerais de nous envoyer un jeune maître, actif, qui ait du goût pour le dessin, pour acquérir, pendant quelques mois, de nouvelles connaissances. Ce maître pourrait, en compagnie d’autres maîtres, se perfectionner dans le genre de dessin que nous suivons dans nos écoles industrielles et se familiariser dans les divers degrés qui constituent cet enseignement, l’esquisse par traits, par filets, le dessin d’après les grands modèles présentés sur la planche, et le dessin d’après les corps. Nous avons eu, l’année dernière, beaucoup de maîtres venus de Magdebourg, de Riga, Schwe- rin, Flensburg, Kiel, etc. » Voilà certes, une offre dont nous pourrions bien profiter, car les maîtres de dessin, pour l’enseignement populaire, ne sont pas très-nombreux chez nous, et cette étude reste assez languissante et sans éléments nouveaux. Ajoutons que, d’après la lettre de Monsieur Jessen, l’enseignement se donne gratuitement aux maîtres dans les écoles industrielles qu’il dirige. En terminant ce sujet, il ne sera sans doute pas inutile .d’indiquer les conditions générales,dans lesquelles aura lieu l’Exposition de dessin à Berlin. Nous ne doutons pas — 67 que le Conseil d’Etat n’y envoie une ou deux personnes compétentes, chargées de rechercher quelles seraient les meilleures méthodes à introduire dans nos établissements d’instruction publique. « L’Union pour le progrès de l’ènseignement du dessin s’étant donné comme principal mandat d’exciter toujours plus l’intérêt pour cet enseignement et de le développer par des Expositions publiques, a décidé d’ouvrir une de ces Expositions pendant les fêtes de Pâques de cette année (1874), à Berlin, et cela dans les conditions suivantes : 1° Les travaux des élèves devront être le résultat d’une méthode reconnaissable. Il est vrai qu’il y a encore des maîtres qui obtiennent quelques résultats importants, mais isolés, sans asseoir leur enseignement sur une méthode fixe, parce qu’ils n’ont pas autre chose en vue que d’exiger quelques résultats des élèves les mieux doués, en partie dans l’idée de briller ainsi, et en partie aussi dans la pensée fausse de créer des artistes. Le procédé blâmable de ces maîtres, qui créent ainsi une grande inégalité de force entre leurs élèves, ne peut s’attendre à aucun encouragement de la part de l’Union. . 2° Pour avoir une idée plus nette de l’Exposition, il a été décidé que les dessins d’une classe seraient méthodiquement classés, auraient un format autant que possible semblable et ne contiendraient qu’un dessin pour représenter chacun de ceux de la série (dessins qui peuvent être du même élève ou non), une suscription devant indiquer la marche de l’enseignement. Pour éviter toute échange, et pour faciliter le classement dans l’Exposition, ' il sera donné des prescriptions servant à désigner chaque porte-feuille et chaque feuille. On indiquera en même temps les conditions fondamentales de la méthode et de chacun de ses degrés, l’âge de l’écolier, combien de temps il passe à l’école et combien il prend de leçons par semaine ; si les leçons sont simples ou doubles, si des travaux sont donnés à domicile, et si les travaux sont des copies, des dessins d’après nature ou des compositions. 3° Outre ces porte-feuilles comprenant l’ensemble des séries, il est bon qu’il soit donné les travaux du dernier semestre de l’élève le plus avancé, de celui qui l’est le moins et d’un élève de moyenne force. 4° Les travaux des élèves seront placés sur les tables, et, à la partie correspondante de la cloison, on fixera les moyené d’enseignement qui ont servi au maître, les feuilles murales, les modèles qu’il aura employés, dans un ordre méthodique et avec des explications faciles à lire. 5° Les travaux des élèves devront avoir été faits dans le dernier cours ou dans la dernière année. Cette exposition a pour but : De montrer les progrès qui ont pu s’accomplir dans le champ de l’enseignement du dessin, par les diverses méthodes, les moyens et le matériel différents qui sont exposés — d’élever le niveau de cet enseignement par la comparaison des divers résultats obtenus — d’établir entre les maîtres des relations pour l’échange des opinions diverses. Les objets qui composeront l’Exposition sont : a) Les travaux des élèves ; b) Les objets d’enseignement; , g) Le matériel et les ustensiles. — 69 — Exposition des travaux des élèves. Pour cette Exposition on désire : 1° Qu’il soit envoyé un exemplaire de chacun des dessins faits dans la dernière année scolaire. 2° Une collection, pour chaque degré de l’enseignement, d’un dessin de la dernière année de l’élève le plus fort, d’un du plus faible, et d’un de celui de moyenne force. 3° Les cahiers de dessins des élèves des divisions inférieures. 4° On peut, en outre, exposer des travaux particuliers d’élèves. 5° Sont exclus les dessins d’un ou de plusieurs élèves qui ne sont pas les résultats de l’application de la méthode du maître. Exposition des objets d’enseignement. Il ne sera admis à l’Exposition que les objets qui ont pour but l’enseignement du dessin; ils seront séparés des travaux des élèves. Ces objets sont: 1° Les modèles et les appareils servant à la démonstration des résultats obtenus ou des vérités mathématiques (par exemple : de la géométrie descriptive). 2° Les tableaux muraux, original ou reproduction. 3° Les modèles de dessin plastique, originaux ou reproduits. 4° Les ouvrages importants, par leur nature, pour le dessin; par exemple : histoire des arts; des descriptions €t des représentations d’ouvrages d’art, etc.... Exposition du matériel et des ustensiles. Chaque exposant de matériel, ustensiles, substances, etc...., doit indiquer, pour chaque objet, le prix de vente, et y joindre, autant que possible, une description. O Physique. Dans plusieurs cantons de la Suisse, en particulier à Zurich, ainsi que dans les Etats allemands, la physique fait partie de l’enseignement populaire, et l’on ne saurait qu’applaudir à cette idée. Chez nous, malheureusement, beaucoup d’élèves discontinuent leur instruction après avoir achevé leurs classes primaires, et ainsi sans avoir aucune connaissance de cette science. Ces enfants deviennent apprentis, puis ouvriers, et entrent en trop grand nombre dans cette catégorie de personnes qui ne prennent aucun intérêt à des questions dont ils n’ont pas les premiers éléments. Aussi ne suffit-il pas, pour élever le niveau d’instruction de la classe ouvrière, de créer de grandes salles, et d’y donner des cours destinés à ces citoyens ; il s’agit de leur donner le goût, dans leur première instruction, de futures études ; tout autre moyen est fort illusoire et ne profite qu’à ceux qui, par des études précédentes, ne sont plus appelés à lutter contre les éléments de la science. Nous avons fait un progrès à cet égard, en introduisant les éléments de météorologie, de physique et de chimie dans les écoles secondaires de la campagne, lés élèves des écoles primaires de la ville, qui peuvent continuer quelques études, trouvant cet enseignement dans l’école industrielle et commerciale qui leur est accessible. Mais le fait même d’introduire les éléments de la physique dans les écoles secondaires n’est point suffisant; il faut 71 que cet enseignement puisse être donné d’une manière profitable, et pour cela munir chacune de nos écoles secondaires d’un appareil de physique approprié à la nature de l’enseignement qui doit y être fait. C’est ce que nous voyons avoir lieu dans la plupart des écoles populaires des Etats allemands, et même, dans la nouvelle école autrichienne. Dans toute autre condition, cette étude, même élémentaire, ne saurait avoir aucun succès : présenter des principes, des propriétés, des lois sans s’appuyer sur des faits visibles, rendus saisissables, c’est toujours s’adresser sans résultat à l’imagination non encore éveillée et, par conséquent, impuissante de l’enfant; c’est frapper ses oreilles de mots que sa bouche répétera peut-être, mais qui ne laissent aucune trace dans son esprit. Il est donc de la plus grande nécessité que nous sortions l’enseignement de la physique, comme celui de l’histoire naturelle, de ce caractère essentiellement abstrait que nous lui donnons, et pour cela il faut pourvoir les écoles secondaires des appareils et des collections nécessaires. Pour nous les procurer, nous n’avons pas à chercher, nous n’avons qu’à choisir. A Zurich, l’appareil très-intéressant de physique dont on se sert dans les écoles primaires, et celui des écoles secondaires, sont fournis par parties par Meyer, mécanicien. Zuber-Bühler, Kramer, fabricant de verre, et Schur- ter, instituteur à Pfungen. La maison Hachette, de Paris; a un grand nombre de ressources toutes prêtes, et, outre l’avantage d’un choix très-varié, les objets d’enseignement que livre cette maison, et dont elle a exposé un certain nombre, sont estimés et d’un prix avantageux. En Allemagne, nous en avons beaucoup à signaler ; bornons-nous aux suivantes : — 72 Hauck, de Vienne, fournit diverses séries d’appareils de physique et de mécanique, très-bien appropriés à des écoles élémentaires. Le comité de la nouvelle école autrichienne, composé, nous l’avons vu, d’hommes compétents, a donné son approbation à ces appareils. Tous les instruments de physique, de mécanique, de chimie, de mathématiques et de géographie, livrés par Adolphe Paris, de Wilster (Holstein), sont dignes du plus - grand intérêt et offrent le choix le plus étendu, soit pour l’enseignement rudimentaire, soit pour l’enseignement secondaire et supérieur. Pour le prix de 60 francs, tout frais d’emballage compris, Adolphe Paris fournit : 1° un petit appareil pour la chimie; 2° » » pour la physique ; 3° » » pour la mécanique. Une seconde série, de même nature, mais plus complète, coûte 82 fr. 50 c. Enfin, une troisième série, qui pourrait très-bien s’approprier à nos écoles secondaires, et déjà au sixième degré de nos écoles primaires, comprend plus de 70 pièces pour le prix de 150 francs. Dans cette dernière série nous remarquons, pour la physique : une petite machine électrique, un électromètre, la bouteille de Leyde, le pistolet électrique, un instrument pour la démonstration de la réfraction des rayons lumineux , un pour la dilatation des corps par la chaleur, etc...; et dans l’appareil de mécanique, nous voyons figurer des pièces dont l’emploi et la démonstration sont essentiellement du domaine de l’instruction populaire ; citons : l’appareil pour la démonstration de la force centrifuge, la pompe foulante, la pompe aspirante (en verre), l’appareil démontrant l’aplatissement de la terre aux pôles, etc. O. Lorenz, de Chemnitz (Saxe), a exposé une intéres- — 73 — santé collection d’instruments de physique pour l’enseignement; il y a là, en particulier, de très-jolies machines électriques de divers prix, depuis 65 francs; des appareils pour la chute des corps, pour la démonstration des diverses lois, de Mariotte, etc,.Tous ces instruments sont très-bien confectionnés et livrés à des prix aussi réduits que possible. La maison Slcirer, de Leipzig, produit une riche collection d’instruments destinés à 1a. mécanique, à l’hydrostatique, l’hydrodynamique, l’acoustique, l’optique, etc. Mais, quoique bon nombre de ces instruments puissent faire partie de l’enseignement élémentaire, l’ensemble est destiné à un enseignement plus relevé. L’institut de Schrôder , dont nous avons déjà parlé en signalant sa collection de modèles pour l’étude de la géométrie descriptive, est spécialement affecté à la création d’appareils pour l’enseignement supérieur. Mentionnons pourtant une nombreuse collection de photographies de machines, à 60 centimes chacune. Des tableaux, qui devraient faire partie du matériel scolaire de toutes les écoles secondaires, et que l’on travaille avec beaucoup de soin en plusieurs endroits, sont ceux à l’aide desquels on peut faire connaître aux élèves la construction et le fonctionnement des pompes, des machines à vapeur, des télégraphes, etc.... A cet égard, les maisons Ulmer, à Ravensbourg, et L s Hestermann, à Hambourg, méritent notre attention. Plusieurs de ces tableaux présentent des pièces détachées que l’on peut faire mouvoir par une manivelle qui sort du verre du cadre, et cela suffit pour donner une idée assez nette du principe de mouvement de ces machines. Maintenant, et étant convenus de la nécessité urgente 74 — qu’il y a de donner à chacune de nos écoles secondaires un appareil de physique, tout sera-t-il dit? Evidemment non. Il conviendra encore d’habituer les maîtres à se servir de cet appareil, et pour cela, de leur en faire donner la pratique par un professeur expérimenté. Ce premier pas fait, il y aura bien du terrain de gagné. Plus tard, du reste, les maîtres n’auront plus à faire cet apprentissage, la nouvelle loi sur l’instruction publique faisant passer les futurs régents par des études qui les mettront à même de se servir de ces instruments et de les expliquer. Du reste, nous le savons, plusieurs des maîtres actuels, par le bon choix que le Département a fait, sont parfaitement à la hauteur de cet enseignement. Mais ce n’est pas tout encore; il convient certainement, pour donner un enseignement profitable, et, par conséquent, bien suivi, bien coordonné, d’avoir un bon texte. A cet égard, nous pouvons en toute sûreté recommander l’ouvrage de Monsieur JBopp, professeur, à Stuttgart. Cet ouvrage a le double avantage d’être très-bien fait et d’accompagner un appareil de physique dont il explique toutes les parties. Il est vrai que cet ouvrage est en allemand, mais nous ne devons pas reculer devant les frais d’une traduction, et d’une nouvelle impression. Ce qui fait recommander encore ce livre et cet appareil, c’est que Monsieur Bopp, tout en jouissant dans son pays d’une grande réputation comme physicien et mécanicien, joint à cela l’habitude de l’enseignement et des idées très-pratiques. Son appareil, très- consciencieusement fait, contient, outre les parties principales de la physique, les éléments les plus indispensables de la dynamique, et il est bien désirable que les jeunes gens acquièrent quelques connaissances dans la, science des mouvements et des forces mécaniques ( 1 ). Les parties de l’appareil de physique, qui ne peuvent pas être représentées par des instruments oü des machines, à cause du prix trop élevé que cela entraînerait, sont représentées par des tableaux suffisamment grands ; il en est ainsi pour les diverses pompes, la machine électrique, la locomotive, etc.Enfin, l’ouvrage lui-même est fait avec une grande intelligence du sujet, et il est certainement de nature à intéresser vivement les élèves. Ainsi, au lieu de poser des règles sèches, arides, qui n’excitent pas l’attention de l’enfant, parce qu’il n’en voit ni le caractère pratique, ni, par conséquent, l’utilité, l’auteur place d’abord l’élève en face d’un phénomène physique, de la foudre, par exemple; il lui inspire ainsi le désir d’en connaître la cause, puis, par des considérations simples, il arrive à des déductions, à des lois absolues qu’il donne comme récapitulations et qui constituent autant de points acquis par ses jeunes auditeurs. Nous ne saurions être trop complet dans un sujet qui touche de si près à la prospérité de notre instruction publique, et surtout en faveur d’un ouvrage que le jury international de l’Exposition a vivement apprécié. Mais, pour être mieux compris et plus intéressant, laissons parler l’auteur lui-même et donnons un exemple de la manière dont il traite son sujet. Et d’abord, disons que son appareil se divise en sept parties, et contient : deux pièces pour le magnétisme, douze pour l’électricité statique et l’électricité dynamique, trois pour la lumière et la chaleur, sept pour la pression de l’eau et la pression atmosphérique, six pour la force de (1) L’appareil Bopp a également été exposé dans notre ville par les soins du Département de l’Instruction publique. — 76 — gravitation et le levier; enfin, huit tableaux pour le télégraphe, l’œil et la lentille, la pompe pneumatique, les divers systèmes de pompes, la pompe à feu, la presse hydraulique, la locomotive, le gazomètre. Les premières pages du texte sont consacrées au magnétisme,* et d’abord, pour amener ce sujet, à la nécessité pour l’homme de savoir s’orienter, aux divers moyens qu’il a successivement employés pour cela, à la détermination de la ligne méridienne, à la boussole, la rose des vents, l’aiguille aimantée; enfin, il explique la pierre aimantée, puis le magnétisme. Tout, là dedans, offre matière pour les élèves à des opérations pratiques, à l’emploi de la partie du matériel que cela concerne. Puis l’auteur arrive à : l’électricité de erottement Moyens de démonstration. Baguette de verre — bâton de cire — pendule électrique à fil de soie et à fil de lin — électroscope — élec- trophore — bouteille de Leyde. (Ces objets doivent être tenus dans un lieu sec. Ils ne doivent pas, avant qu’on s’en serve, être apportés d’un endroit froid dans un endroit chaud, parce qu’ils se couvrent d’humidité et ne produisent pas d’effet.) La Foudre. La puissante étincelle qui, accompagnée des coups du tonnerre, sort du nuage pour venir en zig-zag sur la terre, et là, embrase, secoue violemment et détruit, étourdit et tue, a toujours causé, à tout homme, de l’étonnement, de la crainte et de l’effroi. Le sentiment de l’impuissance de — 77 — l’homme contre une telle puissance de la nature portait l’humanité ignorante à imputer la cause de ce phénomène énigmatique et dévastateur, tantôt à l’action de mauvais esprits, tantôt à l’influence impitoyable de la divinité vengeresse. Lorsque, plus tard, avec le développement des connaissances sur le magnétisme, on eut étudié de plus près d’autres phénomènes produits par le frottement d’un corps résineux, phénomènes que l’on n’avait pas jusqu’alors distingué du magnétisme, et qui se manifestent, d’un côté,- par l’attraction et par la répulsion, d’un autre par des étincelles qui sont comme l’image des éclairs, on trouva que l’on avait affaire à une autre force naturelle, à laquelle on donna le nom d’électricité. La supposition que les phénomènes de cet agent naturel, artificiellement produits, n’étaient que de petits éclairs, fut changée en certitude par l’Américain Franklin, dans le milieu du siècle passé, lorsque, étant parvenu, pendant un orage, à attirer sur la terre une partie de l’électricité amassée dans un nuage, il fit produire à cette électricité les mêmes effets que produisait l’électricité artificielle. Cette connaissance étant sérieusement acquise, il devint possible de trouver le moyen d’éloigner des habitations la foudre devenue ainsi sans danger, et Franklin a rendu son nom immortel par l’invention de ce moyen. Par l’introduction du paratonnerre, inventé par Franklin, les essais faits sur l’électricité ont pris dès l’abord un caractère tout à fait pratique. Les simples expériences qui vont suivre et les résultats que l’on obtient, pourront nous apprendre à connaître de plus près les phénomènes électriques et à approfondir les lois qui régissent cet agent physique. Toutes ces expériences ne réussissent que si les appareils et l’endroit où elles se font sont secs et chauds. Attraction et répulsion électriques. (La baguette de verre , le bâton de cire et le pendule électrique.) La baguette de verre de l’appareil doit être saisie par la partie qui est vernissée, pour que le peu d’humidité de la main ne se propage pas. Pour les expériences à faire avec cette baguette, il est bon qu’on la chauffe légèrement. Pour la frotter, on se sert d’un morceau convenable d’étoffe de soie tendre et propre, de la grandeur d’un tablier ordinaire, que l’on réduit, en le pliant, à la grandeur de la main. Le bâton de cire est fort, rond et poli; il ne doit s’y présenter aucune aspérité. Pour le frottement on emploie un morceau de laine propre et sec, de la grandeur d’une feuille de papier et ramené également à la grandeur de la main. Le pendule électrique consiste en légères petites boules de moelle de sureau ou en ronds de papier; deux sont suspendues à un fil de lin et deux à un fil de soie pure. On prépare un système de suspension pour le pendule de la manière suivante : on prend un fil de 60 centimètres de longueur que l’on coude au milieu à angle droit; l’un des bouts va directement au bouchon d’une bouteille, -l’autre, enroulé autour d’un crochet, reçoit le pendule électrique. 1° Suspend-on à ce poids lés boules de sureau ou de papier tenues :par le fil de lin, et en approche-t-on le bâr — 79 — ton de verre ou de cire, aucun effet ne se produit. Mais frotte-ton, avant, les dits bâtons avec les morceaux d’étoffe dont nous avons parlé, et cela par des mouvements vifs, comme si l’on voulait les rendre parfaitement propres, alors ces corps frottés attirent toutes les petites boules. Cette expérience montre que : Par le frottement avec de la soie ou de la laine , le verre et la cire à cacheter acquièrent la propriété d'attirer d’autres corps. Lorsque le frottement est assez fort, la force attractive des bâtons est si grande, que l’on peut tourner les feuillets d’un livre ou d’un cahier. Promène-t-on la baguette à deux centimètres de la figure, le fin duvet de cheveux qui est sur la peau suit cette attraction, ce qui produit l’effet d’un tissu que l’on passerait sur la figure; la passe- t-on sur la tête, on voit des touffes de cheveux suivre le mouvement. Les mêmes particularités qui se remarquent dans le verre et la cire qui ont été frottés, se montrent également dans la plupart des corps lorsqu’ils sont dans certaines conditions ; cependant, on les obtient plus facilement du verre sec et de la résine, en particulier de la cire à cacheter, du caoutchouc, de la gutta-percha, de l’ambre jaune et surtout du soufre, de la soie, de la peau et des plumes. Cette propriété d’acquérir par le frottement une force attractive, avait déjà, dans l’antiquité, été remarquée dans l’ambre jaune, espèce de résine très-estimée dès les temps les plus reculés ; et c’est pour cela que les Grecs appelèrent, dans leur langue, cette matière électron , à cause de sa propriété d’attraction. D’autres corps, qui montraient les mêmes propriétés, furent dès lors appelés corps électriques, et la force inconnue qui est la cause de cës phénomènes, électricité, force électrique. Nous servant de ces mots : électriques et électricité, nous devons exprimer de la manière suivante ce qui ressort des expériences que nous avons faites : Le verre et la cire deviennent électriques (sont électrisés) par le frottement avec de la soie ou de la laine ; Il y a attraction entre les corps électrisés et les corps non électrisés. 2° Suspend-on au même pied les boules de sureau ou de papier tenues par les fils de soie, et en approche-t-on, après l’avoir frotté, le bâton de verre ou de cire, ces boules sont d’abord attirées, puis repoussées ; mais éloigne-t-on le bâton frotté pour approcher le doigt, un crayon, un fil ou un autre corps, aussitôt l’attraction se produit entre les boules et ces corps. Cependant, après leur contact avec ces corps, les boules ont complètement perdu la propriété qu’elles avaient acquise par l’attouchement avec le bâton de verre, et subissent de nouveau l’attraction, puis la répulsion si l’on rapproche le même bâton. Cette expérience nous apprend que : Par le contact avec le bâton de verre ou le bâton de cire électrisés par le frottement, Vélectricité est communiquée au corps suspendu par un fil de soie, de telle sorte qu’il y a attraction entre lui et les corps non électrisés. Entre la baguette électrisée et le corps qu’elle a électrisé, il y a répulsion. Ces deux propriétés du corps électrisé se perdent complètement par le contact de la main. On le voit, tout est clairement expliqué, et le maître est parfaitement guidé dans son enseignement et dans ses 81 — expériences. Il en est’ ainsi de toutes les parties de l’appareil et de l’ouvrage Bopp; nous pouvons donc avoir la légitime espérance de voir bientôt nos écoles secondaires munies d’un matériel si intéressant et si instructif. (Prix 100 fr.) Il en est de même, peut-être à un moindre degré cependant, pour la chimie ; l’un amènera l’autre, d’autant plus que les appareils pour la chimie, comme ceux pour la physique, se présentent nombreux à notre choix, du simple au composé. Histoire naturelle. Si la connaissance des éléments de la physique et de la chimie doit dorénavant être l’un des résultats de notre instruction publique et populaire, il en est évidemment de même pour les premières notions de l’histoire naturelle, peut-être mieux encore. En effet, l’application des notions, quoique très-élémentaires, que les élèves auront acquises dans cette science, est pour eux immédiate; nous pouvons même dire qu’elle a une action moralisatrice. Quel bien n’aura-t-on pas produit dans le cœur et dans l’esprit de ces jeunes êtres, si l’on parvient à leur donner du goût pour les sciences naturelles, sciences pour l’étude desquelles ils n’ont pas besoin, plus tard, d’autre aide que leur propre volonté. Et ce goût, on peut le faire naître dès les premières études. Laissez pour cela au moins une heure par semaine d’enseignement libre aux maîtres des écoles primaires (depuis le 4 e degré même), heure qu’ils pourront consacrer à tel ou tel point, convenablement choisi, d’histoire naturelle; mettez à leur disposition quelques collections, d’abord très-élémentaires, de miné- 6 — 82 — raux, d’insectes, de papillons., de produits, naturels; donnez à ces écoles des tableaux, d’abord aussi simples que possible, d’animaux, de végétaux (*) ; faites lire des descriptions élémentaires sur chacun de ces sujets, et certes vous réussirez à intéresser l’enfant, qui est déjà, et de sa nature, très-porté à l’esprit d’examen et d’observation dans cet ordre de choses. Plus tard, dans les écoles secondaires, choisissez un'bon livre d’histoire naturelle, mettez plus d’ordre et de soin dans la connaissance de ces éléments jusque là épars, sans liaison;, étendez ces connaissances en fournissant à ces écoles des collections plus complètes, et, pour le plus grand nombre des élèves, la cause sera gagnée. Ici encore, les moyens de réaliser ce progrès et de ne pas rester trop en arrière de quelques pays ne manquent pas." Yoici bien des sources où nous pouvons puiser : En tête, mettons cette intéressante collection de produits industriels, de L* Hestermann, de Hambourg, accompagnés de textes explicatifs, instructifs, sérieux : Le lin et son emploi; Le coton et son emploi ; La laine et son emploi; La soie, sa production, son emploi; Le papier, sa préparation, son emploi; Le verre, sa fabrication, son emploi; (1) A cet égard, nous rappellerons une appréciation du comité de ia nouvelle école autrichienne, appréciation extrêmement vraie, à notre avis, c’est que la classe ne doit pas être considérée comme devant offrir un étalage permanent de ces tableaux, mais que pour les rendre véritablement intéressants aux enfants, et pour piquer leur curiosité, on ne doit les montrer plus ou moins longtemps que pendant le temps qu’ils font l’objet de l’enseignement qui est donné.. — 83 — Collection de produits naturels, racines, écorces, peaux, semences et fruits, etc. Le fer, son extraction, son emploi ; Le caoutchouc, sa préparation, son emploi ; Le sucre, sa préparation, son emploi, etc. Toutes ces collections montrent, au point de départ, la matière première, brute, et la faisant passer par les transformations successives qu’elle subit, l’amènent aux différentes formes de produit industriel. On ne peut que recommander ces collections pour le degré supérieur des écoles primaires, pour les écoles secondaires, et comme matériel Qommun aux classes du collège. Les tableaux d’histoire naturelle de Schreiber, tableaux que nous connaissons à Genève et que nous voyons déjà dans quelques-unes de nos classes, sont généralement estimés. Le même auteur publie des livres illustrés pour enfants, renfermant des minéraux, des plantes (de Will- kom), des animaux, des poissons (de Schubert), des mammifères, des oiseaux. Hachette publie également des tableaux pour les enfants, d’après la méthode Frœbel. Dans la même catégorie de tableaux d’histoire naturelle, faits pour un enseignement élémentaire, nous devons mentionner ceux de Pichter Wittwe et fils, à Vienne, renfermant des oiseaux, des quadrupèdes, des serpents, etc... Les collections de minéraux d e.Eger, ainsi que celles de coquilles, de papillons, du même auteur, sont intéressantes par leur bon choix et par leur prix. L s Hestermann livre également de très-jolies collections de minéraux depuis les prix les plus bas; on trouve, dans cette maison, un choix assez grand pour satisfaire à tous les désirs. » Beyrolle fils, de Paris, a exposé une série de tableaux très-bien faits, accompagnés des principaux minéraux industriels. Plusieurs feuilles, contenant les maladies des plantes, sont faites avec beaucoup de soin par J Eugène Ulmer, de Ravensbourg. Bolert JBrendel, de Breslau, confectionne des modèles très-instructifs pour l’enseignement de la botanique. Ces modèles, en papier mâché, représentent parfaitement la plante, avec les couleurs propres à ses diverses parties. Comme ils sont, en moyenne, d’une hauteur d’un demi- mètre, ils peuvent très-bien servir pour un enseignement collectif dans une classe, et montrent d’une manière très- sensible la germination des cotylédons, des dicotylédons, la floraison, etc. Les collections de botanique, de zoologie et de minéralogie, employées dans les écoles secondaires de Zurich, contiennent : pour la botanique, une collection de bois utiles, de graines et d’autres produits des plantes ; pour la zoologie, 33 pièces, crânes, squelettes d’animaux et de poissons, 9 échantillons de fourrure , des cocons de ver-à-soie à différents degrés de préparation, etc...; pour la minéralogie, 55 pièces, avec collection d’environ 35 pétrifications. Ces trois collections sont confectionnées par SchenJc , comptoir d’histoire naturelle, à Mammern, Thurgovie. (Prix 125 fr.) Un objet d’enseignement très-intéressant dont on fait beaucoup usage en Allemagne, et que Zurich expose aussi, ce sont les préparations microscopiques. Ces préparations sont loin de sortir du cadre de l’enseignement secondaire; elles sont un moyen très-attrayant, très-puissant, d’aug- — 85 — menter chez les élèves le goût pour l’étude des sciences naturelles. H.-B. Wolfensberger , de Zurich, livre de ces préparations, au nombre de 37 pour la botanique, et de 28 pour la zoologie, pour le prix de 32 fr. Dans ces dernières on remarque : la coupe transversale et longitudinale de l’os, le cerveau, le tissu pulmonaire, les écailles du papillon, l’œil d’un insecte, l’aile d’une mouche, le pied d’une araignée, le pied postérieur d’une abeille, la langue de l’escargot, la laine, la soie, etc. Wullschlegel, de Lenzbourg (Argovie), prépare de jolies collections d’insectes utiles et nuisibles. Toutes les espèces de collections de minéraux que l’on peut désirer, rangées dans l’ordre et d’après le système que l’on préfère, peuvent être demandées à C.-F. Pech, de Berlin (Markthalle). Pour les collections à l’usage des écoles secondaires, le prix varie entre 34 fr. pour cent échantillons et 280 fr. pour cinq cents. D’autres de ces collections, préparées pour les tout jeunes commençants, renferment de cinquante échantillons pour 11 fr., à deux cents pour 45 fr. — La même maison livre encore des collections de roches, de pétrifications et de cristaux; inutile de dire que ce sont tous de jolis échantillons. Les grands tableaux de botanique, au nombre de huit, que publie la maison Ulmer, de Ravensbourg, sont très- bien faits pour rendre saisissants : 1° La cellule simple, sa forme, sa condensation ; 2° Le contenu de la cellule ; 3° Les différents modes de soudure des cellules formant le tissu et les vaisseaux; etc. La collection d’histoire naturelle que le Département de l’Instruction publique a achetée pour les écoles secon- — 86 claires de la campagne, et qui a été exposée, est fournie par le docteur W. Schaufus, de Dresde, et fait partie du matériel scolaire des écoles populaires de Saxe. Elle se compose de : 1° Une petite armoire vitrée, et une seconde à 6 tiroirs, pour renfermer les objets; 2° Un squelette d’oiseau et un de mammifère ; 3° Un rongeur, un carnassier, etc., empaillés ; 4° Un oiseau de proie, un moineau, un échassier; 5° Un serpent, un lézard, une grenouille, une salamandre, dans de l’esprit de vin; 6° Un poisson dans de l’esprit de vin; 7° Une collection de mollusques, environ 50 espèces ; 8° Environ 50 insectes de différentes familles ; 9° » 50 minéraux ; 10° » 50 préparations microscopiques. 11° Un hérisson de mer, deux coraux, un modèle de polype, d’écrevisse, diverses espèces de bois; 12° Une préparation anatomique; 13° Un herbier d’environ 100 plantes. (Prix 187 fr.) Cette collectioh est accompagnée de l’ouvrage de Leunis sur la zoologie, la botanique et la minéralogie (en allemand). Suivant l’ouvrage d’histoire naturelle que l’on jugerait le plus convenable d’adopter pour les écoles secondaires , on pourrait s’entendre avec Monsieur Schaufus pour modifier telle ou telle partie de sa collection. Cependant, comme ce naturaliste doit se fournir lui-même pour plusieurs parties auprès d’autres personnes, il ne peut accepter que des commandes roulant sur trois ou quatre collections. Nous avons donc, entre les collections qui se préparent 87 — à Zurich et celles que. l’on peut tirer de Dresde, un choix assez grand pour nous faciliter l’introduction un peu sérieuse de l’histoire naturelle dans nos écoles secondaires, ainsi que dans les degrés supérieurs des écoles primaires. Les élèves qui fréquentent les écoles secondaires de la campagne ne sont pas destinés, en général, à suivre d’autres études; il faut donc leur donner une instruction présentant un certain tout. À cet effet, quelques connaissances en anatomie, dans la partie au moins de cette science qui traite de la structure du corps de l’homme, sont indispensables et doivent tout naturellement se rattacher aux notions générales d’hygiène rendues obligatoires par la loi. Il convient donc de voir, dans le matériel d’enseignement, de bons tableaux d’anatomie. Nous recommanderons à cet égard : Les tableaux de Fiecller (librairie Meinhold et fils, à Berlin), au nombre de 6 ( x ), d’une grandeur suffisante, très-bien faits, contenant le cerveau, le système nerveux, le système musculaire, etc..... Les modèles en gypse du docteur Bock, de Leipzig, de bonne grandeur, bien coloriés et suffisamment précis pour un enseignement de ce genre. Les diverses parties peuvent être achetées séparément, et les prix en sont très-. avaiitageux. Exemples : ; Une tête, qui peut se démonter, de grandeur naturelle, Fr. 20 — r Un cœur qui peut se démonter, de grandeur naturelle, » 20 — *v. (1) Acquis par le Département pour l'école industrielle et commerciale. — 88 — L’organe de l’ouïe, qui peut se démonter, plus grand, » 13 — L’œil qui peut se démonter, plus grand, » 10 50 La peau, » 6 50 Les dents, » 6 — Un torse complet qui se démonte, » 65 — Livres. Manuels. Nous ne saurions que répéter ce que nous avons dit dès le début : l’étude de la méthode, par le livre, est excessivement difficile, dans les conditions qu’offre une semblable exposition. D’ailleurs, bon nombre de livres sont renfermés dans des vitrines; ceux que vous avez à votre disposition ne peuvent être étudiés, analysés sérieusement dans le local même ; il n’y a donc pas de meilleure marche à suivre que de compulser les derniers catalogues des librairies et d’examiner tranquillement, chez soi, les ouvrages qui ont paru récemment. Vouloir faire autrement, c’est vouloir lutter contre des difficultés qui courront risque de rendre votre travail illusoire, à moins que vous ne puissiez disposer d’un temps énorme. Cependant, nous avons pu examiner, quoique très à la hâte, quelques ouvrages, parmi lesquels nous ne citerons que ceux qui pourraient avoir quelque emploi, soit pour les maîtres, soit pour les élèves, dans nos établissements d’instruction publique : En allemand, une série d’ouvrages remarquables sur : L’arithmétique commerciale, le commerce; Le change, d’après les lois allemandes et étrangères, d 'Oscar Wàchter; 1 — 89 — Le géographie du commerce, de Charles Andrée ; La phraséologie pour la correspondance commerciale, allemand, français et anglais, de Büchele; L’histoire du commerce, de Büchele; Le dictionnaire du commerce et des affaires, de Büchele ; La tenue des livres et les travaux qui s’y rapportent, de Louis Schmidt; L’arithmétique de la vie de l’ouvrier, de L a Schmidt; La science de l’économie populaire, de Mangoldt; Essai sur la science du commerce, de Rôrich; Les travaux du comptoir, de Rôrich; Manuel de la connaissance des marchandises, de Seu- hert; L’arithmétique du marchand, de Henri Binn; Ouvrages en français : Histoire naturelle, botanique élémentaire, de Camille de Montmahon; Petite zoologie, du même auteur; Lectures de zoologie, intéressante description des animaux, du cocon, etc.; bon livre de lecture, de Henri Fabre; Botanique de Fabre , livre de lecture ; Histoire naturelle, de Félix Hément, livre populaire qui paraît très-utile ; Eléments de cosmographie, de Charles de Comberousse ; Notions du commerce et de la comptabilité, de Vannier : Géographie physique, de Roche; Eléments d’agriculture, de Pierre Méheust (librairie Delagrave) ; Histoire moderne, lectures, de Raffy; Histoire du Moyen Age, lectures, du même auteur ; 90 Méthode de lecture et de récitation, par Ricquier (bibliothèque de la Sorbonne, Paris-7, rue Guénégaud) ; Leçons d’hygiène, cours assez complet par Riant, (.Adrien Delahaye, éditeur, Place de l’Ecole de Médecine, Paris). L’économie industrielle et commerciale, de Levassseur ; Eléments de botanique, de Léon Marchand (Hachette)] Arithmétique, de Serret (théorique et pratique) ; Arithmétique théorique et pratique, de Mesnard (Berlin) ; Morale pratique, de Barraud ; Cours de composition, de Quérard; Leçons de style épistolaire, pour les écoles primaires, de Wattier (librairie Manceaux , à Mons) ; Chrestomathie française, par Degive (même librairie) ; Cours de lecture française, par Plon (2 parties, pour maître et élève — même librairie) ; Leçons de littérature française ; choix de morceaux, de Charles André ; Eléments de morale, de Paul Janet ; Etc., etc. Cependant, et vu le très-rapide examen qui a été fait de ces ouvrages, nous faisons toutes nos réserves. Pupitres. Ce sujet est de la plus haute importance ; il donne lieu à de vives préoccupations et à de sérieuses études. Personne n’ignore combien il est nécessaire que les bancs et les pupitres, où. les enfants passent la moitié du jour, soient le moins contraires possible à leur développement physique et à leur santé. Aussi combien de modèles ont — 91 surgi et surgissent encore ; combien ont été envoyés à l’Exposition de Vienne ! Mais, parmi ces modèles, beaucoup doivent être éliminés, comme ne présentant que des créations de fantaisie, sans règle fixe, saisissable, sans proportions. Plusieurs autres, au contraire, méritent toute notre attention ; parmi ces derniers, nous rappellerons deux pupitres dont nous avons déjà parlé : le pupitre de l’école américaine et le pupitre de l’école suédoise, puis nous parlerons du pupitre système Künz et de celui qui a été exposé par le docteur Liebreich. Ces pupitres, en dehors de différences de détail plus ou moins sensibles, présentent cependant les caractères communs suivants, qui peuvent être considérés comme des principes acquis dans ces recherches : a) Pupitre incliné, dont le bord intérieur se trouve en ligne verticale avec le bord intérieur du banc. b) Siège plus ou moins large, mais présentant deux légères courbes convexo-concaves, de manière à bien reposer les parties du corps qu’il doit recevoir. . c) Dossier à légères courbes et assez élevé pour pouvoir offrir un appui commode aux reins et au dos, sans permettre à l’élève de se rejeter nonchalamment en arrière. cl) Espace assez étroit entre le dossier et le pupitre pour que l’élève soit forcé de tenir le corps droit lorsqu’il écrit. Cette dernière condition, ainsi que celle de l’inclinaison du pupitre ont vivement préoccupé le docteur Liebreich, célèbre médecin des hôpitaux de Londres, Il a été frappé du fait, qui ne nous échappe pas maintenant à nous-mêmes, que le grand espace qu’on laisse encore dans la plupart de nos pupitres entre le banc et le p'upi- tre permet à l’enfant de prendre des positions quelconques, parmi lesquelles il a bien soin de choisir les- plus mauvaises ; en particulier, plaçant souvent son cahier dans le sens de la longueur du pupitre, il avance pour écrire toute la partie droite du haut du corps, et, forçant ainsi l’épaule à dévier de sa position naturelle, il se prépare une véritable difformité. Il résulte un autre inconvénient très-grave de cette fausse position ; c’est que non-seulement le corps se jette ainsi trop sur le pupitre, mais encore qu’il rapproche davantage l’organe de la vue du papier sur lequel l’élève écrit et met en fonction, d’une manière beaucoup plus active, l’œil droit seulement, ce qui ne doit pas manquer d’apporter une véritable perturbation dans la vue. Ces différentes considérations ont amené le docteur Liebreich à adopter le principe qui se faisait jour de différents côtés, qu’il faut forcer le corps à se tenir droit, en lui donnant le moins d’espace possible. D’un autre côté, voyant chaque jour s’augmenter le nombre des vues complètement faussées par un système déplorable de pupitres d’école, il conclut de l’étude sérieuse à laquelle il se livra que, lorsque l’élève écrit, l’inclinaison du pupitre doit être de vingt degrés, et lorsqu’il lit de quarante degrés. A cet effet, le pupitre qu’il expose présente, lorsqu’il est développé pour l’écriture, l’inclinaison indiquée; puis, lorsque l’élève doit lire, la partie inférieure du pupitre, large d’environ douze ou quinze centimètres, se relève pour recevoir le livre et présente un angle de 40 degrés. Dans le pupitre Künz, l’inclinaison ne varie pas pour l’écriture et la lecture ; mais lorsque l’enfant écrit, le pupitre est descendu par un système de coulisses, et force l’élève à donner à son corps une position verticale. Lorsque .l’écolier lit, il a plus de liberté, mais il n’est pas enclin à se tenir mal et à jeter le corps obliquement sur le pupitre comme lorsqu’il écrit. Voici quelques chiffres concernant les dimensions principales : Pupitre Liebreich. Lorsque ce pupitre est développé pour l’écriture, on trouve : Distance entre le pupitre et le dossier 26 centim. » entre le bord inférieur du pupitre et le bord intérieur du banc 25 » Largeur du banc 21 » Hauteur du dossier 26 » Pupitre Künz. Pupitre tiré pour écrire : Distance entre le pupitre et le dossier 29 » » entre le bord inférieur du pupitre et le bord intérieur du banc 27 » Largeur du banc 26 » Hauteur du dossier 34 )) Ces chiffres se rapportent à des pupitres destinés à des enfants d’une douzaine d’années environ. Il va sans dire qu’ils changent proportionnellement pour des enfants d’un autre âge. Toutes ces proportions sont plus larges dans le pupitre américain ; aussi, quoiqu’on y reconnaisse des caractères communs qui le rattachent aux précédents, nous pouvons cependant dire qu’il vise plus à la commodité qu’à l’observation de règles que commande une tenue convenable du corps. Le pupitre de Suède, qui se rapproche également des systèmes Liebreich et Kiinz, a des complications qui ne sont pas indispensables et qui le rendent coûteux ; nous avons vu que cette raison l’a fait rejeter par la nouvelle école autrichienne qui, après examen des différents systèmes exposés, s’est prononcée pour le pupitre Künz. Malgré les points communs entre ces divers modèles, il serait nécessaire de les étudier encore de plus près, de faire venir au moins le pupitre de Liebreich et celui de Suède ( 1 ), et de se livrer à de nouvelles études comparatives. Le sujet en vaut certainement bien la peine. Dans ce nouvel examen, il conviendrait de faire entrer le pupitre que propose notre concitoyen, M. David, maître de gymnastique, ainsi que celui de Frei, de Zurich. Ces derniers pupitres, comme celui de Suède, étant à hausse et à baisse, cela constituerait des éléments nouveaux dans la question. Marche générale de l’instruction publique en Allemagne. Nous avons si souvent entendu parler de la marche de l’instruction publique en Prusse et dans les divers Etats allemands; nous avons pu si bien et en de si nombreuses occasions nous assurer de l’état de prospérité et de développement croissant dans lequel se trouvent ces pays, que nous serons peut-être bien aises de nous, initier un peu aux principaux détails d’organisation de cette instruction publique. La comparaison entre cette organisation et celle qui règle la même matière chez nous, aura l’avantage de nous montrer quelles améliorations nouvelles nous pouvons encore réaliser, quelle que soit la voie réelle de progrès que nous suivions déjà. Nous saurons ainsi, sans nous faire les imitateurs inintelligents de nations étrangères, bénéficier de leur expérience et de leurs heureuses innovations, et élever notre instruction publique à la hauteur à laquelle ces peuples eux-mêmes l’ont élevée. (1) Le pupitre Künz a figuré à l’exposition scolaire dp décembre, et est en dépôt au Département de l’Instruction publique. — 95 — Parmi ces Etats, nous ..choisirons celui dont l’organisation de l’instruction publique est semblable, dans ses parties principales, à celle de la Prusse et des autres Etats allemands, mais qui ne représente pas un grand empire: la Saxe, dont la population est à peu près la même que celle de la Suisse et qui a occupé une place distinguée dans la partie scolaire de l’Exposition de Vienne. C’est au Ministre des Cultes et de l’Instruction publique qu’incombe le soin des divers ordres d’instruction. Il a sous sa haute direction les écoles populaires, y compris les établissements des sourds-muets, et les écoles complémentaires. Ecoles populaires. Dans l’esprit de la législation des écoles, et depuis l’année 1835, tous les établissements publics et particuliers, dans lesquels les enfants reçoivent de 6 à 14 ans l’instruction obligatoire et ordonnée par la loi, rentrent dans l’ordre des écoles populaires/Cette instruction est continuée dans des écoles supérieures de garçons et de filles, jusqu’à l’âge de 15 ou 16 ans. La nouvelle législation scolaire de 1873 étend si loin l’obligation, qu’elle rend la fréquentation des écoles complémentaires obligatoire jusqu’à l’âge de 17 ans, excepté pour les jeunes gens qui participent à un enseignement supérieur. . Toutes les écoles ont le même but essentiel : le développement des facultés humaines par l’instruction et l’éducation. Elles ont ainsi, d’un côté, à donner aux élèves les lumières, les connaissances et les aptitudes qui forment la base des connaissances humaines, et, d’un autre côté, à les approprier aux exigences et aux conditions d’une future vocation quelconque. C’est pour atteindre à ce but que la loi inscrit comme enseignement obligatoire : La religion. — Exercices de lecture et d’écriture. — Calligraphie, avec applications aux différents genres d’écriture qui se- présentent dans la vie ordinaire. — Calculs de tête et sur le cahier ou le tableau. — Chant. — Notions les plus faciles et les plus nécessaires de l’histoire naturelle, de la géographie et de l’histoire, aussi bien à un point de vue général qu’appliquées plus particulièrement au pays natal. La loi de 1873 étend aux branches suivantes l’obligation de l’instruction: Religion et morale. — Langue allemande avec lecture et écriture. — Arithmétique. — Calligraphie. — Histoire. — Géographie. — Histoire naturelle et étude de la nature. — Chant. — Dessin. — Gymnastique — et (où cela peut avoir lieu) travaux manuels de femme pour les filles. Si la base de l’enseignement est la même pour toutes les écoles populaires, elles ne suivent cependant pas toutes la même marche dans le développement à donner à l’instruction, non plus que dans le but à atteindre; elles s’appliquent surtout à satisfaire aux besoins propres aux localités dans lesquelles elles existent: c’est ainsi qu’il s’est formé trois catégories de ces écoles, catégories qui, dans le plus grand nombre des villes, comme dans un certain nombre de bourgs, existent les unes à côté des autres ; ce sont les écoles populaires inférieures, les moyennes et les supérieures. Comme écoles inférieures se présentent les écoles ordinaires du pays, dont la plus forte moitié renferme deux classes. L’enseignement y est donné dans deux parties différentes de la journée, avec les divisions inférieures, — 97 tandis que les autres écoles inférieures sont divisées en 3, 4 et même 5 classes successives, dont chacune comprend de 14 à 18 heures de leçons par semaine. Chaque école n’est composée que d’une classe. Dans beaucoup de villes, il se trouve encore des écoles populaires divisées en un plus grand nombre de classes (de 4 à 8) et cela à côté d’écoles moyennes et supérieures. Le plan d’étude des écoles moyennes (écoles des bourgeois) comprend toutes les parties ordonnées par la loi de 1873, avec d’autres développements que ceux qui avaient été précédemment exigés, et, dans beaucoup d’endroits, avec l’enseignement d’une langue étrangère. Dans les écoles populaires supérieures on enseigne deux langues étrangères, mais le temps de l’instruction s’étend sur 10 années, et ainsi de l’âge de 6 ans à l’âge de 16 ans. Aussi ces écoles jouissent-elles du droit de délivrer des diplômes accordant le service volontaire d’une année. Nous devons mentionner ici un autre ordre d’écoles qui sont adjointes aux écoles moyennes, et qui, organisées de la même manière que les écoles supérieures (populaires) sont suivies par les garçons qui se préparent pour leur entrée au gymnase, ou aux écoles industrielles et commerciales (1lealschulé). Aux écoles publiques sont joints les établissements d’orphelins (payés par l’Etat ou par les communes), les hospices de sourds-muets, d’aveugles et d’aliénés. En réunissant tous ces établissements, le royaume de Saxe comptait, le 1 er octobre 1872, pour une population de 2,560,000 âmes, 2,143 écoles populaires et publiques, parmi lesquelles 118 moyennes et 27 supérieures, avec un chiffre total de 8,357 classes, dans lesquelles 429,679 enfants étaient instruits par 4,067 maîtres (y 7 compris 148;directeurs), 579 sous-maîtres et 396 maîtres spéciaux, en somme 5,060 maîtres et 66 maîtresses. Ajoutons à ces chiffres 124 écoles particulières avec 711 maîtres et maîtresses et 8,267 élèves. Les traitements des maîtres et des maîtresses, aussi bien que les pensions des maîtres, des veuves et des orphelins partent d’une base parfaitement déterminée, comme minimum, et croissent de cinq en cinq ans. Le minimum lui-même est fixé d’après le nombre des habitants de la localité, et en suivant encore à cet égard une échelle connue. Les pensions des maîtres sont calculées d’après le traitement qu’ils avaient l’année avant d’être pensionnés; elles s’élèvent au 33 l / 3 p. °/ 0 , après 10 ans de service accomplis, et au 80 p. % après 44 ans.^ La veuve d’un maître reçoit 1 f & du revenu dont jouissait son mari à sa mort, lors même qu’en mourant il fut pensionné; les enfants reçoivent jusqu’à leur 18 e année */ 5 de la pension de leur mère, si elle vit* et à sa mort, les 3 / 10 . Cette pension peut être prolongée au delà de leur 18 e année à des enfants incapables alors de gagner leur vie. Ecoles complémentaires. Les écoles complémentaires du dimanche ou du soir, aussi longtemps qu’elles dépendent du ministère des cultes et de l’instruction, ou qu’elles font partie de l’instruction publique, ont pour mandat d’augmenter et de perfectionner les connaissances données aux enfants jusqu’à l’âge de 14 ans. Leur création était auparavant laissée à la bonne volonté des communes, et elles ne se trouvaient par — 99 conséquent, et en grande partie, que dans les villes ou bourgs industriels; la jeunesse des localités les plus pauvres en était exclue, et ces écoles complémentaires m’étaient fréquentées que par les apprentis-ouvriers ou par les ouvriers eux-mêmes. Mais la nouvelle loi ordonne qu’il y aura une école complémentaire pour chaque arrondissement scolaire, et oblige tout élève qui ne reçoit pas une autre instruction supérieure, à la fréquenter de l’âge de 14 ans à l’âge de 17 ans. Les dépenses pour ces établissements sont payées par des subventions de l’Etat ou par des dons de la Caisse des écoles. Dans certaines localités on prélève, en outre, pour ces établissements, un petit impôt scolaire. Mentionnons, en terminant ces quelques détails sur l’instruction populaire, les jardins et les asiles de l’enfance qui sont tous dirigés d’après les principes de la méthode Frœbel, comme en Bavière, etc... Les limites dans lesquelles doit se restreindre ce rapport, empêchent d’entrer dans les détails, fort intéressants du reste, concernant l’inspection et la direction de ces différents ordres d’établissements, la formation de la commission scolaire^annuelle et les conférences des maîtres. Du reste, ces détails sont moins importants, en ce sens qu’ils varient suivant les divers pays de l’Allemagne, comme ils doivent naturellement varier suivant les besoins et les institutions des nations. Des Séminaires ou Ecoles normales. En général, les séminaires forment les élèves à leur future vocation par une série de 6 années d’études. Les jeunes gens n’y sont pas reçus avant leur quatorzième année accomplie. L’enseignement y est donné gratuitement dans toutes les classes. Cefienseignement comprend : la religion, le catéchisme, la pédagogie, la psychologie, la langue allemande et sa littérature, l’étude d’une langue étrangère, l’arithmétique, la géométrie, l’histoire naturelle y compris l’hygiène, l’étude de la physique, la géographie, l’histoire, la musique, la calligraphie, le dessin et la gymnastique. Les élèves demeurent dans l’établissement. Cependant les élèves des deux classes supérieures qui ont 19 à 20 ans, et ceux qui ont des parents dans la localité, ont la liberté de demeurer hors de l’établissement. A chaque séminaire est jointe, pour la pratique de l’enseignement, une école de garçons et de filles, comprenant quatre classes ascendantes, et dans lesquelles l’enseignement est donné en partie par les séminaristes des trois classes supérieures de l’école normale, sous la direction et la surveillance des maîtres du séminaire. Outre les séminaires pour les maîtres, il en existe pour les maîtresses, dans lesquels la durée des années d’études est de 3 ans, mais où l’on ne reçoit les jeunes filles qu’à l’âge de 17 ans, et pour les connaissances desquelles on a de plus grandes exigences. Le but de ces établissements est le perfectionnement des maîtresses en vue des écoles supérieures ainsi que de l’instruction privée; aussi l’instruction qui leur est donnée comprend-elle la langue française et la langue anglaise. Les élèves demeurent dans le séminaire. La gymnastique y est également obligatoire, comme dans les séminaires pour les maîtres. Les écoles pratiques ou d’exercice qui y sont jointes ne reçoivent que des filles. — 101 — Afin de donner une idée de l’importance que l’on attache en Allemagne à l’instruction, disons que le royaume de Saxe seul possède 12 séminaires pour des maîtres, avec autant de directeurs, 84 maîtres fixes, 8 maîtres provisoires et 12 sous-maîtres. Sur une population totale de 2,560,000 habitants, cela fait une école normale pour 210,000 habitants, ces écoles étant fréquentées par 1,493 élèves. Il existe en outre deux séminaires pour les maîtresses, dont un exclusivement catholique. Passé le temps de leur instruction, les séminaristes ont, d’après la loi de 1873, deux épreuves à subir de la part de l’Etat: le premier qui se fait dans un séminaire, a pour but l’obtention d’une attestation de capacité pour l’enseignement privé ou pour une place de sous-maître; le second, qui doit avoir lieu ensuite dans le laps de deux ans, donne droit à l’admission dans le corps des fonctionnaires scolaires. Ce dernier examen n’a plus lieu dans un séminaire, mais devant une commission spéciale. Ceux des candidats qui obtiennent un nombre déterminé de points dans ces épreuves, ont le droit de continuer leurs études à l’université, et, après deux ans au moins, ils peuvent se présenter aux places de maîtres d’écoles populaires supérieures ou d’écoles industrielles et commerciales ( Realschule ). Il y a à Dresde un établissement spécial de gymnastique, où l’on forme des maîtres pour toutes les écoles, soit dans des cours annuels, soit dans des cours semestriels. Des cours de répétition de quatre à six semaines sont donnés aux maîtres qui ont suivi les séminaires, ou qui, s’étant préparés déjà à cet enseignement, n’ont besoin que de faire une récapitulation de leurs connaissances pratiques et théoriques dans cette branche. — 102 — Ecoles industrielles et commerciales (Realschule). Cés écoles suivent une marche parfaitement déterminée, et sont de deux ordres différents : celles de premier ordre, qui comptent une série de 7 années d’études et prennent des élèves depuis leur 10 e année; celles de second ordre, dont la durée n’est que de 5 années. Dans ces écoles, on s’occupe principalement de l’étude des langues usuelles, des sciences naturelles et des mathématiques. Dans les écoles de premier ordre seulement, le latin est enseigné comme branche obligatoire conjointement à l’anglais et au français. Dans les écoles de second ordre, on n’enseigne que le français et le latin, ou le français et l’anglais, suivant les besoins de la localité où elles sont établies. Par cette marche, les écoles industrielles et commerciales de premier ordre assurent à leurs élèves, à ceux du moins qui ont subi les examens de maturité, l’entrée dans un polytechnieum, dans une école minière ou dans une école forestière, sans qu’ils aient à subir les examens d’admission. Une modification importante a été introduite tout dernièrement dans l’organisation des écoles industrielles et commerciales ; elle consiste à prolonger à 8 années le temps des études dans les écoles de premier ordre, avec un nombre égal de classes, afin d’assurer aux élèves qui auront subi leurs épreuves de maturité le droit d’entrer à l’université pour y faire leurs études de mathématiques, d’histoire naturelle, des langues vivantes et de pédagogie, sans parcourir tout l’ensemble des études que présente le programme de ces écoles industrielles et commerciales. I 103 — Gymnases. Le but principal des gymnases est l’étude des langues anciennes et de l’antiquité classique ; cependant ils s’occupent également de l’étude des principes des sciences positives et de celle des langues vivantes. En dehors de la religion, du grec, du latin et (pour les personnes qui se voueront ensuite à la théologie) de l’hébreu, on enseigne encore dans le gymnase : la langue allemande et sa littérature, le français, les mathématiques, la physique, la chimie, l’histoire naturelle, la géographie, l’histoire, le chant et la gymnastique; dans les classes inférieures: la calligraphie et le dessin. L’anglais est facultatif, comme l’est le dessin dans les classes supérieures. On consacre 9 années à ces études qui se font dans 9 classes successives. L’entrée dans un gymnase n’a pas lieu avant l’âge de 9 ans accomplis. Les examens de maturité du gymnase donnent le droit d’entrée à l’université, et de là, dans les diverses facultés. D’autres gymnases admettent les élèves seulement à l’âge de 13 ans accomplis; ces gymnases ne contiennent alors que 6 classes, d’une année chacune. Les élèves sont internes ; cependant il peut y en avoir également d’externes, vivant chez leurs parents ou chez les maîtres de l’établissement. * Les pensions des maîtres des écoles industrielles et commerciales et des gymnases, ainsi que celles de leurs veuves et de leurs orphelins, sont déterminées par la même loi que celle qui régit les pensions des maîtres des écoles populaires. Les maîtres des premiers de ces éta-; i — 104 — blissements, à l’exception des maîtres spéciaux de gymnastique, de chant et de dessin, doivent se préparer à leurs fonctions par la fréquentation de tous les cours du gymnase, de ceux des écoles industrielles qui s’y rapportent, ainsi que de l’université ; à la fin de leurs études, ils doivent se soumettre à des épreuves ordonnées par l’Etat. Ils deviennent alors candidats pour les fonctions scolaires supérieures. Enfin, après une année d’essai passée comme maîtres dans un établissement supérieur, ils sont pourvus des titres nécessaires pour obtenir un emploi. Il y a trois classes de candidats pour les fonctions scolaires supérieures, et aussi trois commissions d’examens différentes ; dans la première classe sont les philologues, dans la deuxième les maîtres pour les écoles populaires supérieures ou pour les écoles industrielles et commerciales, dans la troisième les maîtres spéciaux des mathématiques et des sciences naturelles. Par exception, on admet encore aux examens de la 2 e classe, en exceptant les langues classiques, les candidats qui, sans avoir suivi tout l’enseignement du gymnase, se proposent d’enseigner dans les classes inférieures et moyennes des écoles industrielles et commerciales ou des gymnases. Des Ecoles particulières. Par suite de la marche de l’instruction publique, l’existence des écoles particulières a pris peu de développement. A part les écoles créées par des fondations, des associations ou des corporations, écoles qui ont la même organisation que celles appartenant à l’instruction publi- — 105 que, qui jouissent en partie des mêmes droits et dont l’existence est garantie, on ne compte dans tout le pays que 37 écoles particulières sans pensionnat et 53 avec pensionnat. Et encore ces écoles fondées et dirigées par des particuliers ont-elles en majeure partie le caractère des écoles publiques. Toutes sont soumises aux stipulations de la loi scolaire, et, en particulier aux mêmes formes et aux mêmes objets d’enseignement. En dehors des écoles d’un ordre secondaire dont nous avons parlé précédemment, on compte encore comme établissements subventionnés par l’Etat: 1° Les écoles de commerce, à l’exclusion des établissements privés que nous n’avons pas à considérer ici; elles sont entretenues par le commerce et par la fabrique, et l’Etat ne s’en occupe que par rapport aux petites subventions annuelles qu’il est appelé à leur donner. Ces écoles sont de deux sortes : les supérieures , qui conservent en grande partie le caractère des écoles populaires supérieures et des écoles industrielles et commerciales, mais avec un enseignement spécial sur les sciences relatives au commerce ; — les inférieures , autrement appelées les écoles d’apprentis, pour les jeunes gens qui sont déjà dans le commerce, et qui viennent, deux ou trois heures par jour, apprendre le français, l’anglais, l’arithmétique commerciale et la tenue des livres, la correspondance, la géographie, etc... Il existe de ces établissements dans toutes les grandes villes. 2° Les écoles complémentaires industrielles. Elles offrent aux élèves, à côté de l’enseignement général donné dans l’école populaire, un enseignement spécial, et au. point de vue industriel, de dessin, de géométrie, de physique, de chimie, de langues vivantes, etc... L’Etat n’ac- — 106 — corde aucune subvention pour ces écoles, si les intéressés, c’est-à-dire la commune dans laquelle se trouve l’école ou la classe industrielle ne fait pas, en premier lieu, tous les efforts pécuniaires possibles. Il n’y a pas de règlement uniforme concernant ces écoles ; chacune se dirige d’après ses ressources et d’après les besoins de la localité. A côté de ces écoles, il y en a d’autres spéciales qui, tout en formant des jeunes gens pour les diverses industries, consacrent et affirment de plus en plus les progrès de ces dernières et contribuent ainsi à la prospérité générale du pays. Ecoles d’agriculture. Après cet exposé de la marche de l’instruction dans un des pays de l’Allemagne les plus avancés à cet égard, et avant de tirer quelques conclusions de l’ensemble de ce rapport, qu’il nous soit permis pendant quelques instants encore de disposer de l’attention du lecteur en faveur d’un ordre spécial d’établissement d’instruction qui, quoique ne rentrant pas d’une manière directe dans notre sujet, a pourtant une trop grande importance pour que l’on n’accorde pas aux idées nouvelles et aux renseignements qui viennent de pays voisins un caractère réel d’utilité : nous voulons parler des écoles d’agriculture. Ce sujet n’est-il pas, en effet, du plus haut intérêt, et n’est- ce pas à tort qu’il a à peine jusqu’à présent attiré notre attention et qu’il n’existe pas une seule de ces écoles dans le canton de Genève. Cependant la création d’une école semblable peut être si peu coûteuse, la marche » — 107 — même en est si simple, quoique si féconde en heureux résultats, qu’il est impossible que nous ne consentions pas à porter nos regards de ce côté, et à entrer, à cet égard, dans une voie nouvelle qui, elle aussi, contribuera pour sa bonne part à la prospérité du pays. Ces idées, ces renseignements nouveaux, nous les extrayons d’un des rapports que *le Wurtemberg a publiés, pour l’Exposition de Vienne, sur les diverses parties de son instruction publique. Ecoles d’agriculture du Wurtemberg. La première école agricole a été fondée en 1818 à Hohenheim. Cette école qui fut, en 1829, l’objet d’un grand développement, prouva combien d’heureux résultats pour l’économie rurale on peut retirer d’établissements semblables, et provoqua la création de deux autres écoles de la même nature.Ces institutions qui devaient avoir chacune dix à douze jeunes gens, avaient pour but déterminé de donner aux élèves, dans une série de cours de trois années, les connaissances agricoles nécessaires, et de former par la pratique, soit de bons administrateurs de leurs propres biens, soit des fermiers et des intendants habiles. Trois des quatre cercles du pays furent ainsi pourvus chacun d’une école agricole ; le quatrième le fut également par l’établissement de Kirchberg, près de Sulz, fondé aussi pour douze élèves et présentant un ensemble de travaux et d’études de trois années. Quelques mots sur leur organisation. La direction immédiate de l’établissement et de l’en- seignement qui y est donné, ainsi que celle des élèves eux-mêmes, est exercée par un directeur pris parmi les cultivateurs instruits à un point de vue théorique et pratique ; ce directeur est en même temps fermier des domaines affectés à l’établissement qu’il exploite pour son propre compte. Outre l’administration générale qui lui incombe, le directeur est tenu de suivre un plan général d’études parfaitement déterminé ; les autres maîtres sont également sous sa direction. Il dirige l’exploitation du domaine qui lui est confié comme fermage, et cette exploitation doit être faite en vue de satisfaire à tous les besoins de l’enseignement qui est le but de la création de l’établissement. A cet effet, il doit introduire les diverses cultures convenables aux besoins de la contrée et au but de l’école. Pour les essais de culture de plantes utiles, comme pour l’enseignement intuitif se rapportant à la culture de plantes qui ne se trouvent[pas dans le domaine, il est ménagé un espace de terrain suffisamment grand. Au surplus, des instructions très-détaillées sont données et imposées au directeur, et sa position comme fermier est déterminée par un contrat très-précis. Un maître, pris parmi les maîtres des écoles populaires, ainsi qu’un économe, aident le directeur dans sa charge. Le maître est nommé sur le préavis du directeur, et il est astreint, pour son enseignement, à suivre les prescriptions d’un cahier des charges. L’état de service et de pension de ce maître est assimilé à celui des maîtres des écoles publiques. Ce maître doit donner, dans la mesure du plan général, l’instruction qui se donne dans les écoles populaires, mais en recherchant surtout l’application aux besoins agricoles ; il enseigne le toisé et l’arpentage. Ce maître est chargé de la surveillance des élèves pen- — 109 — dant tout le temps que ceux-ci ne sont pas sous la direction immédiate du directeur ou de réconome. L’économe doit pouvoir donner aux élèves des directions pratiques dans tous leurs travaux ; il doit lui-même avoir l’ensemble des* connaissances que les cultivateurs instruits et laborieux ont puisées eux-mêmes dans l’école agricole de leur contrée. L’enseignement populaire de l’art de soigner les animaux, et toutes les connaissances qui s’y rapportent sont données par un médecin-vétérinaire de la localité. Dans celles de ces écoles où cela est possible, l’art forestier est enseigné dans un cours d’une vingtaine de leçons donné en hiver par le garde-forestier. Pour être reçu dans un de ces établissements, l’élève doit avoir 17 ans accomplis ; il doit être parfaitement sain et bien portant, afin de pouvoir prendre part aux travaux agricoles qui se présentent; il doit être suffisamment développé pour pouvoir suivre le développement d’une thèse ou proposition roulant sur un point d’économie rurale, posséder l’ensemble des connaissances que l’on peut acquérir dans les écoles populaires et être déjà préparé aux travaux agricoles comme doivent l’être les fils des agriculteurs. Le directeur a chaque semaine six ou sept heures de leçons à donner, et le maître dix en hiver et au moins six en été. En outre, les élèves sont occupés à des travaux écrits ou à des répétitions lorsque l’hiver ou le mauvais temps arrête les travaux de la campagne. Les élèves n’ont aucun argent à dépenser pour l’instruction ; il reçoivent gratuitement la demeure et la couche dans l’établissement, et leur nourriture se paie par les travaux qu’ils sont appelés à faire dans la ferme. Ces — 110 — travaux, y compris le temps accordé aux leçons et à Té- levage du bétail, durent dix heures en été, en printemps et en automne, et huit heures en hiver ; à l’époque des moissons les plus importantes, il y a prolongation d’une ou deux heures. Les frais d’enseignement, de chauffage et d’éclairage, d’entretien du mobilier, de médecin et de remèdes, ainsi que ceux d’entretien des yÊtements pour les élèves d’une famille peu aisée, sont supportés par les fonds affectés à l’établissement. Pour l’enseignement théorique, le plan d’études comprend : I. Enseignement principal : 1° Culture des plantes ; a) Etude des climats ; b) Etude des divers terrains, avec applications tirées de la géognosie ; c ) Culture générale et spéciale des arbres à fruit et de la vigne d) Des fruits ; e) Des prairies. 2° Elevage du bétail. a) Elevage général du bétail, avec applications tirées de l’étude des animaux, et étude comparative des diverses matières nutritives ; b) Elevage spécial des bêtes à cornes, des moutons, des chevaux, du porc et des abeilles. • 3° Etude des industries rurales et de l’amélioration des produits de la laiterie, du lin, de la vigne et des arbres fruitiers. 4° Organisation et exploitation de petites fermes, avec — 111 — instructions relatives à la meilleure culture des fruits, et, comme transition, à la meilleure culture des champs ; calcul du rapport et comptabilité ; constructions rurales et embellissements de la campagne. IL Branches secondaires. 1) Langue allemande ; 2) Arithmétique ; 3) Géométrie et arpentage ; 4) Art de soigner les animaux ; 5) Eléments d’histoire naturelle avec applications à l’économie rurale. L’instruction est facilitée par des livres, par un matériel convenable d’objets d’enseignement et par des excursions dans les domaines les plus renommés. Les besoins pressants de l’agriculture ont naturellement porté à se demander si l’on ne pourrait pas réduire la durée des cours à deux années au lieu de trois. Cette question ne tardera pas à avoir une solution, car une application de cette modification a été commencée dès 1872 à l’école de Kirchberg. Le Wurtemberg possède également des écoles vinico- les depuis 1840. Il serait certainement très-intéressant de suivre la marche de ces institutions ; mais ce sujet revêt un caractère trop marqué de spécialité pour pouvoir faire partie du cadre qui nous est tracé. Mais nous avons hâte de terminer ce rapport, rapport déjà bien long, dira peut-être le lecteur. Cependant combien de choses ont été élaguées, même supprimées; combien d’autres intéressantes restent encore à dire. Comment, du reste, ne pas être long dans un sujet si vaste, si immense, composé d’un nombre si grand de parties, dont chacune est elle-même une immensité. Et ne peut- on pas, au contraire, affirmer qu’un rapport qui, devant embrasser tant de sujets divers, se tient dans des limites si étroites, ne peut être qu’un rapport incomplet. Nous préférons certainement cette manière de voir et nous l’acceptons, non point cependant comme un reproche, mais comme un fait indépendant de notre volonté et de nos bonnes intentions. Quelques mots encore pourtant, comme conclusions de tout ce qui précède. Nos écoles enfantines doivent entrer dans une voie réelle d’amélioration, par l’adoption de la méthode Frœbél, méthode si justement appréciée dans les pays qui figurent en tête de l’instruction. Cependant, avec notre caractère, plus intelligent, mais plus léger que le caractère allemand, cette méthode demande à être appliquée par des maîtresses très-sensées, assez intelligentes pour comprendre quelle juste part de temps il faut donner aux diverses parties de cette méthode, et qui, se faisant une idée exacte du rôle que doivent jouer l’élément purement instructif et l’élément récréatif, sachent établir entr’eux la pondération désirable. Dans nos écoles primaires, l’enseignement doit être rendu aussi intuitif que possible, dans toutes les branches susceptibles de ce mode d’enseignement, à commencer par l’arithmétique. Nous nous sommes suffisamment étendus sur ce sujet dans un des chapitres précédents, nous ne pensons pas devoir y revenir. Du reste, la cause est maintenant gagnée pour toutes les personnes qui s’occupent d’instruction; elle l’est surtout pour tous les instituteurs qui ont à donner la première instruction aux enfants. — 113 — Qui d’entr’eux ne sait combien de temps l’on doit consacrer à enseigner à ces jeunes intelligences les tout premiers éléments de l’arithmétique? qui ne conçoit que l’enfant n’est si lent à comprendre que parce qu’il n’y a pour lui là-dedans que des notions purement abstraites, ne parlant point à sa vue, n’arrivant point, par conséquent, à entraîner en lui quelque conception. Combien de temps n’aurons-nous pas gagné, et sur combien d’autres connaissances ne pourrons-nous pas étendre, le champ de l’instruction lorsque, par un bon enseignement intuitif, nous aurons simplifié, l’étude des premiers éléments? quel heureux entrain n’en résultera-t-il pas pour les jeunes élèves eux-mêmes. A ce sujet, l’enseignement par intuition, se lie forcément celui du matériel scolaire. Ici encore, nous avons de grands progrès à accomplir sur toute la ligne, dans le champ surtout de l’enseignement primaire et secondaire. Cela ressort de toutes les pages de ce modeste rapport, nous ne saurions le répéter. Qu’il nous soit cependant permis d’insister sur la nécessité absolue d’établir pour le collège une salle renfermant un matériel scolaire commun à toutes les classes. Nous sommes, à cet égard, dans un état de pauvreté qui ne trouve son égal que dans l’état même, soit intérieur, soit extérieur des bâtiments. Rien ne saurait justifier un ordre semblable de choses; ce ne sont point, dans tous les cas, toutes les magnificences dont nous ornons depuis quelque temps notre ville qui pourraient nous servir d’excuse. A défaut du matériel d’enseignement nécessaire, beaucoup des parties de l’enseignement restent sans attraits et, par conséquent, sans résultat pour les élèves. Voici un seul exemple : toutes les leçons de géographie se donnent 8 an college sans qu’il y ait une seule sphère dans aucune classe; la leçon de cosmographie elle-même se donne dans ces conditions-là. Inutile d’insister sur ce fait, et de chercher à représenter par quels efforts graphiques et de gestes les maîtres doivent suppléer à un pareil dénuement. Dans tous les cas, n’oublions pas qu’en munissant nos écoles primaires et secondaires, l’école industrielle et commerciale et notre collège d’un bon matériel scolaire, nous ne ferons qu’imiter ce que l’on fait dans d’autres pays; n’oublions pas non plus que ce matériel a la plus grande influence sur la marche même de l’instruction, et que nous voyons le programme d’études le plus avancé correspondre au matériel le plus complet. Revenant à nos écoles primaires, et surtout à celles de la campagne, nous insisterons sur l’un des caractères qu’on leur donne en Allemagne, en rappelant que la loi scolaire de 1873 sur les écoles populaires de Saxe ordonne que l’enfant y soit pourvu, autant que possible, des connaissances appropriées aux exigences et aux conditions d’une future vocation. C’est dire que, sans transformer ces écoles communales en écoles professionnelles, on doit cependant quitter quelquefois les régions de l’enseignement pur pour envisager les besoins réels de la vie, et habituer l’enfant à acquérir quelque habileté dans des travaux manuels convenablement choisis. L’école devrait servir au jeune garçon de la campagne à lui apprendre la confection de beaucoup d’objets dont il aura besoin plus tard comme agriculteur, et si l’on objecte que le régent lui-même ne saurait donner ces connaissances, il est facile de répondre qu’une personne spéciale, prise le plus souvent dans la localité, peut alors le remplacer. Il va sans dire qu’ici encore il y a de justes limites à observer; 115 mais convenons que l’idée du petit atelier dont il a été fait mention dans l’école autrichienne est une idée heureuse et qui ne peut avoir que de bons résultats. En donnant la marche générale de l’instruction publique (moins ce qui concerne l’enseignement supérieur) du royaume de Saxe, notre intention a été de faire ressortir de cette marche même, qui est semblable, dans ses dispositions principales, à celle de la Prusse et des autres Etats allemands, des considérations se rapportant à l’instruction publique de notre Canton. Laissant de côté l’organisation des écoles industrielles et commerciales ( Beat - schule ), ainsi que celle des gymnases, nous nous bornerons aux écoles populaires. En Allemagne donc, il y a une instruction populaire, grande, large, parfaitement indépendante et sans attache directe avec l’enseignement secondaire, susceptible ainsi de recevoir tout le développement que les besoins et les exigences du temps peuvent réclamer. Cette instruction, prenant l’enfant de 6 ans à 14 ans, lui donne les connaissances que tout homme cultivateur, artisan, ouvrier, doit avoir. Comme elle est libre d’elle-même, elle peut subir toutes les modifications désirables. Les élèves qui doivent suivre une carrière spéciale, industrielle, commerciale, pédagogique ou classique, entrent, dès l’âge de 9 ou 10 ans et après avoir suivi pendant quelques années les écoles populaires, dans les écoles industrielles et commerciales, ou au gymnase, et sont conduits, par des routes différentes, les uns au poly- technicum, les autres à l’université. Une combinaison spéciale permet aux jeunes gens qui fréquentent les écoles industrielles et commerciales d’entrer à l’université, mais après huit années passées dans ces écoles au lieu de , sept. 116 — Chez nous, nous n’avons pas l’enseignement populaire tel qu’il existe en Allemagne. En effet, notre enseignement primaire, qui semble y correspondre, n’est malheureusement point indépendant ; il se soude, plus ou moins bien, il est vrai, avec l’enseignement secondaire ; il lui est subordonné et n’a point sa vie propre. Le premier degré des écoles primaires peut être considéré comme étant le point de départ de l’instruction secondaire et de l’instruction supérieure ; tout s’enchaîne, fatalement à notre avis. Et tandis qu’en Allemagne les écoles populaires ont pour but de donner, après huit années d’études, une instruction générale, solide, formant un certain tout, chez nous l’enseignement primaire n’est qu’une préparation à l’enseignement secondaire, et une classe n’est pas autre chose qu’une préparation à une autre classe. Ainsi donc, si vous voulez cette forte organisation de l’instruction populaire, telle qu’elle existe en Allemagne, rendez l’enseignement primaire libre et ne le sacrifiez pas en n’en faisant que des classes de préparation pour le collège. Il sera toujours possible, par l’établissement de cours spéciaux, d’établir un raccordement entre les deux ordres d’enseignement. Après avoir disposé des enfants de l’âge de 6 ans à l’âge de 14 ans pour l’instruction populaire, la loi rend encore la fréquentation des écoles complémentaires obligatoire jusqu’à l’âge de 17 ans. Il en est ainsi presque partout, en Allemagne, en Autriche, même en Hongrie, dans les grands centres. Il est vrai que ces écoles complémentaires changent quant à leur organisation et à l’enseignement qui y est donné, suivant les différentes localités, et qu’elles demandent plus ou moins d’heures par semaine aux élèves. C’est là un progrès à réaliser chez nous. Nous n'avons 117 pas encore osé faire, même dans notre nouvelle loi, ce que plusieurs autres peuples font ; peut-être avons- nous eu raison, en ce sens qu’il vaut mieux préparer d’abord notre population à ce nouveau progrès, mais cela ne saurait manquer de se faire un peu plus tard. Du reste, la nouvelle loi a préparé les moyens : les écoles secondaires de la campagne, les écoles du soir dans les communes urbaines et sub-urbaines, les écoles complémentaires de la ville et de l’école industrielle et commerciale, sont des institutions toutes prêtes à réaliser le vœu du législateur, dès qu’il inscrira dans la loi l’obligation de l’instruction complémentaire. On a vu la forte organisation des séminaires ou écoles normales allemandes, et par quelles études les futurs maîtres des écoles populaires, des écoles industrielles et commerciales et des classes même inférieures des gymnases doivent passer. On aura remarqué, en particulier, qu’à côté de leurs études, les jeunes gens qui fréquentent les séminaires peuvent s’exercer à la pratique de leur future vocation en donnant des leçons dans une école populaire de la localité. Nous, qui n’avons pas d’école normale, nous formons nos futurs régents primaires par des études devenues plus fortes depuis la nouvelle loi, mais sans qu’ils aient aucune occasion d’exercices pratiques ; puis, leurs études terminées, ils entrent comme élèves-régents dans les écoles que, malgré leur manque complet de pratique, ils dirigent souvent seuls, sans avoir ainsi jamais été appelés à enseigner devant des maîtres et à profiter de l’expérience de leurs devanciers. Serait-il complètement impossible d’obvier à un ordre de choses qui crée bien des régents instruits, mais qui ne permet pas de s’assurer, pendant leurs études, s’ils auront le savoir-faire, le tact nécessaire, en un mot le don de l’enseignement ? Serait-il impossible que les jeunes gens qui se vouent à cette vocation, pussent, arrivés à un certain degré de leurs études, donner au moins quelques leçons sur les différentes branches de l’enseignement, dans les écoles les moins éloignées des bâtiments universitaires ? On peut, à juste titre, recommander cette idée à l’attention du Département de l’Instruction publique. Notre nouvelle loi sur l’instruction publique, en imposant aux écoles particulières l’ensemble du programme que doit comprendre l’enseignement primaire obligatoire, et en les soumettant en cela au contrôle de l’autorité supérieure, n’a pas commis un acte bien arbitraire ; nous savons que cela a lieu en bien d’autres endroits et surtout dans les Etats allemands, où le principe d’une instruction obligatoire et roulant sur des branches parfaitement déterminées, est rigoureusement appliqué, soit pour les établissements d’instruction publique, soit pour les écoles particulières. Il est vrai que chez nous on entend encore, à l’égard des écoles privées, arguer de la liberté individuelle ; mais cette liberté individuelle ne peut elle- même avoir d’heureux résultats que chez un peuple instruit, et c’est précisément pour cela qu’elle ne peut pas s’étendre à l’instruction, en laissant les écoles particulières libres d’organiser un enseignement plus ou moins incomplet. Beaucoup d’autres considérations pourraient résulter de la comparaison du système général d’instruction publique suivi en Allemagne avec celui que nous suivons chez nous, mais nous devons nous arrêter. Encore un mot cependant. En Allemagne, l’Etat se montre très-exigeant dans le choix des maîtres et demande beaucoup d’eux, comme connaissances et comme aptitude pour l’enseignement, mais aussi il se montre soucieux de leur sort et leur assure, pour le temps où l’âge et la fatigue les arrêteront dans leur profession, une pension convenable, en rapport avec leurs années de service. Chez nous la justice même du principe de la pension est contestée, et, quoique dans beaupoup de cas l’on soit moralement forcé d’accorder une pension, le chiffre en est toujours arbitraire et le droit à cette pension n’est point inscrit dans la loi. Cette situation n’est pas logique, elle ne saurait durer. Que l’Etat inscrive nettement la pension comme droit du fonctionnaire enseignant, ou qu’il crée une caisse avec le concours des intéressés, mais qu’à tout prix il ne reste pas dans l’état actuel de choses, si défectueux au milieu des nombreuses améliorations que consacre la loi actuelle de l’instruction publique. En terminant, j’exprime le souhait de ne pas avoir été trouvé trop au-dessous de ma tâche ; en cas contraire, j’invoque la bonne volonté et le désir d’être utile qui n’ont cessé de m’animer. - H. TOGNETTI, Délégué ci VExposition de Vienne. Z^Î-sSp?» .|A{ 1 - ■:VU- i i * ) ‘fro . : — V:l\ : -">J *>i U ••. -o. ■•■’{•■■! jy i-i: ; j,Hiî y ; Ji /;■;) - '' ' >••■■: ô-itiîOiTr p*. fi irMjy, Jü'urr ^ !•>[ -r/jpa t 97 Jt:&J 5 ■ \ • ■; pfîli'^no: luof :)ü;\U ■- i ■."••y?: VîoVu/,7 ' ' - yf oft w. ,r ' anionri.9->:J :••- •!. ! ?;:■) ;;h qfroyjj".':. ’ • -.h "fjèirwr» :;v * .r ■ : î .!!(•»:• r'-içj'njru ;■ ' ‘^h JrsgTt : t. • i . ' , - îi;; s:?.'-) Jfifirf : i ; ■' • v : ■■ : ^ •! ; 1t Jgfj •; v 'iï i fi y::y t y:::\yf'.[ v.vjj ‘■■•‘V ''!■] ryi^wfàfffJï riOMîi-? « 9 . 1 r)T^r,| fi.-iil-jj-ijgcn'î*?» ofloirtofi • ‘ ! 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Je commencerai par la France, pays qui, selon mon opinion, mérite le premier rang en ce qui concerne notre métier. Parmi les exposants de la France, ce sont surtout ceux de Paris qui se distinguent par l’élégance et le goût dans leurs travaux. Malheureusement, il n’y a que des ouvrages riches, de luxe et de fantaisie ; tandis que, pour Futilité et la pratique, il n’y a presque rien. Je croyais voir beaucoup plus de choses nouvelles, utiles, tandis que notre industrie, à peu d’exceptions près, n’a exposé que des objets de luxe. De Paris, il y avait d’abord un magnifique ameublement, fabriqué par la maison Geller , faubourg St-Antoine, 127, en tuya et palissandre avec moulures noires. Il se compose d’un lit, d’une armoire triple et d’une table. À côté, une bibliothèque noire et mate à colonnes, de la même maison. L’ameublement de M. Diehl, rue St-Michel-le-Comte, 19, attire l’attention du public par le fini remarquable et l’excellent goût des travaux exposés. Ce sont surtout les différents vernis, qui sont à admirer dans cette catégorie. Tout auprès, on voit un assortiment de meubles en sapin, vernis en blanc, de la maison Osmont, boulevard Richard-Lenoir. Ces meubles vernis sont à recommander d’abord parce qu’ils coûtent beaucoup moins cher, étant fabriqués tout simplement en sapin, et ensuite parce qu’ils conviennent aux appartements modestes. Naturellement ils ne valent ceux qui sont plaqués, ni pour la beauté naturelle du bois, ni pour la solidité. Ce sont des meubles d’utilité plutôt que de luxe. La maison JEliaers, boulevard Voltaire, se distingue par ses chaises et ses fauteuils pliants. Entre autres, il y a une chaise de malade, munie d’un mécanisme qui permet de se promener en étant assis. Il y a aussi une petite tablette où l’on peut mettre des livres ou la nourriture. Un tabouret permet d’appuyer les pieds. Ce dernier est fixé au dossier, auquel on peut donner une pente quelconque. D’autres maisons de Paris ont aussi exposé : les maisons Krieger, Guggenheimer, Barbedienne, etc. Des colonies, de la Cochinchine, il y a un meuble incrusté en ébène et en nacre, que je cite ici pour la rareté. Non loin de l’espace réservé à la France se trouve l’exposition des Pays-Bas. Les meubles de la Belgique surtout sont construits à peu près dans le style français. La maison Snyers-Bang, de Bruxelles, mérite grande — 7 — attention par un buffet de salon em noyer ciré, qui est très-soigneusement travaillé ; les moulures polies, ainsi que la boiserie qui se trouve à côté du meuble, sont vraiment remarquables. La maison Braquenie et Frères, de Malines, nous présente un buffet de service, en noyer, avec moulures noires. Ce meuble est remarquable par la simplicité et la beauté du travail. La maison Ginderdeuren, de Bruxelles, est représentée par des meubles antiques sculptés. En pianos, c’est la maison Florence, de Bruxelles, qui expose quelques jolies pièces. La couronne pour les meubles belges doit être accordée sans contredit à une table, qui se trouve dans l’exposition des beaux-arts de la Belgique. Elle est fabriquée par M. A. Débruine, Kunstmeubeln-Maker, de Malines ; elle est en style Renaissance flamande ; du côté long, nous voyons quatre tiroirs avec différents sujets sculptés dessus. Elle n’a que deux pieds sur toute la largeur de la table, dont le milieu est massif et sculpté, avec des figures et des bouts tournés. Une traverse en haut et une en bas tiennent le tout pour consolider le pied ; une paroi forme huit portails gothiques. Le dessus est carré, avec moulures sculptées. La table est en beau chêne du Nord, et se distingue par la propreté et la rareté du style. B’ Amsterdam, nous avons une table Louis XIV, noire, avec croisillons entre les jambes. Sur la ceinture et les pieds il y a des petits panneaux en bois de rose, qui relèvent le travail. La table est très-bien travaillée, surtout pour les sculptures et le vernis. Si nous passons à VItalie, nous voyons des travaux bien caractérisés. Ce pays se distingue surtout par la sculpture et par des meubles incrustés, au nombre des- — 8 — quels nous voyons une bibliothèque en ébène massive, avec des incrustations en nacre et ivoire. Le prix de ce meuble est fixé à vingt-cinq mille francs. Une table me frappa encore ; elle était en bois coloré, représentant sur le dessus la découverte de l’Amérique par Colomb. C’est un chef-d’œuvre de marqueterie. Une bibliothèque attira également mon attention ; elle était plaquée en palissandre et tuya, le corps du haut à deux portes, celui du bas aussi, et au milieu se trouvait un bureau doucine. L’intérieur est en acajou ; les panneaux des quatre portes sont en bois de plane, et se distinguent par leur blancheur sur le fond sombre. Les panneaux sont sculptés, représentant des figures mythologiques. Un riche fronton complète ce magnifique travail, qui est exposé par la maison Poglianni Ferdinando de Milan. En parcourant les vastes salles où l’ébénisterie italienne a exposé ses produits, nous voyons des meubles gothiques, surtout un fauteuil avec mosaïques, des tables modernes toutes dorées, des lits dorés, des tables avec leurs dessus en mosaïque de marbre, etc. Les meilleures maisons de Florence et de Milan rivalisent pour la beauté et le luxe. J’ai remarqué une table à musique en ébène, avec incrustations en ivoire, dont le dessus est divisé en quatre parties qui se soulèvent comme des pupitres, à l’aide de deux crémaillères ; au-dessous, ils forment des casiers. J’ai également vu des lits, dont les têtes ont une hauteur extraordinaire ; des bibliothèques antiques à colonnes torses, des ameublements entiers en acajou et en chêne ; en sculpture, une étagère qui a pour consoles deux figures d’hommes de grandeur naturelle portant le meuble sur la nuque. Un bas-relief, sculpté avec le cadre dans le même plateau, figurait l’entrée triomphale — 9 — de César à Rome, etc. Beaucoup d’autres ouvrages nous montrent quel degré de perfection l’ébénisterie a atteint chez nos voisins. Dans l’exposition des beaux-arts, il y a une table en acajou, admirablement travaillée par M. le chevalier Jules de Montevendo. Les pieds autour de la colonne représentent des figures mythologiques. La maison Ant. Danei de Forci nous fait voir un billard en bois de rose avec de la marqueterie remarquable, travaillé très-proprement, d’un fini admirable et d’un goût distingué. Une table à marquer et les queues du billard sont bien travaillées. Il y en a une qui est composée de plus de mille pièces. Dans un pavillon à part, on trouve l’exposition de Monaco , avec des travaux fort bien faits : une malle en bois de cèdre ; un portefeuille sur deux chevalets, s’ouvrant comme un livre, en cèdre avec sculptures en caroubier (le caroubier n’est pas connu ici, il est dur, de couleur rougeâtre) ; une grande glace en caroubier avec sculptures en tilleul ; différentes cassettes en marqueterie ; une grande bibliothèque noire avec des ciselures à fond rouge; un petit buffet pour conserver les bijoux et d’autres ouvrages très-remarquables. Il y a peu de pays qui soient représentés aussi bien que celui-ci relativement à sa grandeur. En outre, nous voyons là une jolie collection de tous les bois employés pour l’ébénisterie dans ce pays. L’Allemagne est fort bien représentée. La plupart des travaux sont très-soigneusement finis ; mais, en ce qui concerne le goût et l’élégance, je donnerais la préférence à Paris. Pour la solidité, je crois pouvoir dire que les produits de ce pays sont préférables à ceux de la France, ils — 10 — paraissent ne pas devoir s’user et semblent être travaillés pour l’éternité. Unique dans son genre, nous remarquons un ameublement en corne de cerfs de la Saxe et des meubles garnis de maroquin à moulures argentées. La Saxe et la Bavière nous montrent des meubles en bois'massif, tordus ou recourbés, surtout des chaises, des fauteuils et des canapés. Les bois généralement travaillés sont le noyer, le hêtre ou le plane, bois flexibles et durs. La maison Bauer et fils, de Breslau expose un buffet de service en noyer à moulures noires et filets blancs ; une table à coulisses, dont la colonne se sépare au milieu, en contenant au centre un pied tourné qui reste fixe, tandis que les deux moitiés de la colonne se tirent chacune de son côté. Us sont fixés par une traverse aux pieds des bouts, ce qui donne delà solidité à la table. Une boiserie du même style que l’ameublement et deux portes d’entrée se trouvent encore là. Un salon dans le même genre est exposé par M. Hei- ninger, de Mayence; il est en noyer avec moulures dorées. Une autre table à coulisses de H. Blanc, de Cassel, est à peu près dans le genre de l’autre ; mais plus légère avec croisillon, joignant les pieds extérieurs à la colonne. La maison Mohr, de Stutgart, a exposé des escaliers et d’autres menuiseries assez remarqués. De la fabrique Furstweger, à Mayence, j’ai vu quelques beaux billards. Dans l’exposition des produits de l’industrie et de manufacture, j’ai remarqué de très-jolies vitrines noires, richement sculptées et vernies, venant de Hambourg et de Leipzig. 11 — En ce qui concerne la Suisse, il y a peu à remarquer pour le meuble. Sauf quelques belles vitrines de Zurich et de Genève, en voyant celles des autres pays, on peut constater que le luxe n’y est pas encore aussi répandu que chez nos voisins. En meubles sculptés, nous avons remarqué des travaux fins et jolis. C’est surtout l’Oberland de Berne qui peut rivaliser avec les autres nations. M. Bohr, de Baden (Argovie), a exposé son album riche en différents dessins de parqueterie, et M. Bohme, de Win- terthur, ses cadres polis et dorés. De Schaffhouse, nous voyons des meubles en acajou pour coupés de wagon, etc. Comme ouvrage de patience, un petit guéridon fait par M. H. Borel est bien digne d’admiration. Le dessus, la colonne et les patins sont plaqués entièrement en nœuds de sapin, ce qui est un véritable travail de persévérance et d’application. Comme spécimen de beau bois, il y a une table toute simple, en noyer, mais dont le dessus est pris à un seul plateau, qu’on [peut voir en partie à côté, et qui a une largeur de l m ,26, sur une longueur de 2 m ,lO. On ne voit pas de pareils noyers dans toute l’Exposition. Il est exposé par M. Pays fils, de Lucerne. A l’exposition des beaux-arts, il y a deux meubles antiques, envoyés par M/ Zimmermann, de Wînterthur, qui ont été faits au XV e et XVI e siècles. La charpente et la menuiserie du chalet exposé par M.Heller, de Berne, sont remarquables. Il contient des boîtes à musique de toutes les qualités et de tout prix, des sculptures de l’Oberland, et un orgue mécanique exécutant des morceaux des principaux opéras. Plusieurs fabricants de pianos ont exposé de fort bons instruments. 12 — Dans la partie réservée à Y Autriche, nous remarquons par dessus tout un grand assortiment de meubles, des chaises, fauteuils et canapés en bois recourbés, de la fabrique des frères Tlionet, à Vienne. Ces produits sont exportés dans toutes les parties du monde. Un prix courant avec le prix de chaque pièce était remis aux visitants. Dans l’exposition industrielle, nous avons remarqué de jolies vitrines en chêne, très-bien travaillées. Dans le pavillon du duc Albrecht, on trouve des portes d’entrée et des chaises pliantes en chêne, qui ne sont pas mal travaillées. De Brunn est exposé un portail gothique pour chapelle ou église, très-remarquable par la pureté du style. En ébénisterie exposent avec distinction Alois Fuchs, ameublement en chêne, poli blanc, bien fini, et Hassa, devienne. Ce dernier a exposé un lit, unique comme style et construction. Les pieds sont sculptés et découpés dans une épaisseur de vingt centimètres, ainsi que les traverses. La sculpture est mate et cirée; elle forme un magnifique cadre autour des panneaux unis, plaqués en loupe de première qualité et vernis comme une glace. La tête du bas est cintrée. Ce lit se distingue par le travail soigné et parfaitement ahevé. Différents meubles de Pesth, de Prague, et de Bucha- rest sont encore remarquables. La fabrique de JBeiesdorf présente de la parqueterie, de la menuiserie, portes, fenêtres, volets, etc. ' Nous voyons là un frêne monstre de l m ,15 de largeur. La capitale du Danemark, Copenhague, représente bien ce pays pour l’ébénisterie. Se distinguent par le bon goût de leurs travaux en marqueterie, la maison Henriques, en beaux meubles, et la maison Hansen, qui a exposé un ameuble- — 13 — ment complet en noyer avec mosaïques. Il y a là une table, dont les consoles forment des figures mythologiques bien sculptées. En parcourant les salles réservées à ce pays, j’ai remarqué un lit en sapin ; c’est un lit de malade, avec un mécanisme dessous, à l’aide duquel on peut hausser et descendre le coussin à volonté pour la commodité du patient. De plus, on peut faire descendre et disparaître une partie du matelas pour le remplacer par un vase, sans déranger le malade. L’inventeur se nomme Ohen Hansen : il est de Copenhague, et a fait tout le mécanisme en bois. Le représentant de ce pays me disait que cette heureuse idée a déjà été couronnée par une prime du jury, et qu’on va faire remplacer le mécanisme en bois par du fer, pour éviter le bruit. Ce meuble est le seul de véritable utilité pour tout le monde que j’aie vu à l’Exposition. H Angleterre nous montre très-peu d’articles relatifs à notre métier. Une grande armoire en trois corps, en bois d’érable, est le principal meuble, fait par la maison Jalc- son à Londres. Cette armoire mérite d’être citée, parce que le travail est très-bien fait. Le bois est très-difficile à travailler, d’abord parce qu’il ne contient que de la loupe et ensuite parce qu’il a une couleur jaunâtre qui laisse voir le moindre défaut. Le bien fini de cet armoire est admirable. — Je cite encore les meubles de fantaisie de la même maison. La Scandinavie expose principalement des meubles en sapin, d’un bois très-propre, sans le moindre nœud ou défaut et d’un teint rougeâtre. La ville de Gotheborg a exposé une bibliothèque en noyer, à moulures noires, et 44 — deux pianos en noyer d’une loupe remarquable et dont le travail est fait minutieusement. Le vernis surtout est admirable. ■' De Christiania, il y a un bureau bien fini avec casiers, en noyer avec de la marqueterie. L’usine à vapeur de Gotheborg nous montre des portes, des fenêtres, des boiseries en sapin rouge, très-bien travaillées ; surtout un cadre de porte ronde à panneaux, qui s’élargit en dehors. Ce qui m’intéressa le plus, ce fut les bancs dans les écoles suédoises .* chaque enfant à son pupitre avec banc séparé. Le siège de la chaise est creusé dans le bois pour ne pas trop fatiguer. Chaque pupitre a son couvercle qui marche à rainure, et qu’on peut avancer à volonté. En l’avançant, il se découvre derrière un compartiment pour mettre les plumes, l’encrier, etc. En le levant entièrement par devant, l’écolier à un casier pour ses livres. J’ai vu des bancs d’écoles de beaucoup de pays, mais il n’y en avait point d’aussi remarquables que ceux-ci, quoique qu’ils ne fussent qu’en sapin et non vernis. Il y avait là un appareil très-bien travaillé pour conserver des fleurs sèches destinées à l’enseignement de la botanique. \j Amérique a exposé de jolies orgues de Boston, et un buffet de chasse, tout plaqué en cornes de cerf sciées. Une malle de voyage est remarquable : en ouvrant le couvercle, l’intérieur représente un buffet avec deux portes et différents tiroirs. Du Brésil , il y avait une commode d’un aspect singulier : le devant était tout plaqué en gros carrés de bois de couleurs différentes, les à-côtés formant des rhombes de même nature. Le tout à l’air arlequin ; l’intérieur est en acajou. Ce travail, passablement bien fait, est d’un goût vraiment bizarre. Le Japon nous montre différents meubles en bois inconnus , d’un style comme on l’avait chez nous il y a cent ans. La plupart n’ont ni corniches, ni socle ou moulures. Les queues d’aigle traversent partout, ce qui me faisait voir que l’assemblage est à peu près le même que celui fait ici. Les devants de tiroirs dépassent sur les traverses et sont arrondis sur champ. J’ai remarqué là que presque tous les meubles sont faits en deux corps, probablement pour pouvoir mieux les transporter. — Un buffet de service assez remarquable était à voir. Les devants des tiroirs étaient sculptés ; le meuble était fait à grands coins ronds. Un meuble bien travaillé en deux corps, celui de dessous à trois tiroirs, celui de dessus à deux portes, ainsi que quelques vitrines avec des petits bois croisants, attirait l’attention des visiteurs. Il y avait aussi un joli assortiment de petits meubles en bambou. Le plus remarquable des envois de ce pays était à mon avis un assortiment de guéridons, cassettes, etc., noirs, avec des hiéroglyphes dessus, d’un vernis introuvable enEurope. Les tables sont vernies dessus comme dessous, sans qu’on puisse apercevoir la moindre veine du bois : tout est uni comme une glace. A propros de ces meubles, il m’a été assuré que les Japonais restent jusqu’à cinq ans pour vernir un meuble. De la Chine , j’ai remarqué un ameublement de Hong- Kong, en ébène massif: deux tables rondes, deux fauteuils, un canapé et plusieurs chaises d’une beauté sur- prenante : tout est découpé et sculpté. Les sculptures représentent des dragons, des paons, des dieux, etc. Le vernis est aussi très-fin. Les chaises et le canapé sont garnis en damas rouge. D’après le style et la construction, j’ai conclu que c’était probablement un Européen qui avait fait cet ameublement. Voilà le résumé des observations que j’ai faites sur les meubles; je.n’ai naturellement pu les remarquer tous, j’ai tâché de rendre mes impressions le mieux possible. Il y avait encore bien des meubles avec des secrets, des ressorts, etc. ; mais il était défendu de les toucher, et les représentants n’étaient pas toujours là pour donner les explications nécessaires. Comme on peut le voir dans mon rapport et comme je l’ai déjà dit, les meubles, à l’Exposition de Vienne, étaient plutôt des meubles de luxe que d’une utilité générale. Je pensais rencontrer beaucoup d’idées nouvelles, d’où l’on aurait pu tirer quelque avantage pour notre pays. Ces meubles riches, tels que je les ai vus, se fabriqueront difficilement en Suisse, car chez nous les riches n’ont pas l’habitude de commander des travaux qui reviennent à des prix énormes. Ces choses se font plutôt pour les pays monarchiques, lorsque les cours et les nobles veulent briller. II. Les machines à travailler le bois. Un des principaux exposants dans ce genre de machines est M. F. Arbey, cours de Vincennes, 41, à Paris. 17 La dite maison a présenté toutes les machines utiles à notre métier, des scieries pour bois en grume, bois équar- ris, madriers, panneaux et placage ; des scieries à lames sans fins et alternatives pour chantourner et découper. Ces dernières sont extrêmement bien construites ; on peut découper le bois jusqu’à quatre pouces d’épaisseur. Elle avait aussi une table en fonte à inclinaison, pour pouvoir chantourner en biais. J’ai vu des machines destinées à denter les scies, à affûter les lames par des meules en émeri. Il y avait des machines à raboter à outils tournants ou alternatifs, pour les parquets. — Il y avait des machines destinées à faire les rainures et les languettes en même temps ; d’autres propres aux assemblages comme machines à mortaiser et à percer, à système horizontal ou vertical ; d’autres pour faire les tenons, simples et doubles; d’autres pour trancher le bois en feuilles de placage; d’autres pour les moulures, cintrées ou droites, pour les moulures guillochées, à cannelures droites ou torses, perles et ornements. Il y avait aussi des tours à ovales, des tours à pédale pour tourner rond, ovale ou torse, enfin une quantité considérable de machines de toute nature. Le représentant de la maison nous expliquait très-volontiers le travail des machines exposées. C’était réellement fort intéressant et utile, pour les menuisiers principalement. La plupart de ces machines sont à vapeur : il n’y en avait que quelques-unes à main pour mortaiser, percer ou découper en petit. Un prix courant des articles était distribué à tous ceux qui le demandaient. La maison Ransom eet (7 e , de Londres, nous montrait à peu près les mêmes articles que celle de Paris. On y voit travailler le bois de toutes manières ; il y avait une scie * pour les billons, avec dix lames à la fois, amenant et portant les bois sur des chariots sans que personne touchât la moindre chose, une fois le bois arrivé sur le chariot. Cette scie peut scier des billons jusqu’à un mètre de diamètre. J’ai vu là une machine qui sciait, perçait, mortaisait, faisait les tenons, les rainures, les languettes, les moulures, le tout sur la même table. Des machines pouvaient raboter des panneaux depuis vingt-quatre pouces de largeur et deux d’épaisseur jusqu’à l’épaisseur de deux lignes, sans les casser. J’ai beaucoup remarqué une machine à mortaiser à la main, à l’aide d’un balancier ; avec cette machine, un apprenti peut faire l’ouvrage de six ouvriers. Elle va très- légèrement, on y peut tourner le bedanne de chaque côté. La mortaise se nettoie par le bedanne. Je citerai une machine que je n’avais pas encore vue et que j’ai trouvée très-praticable. Elle coupe les onglets, par exemple. Pour faire des cadres, on prend la moulure qu’on veut employer, on la met sur la table, on trace les onglets de longueur et sans avoir besoin de les scier, on appuie sur le balancier et l’onglet est fait, prêt à coller. Cette machine est bonne pour les ébénistes qui font des cadres. Quoiqu’il n’y ait pas longtemps que cette machine ait été inventée, la maison en a déjà vendu plus de mille. Elle coûte à peu près quatre-vingt francs pour les moulures de cinq pouces et demi de largeur et de deux pouces et demi d’épaisseur ; l’autre, pour cadres de sept pouces et demi de large sur quatre pouces d’épaisseur, coûte à peu près cent cinquante francs. La machine est très-recommandable. Elle se manie facilement et ne prend pas beaucoup de place. La table occupe deux pieds carrés. — 19 — Outre les deux maisons dont je viens de parler, il y en avait encore d’autres de VAllemagne, avec les mêmes machines à peu près. Un fabricant d’Offenbourg a exposé une machine à faire les queues d’aigle droites. U Amérique nous avait envoyé une machine toute nouvelle à faire les queues d’aigle rondes. Les queues et les contre-queues se font en même temps et sont très-propres. Cette machine est bonne, mais peu praticable, parce qu’il est rare qu’on en ait besoin. III. Outils et fournitures. La fabrique Bader, à Laupheim, en Wurtemberg, a exposé difïérents modèles d’établis avec l’outillage complet, d’une solidité et d’une construction remarquables. De Copenhague, j’ai vu des établis pour garçons avec tour et scie à découper, plus de jolis assortiments d’outils de menuisiers, la plupart en bois de charmille. La fabrique de Joh. Weiss et fils, à Vienne, a présenté un outillage de premier ordre. Elle a mis en circulation, l’année dernière, 2,500 établis et chaque semaine deux à trois mille rabots et outils divers. Il y avait aussi un outillage du Japon qui était généralement remarqué. * Pour des outils en fer, ciseaux, fers de rabots, compas, etc., rivalisent l’Angleterre, la France (Paris) et l’Allemagne. En serrurerie, pivots, charnières, etc., il n’y a pour nous que Paris qui puisse fournir le bon joint au bon marché. Des pointes, des vis de Vienne, des principales villes de l’Allemagne et de la France étaient exposées en un choix très-considérable. En scies, c’est-à-dire, en lames pour scies à découper, machinerie, marqueterie, c’est surtout la maison Eberle , d’Augsbourg, qui se distinguait. Pour le placage, c’était surtout l’Autriche, avec le frêne hongrois, le noyer, le cerisier, le chêne et le plane, exposé par Rosmanitha et Raïko à Arad (dépôts à Pest, Prague et Vienne). Pour l’acajou et palissandre, c’était Hambourg, par Bartels et fils. Pour le noyer, c’était la Suisse, exposé par Pays et fils de Lucerne. Il y avait de la colle de tous les pays. Naturellement, on ne peut pas en parler sans l’avoir essayée. Pour le verre et les glaces, etc., c’était surtout l’Allemagne, Paris, la Belgique et l’Italie qui brillaient. Il y avait une glace monstre de Mannheim qui mesurait 5 m ,23 de hauteur sur 3 m ,3 de largeur. Monsieur le Conseiller, En terminant ces trop courtes observations, il me reste à remercier sincèrement l’Autorité cantonale genevoise qui m’a mis à même de voir des choses qui resteront gravées dans ma mémoire, et que je m’efforcerai de faire connaître pour l’instruction de mes collègues. C’est donc avec la plus vive gratitude que je remercie les magistrats qui m’ont fourni l’excellente occasion de m’instruire sur les progrès accomplis dans les arts et métiers. Emile TAUBER, ouvrier ébéniste.